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samedi 17 janvier 2026

Le «président de la paix» se bat sur 7 fronts de guerre

 

Des bombes qui pénètrent des bunkers en Iran, le renversement de Maduro au Venezuela et des menaces lancées à tout va: Donald Trump est engagé sur de nombreux fronts. Il est loin de l'image du président de la paix, qu'il a si souvent revendiquée. Le changement de nom du ministère de la Défense en ministère de la Guerre donne le ton.

Les Etats-Unis se battent actuellement sur au moins sept fronts. Après que Trump a annulé à la dernière minute une attaque militaire contre le régime iranien, faute de chance de succès, la question se pose: le président américain s'est-il dispersé?

Voici les sept principaux fronts de Donald Trump:

1 Iran: Renverser le régime

L'opération «Midnight Hammer», menée dans la nuit du 22 juin 2025, a été un succès militaire majeur. Les forces américaines sont parvenus à détruire des installations nucléaires clés en Iran, à l'aide d'avions furtifs et de bombes capables de pénétrer des bunkers. Les jets ont volé 37 heures non-stop en silence radio, parcourant 11'400 kilomètres.

La situation est un peu plus complexe face aux manifestations massives qui secouent actuellement l'Iran. Trump a affirmé que «l'aide» était «en route». Toutefois, une frappe contre le régime a été annulée au dernier moment. D'une part parce que le régime iranien a annulé les exécutions annoncées. Mais les analystes militaires avancent également une autre raison: les chances d'une chute des mollahs auraient été trop minces et une attaque aurait mis en danger les soldats américains.

2 Venezuela: S'emparer des ressources naturelles

L'enlèvement du président vénézuélien déchu Nicolás Maduro était également un travail de précision militaire. Le 3 janvier, des avions de combat américains ont frappé la capitale Caracas. Résultat: Maduro et sa femme ont été capturés dans leur chambre à coucher. En à peine deux heures et demie, la mission était accomplie.

Cette opération s'est néanmoins soldée par la mort d'une centaine de gardes du corps, de membres des forces de sécurité et de civils. Aujourd'hui, les Etats-Unis exercent une influence sur le gouvernement par intérim et veulent s'emparer des ressources pétrolières.

3 Panama: Contrôler le canal

Il y a une zone en Amérique centrale dans le viseur de Trump: le stratégique canal du Panama, dont une grande partie est contrôlée par la Chine. Le président américain souhaite le «récupérer», le justifiant par le fait que ce sont les Etats-Unis qui ont construit le canal. Une occupation n'est pas exclue.

4 Caraïbes: Chasser les dealers et pétroliers

Depuis plusieurs semaines, une armada américaine est stationnée dans la mer des Caraïbes. Les forces de Donald Trump mènent d'une part, des frappes contre les bateaux soupçonnés de participer au trafic de drogue. D'autre part, elles appréhendent des pétroliers transportant du pétrole brut vénézuélien.

5 Afrique/Moyen-Orient: Lutter contre les islamistes

Les Etats-Unis font la chasse aux islamistes en Afrique et au Moyen-Orient. Au cours des derniers mois, des cibles ont été visées en Syrie, au Nigeria et en Somalie. Des frappes aériennes ont également été menées contre les Houthis soutenus par l'Iran au Yémen, après que ceux-ci ont attaqué Israël et des navires.

6 Ukraine: Duel à distance contre Poutine

Donald Trump joue un rôle clé dans cette guerre d'agression russe qui dure depuis bientôt quatre ans. Bien que les Etats-Unis n'interviennent pas directement, ils fournissent des armes payées par les Européens. Trump déploie tous ses efforts pour obtenir un cessez-le-feu, pour son image, mais aussi car il souhaite s'emparer des ressources naturelles du pays. La paix n'est néanmoins pas en vue, faute de volonté du maître du Kremlin, Vladimir Poutine. 

7 Le Groenland: Provoquer des alliés

Ce front-là est particulièrement problématique pour l'Europe. Après que Trump n'a pas exclu de s'emparer de l'île par «la force», les pays européens ont envoyé des soldats de reconnaissance pour marquer leur présence. Mais en cas d'occupation, les Européens préfèreraient sans doute éviter une confrontation avec la surpuissante armée américaine. Or, une prise de contrôle de l'île briserait définitivement l'Occident, uni jusqu'à il y a peu.

Deux guerres simultanées possibles

L'armée américaine est la force la plus puissante du monde. Non seulement par sa taille, mais aussi par sa technologie moderne, sa présence mondiale et sa capacité opérationnelle. Elle dispose de 1,3 million de soldats actifs et de plus de 900 bases militaires dans plus de 70 pays.

Selon les experts en stratégie, les forces armées américaines ont les capacités de mener plusieurs interventions en même temps, tant qu'elles sont limitées et qu'elles ne font pas appel à des troupes au sol. «Le modèle de défense américain prévoit traditionnellement la capacité de mener au moins deux guerres majeures en parallèle, complétées par de petites interventions de faible intensité», explique Marcel Berni, chargé de cours en études stratégiques de l'Académie militaire à l'EPFZ. Selon lui, l'armée américaine peut s'en sortir à condition que les engagements soient clairement hiérarchisés et logiquement séparés sur le plan logistique.

Zeno Leoni, expert en stratégie au département d'études de défense du King's College de Londres, est du même avis. «Avec de telles démonstrations de force rapides, Trump peut obtenir des résultats rapides, mais sans profondeur opérationnelle.» Selon lui, cette stratégie sert avant tout à intimider les adversaires.

Les limites de l'armée américaine

Néanmoins, la puissance de l'armée américaine n'est pas infinie. Elle atteindrait ses limites si Trump souhaitait mener de sérieux changements sur plusieurs fronts. «Un plus grand nombre de troupes serait alors nécessaire. Cela mettrait les forces armées américaines sous pression», estime Zeno Leoni.

Selon lui, si les Etats-Unis voulaient occuper trois pays avec des troupes au sol, ils pourraient envoyer environ 100'000 soldats par pays. Pour une occupation plus longue, il faudrait tripler ce nombre en raison d'une rotation régulière. «Un tel engagement affaiblirait toutefois la position américaine face à la Chine et la Russie.»

Pour Marcel Berni, outre le nombre de soldats, un autre point est primordial: la crédibilité stratégique. «Plus il y aura d'opérations militaires en même temps, plus il sera difficile d'identifier de façon crédible les véritables lignes rouges.»

Guido Felder

blick.ch