Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 6 mai 2026

Malgré la guerre, Téhéran proche de l'arme nucléaire

 

Malgré deux mois de guerre et de frappes américano-israéliennes ciblées sur des sites stratégiques, le programme nucléaire iranien resterait étonnement résilient. Selon trois sources proche du dossier, les évaluations du renseignement américain indiquent que le délai nécessaire à Téhéran pour produire une arme atomique n’a pas bougé: il est toujours estimé entre neuf mois et un an, comme après la guerre de 12 jours, remontant à juin 2025, révèle Reuters

Avant les frappes de l'été dernier, l’Iran aurait pu atteindre cet objectif en seulement trois à six mois. Mais si plusieurs installations clés ont été endommagées (Natanz, Fordow et Ispahan), le cœur du problème demeure intact: la volatilisation de stocks d’uranium hautement enrichi. Environ 440 kilos enrichis à 60%, suffisants pour fabriquer dix bombes, restent introuvables, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Cette dernière estime que la moitié se trouverait dans des souterrains secrets sur le site d'Ispahan, sans toutefois pouvoir vérifier l'information.

Un objectif difficile à atteindre

«A notre connaissance, l’Iran possède toujours la totalité de son arsenal nucléaire», a déclaré Eric Brewer, ancien analyste principal du renseignement américain qui a dirigé les évaluations du programme nucléaire iranien. Les opérations militaires, débutées le 28 février, ont surtout visé des capacités militaires conventionnelles et les dirigeants iraniens, laissant de côté une partie critique du programme nucléaire. En réalité, pour réellement freiner Téhéran il faudrait désormais neutraliser ou récupérer ces réserves, difficilement accessibles, enfouies dans des tunnels souterrains. 

Pourtant, les responsables américains, Trump y compris, parlent régulièrement de décimer le programme nucléaire iranien pour justifier la guerre. «Il ne faut absolument pas permettre à l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire. C'est l'objectif de cette opération», écrivait en mars dernier sur X J.D. Vance, vice-président des Etats-Unis. La finalité semble alors encore loin.

Ces dernières semaines, des responsables américains ont envisagé des opérations radicales susceptibles de repousser considérablement le programme nucléaire iranien. Parmi les propositions les plus osées figurent un raid terrestre afin justement de s'en prendre aux stocks d'uranium hautement enrichi. Cependant, de tels scénarios comportent des risques importants et n'ont pas été approuvés publiquement. De son côté, l'Iran a toujours nié vouloir se doter de l'arme nucléaire affirmant que son programme est destiné à des fins pacifiques.

Les scientifiques nucléaires visés

Evaluer précisément les capacités nucléaires de l’Iran reste un casse-tête, même pour les meilleurs services de renseignement. Si un consensus se dégage sur la capacité de Téhéran à fabriquer une bombe, certaines analyses divergent et laissent planer le doute sur l’ampleur réelle des dégâts infligés.

Washington estime que les frappes ont affaibli la menace en réduisant la capacité de l’Iran à protéger ses sites sensibles. Mais un autre facteur complique encore l’équation: l’élimination de scientifiques nucléaires iraniens par Israël.

Selon David Albright, ancien inspecteur de l’ONU, ces assassinats pourraient désorganiser le savoir-faire technique nécessaire à la fabrication d’une arme opérationnelle. En clair: si les connaissances théoriques subsistent, les compétences pratiques, elles, peuvent être durablement atteintes. En tout cas, sur le terrain, le compte à rebours continue.

Solène Monney

blick.ch