Durant ces trois dernières semaines, selon les sites permettant de suivre le trafic aérien, y compris militaire quand cela est possible, au moins sept vols de renseignement ont été effectués par des aéronefs de pays membres de l’Otan dans la région de la mer Noire, à proximité des côtes ukrainiennes et russes.
Ainsi, l’Aeronautica Militare y a envoyé un Gulfstream E.550 CAEW. De même que l’US Army, avec un avion Artemis II dédié au renseignement électromagnétique. Des P-8A Poseidon de l’US Navy y ont effectué quatre missions et un drone HALE [Haute Altitude Longue Endurance] de l’US Air Force y a été repéré le 6 janvier dernier. Un RC-135 Rivet Joint de la Royal Air Force lui a succédé deux jours plus tard.
Enfin, le 14 janvier, deux Mirage 2000-5 et un avion ravitailleur A330 MRTT de l’armée de l’Air & de l’Espace ont été vus dans la région. Il est probable qu’au moins un Mirage 2000D équipé de la nacelle ASTAC [Analyseur de Signaux TACtiques] ait aussi été de la partie.
Évidemment, le renseignement d’intérêt militaire peut être obtenu autrement que par des aéronefs spécialisés, que ce soit par des satellites ou bien encore par des missions d’observation sur le terrain. Reste que l’activité des États-Unis en la matière, aux abords des frontières russes, est encore soutenue. Mais dans quel but ?
La question se pose après la confidence faite par le président Macron à l’occasion de ses vœux aux armées, ce 15 janvier, à Istres.
« L’Ukraine était […] dépendante des capacités de renseignement américaines, à une écrasante majorité, il y a un an [soit au moment du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, ndlr]. Aujourd’hui, les deux tiers sont fournis par la France », a en effet affirmé M. Macron, qui n’a pas, comme on peut s’en douter, donné plus de détails. Reste à voir quels sont les pays qui fournissent le dernier tiers…
A priori, les États-Unis n’ont pas cessé leur coopération avec l’Ukraine dans le domaine du renseignement. Mieux : en octobre, le Wall Street Journal et l’agence Reuters ont même avancé que le président Trump envisageait de livrer des informations aux forces ukrainiennes pour leur permettre de frapper des infrastructures énergétiques sur le territoire russe.
L’hypothèse d’un arrêt de toute collaboration américaine en matière de renseignement a récemment été évoquée par le quotidien québécois Le Devoir.
« Ces renseignements se déclinent sous plusieurs formes. [Les Américains] sont capables d’analyser le déploiement de formations russes, s’il y a un stockage de munitions, si des trains sont en train d’être mobilisés, si des pipelines portatifs sont mis en place pour alimenter une armée qui va se déployer », lui a ainsi expliqué Michel Drapeau, un ancien colonel des Forces armées canadiennes. Et de préciser que « ces données sont collectées au moyen d’images satellites, par un examen des communications et par du personnel sur place ».
Cependant, a avancé Mark Kramer, directeur du programme d’études sur la guerre froide au Davis Center de l’Université Harvard, « même si la Russie pouvait d’une manière ou d’une autre compter sur un arrêt du renseignement américain, elle ne serait pas actuellement en position de lancer une offensive coordonnée pour conquérir le reste des oblasts de Zaporijjia, Kherson et Donetsk [qu’elle occupe en partie]. Et encore moins au-delà de ces territoires ».
Quoi qu’il en soit, en décembre récemment nommé chef de cabinet du président Zelensky après avoir été à la tête du renseignement militaire ukrainiens, Kyrylo Budanov, a affirmé que l’Ukraine restait « extrêmement dépendante » des données transmises par les États-Unis, notamment celles issues de l’imagerie satellitaire et des systèmes d’alerte permettant de détecter les lancements de missiles balistiques russes.