Dès son arrivée en janvier 2025, Donald Trump a annoncé s’attaquer au narcotrafic, alors que l’ONU alerte sur la hausse mondiale de la consommation de drogues (1). Washington privilégie une stratégie de confrontation armée, ciblant les producteurs et leurs réseaux, quitte à violer la souveraineté de pays comme le Venezuela, dont les eaux territoriales ont été touchées par des frappes américaines entre octobre et décembre 2025.
e président américain a affirmé, en janvier 2025, vouloir inscrire l’ensemble des cartels et groupes transnationaux liés au trafic de drogue au registre des organisations terroristes étrangères. Ce statut de « narcoterrorisme » lui permet de justifier des interventions armées, en s’appuyant sur des mesures policières, militaires et juridiques développées depuis les attentats du 11 septembre 2001. Ainsi, en juillet, Washington a placé sur cette liste le Cartel de los Soles, allant jusqu’à accuser le chef d’État du Venezuela, Nicolás Maduro (depuis 2013), d’en être le dirigeant, et à engager des opérations au large de ce pays.
Une stratégie « coup de poing »
C’est en octobre 2025 que la CIA a été autorisée à agir au Venezuela, alors que Washington déployait dans les Caraïbes près de 15 000 soldats, ainsi que des bâtiments de sa marine, dans le cadre d’un exercice militaire mené avec Trinité-et-Tobago, à quelques kilomètres des côtes vénézuéliennes. Au cours de ces manœuvres, une vingtaine d’embarcations ont été coulées, accusées par les services américains de transporter de la drogue, sans qu’aucune preuve ait été fournie. Ces attaques, incarnant le cœur de la stratégie « coup de poing » voulue par Washington, ont été jugées contraires au droit de la mer par l’ONU, qui dénonce le recours à des armes létales hors d’une situation de menace imminente.
Les États d’Amérique centrale et latine perçoivent le retour d’une tutelle exercée par Washington. Beaucoup interprètent ces actions comme des ingérences assumées de l’administration de Donald Trump dans l’ancienne « arrière-cour » des États-Unis, fustigeant les échos d’une rhétorique qui rappelle celle de la « doctrine Monroe », formulée en 1823 par le président James Monroe (1758-1831 ; en fonction de 1817 à 1825) pour dissuader toute intervention des anciennes puissances coloniales européennes dans la région. Cette conception du pré carré américain a ressurgi durant la guerre froide avec, par exemple, le « plan Condor », qui permettait des ingérences directes des États-Unis dans la traque et la répression des opposants politiques aux pouvoirs en place au Chili, en Argentine, en Uruguay, au Paraguay et au Brésil, afin d’écarter toute influence communiste.
Plusieurs États redoutent que, sous couvert de lutte antidrogue, l’interventionnisme de Washington serve un projet hégémonique. Certains tenants de l’aile dure du Parti républicain n’ont jamais caché leur volonté de raviver la « doctrine Monroe ». C’était le cas de John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump lors de son premier mandat (2017-2021), soutien de la première heure du magnat depuis tombé en disgrâce. C’est désormais le cas du secrétaire d’État Marco Rubio, qui, en popularisant le slogan « America First », revendique un recentrage régional de la politique étrangère des États-Unis. En faisant du contrôle du continent latino-américain un enjeu stratégique, l’administration de Donald Trump s’adresse à son grand rival du XXIe siècle, la Chine.
Nouvelles rivalités
Les ambitions chinoises en Amérique latine et dans les Caraïbes n’ont cessé de croître depuis une vingtaine d’années. En 2024, les échanges commerciaux entre la République populaire et 33 pays de la région ont atteint un record historique de 515 milliards de dollars et devraient dépasser 700 milliards en 2035. Cette implantation croissante des intérêts chinois se traduit également par des investissements massifs et des projets d’infrastructures ambitieux, dont le montant s’élève à plus de 300 milliards de dollars. Un exemple emblématique est le port de Chancay, au Pérou. Donald Trump avait même laissé entendre qu’il aspirait à intégrer le canal de Panama au territoire américain, considérant que la présence de la Chine y était trop importante.
Dans un contexte de rivalité commerciale et stratégique, l’interventionnisme des États-Unis au nom de la lutte contre le narcotrafic sert de levier géopolitique : en ciblant le régime vénézuélien, Washington cherche à bousculer les rapports privilégiés que Caracas entretient avec Pékin, notamment dans le domaine énergétique. En juillet 2025, les deux pays avaient signé un ensemble de mesures de coopération dans les secteurs du commerce et des hydrocarbures. Si le régime de Nicolás Maduro tombe, les ressources pétrolières, les plus importantes de la planète (302 milliards de barils en 2024), seront alors à la portée des compagnies américaines. La drogue ne serait qu’un prétexte. On peut le comprendre en observant les contradictions de Donald Trump : en décembre 2025, celui-ci a menacé de geler les aides financières au Honduras si le conservateur Nasry Asfura n’était pas élu président de ce pays, qui accueille une base américaine. Dans le même temps, il graciait Juan Orlando Hernández, l’ancien chef d’État hondurien (2014-2022), condamné en 2024 à quarante-cinq ans de prison pour… trafic de drogue aux États-Unis.
Note
(1) UNODC, World Drug Report 2025, 2025.
Les Caraïbes, nouvelle« arrière-cour » des États-Unis
Guillaume Fourmont
Xavier Houdoy
