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samedi 3 avril 2021

Rapport Rwanda

 

La confiscation du dossier par Mitterrand

Le rapport Duclert, chargé d’établir les responsabilités française dans le génocide rwandais,  montre à quel point le président de l’époque, François Mitterrand, défenseur indéfectible du pouvoir Hutu au Rwanda, a contourné les centres de pouvoir normalement habilité à traiter le dossier.

« La commission, écrivent les auteurs du rapport Duclert, a démontré l’existence de pratiques irrégulières d’administration, de chaines parallèles de communication, et même de commandement, de contournement des règles d’engagement et de procédures légales, d’actes d’intimidation… »L’implication de la France au sein des forces armées rwandaises dès 1990 porte la marque de François Mitterrand, alors chef de l’état et du secrétaire général de l’Elyse, Hubert Vedrine. On voit la montée en puissance de l’état-major particulier du Président qui n’a en principe aucun rôle opérationnel à l’exception de la dissuasion nucléaire mais qui prend l’ascendant sur toutes les administrations et sur les conseillers de la cellule africaine élyséenne. Même le ministre de la Défense, Pierre Joxe, qui devait pourtant, par écrit, faire part de ses réserves sur la façon dont le dossier rwandais était géré, n’aura que pas vraiment voix au chapitre.

Le rapport des historiens évoque ces photocopies envoyées, hors circuit officiel et par le chef adjoint du cabinet particulier, à l’attaché militaire français à Kigali. Avec l’ordre de les détruire sur le champ.

D’où le manque cruel d’archives auquel se sont heurtés les auteurs du rapport Duclert.

La DGSE aura gardé la tète froide

Contrairement à l’armée française et à l’Elysée qui ont dédouané les Hutus dans le génocide commis contre les Tutsis, la DGSE a montré beaucoup plus de rigueur dans l’analyse des événements rwandais. D’après le rapport Duclert, les barbouzes français renvoient « une image critique » du président rwandais, le Hutu Juvénal Habyarimana, constamment soutenu par la France, dont l’avion fut abattu le 6 avril 2014 par deux missiles entrainant sa mort et le début du génocide. Après ces événements, les barbouzes français mettent très vite en cause les responsables génocidaires, des termes qu’au plus haut sommet de l’Etat on se refuse à utiliser. « Munies de listes préétablies, écrit la DGSE, les militaires de la garde présidentielle appartenant à l’ethnie des Hutus ont entrepris de massacrer tous les Tutsi ».

Dès le 2 mai, les services français estiment que le Front patriotique rwandais (FPR), organisation militaire tutsie basée en Ouganda, est « très certainement étranger » à l’attentat contre le président rwandais, alors que les génocidaires hutus ont ainsi justifié leurs exactions par une supposée responsabilité de leurs ennemis dans l’attaque contre l’avion présidentiel.

Et plus tard, les services français d’avertir que « le danger est grand pour la France, de passer pour complice du gouvernement rwandais hutu ».

Encore des zones grises

La coopération militaire étroite entre le Rwanda et la France, voulue par l’ancien président François Mitterrand depuis 1990, est telle qu’après le début du génocide contre la minorité tutsi, le pouvoir hutu continue à réclamer une aide militaire à la France.Une fiche de la Direction du Renseignement Militaire (DRM) le 15 avril 2014, après le déclenchement des massacres, fait était d’une demande de l’attaché militaire à Paris  pouvoir rwandais de l’époque à la France d’acheminer des munitions et autres armements achetés en Pologne et en Israel. « La réponse apportée n’est pas connue’, reconnaissent les historiens. Pourtant une note plus tardive du Quai d’Orsay fait à nouveau état, le 35 avril, d’une nouvelle demande des Rwandais.

Compte tenu de la disparition ou de l’absence d’archives dans ce dossier ultra sensible, de nombreux questionnements restent encore sans réponses.

mondafrique.com