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mercredi 19 août 2026

Les lance‑roquettes multiples russes : l’heure de tourner la page soviétique ?

 

Nombre de biographies des tankistes allemands de la Deuxième Guerre mondiale soulignent de manière régulière la qualité, la précision et l’efficacité des artilleurs russes… les équipages allemands les tenant en beaucoup plus haute estime que les tankistes soviétiques. Tenant une place à part dans l’histoire et la psyché soviétique, l’artillerie a longtemps été considérée comme étant le « dieu de la guerre » en URSS. Rustiques, produits en masse, simples à mettre en œuvre (1) tout en offrant un volume de feu massif (mais peu précis), les lance‑roquettes multiples BM‑8, BM‑13 et BM‑31 sont entrés dans l’Histoire sous les noms « d’orgues de Staline » ou « Katiouchas ».

Les lance‑roquettes multiples (RSZO(2) dans la nomenclature soviéto‑russe) alignés actuellement par les forces terrestres russes (VS) sont les lointains héritiers des Katiouchas dont ils reprennent une bonne partie des bases conceptuelles dans leur doctrine d’emploi : recours à un volume de feu massif en vue de saturer la zone ciblée ; bonne mobilité tous terrains ; « relative » simplicité dans la mise en œuvre des équipements permettant de fonctionner dans tous les types d’environnements. Les lance‑roquettes multiples en service forment un triptyque composé des 9K51 Grad (122 mm), 9K57 Uragan (220 mm) et 9K58 Smerch (300 mm) qui approchent et/ou dépassent les quarante années de carrière. Un début de modernisation a été engagé dès 2012 avec le programme Tornado (décliné en Tornado‑G(3) pour les 122 mm et Tornado‑S(4) pour les 300 mm) incluant également le développement de nouvelles munitions. Néanmoins ce programme est incomplet : héritées de l’époque soviétique étant toujours présentes. On pourrait également parler de la famille des TOS‑1 (et variantes), ces « lance‑flammes lourds » qui occupent une niche spécifique – principalement le tir de roquettes thermobariques sur des objectifs fortifiés – et n’existent qu’en nombre (trop) réduit pour avoir un impact réellement significatif.

La généralisation des drones sur le champ de bataille, les lourdes pertes enregistrées durant les premiers mois des combats et enfin l’arrivée de matériels occidentaux (aux performances nettement supérieures) ont mis en avant le déficit de performances (portée et précision), de modularité (calibre des roquettes) et de mobilité des matériels russes par rapport à leurs équivalents occidentaux contemporains. Autre problématique découlant directement de l’emploi des drones : toute tentative de concentration d’unités d’artillerie en vue de générer des volumes élevés de feu va invariablement se transformer en « open bar » pour les opérateurs de drones. Même avec des équipements de lutte anti‑drones à disposition, protéger des concentrations de véhicules de ce gabarit relève de la gageure.

Les responsables russes vont faire feu de tout bois pour apporter rapidement des solutions et, par la même occasion, remettre leur artillerie à niveau, dans un contexte où ils doivent également compenser une attrition élevée. Même si certaines solutions apportées sont critiquables, notamment suite aux choix techniques posés qui découlent – pour partie – des limitations industrielles russes ainsi que du besoin de produire rapidement pour compenser les pertes, il est à noter que les travaux en cours portent en priorité sur trois axes : la mobilité, la portée de tir et dans une moindre mesure la protection.

Les évolutions des lance‑roquettes multiples russes depuis la chute de l’URSS peuvent se subdiviser en trois « périodes » : l’effondrement post‑soviétique (1991‑2010), le timide réveil (2010‑2020) et enfin la guerre ukrainienne et la réaction concomitante (2022‑202x). Vu l’impossibilité de traiter l’ensemble des événements de manière exhaustive dans un cadre aussi restreint, un rapide passage sera fait sur les deux premières périodes tandis que l’accent sera mis sur la période post‑2022.

De 1991 à 2022

Doux euphémisme, l’effondrement de l’URSS a été un cataclysme sans nom pour ses forces armées : disparition d’unités, abandon des programmes de recherche, destruction de l’outil de production ainsi que des bureaux d’études et enfin destruction des moyens techniques et du capital humain de la structure logistique de maintien en condition opérationnelle. Sur une période d’un peu moins de vingt ans, les forces armées russes vont accumuler un retard technologique massif : ses capacités techniques n’évoluant que peu ou prou alors que la démocratisation et la généralisation de l’informatique ouvraient des possibilités considérables pour les équipements militaires. Même si les discussions doctrinales et opérationnelles liées aux forces armées se poursuivent, les recommandations ne sont en général pas suivies d’effets par manque de moyens financiers et techniques.

Le retour des budgets d’équipements et de modernisation dès le milieu des années 2000 va voir nombre de projets ressortis du frigo, remis au goût du jour et connaissant un début d’exécution. Plus spécifiquement en ce qui concerne les lance‑roquettes multiples, c’est le cas du programme Tornado développé par NPO Splav et Motovilikha : le 9K51M Tornado‑G doit prendre la relève des 9K51 Grad (122 mm), tandis que le 9K515 Tornado‑S vient prendre la relève des 9K58 Smerch (300 mm). Entrée en service dès 2013, cette famille reprend les bases techniques des deux plates‑formes (châssis, motorisation, tubes) tout en y adjoignant un système de guidage par GPS/Glonass ainsi qu’un nouveau système de tir automatisé en vue de l’accroissement de la précision et de la réactivité de l’ensemble. En outre, les travaux visant à établir un système de reconnaissance et de tir, le ROS(5), vont se concrétiser dès 2017, intégrant notamment les drones Orlan‑10 pour assurer l’éclairage des cibles ainsi que la transmission des coordonnées de tir aux lanceurs. Le programme Tornado comprend à la fois la production de véhicules neufs ainsi que la revalorisation de véhicules existants portés à ce standard. Il est donc difficile d’avoir une vue précise des nombres précis d’unités en service, les livraisons débutant en 2017.

Outre les véhicules, un travail de fond est entrepris au niveau des munitions employées. Concernant les roquettes de 122 et 300 mm, les axes de développement portent sur des munitions plus précises et à l’allonge accrue. En quelques années, les Russes vont développer en calibre 122 mm les 9M521/9M538/9M539 et 9M541 et, en calibre 300 mm, les 9M542/9M544 et 9M549. Selon le modèle, elles disposent soit d’une allonge accrue (maximum 25 km pour le 122 mm et maximum 120 km pour le 300 mm) soit de charges explosives plus destructrices et bénéficient d’un guidage par Glonass.

En février 2022, à la veille de l’invasion de l’Ukraine, les forces terrestres russes disposent de 9K51 Grad/9K51M Tornado‑G (122 mm), de 9K58 Smerch/9K515 Tornado‑S (300 mm) et enfin de 9K57 Uragan (220 mm). Les contre‑performances des systèmes déployés ainsi que les lourdes pertes enregistrées(6) vont pousser les Russes à accélérer les travaux sur les équipements à disposition, de manière intéressante. Ils vont ainsi appliquer leur recette traditionnelle, combinant à la fois le développement de nouveaux modèles de lance‑roquettes multiples (solutions pour l’avenir) tout en revalorisant les modèles à disposition (solutions pour le présent et le futur proche).

Un nouveau châssis pour le 9K57 Uragan (220 mm)

Le système 9K57 Uragan(7), d’un calibre de 220 mm, est entré en service en 1975. Le lanceur 9P140 emporte un ensemble de seize tubes de 220 mm installés sur un châssis massif 8×8 ZiL‑135LM propulsé par deux moteurs à essence. Avec une portée minimale de huit kilomètres et maximale de 35 kilomètres, le lanceur est en mesure de tirer une dotation de 16 roquettes en moins de 20 secondes ce qui lui permet de ratisser une zone évaluée à 42,6 hectares en une seule passe de tir. Avec environ 150 lanceurs complétés par un stock placé en réserve, la disparition progressive du système Uragan de la dotation russe (d’où l’absence d’un Tornado pour le remplacer) semblait s’imposer. L’obsolescence technique de son châssis découlant des difficultés à le maintenir(8) ainsi que l’absence de nouvelles munitions faisaient de ce dernier un candidat idéal pour la retraite. Les lourdes pertes enregistrées en Ukraine ainsi que l’existence d’un stock important de lanceurs 9P140 à disposition semblent avoir significativement changé la donne.

Vu les limitations techniques du châssis (comprenant deux moteurs ZiL‑375Ya fonctionnant à l’essence et disposant chacun de leur propre transmission agissant sur un seul côté du véhicule), les responsables russes vont lancer le développement, au milieu des années 1990, du 9K512 Uragan‑1M. Ce projet, qui tablait à l’origine sur l’emploi d’un châssis 8×8 BAZ‑6910, verra finalement le châssis ZiL remplacé par un nouveau châssis 8×8 MZKT‑7930 donnant naissance au lanceur 9A53, qui voit en outre les tubes pour roquettes remplacés par des paniers de transport et de lancement. Ce lanceur peut emporter soit 12 roquettes de 300 mm (assemblées dans deux paniers 9Ya295 de six roquettes) soit 30 roquettes de 220 mm (assemblées dans deux paniers de 15) soit un panachage des deux calibres selon les besoins opérationnels. L’Uragan‑1M se distinguait par son aptitude à tirer les roquettes de 220 mm du système Uragan ainsi que les roquettes de 300 mm du système Smerch.

Ses essais étatiques débuteront en 2012 et, malgré leur fin concluante en 2015, la Russie ne recevra que six 9A53. L’absence de passage en production de série, les difficultés à maintenir le véhicule en conditions opérationnelles ainsi que les pertes enregistrées en Ukraine condamnaient de facto l’Uragan. Néanmoins, des images publiées fin 2023 illustrant un système 9K57 Uragan installé sur un châssis 6×6 BAZ‑69092 montrent que les militaires russes ont décidé de revaloriser l’ensemble en remplaçant le châssis ZiL par un châssis moderne et unifié avec d’autres systèmes (S‑350, S‑400, etc…). Outre l’emploi d’un châssis connu de facture nationale, le gain en performances et en simplicité d’exploitation en comparaison avec le ZiL‑135LM s’annonce d’ores et déjà des plus pertinents. Le nouveau châssis est de plus petit gabarit (6×6 contre 8×8) et propulsé par une motorisation simplifiée (un seul moteur diesel YaMZ‑8491.10‑032 de 450 ch en lieu et place de deux moteurs essence ZiL‑375Ya développant 360 ch) qui offre à l’ensemble des performances largement revues avec une vitesse de pointe pouvant monter à 80 km/h sur routes goudronnées (65 km/h pour le châssis ZiL) ainsi qu’une autonomie maximale sur routes pouvant atteindre 1 000 km (570 km pour le châssis ZiL). À l’inverse, aucun travail n’a été entrepris sur le système de ciblage : les Uragan rééquipés avec le châssis BAZ‑69092 disposent donc toujours des mêmes performances offensives qu’à l’origine.

De manière surprenante, les véhicules ainsi rééquipés ne bénéficient pas d’une cabine blindée, tout au plus quelques grilles de protection anti‑drones sont présentes, les équipages bricolant les véhicules en unités. Aucune donnée précise n’a été communiquée sur la systématisation de ce rééquipement, néanmoins plusieurs trains transportant des Uragan sur châssis BAZ ont été photographiés en Russie ces derniers mois.

Vozrozhdenie (122 mm/220 mm)

Lors d’une visite officielle effectuée à l’usine NPO Splav de Tula fin février 2024, il a été possible de voir les premières images d’un nouveau système de lance‑

roquettes multiple qui répondrait au nom de Vozrozhdenie. Il est construit sur base du système de minage à distance (ISDM(9)) Zemledeliye(10), qui emporte deux paniers de 25 tubes de 122 mm capables de tirer des roquettes contenant des mines à une distance de 5 à 15 km, permettant de créer rapidement et à distance de sécurité un champ de mines sans mettre en danger immédiat les troupes. Le rechargement du véhicule s’effectue en remplaçant directement les paniers sur la plateforme.

Entré en service en 2020, le système Zemledeliye repose sur un châssis 8×8 KamAZ‑6560 doté d’un moteur diesel KamAZ‑740.60‑360 (de 360 ch), offrant à l’ensemble une vitesse de pointe de 90 km/h. Vu l’architecture du système s’apparentant à un système d’artillerie, les Russes vont initier en 2023 le développement d’un nouveau système de lance‑roquettes multiples bicalibre reprenant l’architecture du Zemledeliye et embarquant un panier de 25 tubes pour roquettes de 122 mm ainsi qu’un panier de neuf tubes pour roquettes de 220 mm. Ce nouvel ensemble, répondant au nom, pas encore officiel, de Vozrozhdenie est donc en mesure de tirer l’ensemble des roquettes de 122 mm des Grad/Tornado‑G, les roquettes de 220 mm de l’Uragan ainsi que les roquettes des systèmes TOS‑1(‑A) et TOS‑2.

La visite de février 2024 officialise l’existence de ce nouveau système : les rares images disponibles permettent de voir le recours à un châssis 8×8 qui est très probablement un KamAZ‑6560, tandis que les tubes à roquettes sont montés dans des paniers. Le système serait capable de frapper jusqu’à 25 km (roquettes de 122 mm) et 35 km (roquettes de 220 mm). Autre caractéristique importante de l’ensemble, si ce dernier entre en production de série, les Russes disposeront d’un ensemble apte à remplacer les Grad, Uragan ainsi que TOS‑1(‑A)/‑2/‑3 au sein d’une seule plate‑forme unique.

Le Sarma : nouveau système de lance roquettes multiple de 300 mm 

Occupant le haut de l’échelon en matière de lance‑roquettes multiples russes, le calibre 300 mm est représenté par le système 9K58 Smerch(11) dont le lanceur 9A52‑2 dispose de douze tubes de 300 mm dont la portée est de 20 km au minimum et de 100 km au maximum. Le lanceur est en mesure de tirer l’ensemble des roquettes en une salve pour faire un tir de saturation, ou roquette par roquette pour effectuer des tirs de précision. Ce système dont le développement a été initié au début des années 1980 est admis au service en 1989, peu de temps avant la fin de l’URSS.

La modernisation au standard Tornado‑S des Smerch, abordée plus haut, n’apporte pas d’évolutions fondamentales : le lanceur 9A54 et son véhicule de rechargement 9T234‑2 emploient toujours comme base châssis 8×8 MAZ‑543M. Même si ce dernier offre une capacité tous‑terrains pratique pour suivre les colonnes blindées peu importe le type de terrain traversé, cet ensemble est lourd (masse d’un lanceur : 43,7 tonnes), complexe à déployer et nécessite des moyens adaptés pour son transport sur de longues distances.

Conscients des limitations et contraintes découlant du gabarit du lanceur 9A52‑2, les ingénieurs de Motovilikha vont présenter une version allégée en 2007 avec le 9K58‑4 Kama dont le nouveau lanceur 9A52‑4 emporte non plus 12 mais bien six tubes de 300 mm disposés dans un panier, l’ensemble étant implanté sur un châssis 8×8 KamAZ‑6350. Le but poursuivi étant de créer un système offrant une plus grande mobilité et un plus petit gabarit, plus facilement (aéro)‑transportable. Point intéressant du Kama, le lanceur est conçu pour emporter un panier de transport et de lancement du modèle 9Ya295, qui permet de remplacer directement le panier au lieu de procéder au rechargement tube par tube du lanceur. Fort logiquement, un nouveau véhicule logistique adapté à ce mode de transport et de tir fut développé simultanément.

Malgré l’avantage inhérent apporté par le recours à un panier de transport et de tir, les responsables russes vont rejeter cette idée et une version revue et corrigée du Kama est présentée en 2009. Le panier 9Ya295 est alors remplacé par un ensemble de six tubes de 300 mm du type MZ‑196, toujours implanté sur le châssis 8×8 KamAZ‑6350. Les essais de ce dernier vont se prolonger jusqu’en 2012 avant de connaître un enterrement de première classe : les Russes vont lancer peu de temps après le projet de modernisation au standard 9K515 Tornado‑S.

Les travaux effectués sur le 9K58‑4 Kama vont servir de base au développement d’un nouveau système d’artillerie dont le développement est annoncé en juin 2023. Répondant au nom de Sarma, le système récupère le panier à roquettes MZ‑196 contenant six tubes de 300 mm qui prennent place sur un châssis KamAZ‑63501 dont la cabine est blindée et offre – enfin – une protection pour l’équipage face aux tirs d’armes légères. Les tubes de 300 mm permettent de tirer l’ensemble de la dotation Smerch/Tornado‑S. Néanmoins, en comparaison avec ces derniers, la capacité offensive d’un Sarma est réduite de moitié même si la mobilité du système est revue à la hausse. La masse d’un lanceur Sarma est évaluée, en l’absence de chiffres officiels pour l’instant, à 33 tonnes. Comparativement, les lanceurs 9A52‑4 (Smerch) et 9A54 (Tornado‑S) en charge culminent à 43 tonnes, soit un delta d’environ 25 % entre les deux systèmes.

Autre élément à souligner, l’usage d’une architecture composée de tubes fixes d’un calibre de 300 mm ne permet pas de panacher l’ensemble avec des tubes d’autres calibres, le Sarma marque donc le pas au niveau de la polyvalence et de la modularité face aux productions occidentales avec leurs paniers reconfigurables pouvant embarquer des armements de calibres différents. Cependant, l’intégration de la nouvelle munition guidée UMPB D‑30SN (avec ajout d’un booster nécessaire pour le lancement) dans la dotation du Tornado‑S et du Sarma va augmenter la capacité de frappe de précision à très longue portée qui sera la bienvenue pour cet équipement.

Une fuite de documents provenant de hackers ukrainiens, donc à envisager avec les réserves de rigueur, indique que les forces armées russes ont passé commande de deux divisions de Sarma, soit l’équivalent de 12 lanceurs ainsi que les véhicules de soutien logistique liés. Cette commande vient donc directement confirmer que le système Sarma est en production de série.

Changement d’époque ?

On peut le voir dans ce rapide aperçu, il y a eu plus d’évolutions depuis 2022 qu’il n’y en a eu depuis 1991. Travaillant en parallèle sur plusieurs fronts, les responsables et industriels appliquent la méthode russe coutumière en mélangeant revalorisation de l’ancien couplé au développement du neuf. Il n’empêche que les travaux en cours ne sont que l’arbre qui cache la forêt. Il s’agit avant tout de rattraper le retard important accumulé ces 30 dernières années et dont les premières réponses sont le programme Tornado présenté en 2012. Comparaison n’est pas raison et la guerre ne se gagne pas (uniquement) en comparant des chiffres, mais la différence de performances entre les systèmes occidentaux les plus modernes (K239 Chunmoo, M‑142 HIMARS, PULS) et leurs homologues russes montre le déclassement évident de ces derniers.

La guerre remplissant son rôle d’accélérateur, on peut voir plusieurs évolutions se dessiner à l’horizon : le segment lourd (300 mm) disposera à terme du Sarma pour assurer son renouvellement, le segment médian (220 mm/122 mm) pourra se reposer sur le Vozrozhdenie tandis que le segment léger se reposera soit sur le Tornado‑G, dont certains exemplaires sont maintenant montés sur châssis KamAZ‑5350, soit sur le même Vozrozhdenie dont le double calibre lui permettra de couvrir les deux capacités. Les Russes n’ont pas encore franchi le « cap » de l’architecture du panier modulable pouvant emporter plusieurs types de munitions. Cependant le développement de nouvelles munitions avec une allonge augmentée et une précision accrue est significatif. Ce faisant, en reculant les lanceurs de la ligne de contact, les nouvelles munitions vont permettre d’augmenter les chances de survie de ces derniers.

Au vu de la place centrale occupée par l’artillerie dans le dispositif offensif russe, on comprend mieux en quoi les évolutions récentes méritent d’être suivies avec attention : l’intégration systématique des drones dans le complexe de recherche/détection/illumination ainsi que la prise en compte de la menace qu’ils génèrent, fait que la doctrine d’emploi des LRM russes se transforme en profondeur, entraînant directement les évolutions techniques constatées. L’artillerie voit son rôle principal, qui consistait à écraser l’ennemi sous un volume de feu massif évoluer vers une capacité de frappe de précision à plus grande distance, principalement pour se protéger des drones rôdant à proximité de la ligne de contact. Les évolutions en matière de mobilité des lanceurs s’inscrivent exactement dans ce cadre. En agissant de la sorte, les Russes tournent donc la page de l’héritage soviétique où la masse, la concentration et le volume primaient pour passer à un ensemble beaucoup plus souple, plus mobile et précis en adéquation avec les contraintes et menaces des champs de bataille contemporains… In fine, si toutes les évolutions observées se concrétisent, pourrait très clairement se révéler beaucoup plus dangereuse demain qu’aujourd’hui.

Notes

(1) Par des équipages peu instruits et rapidement formés.

(2) Реактивная Cистема Залпового Огня.

(3) 9K51M.

(4) 9K515.

(5) разведивательнфая‑огновая система. Son origine remonte aux leçons tirées de la guerre d’Afghanistan.

(6) 376 Grad, 22 Tornado‑G, 101 Ouragan et 7 Smerch (https://www.oryxspioenkop.com/2022/02/attack‑on‑europe‑documenting‑equipment.html).

(7) Ураган.

(8) Ils ne sont plus produits depuis 1991.

(9) Инженерная Система Дистанционного Минирования.

(10) Земледелие.

(11) Смерч.

Benjamin Gravisse

areion24.news