Son chef, Martin Pfister, l’a admis à demi-mots lors d’un entretien accordé au site d’information Watson, la semaine passée : après ses déboires avec le chasseur-bombardier F-35A, le système de défense aérienne Patriot ou encore avec le drone Hermes 900, le département de la Défense, de la Protection de la population et des Sports [DPPS] n’a plus le droit à l’erreur.
S’agissant des cinq batteries Patriot commandées en 2022 dans le cadre du programme Air 2030, il est désormais acté qu’elles ne seront pas livrées aux forces suisses en 2028, comme cela avait été convenu, mais en 2033, voire en 2035. En outre, elles coûteront 1,7 milliard de francs suisses de plus que prévu.
Cela étant, au-delà la facture, c’est surtout les délais de livraison, et donc le risque d’une rupture temporaire de capacité, qui préoccupent le plus le DDPS. Aussi, il a lancé une nouvelle procédure pour acquérir un second système de défense aérienne le plus rapidement possible. «Compte tenu de la détérioration de la situation en matière de sécurité, la Suisse doit être rapidement en mesure de se défendre contre les attaques à distance», a en effet soutenu le Conseil fédéral, en juin dernier.
L’Office fédéral de l’armement [Armasuisse] a donc adressé une demande d’informations à cinq industriels, au titre du programme Bodluv GR 2. Puis, après un premier examen, quatre offres ont été retenues, celle de l’allemand Diehl Defence, basée sur l’IRIS-T SLX, ayant été écartée.
Le choix d’un second système de défense aérienne doit se faire entre le L-SAM de Hanwha Aerospace, le David’s Sling [ou «Fronde de David»] de Rafael, le Barak MX d’Israel Aerospace Industries et le SAMP/T NG [Sol-Air Moyenne Portée / Terrestre de Nouvelle Génération] du consortium franco-italien Eurosam [formé par Thales et MBDA, ndlr], lequel avait été écarté au profit du Patriot.
Cependant, selon la presse suisse, les chances des industriels israéliens étant minces pour des considérations politiques, le contrat devrait se jouer entre Hanwha Aerospace et Eurosam. Au DDPS, «le système sud-coréen est lui aussi considéré comme prometteur», a en effet rapporté Watson, au début du mois.
Il revient désormais au Conseil fédéral de trancher.
«Les évaluations militaires et de politique de défense des offres fermes reçues sont terminées», a confirmé Kaj-Gunnar Sievert, le porte-parole d’Armasuisse, dans les pages du SonntagsBlick. Le dossier est donc désormais entre les mains du directeur des armements, Urs Loher, et dans celles de M. Pfister. Il reviendra à ce dernier de faire une recommandation au Conseil fédéral et de soumettre une demande d’achat. Une enveloppe de 5 milliards de francs suisses devrait être débloquées à cette fin.
Mais d’après le SonntagsBlick, l’achat du SAMP/T NG serait privilégié. «L’acquisition de ce système auprès du consortium franco-italien Eurosam devrait être la priorité. D’une part, le Conseil fédéral s’est engagé à privilégier les achats d’armements européens à l’avenir. D’autre part, dans le contexte politique actuel, l’acquisition d’un produit israélien ou sud-coréen ne pourrait se faire sans susciter de polémiques», a-t-il en effet avancé. Et d’y voir aussi une dimension politique puisque ce choix permettrait aussi à Berne d’améliorer [de réparer ?] ses relations avec Paris.