Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 21 septembre 2026

Affaire Kaspersky: des incertitudes subsistent au sein du SRC

 

L’ancienne division «Cyber» du Service de renseignement de la Confédération (SRC) n’est pas encore tirée d’affaire. Le rapport publié lundi sur l’enquête commandée à l’été 2025 conclut certes que les faits survenus au sein du SRC ont été «suffisamment élucidés», mais émet néanmoins des réserves.

«Certaines incertitudes subsistent quant aux soupçons pesant sur l’ancienne collaboration entre la division Cyber et (la société russe de cybersécurité) Kaspersky», a indiqué devant la presse lundi l’avocat Dominique Müller, du cabinet indépendant Lenz & Staehelin, qui a mené l’enquête.

Le résumé du rapport et le Département fédéral de la défense (DDPS) ne fournissent guère de précisions supplémentaires sur les éventuelles fuites de données. A la suite d’une plainte déposée par l’autorité de surveillance pour soupçon d’espionnage, le Ministère public de la Confédération (MPC) enquête en effet depuis plus d’un an pour déterminer si des informations classifiées ont été systématiquement transmises à Kaspersky et si elles ont pu, par ce biais, parvenir aux services secrets russes.

«L’enquête du MPC (…) est toujours en cours. Je ne peux pas m’exprimer à ce sujet», a déclaré le chef du DDPS Martin Pfister à Berne.

Pas de suppressions de données «à grande échelle»

Le DDPS indique que l’enquête administrative n’avait révélé, au-delà des accusations déjà connues, aucun nouvel élément de fond ni indice solide laissant supposer l’existence d’activités de renseignement politique interdites.

Aucun indice de suppression de données «à grande échelle» n’a par ailleurs été mis en évidence. De tels agissements avaient également été reprochés à d’anciens collaborateurs du SRC dans le cadre de l’affaire Kaspersky.

Il y a un peu plus d’un an, la radio-télévision alémanique SRF avait révélé, sur la base d’un rapport secret du SRC, que des services de renseignement amis avaient alerté le service suisse dès 2021 sur de possibles fuites de données. Martin Pfister avait alors chargé le cabinet d’avocats Lenz & Staehelin de mener une enquête, qui vient de s’achever.

Plusieurs rapports internes et externes avaient déjà été consacrés aux faits présumés, qui se sont déroulés entre 2015 et 2020. Selon le DDPS, les recommandations qui en ont découlé ont été «globalement mises en œuvre». La dernière enquête a également confirmé ce constat, comme cela a été précisé lundi devant les médias à Berne.

L’importance de la transformation

Selon le DDPS, la mise en œuvre de ces recommandations s’inscrit également dans le cadre de la réorganisation du domaine cyber et du SRC. Cette transformation doit s’achever à la fin de cette année. L’objectif est de créer un service plus léger et plus efficace, doté de compétences, de processus et de structures mieux définis, précise le département.

L’Autorité de surveillance indépendante du service de renseignement de la Confédération (AS-Rens) avait auparavant constaté de graves lacunes dans la gestion et la direction du personnel du SRC.

La dernière enquête administrative a confirmé «certaines lacunes dans la culture de confiance au sein du SRC», liées aux réorganisations passées, tout en portant une appréciation positive sur le DDPS et le SRC.

Le SRC a procédé à des améliorations considérables et poursuit ses efforts en ce sens, a souligné le directeur du SRC Serge Bavaud. Parmi les mesures prises figure un nouveau règlement encadrant le signalement de comportements présumés inappropriés ou de dysfonctionnements liés à la sécurité.

«Aller de l’avant»

Martin Pfister s’est dit «très heureux» du résultat de l’enquête. «Nous pouvons désormais aller de l’avant sans blocages ni incertitudes».

Le chef du DDPS a rappelé que les cyberattaques visant des cibles suisses sont devenues nettement plus nombreuses et plus graves ces dernières années. Elles touchent les institutions publiques, les organismes de recherche, les entreprises et les infrastructures critiques. De plus en plus souvent, les cyberattaques utilisent également des systèmes informatiques situés en Suisse comme relais pour mener des attaques contre des pays tiers.

«Au vu de cette situation, nous avons besoin d’un service de cybersécurité en qui nous pouvons réellement avoir confiance et qui travaille en toute transparence. Grâce à l’enquête, nous savons désormais que c’est bien le cas», a conclu M. Pfister.

ATS