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jeudi 2 juillet 2026

La justice allemande accuse les autorités ukrainiennes d’être à l’origine du sabotage des gazoducs Nord Stream

 

Depuis qu’il a été établi que les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2, censés acheminer du gaz russe en Europe occidentale [notamment en Allemagne] via la Baltique, ont été sabotés, les hypothèses sur ses auteurs et ses commanditaires potentiels n’ont pas manqué.

Pour rappel, le 26 septembre 2022, quatre fuites de gaz furent détectées sur les deux gazoducs, exploités par le groupe russe Gazprom, après deux explosions survenues à quelques heures d’intervalle. Deux furent localisés dans la zone économique exclusive [ZEE] de la Suède, les deux autres se trouvant dans celle du Danemark. Les investigations menées par la suite permirent de trouver des traces d’explosifs.

Même si neutraliser Nord Stream 1 et Nord Stream 2 n’était pas dans son intérêt, la Russie fut accusée d’être à l’origine de ce sabotage. Puis celle-ci en fit porter la responsabilité à l’Otan, plus particulièrement au Royaume-ni et/ou aux États-Unis. Une implication norvégienne fut même évoquée par une ancienne gloire du journalisme d’investigation, avec toute la force que lui donnait l’exactitude ses révélations passées. Mais, finalement, l’hypothèse d’une acte commis par des Ukrainiens prit de plus en plus de consistance.

En mars 2023, des éléments sur le mode opératoire de ce sabotage furent dévoilés par la presse allemande. Ainsi, il apparut que les saboteurs [cinq hommes et une femme] avaient loué un voilier sous des identités d’emprunt pour poser des explosifs sur les deux gazoducs. Une telle opération ne présentait pas de difficultés insurmontables à des plongeurs expérimentés, compte tenu de la relative faible profondeur des eaux de la Baltique. Cela étant, restait à déterminer le commanditaire, même si cette piste menait à l’Ukraine.

À la même époque, le New York Times fit état de renseignements désignant un groupe «pro-ukrainien» composés d’opposant à Vladimir Poutine, le chef du Kremlin. Plus tard, le général Valeri Zaloujny, qui était à la tête des opérations spéciales ukrainiennes au moment des faits, avant d’être nommé commandant en chef des forces armées, fut soupçonné. Cependant, Kiev réfuta toute responsabilité.

Mais, en remontant le fil, le Parquet fédéral allemand émit deux mandats d’arrêt à l’encontre de deux ressortissants ukrainiens : Volodymyr Z., moniteur de plongée de son état, et Serhii K., soupçonné d’avoir coordonné le sabotage.

Résident en Pologne, le premier échappa à la justice, les autorités locales n’ayant pas répondu à la demande adressée par Berlin au titre de l’entraide judiciaire européenne dans les délais prescrits. En revanche, le second fut interpellé à Rimini par la gendarmerie italienne [Arma dei Carabinieri] en août dernier, avant d’être extradé vers l’Allemagne quelques semaines plus tard.

Ce rebondissement a depuis permis de faire la lumière sur cette affaire. En effet, ce 2 juillet, le Parquet fédéral allemand a fait savoir qu’il venait d’inculper Serhii K. pour son implication dans le sabotage de Nord Stream 1 et de Nord Stream 2. Et, visiblement, il a assez d’éléments en sa possession pour accuser les autorités ukrainiennes de l’avoir ordonné.

Connu sous le nom de Serguiï Kuznietsov, celui-ci avait affirmé qu'il était à l'époque des faits, et jusqu'en 2023, un commandant de l'armée ukrainienne et soutenait qu'il était en Ukraine au moment du sabotage. Il sera jugé à Hambourg, où il est actuellement en prison, d'après les médias allemands.

Preuves accablantes

Les preuves recueillies à son encontre sont qualifiées d'"accablantes» par les médias : l'homme a parlé des attaques à des proches au téléphone. De plus, les enquêteurs ont trouvé dans son téléphone portable des éléments indiquant son implication. 

D'après les médias, les enquêteurs allemands ont découvert des traces d'un mélange d'explosifs militaires à bord du voilier. Ils sont ainsi remontés jusqu'à l'Ukrainien.

«En 2022, Serhii K. était officier dans l’armée ukrainienne. Après le début de la guerre […] lancée par la Russie, lui et d’autres militaires, agissant pour le compte des autorités ukrainiennes, ont élaboré un plan visant à détruire les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2, reliant la Russie à Lubmin, en Allemagne, via la mer Baltique. L’objectif était de couper définitivement les approvisionnements en gaz et d’empêcher la Russie d’utiliser les recettes de la vente de gaz naturel pour financer son effort de guerre», résume le Parquet fédéral allemand, via un communiqué.

Selon cette source, l’accusé a réuni un groupe comprenant «plusieurs plongeurs professionnels, d’un skipper et d’un expert en explosifs» avant d’entrer en Allemagne avec de faux passeports ukrainiens. Puis, il a loué un voilier auprès d’une société établie à Rostock, en produisant de faux documents d’identité et en ayant recours à des intermédiaires.

«L’accusé et ses complices ont utilisé le voilier pour transporter d’importantes quantités d’explosifs à haute performance, destinés à un usage militaire, dans les eaux internationales, à proximité de l’île danoise de Bornholm. Là, le groupe de Serhii K. a fixé divers engins explosifs à retardement» sur les gazoducs, détaille le Parquet. La suite est connue : les explosions se sont produites le quatre jours plus tard… alors que Nord Stream 1 «transportait environ la moitié de l’approvisionnement annuel en gaz naturel de l’Allemagne destiné à la production d’énergie». Cependant, au moment des faits, ce gazoduc venait d’être mis hors service au moment des faits.

Pour le moment, les autorités ukrainiennes n’ont pas encore réagi aux accusations portées par la justice allemande.

Placé en détention provisoire, Serhii K. a été inculpé pour complicité de crime de guerre. Telle est la qualification qui été retenue pour avoir attaqué des «cibles civiles, détruit des bâtiments et perturbé les services publics». La Cour régionale supérieur de Hambourg aura à vérifier la recevabilité des charges retenues contre lui, avant la tenue de son procès.

Procès qui, selon son avocat italien, Nicola Canestrini, permettra «d’établir définitivement les faits et les responsabilités de manière exhaustive et de démontrer qu’une condamnation de l’accusé est hors de question».

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