Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mardi 6 octobre 2026

Un ancien chef du renseignement extérieur allemand a été arrêté pour trahison

 

Que des agents de renseignement se fassent prendre pour avoir transmis des informations confidentielles à une puissance étrangère, que ce soit contre de l’argent, par chantage ou par sympathie idéologique, c’est assez commun. Du moins, les cas de ce genre sont relativement nombreux dans l’histoire. En revanche, qu’un ancien «maître-espion» soit soupçonné de trahison est très rare. Il y a cependant des précédents, comme celui du colonel Alfred Redl : ce chef du contre-espionnage de l’Empire austro-hongrois avait été «retourné» par la Russie peu avant le début de la Première Guerre Mondiale.

Quoi qu’il en soit, une affaire du même ordre nourrit le scandale outre-Rhin. Patron du renseignement extérieur allemand [BND, pour Bundesnachrichtendienst, renseignement extérieur] entre 1998 et 2005, August Hanning a été arrêté par l’Office fédéral de police criminelle [BKA] pour «espionnage présumé à des fins de trahison». C’est en effet ce qu’a confirmé le Parquet fédéral allemand, via un communiqué diffusé ce 6 octobre.

Plus précisément, M. Hanning est «fortement soupçonné d’espionnage constitutif de trahison, de collecte de renseignements relevant du secret d’État, de tentative de haute trahison» ainsi que d’avoir eu des «activités d’agent pour le compte d’un service de renseignement étranger».

Ayant rejoint les arcanes de l’État fédéral allemand après avoir soutenu une thèse de doctorat en droit de l’environnement, August Hanning approcha le monde de l’espionnage au début des années 1990, en devenant un proche collaborateur de Bernd Schimdbauer, alors commissaire du Service fédéral de renseignement. Se disant apolitique, il prit les rênes du BND en 1998, qu’il quittera sept ans plus tard pour rejoindre le ministère de l’Intérieur en tant que secrétaire d’État.

Mis à la retraite à la 2009, M. Hanning siègea au conseil de surveillance de la société publique Bundesruckerei et entama une carrière d’homme d’affaires en fondant l’entreprise Hanning Consult et en prenant la tête du cabinet de conseil britannique G3 en Russie.

Puis, il devint membre du directoire de la société de sécurité System 360 AG, avant de prendre la présidence de Pluteos AG, la maison mère, ainsi que du conseil d’administration du Forum germano-azerbaïdjanais [DAF pour Deutsch-Aserbaidschanisches Forum], une structure spécialisée dans l’influence. Enfin, en 2017, il rejoignit le conseil de surveillance de la banque lettone PNB Banka.

Son passé à la tête du BND étant lointain, M. Hanning a pu bénéficier du concours d’un certain Manfred D., également arrêté sur la base des mêmes soupçons. Ce dernier était son chef de cabinet quand il dirigeait le renseignement extérieur allemand. Fonction qu’il a occupée, après une brève interruption, de 2012 à 2026. «À ce titre, il a eu accès à de nombreux documents classifiés», souligne le Parquet fédéral.

«Au printemps 2010, l’accusé aurait convenu que Manfred D. se procurerait régulièrement des informations précieuses auprès du BND pour son compte, en échange d’une rémunération. Hanning devait pouvoir exploiter ces informations dans le cadre de son activité de consultant, qu’il avait entre-temps entamée. Au fil des années – jusqu’en juin 2022, selon l’état actuel de l’enquête – Manfred D. a fourni à Hanning près de 2 000 documents, dont un grand nombre classifiés. Ces documents étaient exclusivement destinés à un usage interne au BND», a-t-il ensuite détaillé.

Les enquêteurs sont parvenus à établir que M. Hanning a utilisé des informations classifiées obtenues auprès de Manfred D. pour rédiger une note destinée à un agent d’un service de renseignement étranger, que le Parquet fédéral n’a pas jugé utile de préciser à ce stade.

En outre, l’ancien chef du BND aurait été «en contact étroit» avec une autre agence de renseignement, à laquelle il aurait fourni des «informations politiques pendant plusieurs années, en partie basées sur des documents» fournis par Manfred D., a-t-il poursuivi.

Ces faits ont été découverts par hasard, des documents compromettants ayant été saisis lors d’une perquisition effectuée au domicile de M. Hanning en 2025, au titre d’une enquête sur le rôle de l’une de ses sociétés dans l’enlèvement, au Danemark, de deux enfants pour le compte de leur propre mère, à savoir Christina Block, l’héritière du milliardaire Eugen Block, surnommé le «roi du steak» outre-Rhin.

En attendant, le président de la commission de contrôle parlementaire des services de renseignement, Marc Henrichmann, n’a pas eu de mots assez durs à l’endroit de M. Hanning, d’autant plus que cette affaire est de nature à susciter une crise de confiance entre le BND et ses partenaires.

«Un ancien dirigeant [du BND] qui divulgue des informations secrètes […] ne se contente pas de bafouer ses obligations, il trahit aussi toutes les valeurs des services de sécurité allemands. Quiconque s’allie aux ennemis de notre démocratie libérale sera découvert. Nous ne tolérerons aucune trahison de secrets», a-t-il réagi, dans un message cité par l’AFP.

opex360.com