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lundi 11 mai 2026

Fiche pays Moyen-Orient : Égypte

 

L’année 2024 a vu l’économie de l’Égypte, un temps au bord du gouffre, se rétablir grâce notamment à l’aide économique de l’Union européenne (UE) et des institutions financières internationales. La multiplication des crises dans la région a renforcé son statut de pays clé ne pouvant sombrer. Le développement du secteur touristique joue également un rôle dans cette relative embellie.

Le 1er janvier 2024, l’Égypte a rejoint le groupe des BRICS+, consolidant ainsi sa stratégie de diversification des alliances adoptée depuis plus de dix ans afin de réduire sa dépendance aux États-Unis. Cela ne l’empêche cependant pas de conserver une relation privilégiée avec les Occidentaux. Au printemps 2024, l’Égypte a obtenu un prêt de 8 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI), tandis que la Banque mondiale s’engageait à lui fournir 6 milliards de dollars sur trois ans, et que l’UE lui promettait plus de 7 milliards d’euros sous forme de prêts, d’aides et d’investissements à l’horizon 2027.

Difficultés financières

L’Occident ne peut pas se permettre de perdre le soutien de l’Égypte ou de voir ce pays gagné par l’instabilité dans un contexte régional de plus en plus tendu. Médiateur incontournable dans les négociations dans la bande de Gaza, gardien du Sinaï et donc de la frontière avec Israël, Le Caire a présenté, en mars 2025, un plan de reconstruction de ce territoire palestinien, soutenu par la Ligue arabe et par plusieurs États européens, dont l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. La situation régionale a été encore compliquée par le changement de régime en Syrie, l’aggravation de la guerre au Soudan et les frappes des houthistes en mer Rouge. Ces dernières ont directement impacté l’économie égyptienne, en réduisant de moitié la navigation dans le canal de Suez – 13 213 vaisseaux l’ont emprunté en 2024, contre 26 434 en 2023 –, provoquant une chute de ses revenus, passés de 8,8 milliards de dollars pour l’année fiscale 2022-2023 à 6,6 milliards la période suivante.

Ces difficultés se sont ajoutées à un déficit de la balance des paiements ainsi qu’à une forte inflation hérités de la pandémie de Covid-19, qui avait déstabilisé les chaînes d’approvisionnement, et de l’agression russe en Ukraine en 2022, qui avait entraîné une augmentation du prix des céréales. En mars 2024, l’Égypte a adopté un taux de change flottant face au dollar, se traduisant par une dévaluation de la livre égyptienne. Dans le passé, l’Égypte est toujours revenue à un taux fixe, par crainte d’une envolée des prix alimentaires susceptibles de déclencher des « émeutes de la faim », mais également en raison du poids de l’État – en particulier de l’armée – dans l’économie, ce qui favorise une préférence des élites politiques pour un taux de change stable. Périodiquement, l’Égypte est néanmoins contrainte d’opter pour un taux flottant afin de restaurer ses réserves en devises étrangères et d’obtenir des prêts des institutions financières internationales. En 2024, pour la première fois en trente ans, Le Caire a augmenté le prix du pain subventionné.

Le soutien de l’UE s’inscrit dans le cadre d’un programme visant à mieux contrôler les flux migratoires passant par le pays. L’ONG Amnesty International a dénoncé l’absence de conditionnalité démocratique à cette aide. Le cas emblématique d’Alaa Abdel Fattah illustre le déclin des politiques de promotion de la démocratie : malgré la médiatisation de sa grève de la faim au printemps 2025, ce militant de la révolution de 2011, emprisonné, n’a pas été libéré. De son côté, le prêt accordé par le FMI en 2024 est conditionné à une réduction du poids de l’État dans l’économie nationale, incluant la vente sur les marchés boursiers d’une partie des entreprises contrôlées par l’armée.


Réveil touristique

Grâce aux réformes engagées, les institutions financières internationales prévoient une augmentation de la croissance égyptienne, de 2,4 % en 2024 à 5 % en 2029, tirée par l’afflux attendu de nouveaux investissements et par une reprise progressive de la consommation des ménages. En effet, les Égyptiens les plus pauvres ont été les principales victimes de la hausse des prix et de la réduction des dépenses de l’État. L’extension prévue des programmes de protection sociale devrait permettre de soulager économiquement une partie de la population la plus précaire.

Par ailleurs, le tourisme est en plein essor, avec un nombre record de 15,7 millions de visiteurs étrangers pour l’année 2024. La modernisation du secteur, la restauration de sites culturels et la création de nouvelles infrastructures semblent porter leurs fruits. Symbole de ce renouveau, le Grand Musée égyptien – situé près des pyramides de Gizeh et présenté comme le plus grand établissement archéologique du monde avec ses 81 000 mètres carrés – est partiellement ouvert depuis octobre 2024, et devrait ouvrir entièrement lors de son inauguration officielle prévue en juillet 2025. En outre, la découverte à Louxor, en février 2025, de la tombe du pharaon Thoutmôsis II (1493-1479 av. J.-C.) devrait raviver l’intérêt du public pour l’égyptologie. 


Clément Steuer

areion24.news