Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a reçu, dès le mois d’avril 2018, des informations de la part des services de renseignement de l’armée israélienne qui entraient dans le détail du projet de prise d’assaut, par le groupe terroriste palestinien du Hamas, du territoire israélien, a affirmé un reportage qui a été diffusé dans la journée de mardi, s’appuyant sur des documents des services de renseignement et sur des propos qui ont été tenus par de hauts responsables.
Le reportage, qui a été publié par le site d’information Ynet, indique qu’entre 2018 et 2022, le Hamas avait élaboré un plan d’opération complet qui était consacré à une attaque coordonnée sur plusieurs fronts, prenant pour cible des bases militaires et des communautés civiles israéliennes situées dans le sud d’Israël.
Ce plan d’attaque, qui avait ensuite été consigné dans un document intitulé « Les Murs de Jéricho », prévoyait que les membres armés du groupe terroriste franchiraient la frontière de Gaza à une dizaine d’endroits, avec le déploiement de milliers de terroristes palestiniens.
Le plan avait finalement été mis à exécution avec des conséquences sanglantes, le 7 octobre 2023, lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas avaient envahi le sud d’Israël, massacrant plus de 1 200 personnes, kidnappant 251 otages et semant la dévastation dans le secteur. Ce pogrom devait être à l’origine de deux années de guerre à Gaza.
Selon le site d’information, Netanyahu – qui a occupé presque sans interruption le poste de Premier ministre depuis 2009, ne l’abandonnant que pendant une période de 18 mois, en 2021 et 2022 – avait reçu à plusieurs reprises, au cours de ces années, des renseignements sur les plans du Hamas concernant « Les Murs de Jéricho ».
Pour sa part, le chef du gouvernement a nié à de multiples reprises avoir entendu parler du projet d’attaque avant le 7-Octobre, qui devait devenir le jour du massacre le plus terrible de toute l’Histoire d’Israël.
Selon le reportage, l’existence de ce plan avait été révélée pour la première fois aux responsables israéliens en avril 2018.
La division Recherche du Directorat du Renseignement Militaire avait alors distribué un document spécial qui était consacré au sujet aux hauts-responsables – notamment aux secrétaires militaires du Premier ministre et du ministre de la Défense, au Conseil de sécurité nationale, aux chefs de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet et de l’agence de renseignement du Mossad, ainsi qu’au bureau du chef d’état-major de Tsahal.
Selon les documents cités par Ynet, le sous-titre du rapport de 2018 posait la question suivante : « La branche armée du Hamas renforce-t-elle ses forces en vue d’une attaque de grande envergure en profondeur sur notre territoire ? »
Ynet a précisé que le cabinet du Premier ministre n’avait pas répondu à ses demandes de commentaires.
Le site a également noté que le rapport des services de renseignement avertissait que le Hamas était en train d’élaborer « un plan de manœuvre offensive qui serait initié avec un ordre de bataille étendu (six bataillons de réserve ; environ 3 000 terroristes) », dont l’objectif serait d’envahir les bases de Tsahal tout en attaquant simultanément des cibles civiles « dans les communautés frontalières et au cœur même d’Israël ».
Le rapport de 2018 soulignait la gravité de la menace, insistant sur le fait que « l’envergure et la complexité du plan sont exceptionnelles ».
Si certains analystes qui avaient contribué à ce rapport exprimaient des doutes quant aux capacités du Hamas à mettre en œuvre l’intégralité du plan, ils mettaient toutefois en garde, soulignant que « le plan illustre un scénario de menace nouveau et plus large qu’auparavant ».
L’existence du rapport sur le plan « Murs de Jéricho » en 2018 a été confirmée l’an dernier par l’armée dans le cadre d’une enquête lancée par le Directorat des Renseignements militaires sur les défaillances des services de renseignement avant le 7-Octobre, défaillances qui avaient permis au pogrom de se dérouler presque sans encombre.
Ce rapport, qui établissait les éléments devant se trouver au cœur de l’attaque sanglante, citait le plan du Hamas comme suit : « Les forces de cinq compagnies [d’élite] de la Nukhba doivent attaquer et détruire les postes appartenant à la division de Gaza de Tsahal… Tout se déroulera en surface… avec des tirs [de roquettes]… Attaquer les kibboutzim dans le but de prendre des otages… Se concentrer sur les sites critiques… Diffuser [l’assaut] en direct depuis les postes et les kibboutzim. »
Selon l’enquête, l’idée d’une attaque à grande échelle contre Israël s’était lentement transformée en plan officiel au sein du Hamas, et le principe avait finalement été officiellement approuvé en interne en 2019.
Le Premier ministre a nié avoir eu connaissance du plan ; source haut placée : « Netanyahu n’a rien fait »
Netanyahu a nié avoir reçu des informations laissant entendre que le Hamas prévoyait une attaque majeure au cours des années qui avaient précédé le 7-Octobre.
Lorsqu’il avait été interrogé à ce sujet par le contrôleur de l’État, Matanyahu Englman, dans le cadre d’une enquête sur les défaillances qui avaient permis au pogrom de se dérouler, le 7-Octobre, le bureau de Netanyahu avait déclaré que « le Premier ministre n’a jamais reçu et n’a jamais été informé du document ‘Les Murs de Jéricho’ » avant le début de la guerre, et qu’il « n’a jamais été informé d’un quelconque plan du Hamas visant à mener une attaque massive sur le territoire israélien ».
Cependant, le document de 55 pages publié par Netanyahu lui-même semblent contredire ces affirmations.
Dans ce document envoyé au bureau du contrôleur de l’État et rendu public la semaine dernière, le Premier ministre reconnaît avoir reçu le rapport des services de renseignement datant d’avril 2018. Il ne cite toutefois que l’évaluation la plus modérée, qui indiquait que le Hamas avait « une capacité de base pour mener plusieurs raids simultanés », mais qu’en raison de divers facteurs, « cela n’était pas probable à ce moment-là ».
Le document a toutefois omis la phrase qui concluait le paragraphe : ainsi, elle avertissait que ce plan reflétait les ambitions futures du groupe terroriste et que ce dernier avait l’intention de renforcer considérablement ses effectifs.
Selon un ancien haut responsable des services de renseignement cité par Ynet, la responsabilité de Netanyahu « était de veiller à ce que l’évaluation faite par les services de renseignement militaire à la veille de Yom Kippour 1973 ne se répète pas », faisant référence aux célèbres échecs des services de renseignement qui avaient précédé l’invasion simultanée de l’Égypte et de la Syrie en Israël, une invasion surprise qui avait été à l’origine de la Guerre de Yom Kippour.
« À l’époque, les services de renseignement avaient estimé que la probabilité était faible. De leur côté, les responsables politiques avaient simplement accepté cette évaluation en la prenant pour argent comptant, sans poser de questions ni vérifier par eux-mêmes », a ajouté le responsable.
« Tout haut responsable sérieux dirait dans cette situation : vous avez eu connaissance du plan en 2018, et même si le Hamas est actuellement loin d’avoir des capacités opérationnelles, un tel état de fait doit être pris en compte. »
Toujours en 2018, l’unité d’élite 8 200 du Corps de Renseignements avait obtenu un document du Hamas rédigé en arabe qui décrivait une offensive de grande envergure, selon Ynet.
Ce document appelait à « lancer une opération offensive globale contre l’entité sioniste dans le but de soumettre l’ennemi », avec notamment des attaques contre la base militaire de Reïm, de nombreuses communautés frontalières de Gaza, ainsi que des cibles plus éloignées telles qu’Ashdod, Ashkelon et des sites d’infrastructure de premier plan.
Le plan précisait que « l’attaque serait menée par six bataillons », « les principaux efforts » devant être déployés au-dessus du sol.
Le plan du Hamas avait également été examiné par l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, qui avait apporté sa propre analyse, soulignant ses « caractéristiques inhabituelles et inquiétantes », et l’avait diffusée à plusieurs instances, dont le Conseil de sécurité nationale (NSC), qui travaille sous l’autorité du Premier ministre.
Selon une source citée par Ynet, le rapport du Shin Bet avait été directement communiqué à Netanyahu.
En mai 2022, le Directorat des Renseignements militaires avait obtenu une autre version du plan d’attaque du Hamas – en date, cette fois-ci, du mois d’août 2021 – qui avait été ajoutée au dossier des « Murs de Jéricho ».
Ce plan décrivait, de la même manière, un grand nombre de terroristes de l’unité « Nukhba » (qui signifie « élite » en arabe) du Hamas parvenant à percer la défense de la division de Gaza de l’armée israélienne pour atteindre des villes du sud d’Israël.
Ce document avait été présenté aux hauts responsables des services de renseignement militaire à l’époque.
Ces derniers avaient conclu qu’il semblait irréaliste et lors d’une réunion du Commandement du Sud, au mois de novembre 2022, le plan des « Murs de Jéricho » avait été présenté à la fin d’une liste d’évaluations qui concernaient les scénarii potentiels pour un futur conflit à Gaza.
Naftali Bennett et Yaïr Lapid avaient occupé le poste de Premier ministre pendant la majeure partie de l’année 2022 – y compris au mois de mai et au mois de novembre – tandis que Netanyahu était chef de l’opposition.
L’année suivante, avec le retour de Netanyahu au pouvoir, le Directorat des Renseignements militaires avait obtenu des informations sur les entraînements du Hamas, qui se préparait à sa prise d’assaut, dans les mois qui avaient précédé le 7-Octobre – amenant certains membres de l’unité 8 200 à croire que les plans à grande échelle du groupe terroriste palestinien n’étaient plus seulement des aspirations, mais un projet concret.
Selon les enquêtes de Tsahal, cette évaluation avait été présentée, à la fois par courriel et lors de réunions, aux officiers du Directorat des Renseignements militaires du Commandement du Sud et aux officiers régionaux de l’unité d’élite 8 200. Ces renseignements n’étaient toutefois pas parvenus aux hauts responsables, ni aux officiers supérieurs du renseignement.
Si Netanyahu n’avait pas été directement informé des mises à jour du dossier des « Murs de Jéricho » en 2022 et 2023, une source haut placée au sein des services de renseignement, citée par Ynet, a indiqué : « Même si les commandants de l’armée n’étaient pas parvenus à déchiffrer eux-mêmes la situation, le Premier ministre avait l’obligation d’exiger des réponses sur les intentions du Hamas. »
« Netanyahu n’a rien fait », a noté la source.
Malgré les documents qui ont prouvé que Netanyahu avait été informé des plans d’attaque du Hamas dès 2018, ce dernier a affirmé que seul le document qui avait été présenté aux hauts responsables en 2022 avait mentionné les « Murs de Jéricho » – lui-même n’était pas au pouvoir cette année-là – afin de se distancier de toute responsabilité dans les échecs qui avaient permis l’assaut barbare et sanglant du 7-Octobre.
De hauts responsables des services de renseignement, qui se sont exprimés auprès d’Ynet, ont contesté cette version, en soulignant les documents de 2018 et les multiples évaluations des services de renseignement qui affirmaient que le Hamas planifiait une attaque à grande échelle depuis plusieurs années avant le 7-Octobre.
Les sources ont également souligné les procédures de documentation exhaustives mises en place au sein du bureau du Premier ministre – qui permettent de suivre chaque document classifié remis au Premier ministre pour examen. Ces documents pourraient être cités à comparaître dans le cadre d’une commission d’enquête publique sur les défaillances du 7-Octobre, à laquelle le gouvernement, y compris Netanyahu, s’oppose.
Ethan Rubinson