En octobre 2025, la rédactrice en chef du média The Continent reçoit un mail anonyme. 1 431 pages de documents internes au réseau de feu Evgueni Prigojine. Plans stratégiques, rapports d'activités, budgets, biographies… Une mine d'informations qui permettent aujourd'hui aux enquêteurs de Forbidden Stories de confirmer que le réseau d'influence a été repris en main par le service de renseignements extérieurs russes (SVR) et de montrer comment il s'est étendu bien au-delà du laboratoire centrafricain.
Ainsi, piloté de Saint-Pétersbourg, c'est un maillage en expansion que ces documents permettent de mieux comprendre, une stratégie d'influence destinée à des pays d'Amérique latine, du continent africain, mais aussi du Moyen-Orient, avec de plus en plus de moyens financiers et humains mobilisés pour une stratégie affinée – pays par pays – après une étude de terrain ; des enjeux ; avec un objectif, clairement énoncé, noir sur blanc de – pour ce qui est du continent – « reformatage de l’espace africain, avec la création d’une ceinture de régimes amis de la Fédération de Russie ».
Des sociologues et des politologues par dizaines envoyés en Amérique latine et sur le continent africain pour élaborer des stratégies au long cours, affinées pays par pays. Avec la preuve noire sur blanc d'un budget de 300 000 dollars par mois, alloués aux médias et journalistes locaux chargés de relayer des éléments pro-russes ou fausses informations.
Dans ces prochaines publications étalées sur plusieurs semaines, la plateforme d'investigation prévoit de détailler comment les stratèges de l'influence russe ont ainsi élaboré un scénario de coup d'État au Sénégal, planifié une stratégie du chaos en Libye, l'expropriation d'Orano au Niger ou encore imaginé la construction d'une « confédération de l'indépendance » au Sahel, c'était en 2023, juste avant la création de l'AES.
Dans cette stratégie d'influence, un volet « médias » a particulièrement intéressé les enquêteurs de Forbidden Stories. Pour s'immiscer dans le débat public ou façonner l'opinion, des journalistes sont recrutés, payés pour produire ou relayer des contenus favorables au Kremlin, anti-Occidentaux ou simplement de fausses informations.
Dans les documents internes à ce réseau qui se fait appeler « la Compagnie » figurent même des éléments permettant aux auteurs de « Propaganda Machine » d'affirmer qu'un budget de 300 000 dollars par mois a pu être dédié à ce volet « Médias ». « Certains journalistes ou médias ont été payés jusqu’à 600 dollars au Bénin, 2 500 dollars en Argentine, voire 10 000 dollars pour un papier sur la Libye », selon les tableaux financiers que la plateforme Forbidden Stories a pu analyser avec ses partenaires.