Après avoir connu son apogée durant la guerre froide au sein de nombreuses armées, le concept du char léger, chaînon actuellement manquant au sein de nos forces depuis la disparition de la famille AMX-13, réapparaît au début de ce siècle. C’est tout d’abord la Russie qui avait dévoilé en 2006 le 2S25 Sprut, destiné à ses unités parachutistes, dont la production est demeurée confidentielle. Quinze ans plus tard, les États-Unis présentaient le M-10 Booker, dont le programme a été abandonné au printemps 2025.
Si les programmes de chars légers sont restés confidentiels (en Russie) ou ont été annulés (aux États-Unis), ce n’est pas le cas en Inde ou en Chine, qui s’affrontent depuis plusieurs décennies dans les confins himalayens. C’est à l’occasion du déploiement d’une douzaine de chars T‑90 Bishma dans la province du Ladakh que l’Inde a constaté des problèmes de motorisation en altitude, en partie dus à la raréfaction de l’air et aux très basses températures. Ces retours d’expérience l’ont convaincue de lancer un programme de développement pour un char léger, dénommé Zorawar, dont le concept a été dévoilé en octobre 2022 et dont les essais opérationnels sont toujours en cours.
La Chine a été plus prompte que son voisin indien à développer un char léger en lançant lors de la première décennie de ce siècle un programme ambitieux visant à remplacer le vénérable Type‑62 à l’armement désuet, à la motorisation anémique et incapable de se mouvoir avec efficacité en zones montagneuses. Le nouveau char léger chinois doit répondre aux exigences actuelles de l’APL (Armée populaire de libération), c’est-à‑dire être moderne, mobile et capable d’opérer aussi efficacement sur les hauts plateaux himalayens que dans les forêts et régions humides où le Type‑99 a du mal à se mouvoir.
C’est en décembre 2011 qu’un char à l’aspect moderne fut furtivement aperçu sur une voie ferrée, en transit en direction du Tibet. Les observateurs occidentaux pensaient alors qu’il s’agissait d’une nouvelle modification du Type‑99, mais il n’en était rien. Le considérant comme un modèle allégé, ils le dénommèrent alors Type‑99A. Le développement de ce nouveau char fut confié à NORINCO (North Industries Corporation) ainsi qu’à l’institut de recherches 201. La période de gestation du projet est demeurée confidentielle jusqu’à début novembre 2016, lorsque le nouveau char fut officiellement dévoilé au salon international de Zhuhai sous sa dénomination export, VT‑5. Il y était présenté comme un char de combat léger de troisième génération, qui ne semblait pas manquer d’arguments. Son poids était alors estimé entre 30 et 36 t, et il semblait être protégé par un blindage modulable avec briquettes réactives et slat armour sur les flancs de la tourelle et de la caisse. La dénomination des blindés chinois est parfois complexe et le VT‑5 n’échappe pas à la règle : il est devenu le ZTQ‑15, ou Zhuangja tanke qiongxing (littéralement « char blindé léger »), lorsque son existence fut officiellement confirmée par le ministère chinois de la Défense en décembre 2018, alors qu’il entrait en service au sein de l’APL pour poursuivre les essais en unités.
Les premiers pas
Mais il fallut attendre le 70e défilé de la Fête nationale, le 1er octobre 2019, pour qu’il soit révélé au grand public, avec quelques modifications importantes par rapport à la version export. Il prit alors les dénominations internationales « Type‑15 » et « Panthère noire ». Il se caractérise par le poste de pilotage implanté plus à gauche, un glacis supérieur avant de caisse plus anguleux et des briquettes de blindage réactif à l’aspect différent. La production, qui a débuté en 2016, est assurée par l’usine de chars de Baotou, au nord-ouest de Pékin. À ce jour, environ 500 exemplaires ont été produits pour le compte de l’APL, et une vingtaine pour les unités amphibies.
Les premiers chars produits ont été immédiatement affectés aux unités blindées déployées dans la région autonome du Tibet (Xinjiang). En juin 2019, les sources officielles chinoises révélaient que le 81e groupe d’armées, et plus particulièrement la 54e brigade interarmes, avait effectué des manœuvres assorties de campagnes de tirs à plus de 4 700 m sur le plateau du Qinhai avec ses nouveaux ZTQ‑15. Ces dernières, couronnées de succès, ont démontré toute la pertinence des choix effectués lors de l’élaboration du cahier des charges pour un char destiné à tirer et à évoluer à de telles altitudes. Ces succès n’ont pas laissé le voisin indien indifférent : il se devait de réagir, car le comportement de ses Bishma, tant dans le domaine du tir que dans celui de la motorisation, était loin d’égaler celui du nouveau venu à de telles altitudes. En septembre 2022, la 123e brigade interarmes lourde du 75e groupe d’armées percevait à son tour des ZTQ‑15. Cette brigade est chargée de défendre les côtes sud du pays, et est stationnée au niveau de la mer, bien loin donc des altitudes des plateaux tibétains. Cette affectation des ZTQ‑15, non amphibies, était motivée par le fait que, en tant que char léger, il remplaçait efficacement les Type‑62 obsolètes.
Ainsi, que ce soit en altitude ou au niveau de la mer, le ZTQ‑15 semblait bien né, à tel point qu’il fut affecté par la suite à d’autres grandes unités, et plus particulièrement au sein du 16e régiment interarmes de la 6e division du Xinjiang, ainsi qu’aux 1re et 6e brigades d’infanterie de marine, apportant une plus-value non négligeable dans le domaine de la puissance de feu lors des opérations de « plageage », tout en étant transportable à bord de navires d’assaut grâce à son poids contenu. En septembre 2017, le Bangladesh émit une demande d’information afin de se doter d’un char léger de moins de 36 t, armé d’un canon de 105 mm ou de 125 mm ayant la capacité de tirer un missile antichar par le tube. La Russie proposa alors son 2S25, la Corée du Sud, son K21‑105 et NORINCO, son VT‑5. C’est ce dernier, dénommé VT‑5BD (Bangladesh), qui a remporté la compétition. Il a impressionné par sa puissance de feu, sa mobilité en zones humides, la modularité de son blindage réactif, tout en étant équipé du système de protection active chinois (APS) GL‑5.
Un premier contrat portant sur l’acquisition de 44 exemplaires, l’effectif d’un régiment, fut signé en décembre 2019. Ces VT‑5 devaient devenir les chars les plus modernes déployés par les forces de Dacca aux côtés des 44 VT‑1A d’origine chinoise dont le contrat d’acquisition de 147 millions de dollars avait été signé le 14 juin 2011. En mars 2021, l’état-major bangladais confirmait officiellement que la commande avait bien été passée auprès de NORINCO. Les engins ont commencé à être livrés dès le mois d’avril suivant, avec un camouflage tropical qui détonnait avec celui des ZTQ‑15. Un an plus tard, en novembre 2022, les 44 VT‑5 commandés, qui constituaient en fait une première tranche, étaient tous livrés. Ils furent dévoilés pour la première fois au grand public lors du défilé du Jour de la victoire en décembre 2022. En août 2025, des VT‑5BD au camouflage caractéristique, entourés d’ingénieurs bangladais, étaient aperçus une nouvelle fois sur le site de production de Baotou.
Il s’agit de la seconde tranche de 44 exemplaires commandée par Dacca, dont les premiers ont été débarqués dans le port de Chattogram le 18 février 2026. Cette seconde commande, passée discrètement, démontre que les forces bangladaises, avec la mise sur pied d’un second régiment, poursuivent avec constance leur ambitieux programme de modernisation dénommé « Forces Goal 2030 ». De plus, il est à noter que, toujours dans le cadre de cette modernisation, est comprise la livraison d’un modèle amélioré du VT‑4, le VT‑4A1, démontrant la volonté du corps blindé bangladais de se séparer au plus vite de ses 174 Type‑59 et 58 Type‑69C hors d’âge stationnés dans des zones géographiquement difficiles, à fort taux d’humidité, pour lesquelles le VT‑5 a entre autres été développé. Dans la doctrine des forces bangladaises, le VT‑5BD est employé pour fournir une puissance de feu mobile et effectuer des missions de reconnaissance.
Caractéristiques techniques
Le train de roulement du ZTQ‑15 se compose de six galets avec la poulie de tension à l’avant, et le barbotin à l’arrière. Les chenilles, masquées par des jupes en acier recouvertes de blindage composite, sont supportées par trois rouleaux porteurs. Le système de suspensions hydropneumatiques est semblable à celui du Type‑74 japonais avec variation de garde au sol offrant une mobilité accrue en zones montagneuses et un confort certain pour les trois membres d’équipage, tout en autorisant un largage sur palette à partir d’un avion gros porteur de type Y‑20 dans lequel deux ZTQ‑15 peuvent être embarqués. La caisse, de 7,5 m de long et de 3,3 m de large, est protégée par des plaques en acier mécanosoudées. Deux configurations sont possibles : standard ou lourde. La première se compose de blindage en acier classique recouvert de panneaux composites sur les flancs, ainsi que de briquettes réactives sur la proue. La seconde comprend un package de briquettes réactives plus épaisses, des panneaux en matériaux composites sous le plancher et des slat armours au niveau des barbotins, facilitant l’évacuation de la boue tout en protégeant des munitions à charge creuse. Les performances s’en trouvent affectées et le package lourd est censé n’être utilisé qu’en zones ouvertes et en combat de haute intensité. Le GL‑5 n’est pas monté sur le ZTQ‑15.
Le poste de pilotage dispose de trois épiscopes et d’un DVE (Driver vision enhanced) installé à droite permettant au pilote de rouler sous blindage de jour comme de nuit. La tourelle est constituée de plaques mécanosoudées recouvertes de blindage composite et de briquettes réactives. Le chef de char, à droite, dispose d’une lunette panoramique à vision thermique indépendante avec télémètre laser. À gauche, le tireur dispose d’une lunette aux capacités égales à celle du chef de char montée sur le toit. L’armement principal se compose du canon rayé ZPL‑151 de 105 mm, inspiré du Royal Ordnance L7 britannique compatible avec les munitions OTAN qui a équipé, entre autres, les Leopard 1 et les M‑60. Stabilisé en site et en gisement, il permet le tir en roulant grâce à une conduite de tir moderne. Sa portée maximale est de 3 000 m avec un débattement en site de − 7° à + 18°.
Le ZTQ‑15 dispose, en nuque de tourelle, d’un chargeur automatique « à l’occidentale » autorisant une cadence de tir de 4 coups/min (9 d’après les sources chinoises). Les 38 munitions embarquées, dont 18 dans le chargeur, sont des obus explosifs DTB2‑105, antichars DTP2‑105 ou des obus-flèches DTC15‑105 (1 540 m/s) qui percent 500 mm d’acier à 2 000 m. De plus, le ZPL‑151 est conçu pour tirer le missile antichar GP‑105/GP2 guidé par laser d’une portée de 5 000 m, avec une probabilité de coup au but de 99 % sur cible fixe. L’armement secondaire se compose d’une mitrailleuse QJT‑88 de 5,8 mm montée en coaxiale à droite du tube, de 12 pots fumigènes Type 97 couplés au système de détecteur d’alerte laser, et d’un tourelleau téléopéré monté en nuque de tourelle et armé d’une mitrailleuse lourde QJC‑88 de 12,7 mm ou un lance-grenades QLZ‑04 de 35 mm avec fonction « killer-killer ». Ce tourelleau n’existe pas sur le VT‑5, où il est remplacé par l’APS GL‑5.
Le développement du moteur V8 turbodiesel Shanxi 132HB de 883 ch a fait l’objet d’un soin particulier pour tourner à plus de 4 000 m d’altitude avec un système d’alimentation en air spécifique. Implanté à l’arrière de la caisse, il est couplé à une boîte de vitesses automatique. L’admission en air s’effectue par deux grilles rectangulaires implantées au-dessus, alors que les deux grilles d’extraction d’air chaud se trouvent à la proue de la caisse, encadrées par les deux pots d’échappement surmontés de fûts à carburant largables. Cette motorisation permet au ZTQ‑15 de 33 t (36 t avec le blindage lourd) d’atteindre sa vitesse maximale de 70 km/h en 19 s, de rouler à 40 km/h en tout-terrain et à 29 km/h en marche arrière, avec une autonomie de 450 km. Il peut gravir des pentes de 60 % et des marches verticales de 0,85 m, évoluer sur des dévers de 30 % et franchir des tranchées de 2,5 m de large et des gués de 1,1 m.
Le ZTQ‑15 est équipé d’une protection NBC, d’un système de climatisation, d’un système de commandement tactique infocentré, de communications satellitaires, ainsi que d’un système de navigation intégrant une centrale inertielle.
Pierre Petit