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dimanche 8 mars 2026

Iran : deux marines mutantes

 

Dès la fondation de la République islamique d’Iran en 1979, les deux marines, celle héritée du régime impérial (Nedaja) et celle des Gardiens de la révolution (Nedsa), se distinguent par le tonnage de leurs bâtiments et par leurs missions, hauturière et classique pour la première, côtière et asymétrique pour la seconde. Depuis cinq ans, cette ligne s’efface. Les deux rivales se dotent l’une comme l’autre de grandes bases mobiles lance-missiles balistiques et de croisière, anti-terre et antinavires, de porte-hélicoptères et de porte-drones destinés à des déploiements globaux.

Le premier porte – drones de combat au monde appartient aux Gardiens de la révolution (Pasdaran) et non à la marine régulière. Si celle-ci poursuit son programme de frégates et de patrouilleurs lance – missiles, toujours en copiant les coques d’unités soixantenaires, anglaises et françaises, la marine révolutionnaire construit désormais de grands catamarans capables d’affronter la haute mer et armés de missiles à longue portée lancés en silos ; un pas que la marine régulière n’a pas encore franchi. Autre nouveauté, les deux marines sont vues en train d’opérer ensemble, non seulement lors d’exercices, mais désormais lors d’escales à l’étranger. Si, traditionnellement, les deux rivales agissent séparément sous un même commandement opérationnel central, la coopération pourrait aujourd’hui s’établir à des échelons locaux. Ces évolutions s’accompagnent d’une série noire d’accidents, lors desquels la marine régulière de la République islamique perd successivement son plus grand bâtiment, un pétrolier ravitailleur d’escadre, incendié, et une nouvelle frégate, disloquée par une tempête. Une autre frégate chavire puis sombre, avant d’être renflouée tandis les superstructures d’un gros patrouilleur sont emportées par un missile d’exercice. Pourtant moins expérimentée, la marine des Gardiens de la Révolution est paradoxalement épargnée par ces calamités.

Défense antimissile… depuis un porte-drones de combat

La première mutation concerne l’amélioration des capacités de défense antiaérienne de la marine et l’introduction de moyens équivalents chez les Gardiens de la révolution. Le 26 octobre 2024, en réponse à des tirs iraniens contre son territoire, Israël lance trois séries de frappes contre 20 localités de la République islamique. Les deux marines doivent évacuer précipitamment la base principale de Bandar Abbas, par crainte d’être attaquées sur leurs quais d’amarrage. Si les Gardiens de la révolution disposent de galeries souterraines pour abriter leurs vedettes, les grosses unités doivent gagner le large.

Si l’on ne dispose pas d’informations sur une éventuelle participation des deux marines à la défense aérienne contre les représailles israéliennes, depuis cinq ans, la marine régulière dote deux frégates de type Moudge, les Sahand et Deilaman, de missiles portant jusqu’à 120 km, les types Sayyad, dérivés du SM‑1R américain (2 × 2). Pour leur part, les Gardiens de la révolution adoptent les Sayyad‑3 en silos (1 × 16) pour leurs quatre corvettes catamarans Shahid Soleimani. Des véhicules portant des Sayyad‑3 sont occasionnellement arrimés sur les ponts des pétroliers 441 Makran et 442 Kordestan de la marine ainsi que sur l’ancien cargo roulier L 110‑1 Shahid Roudaki et les deux porte-conteneurs de 240 m type Germanischer Lloyd, les C 110‑3 Shahid Mahdavi et C 110‑4 Shahid Bahman Bagheri, des Gardiens de la Révolution. S’inspirant de la Turquie tout en la devançant, ceux-ci transforment l’un de leurs deux porte – conteneurs en porte – drones à piste oblique, une première mondiale.

À Téhéran, l’Institut d’études et d’analyse militaires (MSAI), un centre de réflexion institutionnel (1), explique que la mission principale du Shahid Bahman Bagheri consiste à intercepter des missiles de croisière tirés contre l’Iran grâce au drone à réaction Qaher‑313. Par rapport au Shahid Mahdavi, le Shahid Bahman Bagheri dispose d’un tremplin, d’une piste oblique de 180 m et de brins d’arrêt permettant l’envol et la récupération des Qaher‑313. Ce drone à réaction correspond d’abord à un avion d’attaque, le JAS‑313, qui semble aujourd’hui abandonné au profit de sa version sans pilote. Le Qaher‑313 tire six missiles air-air chinois PL‑12 d’une portée de 100 km. Guidé par son autodirecteur, le PL‑12 est comparable à l’AIM‑120 AMRAAM américain et au R‑77 russe, capables d’engager des missiles de croisière. Il est un peu moins performant que le PL‑15E qui vient de se distinguer contre l’armée de l’air indienne en abattant au moins un Rafale. Embarquant une demi – douzaine de Qaher‑313, le Shahid Bahman Bagheri devance le transport d’assaut turc Anadolu qui recevra le drone à réaction Bayraktar Kizilelma, capable d’intercepter des avions et des missiles de croisière avec le missile transhorizon turc Göktug. À Téhéran, le MSAI évoque déjà une variante du porte-drones Shahid Bahman Bagheri qui serait dotée d’un pont continu de 240 m avec un îlot déporté sur tribord, comme un porte – avions classique, toujours sur une coque du type Germanischer Lloyd.

Pour ses plus petites unités navales, l’Iran se dote d’un autre missile mer-air. Il s’agit du Nawab à lancement vertical, observé sur une vedette des Pasdaran et qui présente une ressemblance troublante avec le missile Umkhonto de l’industriel sud – africain Denel. Si Washington paraît avoir interdit une vente sud – africaine à Téhéran, on peut s’interroger sur une éventuelle co-opération technique. Avec ce nouveau missile, les vedettes des Pasdaran sont moins vulnérables à l’aviation et aux hélicoptères qui menaçaient de les neutraliser.

Projection et gesticulation politique

La seconde mutation concerne l’allonge des deux flottes iraniennes. Jusqu’à présent, seule la marine régulière effectuait des déploiements au – delà des approches, pour sa croisière – école annuelle, pour des patrouilles occasionnelles en mer Rouge et dans le nord de l’océan Indien (lutte anti – piraterie) et pour des mouvements exceptionnels en Méditerranée, à l’époque de l’alliance syrienne. Désormais, la marine dispose, comme les Gardiens de la révolution, de plateformes capables de circumnavigation pour porter les missiles de la République islamique à portée du territoire de ses ennemis, ou du moins l’affirmer à la population iranienne, inquiète de la présence de missiles de croisière sur les bâtiments occidentaux qui patrouillent le Golfe. Ces nouvelles plateformes permettent des escales médiatisées chez des partenaires lointains comme la Russie ou l’Afrique du Sud (2).

Apparu en novembre 2020, le premier pétrolier converti en base mobile, le Makran (230 m), est armé de missiles antinavires Ghader et de croisière Soumar (2 000 km). Il peut lancer sept hélicoptères et autant de vedettes lance – missiles et lance – torpilles Kajami ainsi que des drones kamikazes Shahed. Déployé en Atlantique et en Baltique d’avril à juillet 2021, il boucle un tour du monde durant le premier semestre 2023, franchissant l’océan Indien, l’océan Pacifique, les caps Horn et de Bonne – Espérance avec des escales remarquées à Rio de Janeiro et à Cape Town. Ce faisant, Téhéran démontre à sa population que le pays a désormais la capacité de déployer des missiles de croisière dans les approches de nations qui viennent croiser avec des unités armées de missiles de croisière le long de ses propres côtes. En mars 2025, la marine iranienne achève dans un chantier de Bandar Abbas la transformation en base mobile d’un second pétrolier, le Kordestan. Légèrement plus petit, il semble équipé d’un ascenseur pour abriter ses hélicoptères et drones dans un hangar aménagé dans ses cuves.

Admis en service en 2022, le Shahid Mahdavi des Gardiens de la révolution emporte les mêmes vedettes, drones kamikazes, hélicoptères et missiles de croisière et antinavires que le Makran, complétés par des missiles balistiques antinavires Zolfaqar (750 km) et des missiles de défense aérienne Khordad. Le Shahid Mahdavi, le Shahid Roudaki et le Shahid Bahman Bagheri étendent la portée et la durée des opérations asymétriques des Gardiens de la révolution, qui affirment pouvoir durer un an à la mer et parcourir 22 000 nautiques avec ces nouvelles plateformes. Le 21 février 2025, le Shahid Madhavi gagne Port Klang, en Malaisie, escorté par la frégate Dena. C’est la seconde fois, semble-t‑il, que les deux forces navales de la République islamique effectuent ensemble une escale à l’étranger, après la visite de quatre bâtiments à Sharjah, aux Émirats arabes unis, le 2 février. Les drones à réaction Qaher‑313 du Shahid Bahman Bagheri peuvent aussi larguer deux bombes de 910 kg sur des objectifs terrestres ou navals. Ils sont complétés par des drones à hélices Ababil‑3N et Mohajer‑6, dotés de senseurs et de charges de précision. Toutefois, le MSAI de Téhéran explique que l’utilité des drones est limitée par leur incapacité à pénétrer des défenses durcies, les rendant impropres pour des combats de haute intensité. Ces drones représentent toutefois une menace pour la navigation commerciale, si celle-ci n’est pas escortée.

Loi des séries…

Le 7 juillet 2024, la frégate Sahand chavire et sombre devant le complexe iranien de construction navale et d’industries offshore (ISOICO) au port marchand de Bandar Abbas, à l’embouchure du golfe Arabo – Persique. L’agence de presse officielle IRNA confirme le chavirement, expliquant que la Sahand « a perdu sa stabilité en raison d’une voie d’eau » alors qu’elle était en réparation à couple d’un autre navire, lui – même amarré à quai. Plusieurs personnes auraient été blessées, sans autres précisions. La classe Moudge est déjà marquée par la malchance. Très active pendant deux ans dans la diplomatie navale de Téhéran en mer Caspienne, la Damavand est prise dans la tempête du 28 janvier 2018. Heurtant la jetée de Bandar Anzali, elle se disloque. Autre sistership en construction, la Talayieh bascule le 6 décembre 2021 dans la cale sèche de l’arsenal de Bandar Abbas. Les 11 mai 2020 et 2 juin 2021, la marine subit deux autres accidents : la superstructure de l’auxiliaire Konarak est détruite par un missile tiré par erreur et le pétrolier ravitailleur d’escadre Kharg s’embrase et sombre au large de Jask.

Lancée le 18 septembre 2012 et admise au service le 1er décembre 2018, la Sahand est la troisième unité de la classe Moudge et la deuxième du nom. Les Moudge sont dérivées des Saam/Alvand britanniques dont elles reprennent la coque de 95 m. Construites par Vosper entre 1968 et 1972, elles symbolisent alors la volonté de l’Iran impérial de dominer le golfe Arabo – Persique. Rebaptisées Alvand après la révolution de 1979 et actives durant la « guerre des pétroliers » contre l’Irak en 1980-1988, deux sont mises hors de combat par l’US Navy le 18 avril 1988, à la suite du minage iranien de la frégate USS Samuel B. Roberts. La première Sahand est coulée par une salve de missiles Harpoon et de bombes guidées, qui coûte la vie à 45 membres d’équipage, et son sistership Sabalan est sérieusement endommagé. La perte de ces deux unités décide la République islamique à lancer un effort national pour restaurer la Sabalan et produire des successeurs sur le même modèle.

La construction débute en 2001 dans trois chantiers, l’arsenal de Bandar Abbas, le chantier ISOICO, à l’ouest de Bandar Abbas, et le chantier Shahid Tamjidi à Bandar Anzali, sur la mer Caspienne. Cinq unités sont admises au service entre février 2010 et novembre 2023 : les Jamaran et Damavand (mars 2015), les Sahand et Dena (juin 2021) et la Deilaman. Outre des missiles antinavires (chinois C‑802 ou iraniens Qader et Qadir) installés ultérieurement sur les trois Alvand à la place des Sea Killer d’origine, les Moudge substituent des copies iraniennes Fajr et Kamand des canons italien Oto Melara de 76 mm, suédois Bofors de 40 mm et russe multitube de 30 mm aux canons d’origine de 114 mm et de 35 mm. Elles conservent des lance – torpilles triples, mais abandonnent le mortier anti – sous – marin. À la place, les nouvelles frégates reçoivent une plateforme hélicoptères et emportent des missiles antiaériens Sayyad‑2/3/4 à longue portée. L’industrie et le génie naval iraniens développent une variante du radar anglais Plessey AWS‑1, l’antenne tridimensionnelle ASR (2013), puis un mât à quatre phases « œil d’aigle » (2023) avec une capacité supposée de détecter 100 cibles et d’en intercepter 13 simultanément. De fait, chaque unité de la classe Moudge se distingue par une disposition différente des armements, des mâts et des senseurs. Les Sahand, Dena et Deilaman présentent des superstructures inclinées. La mâture en treillis des deux premières limite toutefois la furtivité recherchée. L’adjonction de six, voire de huit lanceurs-érecteurs antiaériens Sayyad‑3 devant la passerelle de la Sahand et celle d’une énorme conduite de tir juste au – dessus de la couronne de veille augmentent le poids des superstructures, affectant nécessairement la stabilité du navire et expliquant le chavirement du 7 juillet 2024. Plus légère avant sa modernisation, la Sahand avait participé en juillet 2021 à la revue navale de Saint – Pétersbourg, en Russie, effectuant ce long voyage sans apparemment rencontrer de problèmes de stabilité.

Parallèlement, l’Iran apporte des modifications à l’Alborz et à la Sabalan, deux des trois frégates soixantenaires de la classe Alvand dont sont dérivées les Moudge. Selon les photos de l’exercice « IMEX 2024 », l’Alborz reçoit un lanceur, vraisemblablement pour des drones kamikazes Shahin‑1 (3 × 4) également installés à bord de la Deilaman de classe Moudge. L’Alborz est observée à quai avec 16 missiles antinavires, une quantité sans précédent qui pourrait également menacer la stabilité du bâtiment.

La Sahand a été renflouée et remise à flot le 24 juillet 2024. Ses armements et équipements sont désormais rapprochés de la ligne de flottaison pour améliorer ses qualités nautiques. Les ouvertures sous l’ancien pont d’envol sont fermées, celui-ci se trouvant désormais sur la superstructure arrière à la place du canon multitube antimissile et des missiles mer-mer déménagés sur la poupe où se trouvait l’ancienne plateforme hélicoptères. Tout paraît fait pour réduire les poids dans les hauts et protéger le pont principal des vagues qui pourraient causer une voie d’eau catastrophique. La haute mâture en treillis est abandonnée au profit d’un mât plein, beaucoup plus court. Il semble que des silos pour le missile antiaérien Sayyad soient en cours d’installation devant le bloc passerelle. Le bâtiment devrait recevoir 12 missiles (3). Concernant la Damavand disloquée par une tempête en 2018, certains équipements sont sauvés, mais la coque démantelée n’a jamais été réassemblée dans le chantier tout proche de Shahid Tamjidi. Le nom et le numéro de ce navire n’ont pas été réattribués, ce qui pourrait laisser prévoir un remplacement (4).

Sixième unité de la classe Moudge, la Talayieh bascule dans un bassin de Bandar Abbas le 6 décembre 2021 avant d’être redressée et achevée dans la configuration originale d’un « destroyer collecteur de renseignement » rebaptisé Zagros. En décembre 2024, Tasmin News rapporte l’affectation du Zagros à Bandar Abbas, à l’orée d’Ormuz. Peint en blanc, le Zagros est pour le moment dépourvu d’armements, y compris pour son autodéfense, ce qui surprend. Il étend la surveillance maritime et la guerre électronique en mer d’Arabie, potentiellement en soutien des partenaires houthis. Une septième unité de la classe Moudge, le Taftan, est sur cale au chantier Shahid Darvishi de Bandar Abbas. Il semble en revanche que le projet d’un plus grand « destroyer », le Loghman, soit abandonné avec la disparition du premier segment de coque.

Concernant les Gardiens de la révolution, le contre – amiral Ali Fadavi informe de l’existence de vedettes lance – missiles avec des vitesses de 80 à 120 nœuds, dont la production en série devait être lancée fin 2024. Parallèlement, les Gardiens de la révolution sortent un nouveau catamaran de débarquement au chantier Shahid Mahallati Industries. Armé par cinq membres d’équipage, il mesure 27 m de long sur environ 11 m de large pour un déplacement de 85 t à pleine charge avec une charge utile de 16 t, une vitesse de croisière de 25 nœuds, une vitesse maximale de 31 nœuds, et une distance franchissable de 800 km (réduite de moitié à pleine charge), suffisante pour atteindre toutes les îles du golfe Arabo – Persique ainsi que la mer d’Oman.

Réassurance sino-russe

Le 10 mars 2025, l’Iran, la Chine et la Russie lancent la cinquième édition de leur exercice naval annuel axé sur la défense de la République islamique contre une attaque venue de la mer. Baptisés « Ceinture de sécurité maritime 2025 », les exercices se déroulent dans le golfe d’Oman, une zone où l’Iran a attaqué et/ou saisi des navires commerciaux appartenant à des intérêts israéliens. En mer Rouge, les rebelles houthis du Yémen, soutenus par la République islamique, tirent sur des bâtiments américains, menaçant la navigation commerciale. Moscou dépêche les corvettes Rezky et Aldar Tsydenzhapov, ainsi que le pétrolier Pechenga, tandis que Pékin aligne le destroyer lance – missiles Baotou et le pétrolier ravitailleur Gaoyouhu. L’Azerbaïdjan, l’Irak, le Kazakhstan, Oman, le Pakistan, le Qatar, l’Afrique du Sud, le Sri Lanka et les Émirats arabes unis envoient des observateurs.

La Chine et la Russie ont l’une et l’autre besoin de l’Iran. Pékin lui achète du pétrole brut malgré les sanctions occidentales, probablement à un prix inférieur aux cours mondiaux. Moscou importe des drones – suicides employés massivement contre l’Ukraine. Ce cinquième exercice intervient après l’attaque massive de l’aviation israélienne précédée d’une campagne d’assassinats ciblés de scientifiques iraniens. Sur la scène régionale, Téhéran vient de perdre son allié syrien alors que son autre allié libanais, le Hezbollah, est profondément diminué par la contre – attaque spectaculaire d’Israël (5). La négociation se poursuit entre Téhéran et la nouvelle administration Trump qui veut absolument interdire un programme nucléaire militaire iranien, sollicitant la coopération de Moscou sur ce point. Téhéran accumule des stocks croissants d’uranium enrichi à des niveaux proches de ceux nécessaires à la fabrication d’une arme atomique (6).

Un exemple à suivre ?

La mutation des deux marines iraniennes et l’innovation dont font preuve les Gardiens de la révolution tiennent au rôle de ceux-ci dans la direction de l’industrie d’armement iranienne. Naguère ignorants des affaires navales, ils sont aujourd’hui au cœur d’une industrie nationale qui assimile des technologies occidentales anciennes pour produire des armes fiables et dangereuses qui permettent des exportations au partenaire russe contre l’Ukraine. Si ses armements donnent incontestablement à l’Iran une puissance de feu dans des environnements contestés, les grosses unités des deux marines, et en particulier les bases mobiles, demeurent des cibles de choix par leur taille et leur faible vitesse. Elles pourraient toutefois inspirer la France, dont les porte – hélicoptères de classe Mistral sont encore plus vulnérables et bien moins armés. Ils trouveraient avantage à embarquer drones et missiles en conteneurs, comme le fait déjà l’Égypte pour augmenter la défense aérienne des deux sister-ships anciennement destinés à la Russie. Pour sa part, l’Iran aligne aujourd’hui le premier porte – drones à réaction au monde. Il est destiné à un usage intéressant, l’interception des missiles de croisière et de l’aviation adverses avec les mêmes missiles antiaériens chinois qui se sont distingués contre l’Inde.

Notes

(1) Étude, https://​iranthinktanks​.com/​c​a​t​e​g​o​r​y​/​r​e​s​e​a​r​c​h​/​s​t​r​a​t​e​g​y​-​s​t​u​dy/

(2) « Major missions on Iran Navy’s agenda: Cmdr. », Mehr News Agency, 18 mai 2025.

(3) « Sahand destroyer to be equipped with 12 missiles: Navy cmdr. », Mehr News Agency, 7 mai 2025.

(4) « The Iranian frigate IRIS Sahand F-74, which sank twice in the port of Bandar Abbas, was lifted from the bottom and sent for restoration », VPK News, 24 juillet 2024.

(5) « China, Iran and Russia hold joint naval drills in Mideast as tensions rise between Tehran and US », Associated Press, 12 mars 2025.

(6) « Pezeshkian says Iran will not compromise on its nuclear right », Mehr News Agency, 3 juin 2025.

Alexandre Sheldon-Duplaix

areion24.news