Il était toujours recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. Seif al-Islam Kadhafi, l’un des fils du dictateur libyen défunt Mouammar Kadhafi, a été assassiné mardi 3 février dans l’ouest de la Libye, ont indiqué sa sœur et son avocat français Marcel Ceccaldi, qui n’ont pas exactement la même version des faits. L’homme de 53 ans a longtemps été vu comme le successeur potentiel de son père avant la chute du régime en 2011.
Seif al-Islam Kadhafi s’était évertué à se forger une image de modéré et de réformateur, une réputation qui s’est effondrée quand il a promis des bains de sang au début de la rébellion. Il avait fait parler de lui en France en accusant Nicolas Sarkozy d’avoir financé une partie de sa campagne de 2007 grâce à des fonds libyens. L’ex-président a depuis été condamné dans cette « affaire libyenne ».
Comme le rapporte le Guardian, la sœur de Seif al-Islam Kadhafi a indiqué à la télévision libyenne qu’il est mort « près de la frontière du pays avec l’Algérie ». Auprès de l’AFP, Marcel Ceccaldi affirme quant à lui que le fils de Mouammar Kadhafi « a été tué aujourd’hui [mardi] à 14 heures […] à Zenten, dans sa maison, par un commando de quatre personnes ».
Une version partagée par son conseiller Abdullah Othman Abdurrahim qui a précisé, selon des propos cités par la chaîne Libya al-Ahrar, que quatre hommes avaient « pris d’assaut » mardi sa résidence « après avoir neutralisé les caméras de surveillance, puis l’avaient exécuté ».
« Des problèmes se posaient au niveau de sa sécurité »
« Pour l’instant, on ne sait pas » qui sont ces hommes armés, a dit Marcel Ceccaldi, qui a affirmé s’être entretenu avec son client il y a trois semaines environ. Il a toutefois précisé avoir appris il y a une dizaine de jours, par l’un des proches de Seif al-Islam Kadhafi, « que des problèmes se posaient au niveau de sa sécurité ».
« À tel point que le chef de la tribu [des Kadhafi] avait téléphoné à Seif. Il lui avait dit “je vais vous envoyer du monde pour assurer votre sécurité”. Et Seif a refusé », a-t-il poursuivi. Recherché par la CPI pour crimes contre l’humanité, Seif al-Islam Kadhafi avait été arrêté en 2011 dans le Sud libyen. Longtemps détenu à Zenten, il a été condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès expéditif avant de bénéficier d’une amnistie.
Jusqu’à l’annonce de son décès, on ne savait pas où il se trouvait. « Il bougeait souvent », a confirmé son avocat mardi. En 2021, il avait déposé sa candidature à la présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime. L’élection ne s’est finalement pas tenue.
Un « martyr » pour une partie des Libyens ?
Pour l’expert Emad Badi, la mort de Seif al-Islam Kadhafi est « susceptible de le transformer en martyr aux yeux d’une partie conséquente de la population, tout en modifiant les équilibres électoraux en écartant un obstacle majeur à l’élection présidentielle ». Car « sa candidature et ses chances de succès [avaient] constitué un point central de controverse », a-t-il expliqué sur X.
L’ex-porte-parole du régime Kadhafi, Moussa Ibrahim, a dénoncé un acte « perfide », en affirmant qu’il lui avait parlé il y a deux jours. « Il voulait une Libye unie et souveraine, sûre pour tous ses habitants. Ils ont assassiné l’espoir et l’avenir, et semé la haine et le ressentiment », a-t-il écrit sur X. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye peine à retrouver sa stabilité et son unité.
Deux exécutifs s’y disputent le pouvoir : le gouvernement d’unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l’ONU ; et un exécutif à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Haftar et ses fils qui ont étendu leur présence militaire au sud du pays.
Maxime Dhuin