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vendredi 2 avril 2021

Dagomar et Adelard: un homme politique français impliqué dans un projet d'assassinat ?

 

Depuis l'été dernier, la justice tente de démanteler un réseau criminel, aussi appelé "affaire des barbouzes de la DGSE" en lien avec la franc-maçonnerie et impliquant des militaires, qui projetait plusieurs assassinats. Les investigations ont mené à Sébastien L., 31 ans, soupçonné d'être l'exécuteur des basses œuvres. Coup de théâtre le 25 janvier, relate Le Parisien, lorsque ce dernier envoie, depuis la prison où il est incarcéré, un courrier à la magistrate, pour lui annoncer qu'il souhaite enfin parler.

Promesse tenue. Le 2 mars dernier, ce spécialiste de la sécurité privée, féru d'arts martiaux, a été entendu pendant plus de cinq heures. Sébastien L. explique avoir été mis en contact avec un ancien commandant de police à la direction centrale du renseignement intérieur (DGSI depuis 2014), Daniel B., qui lui a proposé de devenir "une source", "un informateur du renseignement intérieur". Sauf que cet homme était à la retraite depuis trois ans. Croyant être au service de son pays, Sébastien L. va alors exécuter les tâches qui lui sont attribuées.

"Maintenant que je sais qu'on m'a menti, et qu'on m'a bien manipulé, je ne peux plus me taire", a-t-il indiqué à la magistrate, cité par Le Parisien, avant de lui détailler toutes les missions qu'il a dû effectuer. Surveillance, agressions... Jusqu'aux attentats de 2015. "Après ce 1er janvier 2016, [Daniel B.] va m'amener véritablement à ce qu'on appelle les opérations hors cadre", avec notamment "des opérations de neutralisation de personnes".

Mais le plus surprenant demeure ses confessions faites en toute fin d'interrogatoire. Sébastien L. aurait confié à la juge qu'un contrat aurait été commandité par un homme politique national. Un militaire de la DGSE, impliqué dans ce réseau, lui aurait raconté avoir été chargé par le politicien de tuer un autre élu, contre 50.000 euros. Un contrat "privé" pour lequel Sébastien L. n'a pas souhaité participer. Dans ce dossier aux multiples pans, onze suspects ont pour l'heure été mis en examen.


Francs-maçons, DGSE; plusieurs affaires ressurgissent 

L'affaire des barbouzes de la DGSE est une affaire criminelle qui met en cause deux agents de la Direction générale de la Sécurité extérieure qui auraient exécuté des contrats de tueurs pour différents commanditaires. Le premier de ces contrats est mené à son terme en 2018, par l'assassinat de Laurent Pasquali.

Les enquêteurs envisagent l'hypothèse de leur participation dans une dizaine d'affaires, toutes n'ayant pas forcément conduit à des meurtres. Comme la surveillance d'un concurrent à la mairie de Saint-Maur-des-Fossés en 2014 par le maire alors en place Henri Plagnol ou encore la tuerie de Chevaline.

2012 : tuerie de Chevaline

La tuerie de Chevaline est un quadruple assassinat mystérieux le 5 septembre 2012 sur le bord d'un chemin forestier situé sur la commune de Doussard, à la limite de la commune de Chevaline.

En février 2021, la police retrouve chez le commanditaire présumé du projet d'assassinat de Marie-Hélène Dini, Jean-Luc Avella Bagur, des munitions de Luger P06 . Ces munitions sont rares et ont été utilisées lors de la tuerie de Chevaline. Cette découverte entraîne le réexamen du dossier pour tenter de faire le lien entre les deux affaires.

2014 : affaire Henri Plagnol

Henri Plagnol, qui fut secrétaire d’Etat de Jacques Chirac, aurait fait appel, avant les municipales de 2014 à Saint-Maur-des-Fossés, à la même cellule de barbouzes pour faire surveiller son concurrent, Sylvain Berrios qui est, à la suite de ces élections devenu maire. Par la suite, Henri Plagnol est condamné en 2017 à un an de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité. Il a été considéré comme complice d’un système de fausses factures payées par la mairie de Saint-Maur à une filiale de Bygmalion, la société impliquée dans la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.

Les enquêteurs semblent aussi faire un lien avec l'agression de Jean-François Le Helloco, ami de Syvlain Berrios. Un matin d'octobre 2016, le conseiller départemental Jean-François Le Helloco est attaqué par deux hommes cagoulés dans le jardin de sa maison de Saint-Maur. S'ensuit une pluie de coups, des injonctions « Faut que tu arrêtes ! » et une photo souvenir.

2018 : meurtre de Laurent Pasquali

Laurent Pasquali, pilote automobile, disparaît inexplicablement en 2018 à Levallois. Le 1er septembre 2019, un crâne et des ossements humains sont découverts dans un bois à Cistrières. Ils ne sont pas immédiatement identifiés. On apprend par la suite qu'il s'agit du corps de Laurent Pasquali. Il a été abattu et enterré dans ce bois en Haute-Loire. Laurent Pasquali aurait touché 200 000 euros pour apposer un logo sur sa voiture de rallye durant les courses et n'aurait pas respecté les termes du contrat.

2020 : affaire du syndicaliste de l'Ain

Interpellé dans le cadre de l'affaire, un ancien journaliste au Dauphiné libéré, Frédéric V., reconnaît avoir reçu en janvier 2020 d'« amis » entrepreneurs dans le domaine de la plasturgie dans le département de l'Ain un versement de 75 000 euros, en règlement d'une mission d'élimination d'un syndicaliste appartenant à la CGT. Celui-ci n'aurait échappé à l'assassinat que par le repli rendu nécessaire par l'échec de la tentative de meurtre de Mme Dini.

2020 : projet d'assassinat de Marie-Hélène Dini

Le 24 juillet 2020, Marie-Hélène Dini cheffe d’entreprise, à la tête d’une école de formation de coach sort de chez elle en retard à Créteil (Val-de-Marne) . Elle aperçoit une voiture de police avec beaucoup de policiers autour, entre 6 et 8. Ils sont en train d'interpeller deux hommes. On apprendra par la suite que les deux hommes étaient armés, qu'ils appartiennent à la DGSE. Ils auraient eu pour ordre d’éliminer Marie-Hélène Dini, supposée agent du Mossad.

Pierre B. et Carl E. seraient les deux exécutants présumés qui travaillent à la DGSE. Ils n'appartiennent pas au service action de la DGSE mais ils sont simplement des gardiens du camp d'entrainement de la DGSE à Cercottes. Ils ont comme pseudonyme : Dagomar et Adelard.

Les commanditaires présumés semblent avoir pour point commun d'appartenir à une loge maçonnique appelé « Athanor », ainsi s’appelaient au Moyen Âge les fourneaux des alchimistes. Cette loge appartient à l'obédience Grande Loge de l'Alliance maçonnique française (GL-AMF). Créée au printemps 2012 à la faveur d’une scission d’une autre obédience, la GL-AMF compte quelque 15 000 membres et 680 loges en France. Le 4 février 2021, la loge mise en cause installée à Puteaux, dans les Hauts-de-Seine, a été fermée par le nouveau grand maître.

Le journal Le Parisien qui évoque l'affaire en une, sous le titre « Victime des tueurs francs-maçons », voit ce titre qualifié de« racoleur et putassier » par l'auteur du blog maçonnique Hiram.be, jugeant l'amalgame entre les auteurs des méfaits et leur qualité de franc-maçon comme teinté d'antimaçonnisme et alimentant les phantasmes véhiculés contre la franc-maçonnerie dans les milieux qui lui sont hostiles.

La Grande Loge nationale française précise dans un communiqué que les noms des deux suspects apparaissent dans leur registre entre 2009 et 2012, année de leur départ de l'obédience, sans jamais avoir occupé de postes significatifs. Elle affirme son indignation devant des agissements putatifs qui salissent la franc-maçonnerie tout entière.

Le grand maître du Grand Orient de France, dans une publication précise que si le Grand Orient n'a aucun lien, ni même aucune connaissance de l'existence de cette loge maçonnique n 1, mise en cause dans les chroniques criminelles des médias français. Il affirme que tout en respectant la présomption d'innocence, que de tels agissements sur lesquels toute la lumière doit être faite, rejaillissent sur la franc-maçonnerie qui reste un ordre et une association humaniste respectueuse sans condition des lois de la République.

capital.fr