Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mardi 17 mars 2026

Quelle régénération pour le parc blindé de l’armée russe ?

 

Lorsque le président Emmanuel Macron s’est adressé à la France le 5 mars 2025 (1) au sujet de la dégradation de la situation internationale, il a prononcé des propos pour le moins intéressants, indiquant notamment que d’ici à 2030, la Russie prévoyait « encore d’accroître son armée, d’avoir 300 000 soldats supplémentaires, 3 000 chars et 300 avions de chasse de plus […] ».

À première vue, les chiffres avancés paraissent impressionnants ; d’un point de vue purement algébrique, ils le sont effectivement et ils constituent une menace potentielle et réelle à moyen terme. Néanmoins, ces derniers nécessitent d’être contextualisés très sérieusement et nuancés. À moins d’avoir passé les quatre dernières années dans une grotte, nul n’ignore que l’attrition russe en Ukraine peut être cataloguée, selon chacun, entre le délirant, l’absurde et l’incertitude des chiffres.

Si l’on se base sur le site Oryx (2), qui effectue un suivi « le plus précis possible » dans des circonstances difficiles (accès au terrain, manipulation de l’information, etc.), on peut voir que les forces terrestres russes (SV) (3) ont perdu 4 322 chars de combat, 8 735 véhicules de combat d’infanterie, 993 pièces d’artillerie autotractées et 545 lance – roquettes multiples. Inutile de préciser que ces pertes représentent globalement un volume de véhicules plus élevé que la dotation totale des composantes terrestres des principales armées européennes ! Si l’on considère, en plus, qu’il s’agit de pertes confirmées, donc à envisager comme une fourchette moyenne, toutes les pertes n’étant pas documentées, on mesure mieux l’ampleur du carnage – le terme s’impose dans le cas d’espèce. Fort logiquement, malgré des pertes significatives, mais dans un ordre d’amplitude considérablement moindre, les forces aériennes et la marine russes ont elles aussi payé leur tribut dans le cadre de cette attaque.

Cependant, et malgré les chiffres disponibles, la position des Occidentaux, Europe en tête, est d’affirmer que la Russie met actuellement en place les moyens qui lui permettraient à terme de lancer des attaques sur l’Europe et, plus spécifiquement, sur les pays baltes. La Russie n’a en effet jamais caché son intérêt à récupérer un accès de plain-pied sur la Baltique, notamment pour permettre de « protéger » Saint – Pétersbourg, dont les communications maritimes passent par une mer devenue de facto et de jure une mer de l’OTAN (4) ; et l’on sait que les Russes accordent une grande importance aux questions liées aux accès maritimes. Les pays baltes ayant largement pris la mesure de la menace potentielle russe, ils se sont lancés dans un rééquipement rapide de leurs forces armées avec notamment l’acquisition de moyens de frappe à (très) longue distance, principalement des systèmes d’artillerie et de lance – roquettes multiples, ces acquisitions offrant le meilleur rapport « coût/efficacité » eu égard aux moyens humains et financiers locaux.

Outre les pertes, on constate également en Ukraine un autre phénomène qui change significativement la nature des opérations : l’existence d’une zone que l’on peut qualifier de « destruction mutuelle garantie » pour les véhicules blindés, à proximité immédiate de la ligne de front, en raison de l’omniprésence de drones de tous types. Réponse logique à cette menace, une « démécanisation » des engagements avec usage de petites unités d’infanterie très mobiles, couvertes par des tirs d’artillerie à moyenne et longue portée sous forme de barrages pour détruire les positions ennemies… avec en outre, des chars de combat employés pour effectuer des tirs indirects au lieu de servir à l’engagement d’autres véhicules blindés. L’évolution du caractère même de la guerre fait que les industriels doivent réagir vite et bien à une guerre qui nécessite des matériels en perpétuelle évolution… pour, finalement, n’obtenir que des gains marginaux sur le terrain. Inutile de préciser qu’en quatre années de combat, la Russie ne maîtrise toujours pas les territoires de l’est de l’Ukraine allant jusqu’au fleuve Dniepr comme elle le souhaitait après l’échec de son assaut initial et malgré sa volonté de changement de régime à Kiev.

Face aux pertes enregistrées, les Russes ont apporté une réponse en deux temps :

• primo, en augmentant les cadences de production au sein des usines disponibles, tout en empruntant des chemins détournés pour obtenir les équipements nécessaires frappés par les sanctions internationales ;

• secundo, en exploitant les stocks constitués à la chute de l’URSS qui sont remis dans le circuit via le réseau existant des BTRZ (5) (usines de réparations de blindés, compris au sens large). On dénombre actuellement sept BTRZ principales : 61, 72, 81, 103, 144, 163 et 560. Ces stocks, constitués d’une pléthore de véhicules allant du T‑34 au T‑90A ainsi que du BTR‑50 au BMP‑2, vont permettre aux Russes de reconstituer plus ou moins rapidement les effectifs, même s’ils ne sont plus de la même qualité que les véhicules engagés dans la phase initiale de l’attaque.

Les chars de bataille

L’armée russe a perdu 4 322 chars sur une période de cinq ans, soit une moyenne de 864 chars annuellement, ce qui représente plus de quatre fois le parc de chars de combat actifs de l’armée de Terre ! Même si ce chiffre est abordé de manière lissée, les pertes n’ont pas été linéaires durant les différentes phases de l’attaque russe et ont drastiquement diminué ces derniers mois avec la démécanisation des combats (6). Autre aspect à prendre en considération : si les T‑72B (7) et T‑80BV(M) (8) constituent l’essentiel des pertes, on remarque que les T‑54, T‑55, T‑62M et T‑64 ont également rejoint la longue liste des véhicules détruits en Ukraine… alors que ces modèles n’étaient plus en service au sein des SV en 2022 !

Ce retour en service des anciennes générations de MBT (Main battle tanks) soviétiques n’est pas dû au hasard, mais découle de l’exploitation des stocks accumulés à la fin de l’URSS. Vu les conditions de stockage des véhicules, une partie de ces derniers sont inexploitables en l’état bien qu’ils puissent servir de banque d’organes pour des véhicules à réparer et/ou récupérés endommagés sur le champ de bataille. Néanmoins, malgré des performances techniques limitées, les T‑62M et T‑64 sont encore parfaitement capables de remplir des fonctions en matière de tirs indirects et d’appui pour l’infanterie.

En parallèle, l’usine UralVagonZavod (UVZ) (9) de Nijni Taguil (oblast de Sverdlovsk) travaille simultanément sur les réparations et révisions de T‑72B3 et de T‑90 revenus du combat et sur la production de T‑90M Proryv‑3 et de T‑72B3 neufs. Vu les besoins en personnel qui en découlent, l’usine, qui maintient en parallèle son activité de construction et de réparations ferroviaires, a limité les travaux dans ce secteur pour donner la priorité absolue à la branche « véhicules blindés ». En outre, en 2023, plusieurs appels d’offres ont été publiés en vue de créer une deuxième ligne d’assemblage de chars de combat ainsi que d’agrandir la fonderie, le tout dans l’optique d’accroître la capacité de production de véhicules neufs. Même si les suites données à ses appels d’offres ne sont pas connues pour l’instant, il est un fait que l’usine UVZ est le cœur de la production de chars de combat neufs en Russie et que son rôle est appelé à s’accroître… ainsi que ses capacités. En effet, une partie de la capacité de production est occupée par les révisions et la modernisation au standard T‑72B3, et ce au détriment de la production de véhicules neufs. Le transfert de ces réparations vers les BTRZ est dans les intentions russes.

Cependant, disposer d’une capacité de production fait oublier qu’un char est l’assemblage de composants qui sont autant de facteurs de blocages potentiels dans le processus industriel, l’une des principales problématiques étant la motorisation. Les T‑72B3, T‑90M, BMPT Terminator et 2S35 Koalitsiya‑SV emploient le moteur V‑92S2 (10) produit au sein de l’usine ChTZ de Tcheliabinsk. Toute augmentation de la production de l’un de ces modèles impacte directement les autres, et inversement. De plus, en ce qui concerne les chars, le T‑72B3, même modifié avec ajout de blindages supplémentaires, marque le pas face au T‑90M, ce dernier n’étant pas non plus exempt de faiblesses identifiées (faiblesse du blindage de toiture et vitesse de recul anémique). Les chiffres de production de véhicules neufs de l’usine UVZ varient très largement selon les sources disponibles, allant de 150 à 300 véhicules annuellement, ces chiffres étant à pondérer en fonction de la capacité attribuée aux réparations et révisions de véhicules : une moyenne annuelle de 200-250 véhicules neufs ainsi qu’environ 200 véhicules réparés/révisés semble crédible, avec une possibilité de croissance à terme. Ces valeurs sont à aborder comme un ensemble de vases communicants où la capacité employée par l’un ne l’est pas par l’autre, et inversement.

Vu les contraintes industrielles liées à l’usine UVZ, les Russes ont sorti un nouveau lapin de leur chapeau : l’usine Omsktransmash (11), fort logiquement située à Omsk, et ses T‑80. Chargée de produire les T‑80BV jusqu’à l’arrêt de la production en 1991 ainsi que des T‑80U jusqu’en 1996, elle était tombée en faillite en 2002 avant d’être reprise et relancée, mais uniquement pour la révision et la réparation des T‑80BV ainsi que pour la modernisation au standard T‑80BVM. Char tombé en disgrâce à cause de sa motorisation composée d’une turbine à gaz GTD‑1250 (1 250 ch) extrêmement gourmande et onéreuse à entretenir, le T‑80BV est revenu sur le devant de la scène grâce à sa bonne tenue en Ukraine ainsi qu’à une motorisation plus puissante et plus réactive, poussant finalement les Russes à annoncer en septembre 2023 la reprise de la production du T‑80 au sein de l’usine Omsktransmash (12). Cette annonce, surprenante de prime abord, car l’usine n’a plus produit un seul véhicule neuf depuis 1996, est néanmoins logique. La possibilité d’exploiter une capacité disponible, bien que nécessitant un rééquipement, tout en exploitant les performances offertes par la turbine à gaz GTD‑1250 (puissance plus élevée, capacité de démarrage quasi instantanée, meilleure résistance au froid) font que les Russes vont donc disposer d’une deuxième ligne de châssis venant compléter la ligne existante de T‑72/T‑90 présente chez UVZ. De plus, le montage des premiers TOS‑1A sur châssis de T‑80 indique que ce dernier va également être employé pour les variantes de véhicules blindés exploitant actuellement le châssis T‑72/T‑90.

Outre les modifications apportées sur le terrain directement par les équipes mobiles de réparation et d’entretien, d’autres, plus importantes, le sont en usine, comme le renforcement des blindages sur les zones les plus faibles et l’ajout de grilles antidrones, chaque nouvelle année voyant son lot de nouveautés en la matière. Pour ce qui concerne les chars neufs, les Russes font feu de tout bois avec une politique axée sur la production de véhicules sur la base de T‑72B3/T‑90 (UVZ), à laquelle vient s’ajouter en parallèle celle de T‑80 (Omsktransmash), la question de la tourelle de ce dernier étant structurante. Celle d’origine, en acier moulé, n’est plus produite et, à moins d’exploiter les stocks, il est nécessaire de développer un nouveau modèle.

Manifestement, les Russes semblent enfin mettre de l’ordre dans cet ensemble avec le développement d’une nouvelle tourelle unique retravaillée (projets R&D Rivok‑1 et Rivok‑2) (13) devant équiper les futurs T‑90M2 et T‑80. Une fuite de documents d’UVZ provenant de hackers ukrainiens (14) nous apprend en effet que l’usine UVZ va lancer la production d’une variante modernisée du T‑90M, dénommée T‑90M2 (Objet 188M2), dotée d’une nouvelle tourelle ainsi que d’une transmission modifiée permettant de gommer le problème de vitesse de recul largement insuffisante. Si les prévisions sont respectées, l’usine UVZ devrait produire 418 nouveaux T‑90M et T‑90M2 en 2028, et 400 en 2029. Cette capacité augmentée serait concomitante au transfert vers les BTRZ des modernisations de T‑72A et T‑72B au standard T‑72B3M (dont le nombre diminue rapidement avec l’épuisement des stocks de véhicules compatibles).

Artillerie

L’artillerie autotractée semble suivre le chemin inverse de celui des chars de combat : alors qu’elle reposait jusqu’il y a peu sur l’ensemble – pour le moins disparate – de véhicules sur châssis chenillés d’origine soviétique que constituent les 2S1/2S3/2S4/2S5/2S7 et 2S19 Msta‑S, on assiste à un transfert progressif de l’artillerie vers des châssis à roues. L’armée a en effet réceptionné en octobre 2023 ses premiers 2S43 Malva, artillerie autotractée de 152,4 mm disposant d’un canon 2A64 (15) construite sur le châssis 8 × 8 BAZ‑6910‑027, produits par l’usine Ouraltransmash. Et peu de temps plus tard, en 2024, un deuxième système d’artillerie très fortement similaire, le 2S44 Giatsint‑K, était présenté. S’il reprend le canon 2A36 de 152,4 mm du Giatsint‑B, il est monté sur le même châssis et produit au même endroit que le Malva. Le canon 2A36 offre des performances balistiques accrues par rapport au 2A64 du 2S43 Malva, en portée notamment. Bien qu’ils ne soient entrés en service que récemment, ces deux systèmes équipent déjà plusieurs unités russes et ont été aperçus sur la ligne de front. À l’inverse, et fort curieusement, le système chenillé 2S35 Koalitsiya‑SV (calibre de 152,4 mm) n’a été aperçu ni de près ni de loin lors des opérations en Ukraine et sa production au sein de l’usine Ouraltransmash semble tourner au ralenti et/ou ne pas être prioritaire pour l’instant.

Dans le domaine des lance – roquettes multiples, les évolutions sont du même tonneau : accroissement de la mobilité des systèmes avec recours à des châssis sur pneus qui sont plus légers et disposent d’une meilleure autonomie. Le système 9K57 Ouragan (220 mm) est rééquipé avec un nouveau châssis 6 × 6 BAZ‑69092, tandis que le système 9K58 Smerch (300 mm) est décliné dans une variante plus mobile, le Sarma, qui dispose de six tubes de 300 mm implantés sur un châssis KamAZ‑63501 et dont 12 lanceurs ont été commandés pour l’instant. Enfin, un nouveau système installé sur un châssis 8 × 8 KamAZ‑6560 et pouvant emporter des roquettes de 122 mm ou de 220 mm, le Vozrozhdenie, a été présenté en 2024.

Avec des pertes en matière d’artillerie autotractée s’établissant à 993 véhicules et 545 lance-roquettes multiples, les Russes vont devoir augmenter significativement leur production au sein des usines Ouraltransmash et Motovilikha (16) pour couvrir les besoins actuels et à venir. Le passage à une artillerie sur châssis à roues BAZ et KamAZ, outre le gain de performances et de mobilité, va dans le sens d’une capacité de production accrue en évitant de mobiliser des variantes de châssis de T‑72 ou de T‑80 dont on a déjà besoin pour d’autres véhicules.

Les véhicules de combat d’infanterie

Reste la question des véhicules de combat d’infanterie (IFV), les pertes dans ce domaine étant absolument dantesques avec 8 735 unités perdues, les BMP‑1/‑2/‑3, BTR‑82 et MT‑LB tenant le haut du pavé. Avec des niveaux de protection qui sont globalement plus faibles que leurs équivalents occidentaux (blindage à base d’aluminium qui n’offre qu’une faible protection balistique), ces véhicules se sont révélés être des proies faciles pour les drones et autres missiles antichars employés par les Ukrainiens. Et si ces pertes ont été pour partie compensées par des déstockages de véhicules plus anciens (BMP‑1 et BTR‑50 notamment), les réserves exploitables se réduisent à leur portion congrue.

La production de véhicules neufs se concentre sur les BMP‑3 qui, bien qu’équipés de protections supplémentaires, présentent toujours les mêmes faiblesses qu’auparavant. Les Russes ont annoncé avoir significativement augmenté la production de l’usine Kurganmashzavod (17), une affirmation invérifiable pour l’instant. La famille des BMP doit être remplacée par la nouvelle plateforme Kurganets-25 (Objet 693 pour la version transport de troupe et Objet 695 pour la version combat d’infanterie). Cependant, bien que sa présentation remonte à 2015, elle n’est toujours pas entrée en service.

Mur de la réalité ?

Le problème, devenu récurrent, depuis février 2022, est de pouvoir faire la distinction entre les annonces et la réalité concrète des avancées et/ou capacités russes. Si pendant de nombreuses années, il était fréquent de prendre pour argent comptant les annonces russes en matière militaire, le mur de la réalité a été atteint et ce dernier révèle une image beaucoup plus complexe à appréhender. S’il est un fait que le complexe industriel russe est notoirement inefficace, à la fois par manque d’investissements dans les capacités de production et à cause d’une corruption généralisée, on ne peut qu’être étonné par son étonnante vitalité dans un contexte de sanctions et de manque chronique de main – d’œuvre spécialisée, exacerbé depuis le lancement de la guerre en Ukraine. La quasi – totalité des usines travaillant pour le secteur militaire russe ont déjà augmenté leurs cadences (passage à sept jours de production, en 3 × 8 heures). Néanmoins, presque toutes publient de manière continue des avis de recrutement pour du personnel spécialisé, soit sur leurs sites officiels, soit dans la presse russe. De plus, elles ont largement revalorisé le salaire des profils les plus spécifiques pour attirer des recrues potentielles… sans pour autant parvenir à remplir les effectifs. Il est vrai que les structures d’enseignement technique en Russie n’ont guère été valorisées et les métiers manuels jamais réellement considérés ni rendus attractifs avec des salaires à la hauteur, avec les conséquences que l’on connaît également en Occident.

La capacité des Russes à régénérer leurs forces atteint une limite certaine : les stocks des BTRZ sont vides, ou presque (18), et si la construction de véhicules neufs se poursuit, c’est à un rythme qui ne permet pas de remplacer les pertes enregistrées. En outre, si les Russes ont mis en place des solutions de « repli » adaptées pour parer au plus pressé (énième modernisation du T‑90M, développement d’artillerie à roues, etc.), on ne peut être qu’étonné de voir les « programmes prometteurs » que sont les Armata (char T‑14 et IFV T‑15 notamment), Kurganets‑25, 2S35 Koalitsiya‑SV, etc. aux abonnés absents. Soit ces derniers sont beaucoup plus complexes et onéreux à produire (le niveau de protection accru ainsi que des performances supérieures ont un coût sans commune mesure avec celui des matériels plus anciens, même modernisés) ; soit les Russes éprouvent des difficultés à mettre au point et à industrialiser des véhicules neufs plus complexes et reposant sur des composants plus difficiles à obtenir.

Néanmoins, s’il est improbable de voir les Russes aligner 3 000 chars de combat supplémentaires à l’horizon 2030 ou de les voir attaquer la moitié de l’Europe, on ne peut que constater qu’ils placent patiemment leurs pions, qu’ils établissent des plans, qu’ils structurent leurs outils industriels et surtout qu’ils n’envoient plus leurs meilleurs véhicules en première ligne. Les images d’exercices disponibles ces derniers mois, même si elles proviennent de médias russes et sont donc à aborder avec le recul nécessaire, montrent souvent des véhicules neufs et modernes, alignés en unités et servant pour les entraînements tandis que des véhicules plus anciens sont engagés sur le front. Volonté de ménager sa monture avant de voyager loin ou volonté de poursuivre une guerre à l’économie ? Aucune des deux options ne peut être écartée. Mais s’il est une chose que les Russes nous montrent depuis quatre ans, c’est qu’ils apprennent, et qu’ils sont toujours en mesure de nous surprendre. C’est là qu’ils sont dangereux. Et qu’ils ne doivent en aucun cas être sous-estimés.

Notes

(1) Texte complet disponible ici : https://​www​.elysee​.fr/​e​m​m​a​n​u​e​l​-​m​a​c​r​o​n​/​2​0​2​5​/​0​3​/​0​5​/​a​d​r​e​s​s​e​-​a​u​x​-​f​r​a​n​c​a​i​s-6

(2) https://​www​.oryxspioenkop​.com/​2​0​2​2​/​0​2​/​a​t​t​a​c​k​-​o​n​-​e​u​r​o​p​e​-​d​o​c​u​m​e​n​t​i​n​g​-​e​q​u​i​p​m​e​n​t​.​h​tml (consulté le 13 janvier 2026).

(3) Сухопутные Войска Российской Федерации.

(4) D’autant plus depuis l’entrée dans l’OTAN de la Finlande (2023) et de la Suède (2024).

(5) БТРЗ (БронеТанковый Ремонтный Завод).

(6) À titre d’exemple : en 2022, les VS perdaient en moyenne 4,22 MBT par jour, ce chiffre tombant à 1,4 en 2025.

(7) Plus de 1 500 engins détruits.

(8) Près de 1 000 engins détruits.

(9) Уралвагонзавод.

(10) Lointain descendant en ligne directe du moteur V-2 équipant les… T-34 !

(11) Faisant également partie du groupe UVZ.

(12) https://​vpk​.name/​e​n​/​7​7​1​0​4​0​_​f​l​y​i​n​g​-​t​a​n​k​-​r​u​s​s​i​a​-​w​i​l​l​-​r​e​s​u​m​e​-​p​r​o​d​u​c​t​i​o​n​-​o​f​-​t​-​8​0​.​h​tml

(13) https://​btvtinfo​.blogspot​.com/​2​0​2​5​/​1​2​/​n​e​w​-​t​u​r​r​e​t​s​-​f​o​r​-​t​-​9​0​m​2​-​a​n​d​-​t​-​8​0​-​r​i​v​o​k​-​1​.​h​tml

(14) Les documents publiés semblent crédibles, mais ils sont à envisager avec les réserves de rigueur (https://​frontelligence​.substack​.com/​p​/​e​x​c​l​u​s​i​v​e​-​i​n​s​i​d​e​-​r​u​s​s​i​a​s​-​2​0​2​6​2​036).

(15) Le canon du système Msta.

(16) Sachant que cette usine, qui concentre la production de LRM ainsi que de certains systèmes d’artillerie russes, va de faillite en faillite depuis la fin de l’URSS, qui font suite à une gestion pour le moins opaque et entachée d’irrégularités.

(17) Курганмашзавод (Курганский машиностроительный завод).

(18) Le compte Twitter de Jompy (https://x.com/Jonpy99) fait des relevés réguliers des stocks disponibles et de la disparition progressive de ces derniers.

Benjamin Gravisse

areion24.news