Neuf soldats français tués, un ancien mercenaire biélorusse et deux officiers ivoiriens jugés par défaut, et beaucoup de zones d’ombre : le procès du bombardement de Bouaké en 2004 en Côte d’Ivoire s’ouvre lundi à Paris.
Début novembre 2004, le président ivoirien Laurent Gbagbo passe à l’offensive pour tenter de réunifier la Côte d’Ivoire, coupée en deux depuis deux ans. Ses avions pilonnent les positions rebelles des Forces nouvelles vers le Nord, sous l’œil inquiet des forces de paix françaises déployées depuis 2002 entre les deux camps.
Le 6 novembre vers 13h20, deux chasseurs ivoiriens survolent à basse altitude un camp français à Bouaké (Centre). Tout à coup, l’un d’eux plonge et tire des roquettes. Au sol, c’est la panique, puis l’horreur et la sidération : on déplore neuf soldats français et un civil américain tués, ainsi qu’une quarantaine de blessés.
En représailles, Paris détruit le jour même l’ensemble de l’aviation militaire ivoirienne, ruinant son offensive en cours. Les relations entre Paris et son ancienne colonie, historiquement très proches, s’enflamment. Dans les jours qui suivent, de violentes manifestations anti-françaises secouent le sud du pays. Du jour au lendemain, des milliers d’expatriés regagnent la France en catastrophe, encadrée par les troupes tricolores.
Le 10 novembre, dans la cour des Invalides à Paris, le président Jacques Chirac rend un hommage solennel aux soldats tués à Bouaké. « Nous ne vous oublierons pas », promet-il. Mais quinze ans après, leurs meurtriers courent toujours.
Suspects relâchés
Après avoir bombardé le camp français, les deux Sukhoï-25 ivoiriens se posent à l’aéroport proche de Yamoussoukro. Sur le tarmac, leurs équipages – des pilotes mercenaires biélorusses employés par l’armée ivoirienne et leurs copilotes ivoiriens – sont photographiés et filmés par les services de renseignements français.
Trois hommes sont, sur la foi de nombreux témoignages, accusés par la justice française d’avoir perpétré ou encadré le bombardement : le Biélorusse Yury Sushkin et les Ivoiriens Ange Magloire Gnanduillet Attualy et Patrice Oueï.
Jugés pour assassinats, ils sont les seuls accusés du procès qui s’ouvre lundi pour trois semaines devant la cour d’assises de Paris, où ils encourent la réclusion à perpétuité. En leur absence, car ils ont fui et n’ont jamais été arrêtés, ou presque…
Le 16 novembre 2004, huit Biélorusses venus de Côte d’Ivoire, dont Yury Sushkin, sont arrêtés au Togo, qui les met à disposition des autorités françaises. Mais celles-ci, curieusement, lui répondent de les relâcher.
Au lendemain de l’attaque déjà, quinze mercenaires russes, biélorusses et ukrainiens avaient été arrêtés par des militaires français à Abidjan. Mais le groupe, où pouvaient figurer des suspects potentiels, avait été libéré quatre jours plus tard. Selon l’instruction, ambassades, militaires et agents de renseignement français avaient tous reçu pour consigne de « ne pas se mêler » de cette affaire. Certains ont expliqué que la priorité du moment était de protéger les Français de Côte d’Ivoire.
« Acharnement à étouffer l’affaire »
Les enquêteurs ont également examiné le rôle de trois ministres de l’époque, Michèle Alliot-Marie (Défense), Dominique de Villepin (Intérieur) et Michel Barnier (Affaires étrangères). Mais la justice a refusé de saisir la Cour de justice de la République (CJR), seule habilitée à juger les ministres. Ils sont néanmoins cités à comparaître au procès, comme témoins.
L’enquête s’est donc cantonnée aux exécutants présumés, biélorusse et ivoiriens. Sans parvenir à répondre aux questions qui hantent les familles de victimes depuis quinze ans : qui a donné l’ordre de bombarder les Français, et pourquoi ?
Les ministres et l’état-major français ont toujours privilégié l’hypothèse d’une « bavure » ivoirienne organisée par Laurent Gbagbo ou son entourage pour faire oublier leur offensive militaire qui patinait, ou pour rompre définitivement avec la France.
Côté parties civiles, le sentiment d’un fiasco judiciaire nourrit l’amertume, voire la colère. Et parfois le soupçon, au fil des tergiversations et des déclarations contradictoires des responsables français. Une partie des proches des victimes et le clan Gbagbo soupçonnent une « manipulation française » qui aurait mal tourné, un plan organisé pour déclencher une réaction française et renverser le président ivoirien, jugé pas assez docile, et le remplacer par son rival Alassane Ouattara.
Me Jean Balan, avocat de plusieurs familles de victimes, dénonce un agenda caché des anciens ministres français, qui le nient en bloc. « C’est la seule explication logique à leur acharnement à étouffer l’affaire et cacher la vérité », affirme-t-il.
Au cœur d’une affaire d’État
Un bruit sourd, une explosion, un silence et une seconde qui paraît une éternité. L’air est chargé de poussière blanche et de poudre à l’odeur âcre. Sonné, le soldat E. reprend difficilement ses esprits, constate que ses mains sont toujours là. Il a mal aux jambes mais n’ose pas baisser le regard. Enfin, la fumée se dissipe. S’offre alors à lui un spectacle de désolation. Celui d’une scène de guerre qu’il décrit ainsi : « Je distingue un mort au sol, la tête sur une marche où coulent les dernières giclées de sang, son casque a été arraché, il n’a plus son bras droit ni son gilet pare-balles, déchiré et éparpillé en plusieurs morceaux. »
Il est 13 h 20 (heure GMT) ce 6 novembre 2004, le lycée Descartes de Bouaké, où est basé un détachement de la force française Licorne, vient d’être bombardé par l’armée ivoirienne. Le bilan est lourd : dix morts (neuf militaires français et un civil américain) et trente-huit blessés. Près de treize ans après les faits, au bout de douze années de procédure judiciaire en France, cet événement tragique, qui a bouleversé les relations franco-ivoiriennes, n’a pas livré tous ses secrets. Aujourd’hui encore, à Abidjan comme à Paris, les témoins de l’époque expriment les mêmes réticences à livrer leur version des faits.
« Je ne veux plus évoquer cette affaire. C’est à cause d’elle qu’on en est arrivé là », lâche Kadet Bertin Gahié, ancien ministre de la Défense de Laurent Gbagbo, pour qui la chute en 2011 et aujourd’hui le jugement pour crimes contre l’humanité à la Cour pénale internationale seraient les conséquences des événements de Bouaké. « C’est une affaire extrêmement sensible. Tout est politique », résume ainsi une source judiciaire ivoirienne. Le bombardement de Bouaké se déroule au troisième jour de l’opération ivoirienne baptisée Dignité et élaborée afin de permettre au président Laurent Gbagbo de reprendre le nord de la Côte d’Ivoire, alors contrôlé par les rebelles des Forces nouvelles.
Depuis la tentative de coup d’État de septembre 2002, le pays est coupé en deux, séparé par une zone dite de confiance où patrouillent les Casques bleus de l’Onuci (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire), appuyés par les soldats de la force française Licorne. Gbagbo n’en fait pas mystère : las d’attendre une opération militaire de la France pour désarmer les rebelles, il songe à lancer lui-même une offensive. Et Bouaké, considéré comme la capitale de la rébellion, où se trouvent son état-major et des unités de combat, s’impose comme une cible prioritaire.
La « pression » des militaires
C’est presque mot pour mot ce qu’il confie à l’ambassadeur de France Gildas Le Lidec. Le 2 novembre 2004, ce dernier est reçu en audience par le chef de l’État ivoirien en compagnie du général Poncet. Les deux officiels français tentent de dissuader Gbagbo de « traverser la ligne de confiance », mais ce dernier semble ne rien vouloir entendre. Il est « fâché », évoque « la pression des militaires » et ne raccompagne pas ses invités à leur voiture.
Pourtant, le soir même, Désiré Tagro, l’un de ses conseillers, s’exprime à la RTI (Radiodiffusion-Télévision ivoirienne) et demande aux militaires d’être « patients », comme si le message français avait été entendu. Gbagbo bluffe-t-il, comme il sait si bien le faire, ou a-t-il réellement décidé de surseoir à son offensive ?
Le Lidec penche pour cette seconde hypothèse et demande même l’annulation de l’entretien téléphonique prévu le lendemain entre le président ivoirien et le président français, Jacques Chirac. Trop tard. L’échange entre les deux chefs d’État tourne mal, Chirac se montrant particulièrement ferme. « Personne ne m’a jamais parlé comme ça », lance Gbagbo à Le Lidec, après l’entretien et avant de lui annoncer son intention de maintenir l’opération.
À Yamoussoukro, tout est d’ailleurs prêt depuis plusieurs jours. On retrouve dans la capitale administrative les principaux hommes de confiance de Laurent Gbagbo : le commandant de l’armée de l’air Édouard Séka Yapo, le colonel Philippe Mangou, commandant du théâtre des opérations des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (Fanci), et son adjoint chargé des forces aériennes, un certain « Kuye », qui pourrait être le lieutenant-colonel Nicolas Kuie Gadjai, chef du détachement Air de Yamoussoukro. Ils tiennent tous les soirs des réunions secrètes à la présidence.
Dans les rues de Bouaké, le 12 octobre 2015.
Des éléments de la garde républicaine, un char et des blindés légers viennent renforcer le dispositif. Le 2 novembre, les détachements de militaires français qui surveillent l’aéroport observent un Antonov An-12 immatriculé TU-VMA et deux Sukhoi biplaces atterrir sous leur nez. La tension entre Français et Ivoiriens monte d’un cran, mais Paris laisse faire. L’état-major ivoirien peaufine les détails de son offensive.
Des cartes sur lesquelles sont indiqués les ordres et les cibles à viser sont distribuées. Le 3 novembre, des bombes sont acheminées par pick-up. Dans le salon VIP de l’aéroport, une dernière réunion est organisée, à laquelle participent notamment les équipages des Sukhoi. Ils décollent le lendemain, jeudi 4 novembre, à 7 heures du matin.
Trois raids
À une centaine de kilomètres de là, Bouaké sort de sa torpeur. Il fait terriblement chaud en ce mois de ramadan. Ce matin-là, Sangaré* a pris son temps. Alors qu’il se rend au travail en centre-ville, un jeune rebelle l’interpelle : « Mais que fais-tu dehors ? Depuis 5 heures, le troisième bataillon subit des tirs. » En découvrant les Sukhoi dans le ciel de Bouaké, beaucoup, comme Sangaré, s’interrogent.
La plupart n’ont jamais vu des avions de combat aussi sophistiqués. « J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait des vieux Alpha Jet saisis par les rebelles en 2002. Ce n’est qu’en entendant les premiers bombardements que nous avons compris que nous étions visés », raconte Dramane*, un ancien rebelle qui se trouvait au corridor sud.
Un ex-« comzone » (commandant de zone rebelle) se souvient, aujourd’hui encore, avoir été pris par surprise : « Tout le monde s’attendait à ce que Gbagbo lance une offensive. Mais nous ignorions à quel moment. Les officiers de liaison français, avec qui nous échangions beaucoup d’informations, ne nous ont pas prévenus. Ce n’est qu’avec les mouvements de troupes puis les premiers bombardements que nous avons compris que l’opération avait débuté. »
Les avions effectuent trois raids avant de regagner Yamoussoukro. Là-bas, les équipages sont accueillis par des militaires qui les félicitent sous les yeux médusés du détachement français. Le 5 novembre au soir, après une nouvelle journée de bombardements en dehors de Bouaké, l’offensive aérienne doit laisser place à une attaque terrestre. Plusieurs unités des Fanci progressent au-delà de la fameuse ligne de confiance.
Le matin du 6 novembre, un Antonov débarque à Yamoussoukro environ 150 militaires avec de l’armement lourd. Au même moment, une unité de l’armée qui s’apprête à quitter Brobo, au sud de Bouaké, lance six roquettes contre une position rebelle qui préparait une embuscade. Le colonel André Gouri, qui mène la colonne des Fanci, demande un appui aérien pour assurer sa couverture jusqu’à Bouaké.
Les deux Sukhoi redécollent de Yamoussoukro, frappent à deux reprises les Forces armées des Forces nouvelles (FAFN) puis survolent Bouaké à haute altitude. Dans l’enceinte du lycée Descartes, les militaires français ont enfilé leurs casques et leurs gilets pare-balles. Ils sont en alerte, prévenus, comme depuis le début des frappes ivoiriennes, grâce à un agent de liaison français détaché auprès du colonel Mangou.
Le camp français dévasté
En ville, c’est l’heure de la prière. Toute la population est dans la rue. Côté FAFN, la tension est palpable. Au premier passage des Sukhoi, une trentaine d’éléments se cachent dans un bois tout proche du camp français. Ils se sentent pistés par les avions des Fanci. Persuadé qu’il a été la cible de bombardements, le colonel Wattao a d’ailleurs fui la ville pour se réfugier à Katiola. Posté en haut d’un bâtiment mitoyen au lycée Descartes, un soldat ne rate pas une miette de la scène. Les avions virent de nouveau au-dessus du lycée à moins de 200 m d’altitude.
Personne n’imagine que les pilotes puissent ignorer qu’ils survolent une base militaire française : tous les véhicules sont coiffés de panneau air-sol rouge, une croix rouge de 4 m2 est disposée sur le toit de l’infirmerie, des drapeaux français et ivoiriens flottent. Les avions passent une troisième fois, l’un au-dessus de l’autre, puis effectuent un large virage par le sud. L’un des deux plonge en piqué et lâche un panier de quatre ou cinq roquettes… La déflagration dévaste le camp français.
L’information du bombardement se répand comme une traînée de poudre. Une équipe de Notre Patrie, la télévision de la rébellion qui suivait les avions dans un pick-up jaune, arrive rapidement sur les lieux, filme les premières images des militaires français. À Yamoussoukro, l’agent de liaison français déjeune avec un compatriote de l’Onuci lorsque son téléphone sonne. C’est un assistant du général Poncet : « L’emprise [la base française] a été bombardée. Il y a au moins 1 mort et 23 blessés », lui annonce-t-il.
Quelques minutes auparavant, le colonel Mangou lui avait pourtant expliqué que les raids étaient terminés pour la journée et que l’offensive terrestre allait commencer. L’agent français rappelle immédiatement Mangou, qui lance alors un retentissant « merde ! c’est pas possible ! ». Puis il appelle le colonel « Kuye », qui, lui, éclate de rire, laissant perplexe le militaire français.
Les Shukhoi détruits
À Paris, il est environ 14 heures quand Michel de Bonnecorse, le chef de la cellule Afrique, rejoint à pas de course sous les dorures de l’Élysée le général Henri Bentégeat, chef d’état-major des armées. Après quelques minutes de concertation avec leurs adjoints, ils téléphonent au président de la République, qu’ils retrouvent ensuite dans son bureau. Un consensus se dégage rapidement sous l’impulsion des militaires.
Pour éviter que de telles frappes puissent se reproduire, ordre est donc donné de détruire les Sukhoi. Chirac émet une seule objection : les avions doivent être détruits au sol pour éviter de tuer les équipages. L’agent de liaison français est rappelé par Paris : « Tu as dix minutes pour te mettre à l’abri », lui intime-t-on. Dans le même temps, à Abidjan, l’ambassadeur Le Lidec est prévenu et s’étonne de cette décision. « Ordre du président », lui répond Bonnecorse.
L’armée française ne se contente pas de détruire les Sukhoi par missile. En fin de journée, deux hélicoptères Mi-24 et un Mi-8 sont détruits à la présidence ivoirienne de Yamoussoukro et, sur décision du commandement militaire français, sans l’autorisation directe de Chirac et à laquelle s’oppose d’ailleurs le colonel de Revel, chef de corps du 43e bataillon d’infanterie de marine (BIMa), d’autres avions ivoiriens sont ciblés à l’aéroport d’Abidjan. Dans son rapport de mission, ce dernier raconte avoir voulu privilégier la négociation, mais « le général [Poncet] ne voulait pas en entendre parler et a donné l’ordre de détruire les avions ».
« C’est un ordre du président », rétorque Poncet avant de lancer, selon de Revel : « Je veux des morts ivoiriens. » Le chef de corps appliquera finalement les ordres de Poncet a minima : les avions sont attaqués à la hache par une poignée de militaires français. À Bouaké, l’annonce de la destruction de l’aviation ivoirienne est suivie de scènes de liesse. « Nous avons tous été soulagés, car les forces n’étaient pas égales. Nous ne pouvions pas lutter contre ces avions », confie à Jeune Afrique notre ancien comzone.
La trace des pilotes retrouvée
Lorsque l’armée française riposte, les pilotes des Sukhoi et les techniciens ont déjà été escortés vers l’hôtel Président de Yamoussoukro par une compagnie d’infanterie dirigée par William Van Deventer, un mercenaire sud-africain aux ordres de Mangou et qui avait l’oreille de Gbagbo. Que sont-ils ensuite devenus ? Sur ce point, les versions divergent.
Dans un documentaire de Canal+ diffusé en 2015, l’Ivoirien André Ouraga, qui traduisait les propos de l’équipage, affirme qu’au moins un des pilotes biélorusses, Yury Sushkin, faisait partie des quinze personnes qui composaient l’équipage de Yamoussoukro (neuf Ukrainiens, quatre Biélorusses, deux Russes) détenu pendant quatre jours dans une « base militaire d’Abidjan contrôlée par l’armée française ».
L'hôtel Président est l'une des réalisations emblématiques de l'ère Félix Houphouët-Boigny à Yamoussoukro, son village natal érigé en capitale de la Côte d'Ivoire.
Une version démentie par une note déclassifiée de la DGSE dans laquelle est listée l’identité des personnes retenues à Abidjan. Jean-Jacques Fuentès, un mercenaire français présent à Yamoussoukro au moment de l’opération Dignité, affirme de son côté que les pilotes ont « été dispatchés dans différentes villas de réception faisant partie de l’enceinte de la présidence de Yamoussoukro avant d’être exfiltrés au Ghana via Abidjan ».
Une seule chose semble certaine : la trace des deux pilotes est retrouvée le 16 novembre au Togo, à la frontière avec le Ghana. Alors qu’ils se présentent comme « mécaniciens agricoles », ils sont arrêtés et placés en garde à vue. Prévenues par le ministre togolais de l’Intérieur, François Boko, les autorités françaises les laissent finalement repartir deux semaines plus tard. On ne les reverra plus jamais, alors que seuls leurs témoignages pourraient aujourd’hui lever le voile sur les dernières interrogations entourant encore ce drame.
Bouaké et les fantômes de Jacques Chirac
Pourquoi Jacques Chirac a-til tout fait pour empêcher que la justice française enquête sur la mort le 6 novembre 2004 de neuf soldats français et d’un humanitaire américain dans le bombardement de leur caserne de Bouaké, en Côte d’Ivoire ? C’est pour résoudre cette énigme que la juge d’instruction française Sabine Khéris a demandé le renvoi devant la Cour de justice de la République (CJR) de trois ex-ministres, Dominique de Villepin (à l’époque à l’Intérieur), Michèle Alliot-Marie (Défense) et Michel Barnier (Affaires étrangères). Est-ce parce qu’il est affaibli par la maladie ? L’ancien président Jacques Chirac n’est en tout cas pas visé par l’ordonnance rendue le 2 février par la juge.
Le 6 novembre 2004 au soir, dès leur retour à Abidjan, les deux pilotes biélorusses des deux bombardiers Sukhoi qui ont survolé Bouaké sont arrêtés puis détenus quatre jours par l’armée française. Finalement relâchés, ils partent se réfugier à Lomé et sont de nouveau arrêtés, cette fois par la police togolaise. Alertées par Lomé, les autorités françaises ne préviennent pas le procureur de la République de Paris. Aucun mandat d’arrêt international n’est donc délivré, et les deux pilotes, libres, s’évanouissent dans la nature. Pour la juge Khéris, il n’y a pas de doute : « Tout [a] été orchestré afin qu’il ne soit pas possible d’arrêter, d’interroger ou de juger les auteurs -biélorusses du bombardement. » Et dans son ordonnance, la magistrate va plus loin. « La décision de ne rien faire, écrit-elle, a été prise à l’identique par les ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères, ce qui permet de penser à l’existence d’une concertation à un haut niveau de l’État. » Sous-entendu : au niveau de l’Élysée.
La piste de la négligence ou de la complicité ?
Que voulait donc cacher Chirac ? Pour Me Jean Balan, l’avocat parisien de plusieurs familles de victimes, les pilotes biélorusses des deux Sukhoi de l’armée de l’air ivoirienne qui ont frappé Bouaké n’en ont pas reçu l’ordre du président Laurent Gbagbo mais d’une autorité française. Il ne précise pas laquelle. Selon l’avocat, Paris pensait que la caserne était vide et que le bombardement de ce site serait un bon prétexte pour accuser Gbagbo et le faire tomber. Bref, selon Me Balan, les pilotes biélorusses étaient manipulés par un « putschiste » français. La juge Khéris ne semble pas convaincue par cette thèse. « Il n’existe pas d’éléments permettant de mettre en cause les hautes autorités de l’État [français] dans l’assassinat des militaires », écrit la magistrate dans son ordonnance.
Alors pourquoi Chirac n’a-t-il pas voulu que les pilotes passent en jugement ? Ce 6 novembre 2004, voilà trois jours que l’armée, fidèle au président Gbagbo, tente de chasser les rebelles pro-Ouattara du nord de la Côte d’Ivoire. Officiellement, la France est neutre. En réalité, bien avant le début de l’offensive, elle en a suivi tous les préparatifs. La France a même obtenu de l’état-major ivoirien la promesse qu’elle serait informée à l’avance des cibles qui pourraient être frappées afin de pouvoir mettre ses soldats à l’abri.
Par ailleurs, avant cette offensive de l’opération Dignité, les deux Sukhoi et leurs équipages biélorusses ont été acheminés en Côte d’Ivoire, via le Togo, par les soins de Robert Montoya, un ex-gendarme de l’Élysée reconverti dans le trafic d’armes. Difficile de croire que les services français, bien implantés à Lomé, n’ont pas eu connaissance des activités de Montoya… En novembre 2004, Chirac a-t-il voulu s’épargner un procès où les négligences, voire les complicités françaises, dans l’opération Dignité auraient pu être étalées au grand jour ? Si le procureur de Paris donne suite à la demande de renvoi des trois ministres français devant la CJR, on le saura un jour.
Les scénarios du renseignement français
C’est une note déclassifiée datant du 17 novembre 2005, soit un an après le bombardement de Bouaké. La Direction générale de la sécurité intérieure française (DGSE) y égrène les scénarios qu’elle croit possibles pour expliquer le drame. La première option, « la méprise », est celle défendue par les acteurs ivoiriens de l’affaire. « L’attaque de la position française résulterait d’une erreur d’appréciation ou d’une “bavure” », écrit la DGSE. Pourtant, une majorité de personnes interrogées dans le cadre de l’enquête estiment qu’il s’agit plutôt d’un acte délibéré. Thèse également prise en compte par la DGSE. Dans ce cas, les services identifient différents commanditaires.
Parmi eux, Laurent Gbagbo, qui « aurait été conseillé par des proches, tels que le président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, ou Kadet Bertin Gahié, son conseiller à la sécurité. L’une des motivations aurait été de provoquer une riposte française pour masquer l’échec inéluctable de l’offensive lancée par les Fanci [contre les rebelles] », déclare la DGSE. Mais Gbagbo aurait également pu être manipulé par son entourage. « Cette attaque aurait été provoquée à l’insu du président Gbagbo », affirme encore la DGSE, qui pointe à nouveau du doigt Kadet Bertin Gahié et Mamadou Koulibaly.
La chaîne de commandement dans le viseur
Concernant les donneurs d’ordres, les services de renseignements visent notamment le colonel major Séka Yapo (chef d’état-major de l’armée de l’air en novembre 2004). « Sa motivation aurait été purement financière, puisque l’intéressé était l’un des intermédiaires intervenus dans l’achat des aéronefs. La destruction prévisible des aéronefs impliqués devait conduire au rachat de nouveaux appareils et ainsi lui permettre de bénéficier de nouvelles commissions », poursuit la DGSE.
Autre piste : « Selon d’autres informations, la paternité de l’attaque reviendrait à la chaîne de commandement responsable de cette opération, composée de Kadet Bertin Gahié, du général Philippe Mangou (à l’époque le colonel commandant le théâtre des opérations) et du lieutenant-colonel Nicolas Kuie Gadjai (chef du détachement air de Yamoussoukro) », précisent les services.
En revanche, la DGSE ne parle évidemment pas dans cette note d’une autre hypothèse : celle d’une manipulation de la France, qui aurait fourni de mauvaises coordonnées à la chaîne de commandement ivoirienne afin de justifier un éventuel coup d’État. C’est le scénario défendu par l’avocat des victimes et appuyé par le fait que le bâtiment bombardé avait été « évacué » sans raison apparente et que les pilotes ont, semble-t-il, pu bénéficier d’une certaine bienveillance française afin de ne pas être interrogés.
De Paris à Abidjan, qui était aux commandes ?
Quel est le point commun entre le mercenaire français Jean-Jacques Fuentes, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, le diplomate Gildas le Lidec ou le général Philippe Mangou ? Tous étaient en poste au moment du bombardement de Bouaké, le 6 novembre 2004. Certains ont joué un rôle direct, d’autres plus lointain.
Quelques-uns d’entre eux se sont exprimés devant la justice française, dans des dépositions que Jeune Afrique a pu consulter. D’autres, en revanche, se murent dans le silence et ont disparu depuis les faits. Voici ce qu’il faut savoir sur les principaux acteurs d’une tragédie qui reste aujourd’hui encore mystérieuse.
Yuri Sushkin et Barys Smahin, Patrice Oueï, Ange Gnanduillet, Diopoh Oupoh
Fonction au moment des faits : Pilotes et copilotes des SU25.
Implication : Yuri Sushkin et Barys Smahin seraient les pilotes des SU25 ayant bombardé Bouaké le 6 novembre 2004. Arrêtés au Togo, ils ont été relâchés deux semaines plus tard. La justice française soupçonne Robert Montoya d’avoir favorisé leur fuite. Patrice Oueï et Ange Gnanduillet auraient été les deux co-pilotes présents à bord des avions. Mais d’autres témoignages innocentent Patrice Oueï, désignant un certain Diopoh Oupoh comme second copilote.
Leurs déclarations : « Si c’est de notre fait, c’est vraiment une bavure », affirme le capitaine Gnanduillet. « Nos avions effectué ce samedi deux ou trois passes sur Bouaké. À la troisième, nous avons visé une position de rebelles à 500 mètres des Français. Nous tirions des bombes et des roquettes. Ça n’est pas précis. Beaucoup moins que des missiles », ont encore indiqué Patrice Oueï et Ange Gnanduillet.
Ce qu’ils sont devenus : Patrice Oueï et Ange Gnanduillet sont restés dans l’armée ivoirienne et ne se sont plus exprimés sur cette affaire depuis début 2006. Quant à Yuri Sushkin et Barys Smahin, ils n’ont pas réapparu depuis leur fuite du Togo en novembre 2004.
Édouard Séka Yapo
Fonction au moment des faits : Colonel-major, commandant des forces aériennes.
Implication : C’est lui qui gérait le repérage des cibles de l’armée ivoirienne avec le pilote mercenaire Jean-Jacques Fuentes.
Ses déclarations : Il ne s’est jamais exprimé devant la justice. Jean-Jacques Fuentès a cependant déclaré dans son audition le 26 octobre 2006 : « Séka est venu vers moi sur le tarmac [à Yamoussoukro] en écartant les bras et a déclaré : ‘‘ Je ne voulais pas ça ’’. Je lui ai demandé de quoi il s’agissait, il m’a regardé et est parti sans répondre. »
Ce qu’il est devenu : Actuellement retraité, probablement en Côte d’Ivoire.
Laurent Gbagbo
Fonction au moment des faits : Président de la République de Côte d’Ivoire.
Implication : Selon la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), il aurait pu, influencé par des proches tels que Kadet Bertin Gahié, son conseiller en sécurité, être impliqué directement, (voir les différents scénarios, p. XX). Cependant, d’autres témoignages mettent en doute cette hypothèse, comme celui du général Poncet.
Ses déclarations : Le jour de l’opération, Laurent Gbagbo affirme avoir été prévenu par Mathias Doué : « Mon chef d’état-major […] m’informe qu’un bombardement aérien s’est produit et qu’un Français est mort à Bouaké. Je lui demande un rapport écrit. » Ce sont finalement les ambassadeurs français et américain qui lui annoncent le bilan définitif. Sur les causes du bombardement, Gbagbo déclare à la juge d’instruction Sabine Kheris, le 28 avril 2014 : « Je n’ai jamais su, mais je pense que Poncet le sait. Je pense que Doué sait quelque chose aussi. D’ailleurs, il a fui le pays quand il a été suspendu […]. Il n’est revenu qu’en avril 2011 avec Ouattara, après mon arrestation. »
Ce qu’il est devenu : Battu par Alassane Ouattara et chassé du pouvoir par la force en 2011, il attend son jugement à la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité en relation avec la crise post-électorale.
Gildas Le Lidec
Fonction au moment des faits : Ambassadeur de France en Côte d’Ivoire.
Implication : Il affirme avoir été tenu à l’écart de la décision de destruction de l’aviation ivoirienne après le bombardement.
Ses déclarations : Il estime que Laurent Gbagbo n’était pas au courant des événements à venir à Bouaké. Lorsque ce dernier le reçoit au palais présidentiel le lendemain du bombardement, il « est dans un état incroyable, il est livide, il tremble. Il n’est pas du tout dans son assiette », raconte-t-il. Le Lidec propose alors une hypothèse : « Le général Mangou ou les chefs militaires de son armée, constatant qu’ils ne réussiraient pas l’offensive contre les pro-Ouattara, auraient préféré s’en prendre aux Français en faisant ainsi une opération de diversion pour cacher leur défaite… » Enfin, selon lui, la relation entre Gbagbo et Chirac aurait accentué le problème : « Il existait un vrai problème de communication entre les deux hommes. L’histoire aurait été différente si Chirac avait davantage échangé avec Gbagbo, qui n’était pas antifrançais, contrairement à ce que l’on disait. »
Ce qu’il est devenu : Il a continué sa carrière d’ambassadeur, successivement en poste au Japon, à Madagascar et en Thaïlande. Il a pris sa retraite depuis.
Michel de Bonnecorse
Fonction au moment des faits : Conseiller Afrique du président de la République française.
Implication : Chef de la cellule Afrique de l’Élysée, il a suivi au jour le jour les événements ivoiriens.
Ses déclarations : Au sujet de la libération des pilotes biélorusses arrêtés au Togo, devant la juge Sabine Khéris le 13 avril 2015 : « C’est une affaire qui ne nous a pas été signalée à l’Elysée, […] sinon nous aurions sans doute demander à récupérer ces pilotes. » Et d’ajouter, à la question de savoir qui a donné l’ordre de ne rien faire au sujet des Biélorusses, finalement expulsés du Togo : « Ça peut être un directeur de cabinet à l’Intérieur, à la Défense ou au ministère des Affaires étrangères.»
Ce qu’il est devenu : Passé dans le privé en 2009, dans le secteur du transport maritime, il est aujourd’hui retraité.
Robert Montoya
Fonction au moment des faits : Ex-gendarme de la cellule antiterroriste de l’Élysée reconverti dans le négoce des armes à partir du Togo et en lien avec la Biélorussie, il était conseiller spécial du président Laurent Gbagbo.
Implication : Il a vendu à la Côte d’Ivoire les deux Sukhoi impliqués dans le bombardement, comme il le confirme dans une déposition faite devant la justice togolaise le 4 janvier 2006. Il aurait également permis l’exfiltration depuis la Côte d’Ivoire vers le Togo et via sa secrétaire, Gallyna Nesterenko, des Biélorusses impliqués dans le bombardement de Bouaké.
Ses déclarations : Il affirme que sa secrétaire a simplement servi de traductrice entre les inculpés et la police togolaise.
Ce qu’il est devenu : Il continue de mener ses différentes activités depuis le Togo.
Jean-Jacques Fuentès
Fonction au moment des faits : Pilote et mercenaire, il travaillait régulièrement pour les FANCI, en liaison avec le colonel-major Édouard Séka Yapo.
Implication : Il participait à la partie aérienne de l’opération Dignité, qui avait pour objectif de reprendre la ville de Bouaké aux rebelles.
Ses déclarations : « On mettait tout en place pour reprendre la ville de Bouaké et monter la contre-offensive afin de chasser les rebelles. Tout s’est déroulé pratiquement selon les plans, sauf ce fameux après-midi où les pilotes biélorusses ainsi que les deux pilotes ivoiriens auraient bombardé le lycée Descartes », a-t-il déclaré lors de son audition le 26 octobre 2006. Il a également affirmé que le lieutenant Patrice Oueï avait reçu, en sa présence, un appel d’une source française qui lui aurait transmis les coordonnées du camp Descartes, précisément d’un gymnase où devait se tenir une réunion de chefs rebelles. Il précise que le colonel Mangou aurait demandé une vérification de la cible, mais que celle-ci n’a finalement pas été effectuée à cause “de la guerre des petits chefs”, parmi lesquels Patrice Oueï.
Général Mathias Doué
Fonction au moment des faits : Chef d’état-major de Laurent Gbagbo.
Implication : C’est lui qui informe le président ivoirien du bombardement.
Ses déclarations : Il ne s’est jamais exprimé devant la justice.
Ce qu’il est devenu : Jugé responsable de l’échec de l’opération Dignité, il est limogé le 13 novembre 2004. Il disparaît ensuite et est accusé à plusieurs reprises de chercher à renverser Gbagbo. Rentré à Abidjan après l’élection d’Alassane Ouattara, il y passe sa retraite, jusqu’à son décès en mars 2017.
Kadet Bertin Gahié
Fonction au moment des faits : Conseiller spécial de la présidence de la République de Côte d’Ivoire chargé de la défense, de la sécurité et des équipements militaires.
Implication : Le général Poncet le soupçonne d’avoir donné l’ordre du bombardement.
Ses déclarations : La juge Florence Michon a cherché à l’entendre en tant que témoin et lui a remis une convocation en janvier 2007, dont il assure n’avoir eu connaissance qu’en juillet de cette même année. Kadet Bertin Gahié n’a jamais été entendu en France, même s’il se positionne « pour la manifestation de la vérité quelle que soit la nature de l’affaire ».
Ce qu’il est devenu : Ministre de la Défense de Laurent Gbagbo, il a passé plusieurs années en exil au Ghana après la chute de ce dernier. Rentré en Côte d’Ivoire fin juin 2016, il est toujours en activité dans l’opposition, au sein du Front populaire ivoirien.
Philippe Mangou
Le général Mangou Phillipe du 02 fevrier 2011
Fonction au moment des faits : Commande les troupes déployées sur le théâtre des opérations.
Implication : Il était l’officier de liaison de l’armée de l’air ivoirienne avec la force Licorne, à laquelle il transmettait en amont les coordonnés des cibles visées par les FANCI, lors de l’opération Dignité.
Ce qu’il est devenu : Promu chef d’état-major de l’armée ivoirienne en remplacement de Mathias Doué, il reste au côté de Laurent Gbagbo jusqu’en avril 2011, lorsqu’il fait finalement allégeance à Alassane Ouattara. À 65 ans, il est aujourd’hui ambassadeur au Gabon.
Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin, Michel Barnier
Fonctions au moment des faits : Respectivement ministre de la Défense, ministre de l’Intérieur et ministre des Affaires étrangères
Implication : Tous trois sont soupçonnés par la juge Sabine Khéris « d’entrave à l’enquête », notamment en ayant joué un rôle dans la libération des pilotes biélorusses responsables de l’attaque et arrêtés au Togo.
Leurs déclarations : Alliot-Marie : devant la juge d’instruction Florence Michon le 7 mai 2010, alors qu’elle est désormais ministre de la Justice, elle affirme que la « libération des pilotes » a été rendue possible par l’absence « de base juridique » en faveur d’une détention. Elle insiste et affirme avoir « cherché à savoir et [avoir] pesté régulièrement contre les contraintes juridiques qui empêchaient que l’on puisse procéder aux interrogatoires susceptibles de faire connaître la vérité. »
Barnier : selon l’ambassadeur Gildas Le Lidec, il aurait lui donné l’ordre de libérer les pilotes et de les remettre aux autorités russes.
Villepin : devant la juge d’instruction Florence Michon le 7 février 2008, il déclare que « [son] cabinet n’a jamais été saisi de ce dossier, du moins [pas à sa] connaissance », contrairement à ce qu’affirme le ministre togolais de l’Intérieur, François Boko.
Ce qu’ils sont devenus : La première est députée européenne depuis le 1er juillet 2014 ; le second, Premier ministre de Jacques Chirac de 2005 à 2007, a soutenu Emmanuel Macron en 2017 ; le troisième a été nommé en 2016 négociateur de la Commission européenne en vue du Brexit.
Général Henri Poncet
Fonction au moment des faits : Général, patron de la force Licorne.
Implication : Henri Poncet est le général ayant reçu l’ordre de détruire les deux SU25 après le bombardement.
Ses déclarations : Entendu en France le 22 octobre 2013, il affirme que la frappe « était manifestement délibérée », mais estime Laurent Gbagbo « trop fin politique pour donner un ordre aussi absurde ». Il propose une autre hypothèse : « Lorsqu’il a été clair que l’aventure militaire allait tourner à l’échec, les extrémistes [dans l’entourage de Gbagbo] se sont sentis en danger. Ils ont donc décidé sciemment de s’engager dans une stratégie de rupture [avec] la France [qui] avait le profil du bouc émissaire responsable de l’échec […]. Je persiste à penser que ces extrémistes, dans lesquels on peut inclure Mamadou Koulibaly, Charles Blé Goudé, Kadet Bertin Gahié et Philippe Mangou, se trouvaient à l’origine directe du bombardement du lycée Descartes. » Poncet explique également avoir voulu s’opposer à ce que les techniciens slaves retenus pendant quatre jours à Abidjan soient libérés. « Je n’avais pas du tout envie de relâcher ces personnes […]. On m’a répondu : ‘‘tu t’exécutes’’ ».
Ce qu’il est devenu : Retraité de l’armée depuis 2007 après avoir été mis en cause puis blanchi dans l’« affaire Mahé », il est aujourd’hui consultant et conseiller municipal d’une commune de l’Aude, en France.
Jacques Chirac
Fonction au moment des faits : Président de la République française.
Implication : C’est à l’Élysée, au sein de la cellule Afrique que le dossier Bouaké a été suivi au jour le jour, selon les déclarations de Nathalie Delapalme, conseillère Afrique du ministre des Affaires étrangères. Selon la ministre de la Défense de l’époque, Michèle Alliot-Marie, c’est également à la présidence que la décision de riposte et de destruction des avions ivoiriens « a été prise » afin « d’éviter d’autres attaques contre les forces françaises ».
Ses déclarations : Jacques Chirac n’a jamais été entendu par la justice.
Ce qu’il est devenu : décédé.
*Les prénoms ont été modifiés
