Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 19 avril 2021

Les services secrets français n'ont rien vu venir du coup d'Etat au Mali en août 2020

 

Alors que l'armée française est accusée depuis le 30 mars par les enquêteurs de l'ONU d'avoir bombardé des civils lors d'une frappe en janvier, nous pouvons révéler que c'est un autre dossier malien qui accapare le renseignement français depuis plusieurs mois : l'aveuglement des services quant à la survenue du coup d'Etat à Bamako, le 18 août 2020.

Selon nos informations, une enquête pilotée par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) vise depuis six mois les principaux services de renseignement extérieur, la DGSE et la Direction du renseignement militaire (DRM). Celle-ci porte sur ce qui a été perçu à l'Elysée comme une faillite majeure du renseignement extérieur : comment la communauté française du renseignement n'a-t-elle pas pu anticiper le coup d'Etat militaire au Mali, survenu le 18 août 2020 ? Les armées françaises quadrillent pourtant le territoire et disposent de conseillers à tous les niveaux des armées locales. La DRM opère aussi à Balard son plateau Afrique en permanence, renforcé de nombreux analystes. Malgré ce dispositif massif et si des notes inquiètes avaient pu être produites dans les services, aucune alerte précoce n'est remontée jusqu'à l'Élysée.

Signe de l'aspect prioritaire qui a été donné à ce dossier : s'il est piloté formellement par le SGDSN Stéphane Bouillon, il est politiquement traité en Conseil de défense autour du président Emmanuel Macron et des différents directeurs de service et chefs d'état-major.

Plusieurs recommandations ont déjà été prises à la suite de ce retour d'expérience : les militaires déployés sur le terrain sont incités à mieux le quadriller ainsi qu'à faire mieux remonter à leur hiérarchie les informations, même parcellaires, dont ils disposent.

Depuis le coup d'Etat, le Mali est dirigé par une junte d'officiers généraux qui ont porté l'ancien ministre de la défense Bah N'Daw à la tête du gouvernement de transition. Pour plusieurs visiteurs, ceux-ci semblent aujourd'hui pris d'une frénésie d'achats d'équipement militaire dernier cri, sans égard particulier pour les normes anti-corruption de la convention de l'OCDE de 1997, alors que les finances du pays sont exsangues.

io.fr