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dimanche 29 mars 2026

Très mal noté lors de ses évaluations, le futur pistolet des forces suisses fait polémique

 

En décembre dernier, l’Office fédéral de l’armement [Armasuisse] fit savoir que le pistolet Sig Sauer venait d’être sélectionné aux dépens du Glock G45 Gen 5 et du SFP9 proposé par Heckler & Koch et qu’un premier lot de 50 000 exemplaires allait être commandé pour remplacer progressivement les P75 actuellement en dotation au sein des forces armées suisses.

«L’utilisation du SIG Sauer P320 est très répandue au sein des armées, des autorités gouvernementales et des services de police suisses et étrangers, et il s’agit d’un système d’armes qui a fait ses preuves. Dans le cadre des essais techniques, un protocole d’essai standardisé et reconnu a été appliqué et le SIG Sauer P320 a satisfait à tous les aspects liés à la sécurité lors des tests», avait justifié Armasuisse.

Seulement, plusieurs affaires ont nui à la réputation du SIG Sauer P320.

En 2017, la police de Dallas ordonna à son personnel de ne plus utiliser cette arme car celle-ci était susceptible de faire feu en cas de chute, ce qui amena Sig Sauer à lui apporter des corrections.

Publiée six ans plus tard par le Washington Post, une enquête fit état de cent cas de tirs accidentels impliquant un P320. Et d’avancer que quatre-vingts personnes, dont trente-trois agents appartenant à dix-huit services de police différents, avaient été blessées. Au moins trente-cinq de ces incidents auraient été causés par des armes acquises après 2017, donc supposées avoir été modifiées.

En juillet 2025, l’Air Force Global Strike Command [AFGSC] décida de suspendre temporairement l’utilisation des pistolets M18 [désignation du P320 au sein des forces américaines, ndlr] après un incident mortel survenu à la base aérienne «F.E. Warren» [Wyoming] et ordonna une inspection complète de toutes les armes de ce type.

Plus tard, un aviateur fut arrêté pour entrave à la justice et, surtout, pour avoir commis un homicide involontaire en lien avec cet incident. Si les M18 furent ensuite remis en service, il apparut toutefois que 191 d’entre eux nécessitaient des réparations à cause d’une «usure anormale» de certaines pièces.

Quoi qu’il en soit, ces incidents n’ont donc pas empêché le P320 de remporter l’appel d’offres émis pour remplacer les P75 des forces suisses. Pour autant, cette décision fait polémique, après que le site d’information Watson a révélé les résultats des évaluations menées par Armasuisse.

Si ces derniers avaient été pris en compte, alors le choix se serait porté sur le Glock 45 Gen 5, celui-ci ayant obtenu une note globale de 7/10. Quant au P320, il a reçu la note de 1/10. Soit la plus basse possible. Ainsi, sa précision a été jugée insuffisante [à cause d’un guidon surdimensionné masquant une partie de la cible] tandis que son ergonomie le rend «difficile à maîtriser».

«Le réarmement de la détente a été décrit comme à peine perceptible, ce qui entraîne des erreurs en situation de stress» et le «relèvement de l’arme après le tir » est si prononcé qu’il “complique fortement la réacquisition rapide de la cible. Cela a notamment entraîné, chez des tireuses ne disposant pas d’une forte musculature, des problèmes médicaux, en particulier des douleurs au poignet nécessitant de porter des bandages», rapporte Watson.

L’évaluation a aussi déterminé que la culasse du P320 «ne se refermait souvent pas automatiquement», obligeant ainsi le tireur à «la pousser manuellement vers l’avant», ce qui serait susceptible «d’entraîner des erreurs fatales en situation de combat». En outre, le pistolet de Sig Sauer aurait tendance à s’user «prématurément». Enfin, «sa maintenance» et «son nettoyage» se sont avérés «laborieux et compliqués».

Dans ces conditions, pourquoi le P320 a-t-il été choisi ? Dans son communiqué publié en décembre, Armasuisse donne une partie de la réponse.

«Une évaluation globale en termes de politique d’armement et d’économie a toutefois révélé des avantages substantiels pour le modèle SIG Sauer P320 dans des domaines pertinents. De plus, l’analyse de la valeur d’usage a montré que les systèmes d’armes évalués sont certes quasiment équivalents en termes d’utilité globale, mais qu’ils diffèrent considérablement en termes de coûts totaux», a-t-il en effet expliqué.

En clair, le P320 a été choisi parce qu’il sera fabriqué en Suisse et qu’il a été estimé que ses défauts pouvaient être corrigés.

«Le gouvernement veut renforcer l’industrie d’armement helvétique pour des raisons économiques et liées à l’indépendance sécuritaire du pays. Les armes devraient ainsi être produites en Suisse, dans une filiale de l’entreprise située dans le canton de Schaffhouse», a résumé la RTS. «Le chef de l’armement semble miser sur cette arme controversée principalement parce que SIG Sauer s’est engagé à la produire en Suisse, s’inscrivant dans la stratégie de défense du Conseil fédéral», a confirmé le journal Blick.

Membre du Conseil des États [chambre haute du Parlement], Charles Juillard [Centre] a admis les défauts du P320. Mais, a-t-il dit à la RTS, ils ont été constatés sur des armes issues «de chaînes de production américaines», alors que les pistolets destinés aux forces helvétiques seront fabriqués «en Suisse».

Sous réserve que la commande soit confirmée par le Parlement, Sig Sauer va devoir améliorer le P320 conformément aux exigences techniques dictées par Armasuisse. Puis, a conclu Watson, les livraisons des premières armes devraient commencer en 2028.

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