Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 2 novembre 2026

Guerre froide: les États-Unis ont espionné les Soviétiques grâce à un câble téléphonique sous-marin

 

Vous aimez les films à la James Bond? Vous allez adorer cette histoire. Pendant près de dix ans, en pleine guerre froide, les États-Unis ont espionné les conversations des Soviétiques qui transitaient par un câble téléphonique sous-marin. L'opération a pris fin lorsqu'un ancien agent de la sécurité américaine a vendu l'information à Moscou.

L'opération, baptisée Ivy Bells, remonte à 1971. James Bradley, capitaine chargé de la guerre sous-marine au sein du Bureau du renseignement naval américain, a eu une révélation: selon lui, les Soviétiques disposaient d'un câble téléphonique sous-marin reliant le quartier général de la flotte sous-marine à la base du Pacifique, à Petropavlovsk. Les militaires y ont vu une occasion en or de recueillir des renseignements sur l'ennemi.

En 1972, l'opération secrète est lancée et un sous-marin américain est discrètement déployé en mer d'Okhotsk. En suivant les panneaux russes interdisant le mouillage, l'équipage est tombé sur le fameux câble, à environ 190 kilomètres des côtes. Des plongeurs sont sortis du submersible et ont plongé dans les profondeurs pour fixer un dispositif d'écoute sur le câble.

Des premiers tests réussis ont révélé tout le potentiel du stratagème. Le service de renseignement de la Marine a alors décidé de concevoir un dispositif encore plus performant, qui permettait d'écouter et également d'enregistrer les conversations qui passaient par le câble.

Dix ans d'espionnage en toute discrétion

Résultat: chaque mois, des plongeurs récupéraient les bandes magnétiques et les envoyaient à l'Agence de sécurité nationale (NSA), pour analyse. Pendant des années, ils ont intercepté des conversations qui portaient sur les mouvements tactiques des Soviétiques, leurs capacités nucléaires, mais aussi leurs plans de développement de missiles. Selon Popular Mechanics, ces renseignements ont permis aux États-Unis de négocier le traité SALT II sur les conditions de limitation des armes stratégiques.

Tout se passait au mieux pour les Américains, jusqu'en 1981. Des images satellites révèlent alors que des navires de guerre soviétiques sont situés juste au-dessus du site d'écoute. Quelque temps plus tard, le dispositif a été désactivé. La ruse venait d'être découverte. Mais comment? Les Américains ont longtemps ignoré ce qui a fait capoter leur plan de surveillance. En 1985, un transfuge du KGB leur a apporté un début de réponse: selon lui, un certain Ronald Pelton était à l'origine de la fuite d'information.

Officier du renseignement de l'US Air Force, puis de la NSA, Ronald Pelton a gravi les échelons, notamment grâce à sa maîtrise du russe. Une success-story qui a tourné au fiasco: l'homme s'est endetté et a été licencié par la NSA. En 1980, croulant sous les dettes, il a contacté l'ambassade soviétique à Washington pour monnayer ses secrets.

Il aurait ainsi perçu 5.000 dollars (environ 4.500 euros), puis un deuxième versement de 30.000 dollars (27.000 euros) pour les informations sur l'opération Ivy Bells. Arrêté suite à une enquête du FBI, l'homme a confessé sa trahison et a été condamné à la prison à perpétuité. Il a fini ses jours derrière les barreaux, purgeant l'une des plus longues peines de prison pour espionnage de l'histoire. Encore aujourd'hui, le dispositif d'écoute controversé est exposé dans un musée à Moscou.

 Ernest Ginot

slate.fr