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samedi 3 octobre 2026

Antarctique : le péril du surtourisme

 

Le « continent blanc » a été visité par 118 000 personnes pendant l’été austral 2024-2025, six fois plus qu’il y a vingt ans. Si l’on est loin des 3 millions de visiteurs annuels du Mont-Saint-Michel, les scientifiques alertent sur les risques de surtourisme, qui contribue à dégrader des écosystèmes déjà fragilisés.

Entouré par l’océan Austral, l’Antarctique (14,2 millions de kilomètres carrés) est le territoire le plus froid et le plus sec de la planète. Il est le seul continent à ne pas avoir de population permanente ; une centaine de bases scientifiques accueillent des chercheurs toute l’année. Et il n’appartient à aucun État : depuis le traité de ­Washington de 1959, il est « terre de ­coopération internationale ». Mais ni son statut ni les conditions climatiques rudes ne le protègent des excès humains.

Le tourisme se développe depuis une vingtaine d’années en Antarctique, malgré des tarifs élevés : de 8 000 euros pour un survol en avion au départ de l’Afrique du Sud ou de la Nouvelle-Zélande, à plus de 50 000 euros pour une croisière à partir d’Ushuaïa (Argentine). Les voyages ont lieu pendant l’été austral, entre octobre et mars, lorsque les températures avoisinent zéro degré Celsius sur la côte et que les tempêtes se font rares. La fréquentation se concentre dans la péninsule Antarctique, région la plus accessible et la moins froide. Certains bateaux comptent jusqu’à 500 passagers. Et l’on assiste à une diversification de l’offre : activités sportives (plongée, kayak, course à pied), observation de manchots…

Les contraintes climatiques extrêmes sont à l’origine d’écosystèmes rares et fragiles. La faune et la flore y sont vulnérables. Or l’arrivée d’un nombre croissant de touristes est à l’origine de nuisances et de pollutions : perturbation des colonies d’animaux par les avions et les navires, abandon de déchets (bien que cela soit proscrit), destruction de la flore par le piétinement, introduction de nouvelles espèces par les individus ou les coques des embarcations…

Mais le plus grand péril qu’aggrave ce tourisme est l’accélération de la fonte des glaces antarctiques : 150 milliards de tonnes y disparaissent chaque année à cause du réchauffement climatique. Or l’empreinte carbone des voyageurs est considérable : 6,4 tonnes équivalent CO2 par personne en moyenne, soit un peu moins que les émissions annuelles d’un Français (8 tonnes). Les métaux lourds et les particules de carbone dégagés par les moteurs recouvrent la glace d’une poussière qui assombrit la neige, diminue son albédo (capacité à réfléchir le rayonnement solaire) et précipite la fonte de l’inlandsis et de la banquise.

La majorité des compagnies proposant de visiter l’Antarctique appartient à l’International Association of Antarctica Tour Operators (IAATO), créée en 1991 afin « de défendre et de promouvoir la pratique de voyages privés sûrs et respectueux de l’environnement ». Mais les mesures imposées et les efforts pour limiter l’impact humain ne suffisent pas à éliminer tout risque. Et elles dédouanent les touristes de l’idée qu’ils favorisent la destruction d’un continent écologiquement unique et qui, si sa fonte se poursuit, conduira à une élévation du niveau océanique mondial.

Destination pôle Sud


Clément Mellet

Camille Tiano

areion24.news