Les communications de l’Australie avec le reste du monde dépendent à plus de 95 % d’une quinzaine de câbles sous-marins répartis autour de cette île-continent, les satellites ne comptant que pour 1 % du trafic. D’où l’importance cruciale de ces infrastructures. C’est d’ailleurs pour cette raison que, en 2007, Canberra a mis en place des «zones de protection» s’étendant sur plusieurs dizaines de nautiques des côtes afin de garantir leur intégrité. Sauf que cela est loin d’être suffisant, d’autant plus qu’aucun organisme spécifique n’a été désigné pour assurer leur surveillance et apporter une réponse en cas d’incident, comme cela s’est produit il y a quelques jours, au large de Perth.
En effet, le 9 août, le PDG de l’opérateur australien Subco, Bevan Slattery, les câbles Indigo West et Indigo Central, qui relient l’Australie à l’Indonésie et à Singapour, ont tous les deux subi une défaillance, quasiment au même moment. Et cela alors qu’un navire, au comportement suspect, se trouvait à proximité.
Entre les 9 et 10 aout, «des défauts de dérivation sont survenus successivement sur les câbles Indigo West et Indigo Central […]. Fait remarquable, cela s’est produit dans la zone de protection des câbles sous-marins au large de Perth. Par ailleurs, une activité suspecte a été observée à proximité du lieu et du moment des défauts, provenant d’un navire», a en effet affirmé M. Slattery, via le média social LinkedIn.
Et d’ajouter : «Cette situation est préoccupante. D’une part, les câbles sous-marins sont essentiels à l’infrastructure numérique de notre pays, et d’autre part, il pourrait s’agir du deuxième incident de ce type dans une zone de protection des câbles déclarée par le gouvernement fédéral. Il peut s’agir d’une coïncidence, mais il est important que la police fédérale australienne enquête sur cette affaire de toute urgence».
Son appel a été entendu puisqu’une enquête a depuis été ouverte. Les câbles en question n’étant pas dotés de dispositifs permettant d’établir automatiquement un diagnostic, Subco devra déployer des moyens dans la zone pour déterminer la cause de ces deux incidents.
Environ 200 câbles sous-marins sont coupés chaque année, de manière accidentelle dans près de 80 % des cas. Des glissements de terrain peuvent aussi être à l’origine d’incidents. Tout comme les actes de sabotage, dont il est toujours compliqué de confondre les auteurs.
Dans les cas d’Indigo West et d’Indigo Central, le comportement du navire – a priori, un pétrolier – repéré dans leur voisinage interroge dans la mesure où il a suivi une trajectoire inhabituelle, passant à plusieurs reprises au-dessus des câbles [voir photo ci-dessus].
Simple coïncidence ? Un rapport publié cette semaine par le Collège de sécurité nationale relevant de l’Université natinale australienne [ANU] a mis en garde contre le risque de sabotage des infrastructures sous-marines critiques.
«Les incidents plus récents survenus en mer Baltique et autour de Taïwan suggèrent que des acteurs étatiques sondent et testent activement les infrastructures de câbles en temps de paix dans le cadre de stratégies de guerre hybride plus larges, dans le but de pouvoir dégrader rapidement la connectivité dès le début d’un conflit», a d’abord relevé ce document.
«Dans un contexte stratégique qui se détériore et qui est marqué par une instabilité maritime croissante, l’importance stratégique des câbles sous-marins australiens n’a jamais été aussi évidente – ni les conséquences de leur interruption aussi graves», a-t-il ensuite prévenu.
Pour l’un de ses auteurs, David Brewster, les zones de protection sont inefficaces. «Il est extrêmement difficile d’empêcher un adversaire déterminé de couper ces câbles» comme il est aussi «extrêmement difficile d’arrêter les cyberattaques contre ces mêmes câbles», a-t-il dit lors d’un entretien accordé à une radio locale.
