Et si votre garagiste se transformait… en espion ? Cela paraît évidemment un peu gros mais en Allemagne, il pourrait pourtant bientôt être amené à fournir certaines informations aux services de renseignement. Le gouvernement allemand a adopté ce mercredi 12 août 2026 un projet de réforme destiné à renforcer leurs pouvoirs face notamment aux risques d’espionnage, de sabotage et de cyberattaque.
Parmi les changements prévus, le texte élargit le nombre d’organismes soumis à une obligation d’information. Et les ateliers automobiles sont explicitement concernés, confirme le Zentralverband Deutsches Kraftfahrzeuggewerbe (ZDK), qui représente les professionnels allemands de l’automobile. Le sujet porte notamment sur les "données de télémétrie" générées par les véhicules modernes. Une notion encore suffisamment large pour que constructeurs et réparateurs demandent désormais au gouvernement de préciser exactement ce qu’elle recouvre.
Attention toutefois au raccourci : le projet ne prévoit pas de donner aux services secrets un accès direct aux voitures. Le principe consiste à réclamer des informations déjà disponibles auprès des acteurs qui les détiennent ou peuvent y accéder. Et c’est justement cette nuance qui constitue l’une des lignes rouges posées par l’industrie automobile allemande.
Les garagistes ne veulent pas devenir des auxiliaires du renseignement
En soi, le ZDK ne conteste pas la nécessité de renforcer les moyens des services de renseignement allemands. Il refuse en revanche que cette mission se déplace progressivement vers les entreprises. Son président, Thomas Peckruhn, estime ainsi que les concessions et ateliers ne doivent pas devenir le "bras prolongé des services de renseignement".
Derrière la formule se cache un autre problème. Les données accessibles varient d’une voiture et d’un constructeur à l’autre. Un atelier ne dispose donc pas nécessairement de toutes les informations enregistrées par un véhicule. Le ZDK réclame que la future loi définisse précisément ce qu’un professionnel devra transmettre et surtout qu’un garage ne puisse pas être sanctionné lorsqu’une donnée n’existe pas, reste techniquement inaccessible ou demeure verrouillée par le constructeur.
L’organisation souligne également que les petites et moyennes entreprises du secteur ne disposent pas forcément des moyens humains, juridiques ou techniques nécessaires pour traiter seules des demandes provenant des services de renseignement.
Les constructeurs acceptent de coopérer, jusqu’à une certaine limite
Du côté des constructeurs, la porte n’est pas complètement fermée. Le Verband der Automobilindustrie (VDA) ne rejette pas le principe de transmettre certaines données aux autoritést. L’organisation soutient même une architecture dans laquelle les informations seraient fournies en priorité par les constructeurs et, de manière subsidiaire, par les ateliers.
Mais elle pose deux limites. La première concerne l’accès au véhicule lui-même : le VDA refuse qu’un service de renseignement puisse se connecter directement à une voiture, notamment pour des raisons de sécurité informatique. La seconde touche à la collecte des informations. Seules celles qui existent déjà devraient pouvoir être demandées.
Pour l’industrie, pas question, autrement dit, de commencer à enregistrer de nouvelles données simplement parce qu’elles pourraient éventuellement intéresser les autorités plus tard. Le VDA demande également que la future législation s’articule clairement avec les règles européennes déjà existantes en matière de données personnelles et de cybersécurité.
Une donnée technique peut rapidement changer de fonction