dimanche 12 janvier 2020
Vol PS752: l 'Iran reconnaît avoir abattu l'avion ukrainien par "erreur" et présente ses excuses
Alors que l’hypothèse selon laquelle le Boeing d’Ukraine International Airlines aurait pu être accidentellement victime d’un missile commençait à poindre, l’agence Reuters a rapporté que les services de renseignement occidentaux, au regard des premières informations recueillies, privilégiaient la piste d’une « avarie ».
Sans tarder, les autorités iraniennes avancèrent que l’appareil avait eu un problème technique pour expliquer sa chute. Seulement, les vidéos amateurs montrant ce qui semblait être le B-737-800 en flammes donnèrent du crédit à l’hypothèse selon laquelle l’avion aurait été victime d’un missile.
Le renseignement américain donna du crédit à cette piste, évoquant le tir accidentel de deux missiles par un système de défense aérienne Tor-M1 [code Otan : SA-15 Gauntlet]. Puis, le Royaume-Uni et le Canada, dont des ressortissants se trouvaient à bord du B-737, firent à leur tour part d’informations accréditant cette hypothèse.
Mais l’Iran opposa un démenti, évoquant des « mises en scènes douteuses » après ces déclarations au sujet d’un possible tir de missile contre le vol PS752. « La République islamique d’Iran a commencé son enquête afin de trouver la cause de la chute de cet avion en accord avec les normes internationales et les réglementations » de l’aviation civile internationale », fit valoir le ministère iranien des Affaires étrangères.
Quant au gouvernement iranien, il accusa les États-Unis de se servir de la douleur des familles des passages du B-737 pour « retourner le couteau dans leurs plaies » afin de « servir ses intérêts dans cette opération psychologique. »
« Une chose est sûre, cet avion n’a pas été touché par un missile », affirma, le 10 janvier, Ali Abedzadeh, le directeur de l’Organisation de l’aviation civile iranienne. Et d’ajouter : « Nous avons vu certaines vidéos. […] Nous confirmons que l’avion a été en feu pendant 60 à 70 secondes », mais dire « qu’il a été touché par quelque chose ne peut pas être correct sur le plan scientifique. »
« Les informations [contenues] dans les boîtes noires [du B-737] sont absolument cruciales » pour l’enquête, et « toute déclaration avant que leurs données soient extraites n’est pas un avis d’expert », avait encore souligné M. Abedzadeh.
Seulement, ce 11 janvier, Téhéran a finalement reconnu que le B-737 ukrainien avait bien été abattu par un missile tiré par la défense aérienne iranienne, expliquant que l’avion de ligne avait été pris, par erreur, pour un appareil « hostile » évoluant près d’un site militaire sensible.
« L’enquête interne des forces armées a conclu que de manière regrettable des missiles lancés par erreur ont provoqué le crash de l’avion ukrainien et la mort de 176 innocents », a ainsi confirma Hassan Rohani, le président iranien, qui a parlé d’une « grande tragédie » et d’une « erreur impardonnable ».
« Conclusions préliminaires d’une enquête interne des Forces armées : une erreur humaine dans une période de crise causée par l’aventurisme des États-Unis a mené au désastre », a commenté Mohammad Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères, via sur Twitter. « Nos profonds regrets, excuses et condoléances à notre peuple, aux familles de toutes les victimes et aux autres nations affectées », a-t-il ajouté.
L’état-major iranien, qui aussi parlé d’une « erreur humaine », a fait savoir que le « responsable » de cette méprise allait être traduit « immédiatement » en justice.
Cabine de pilotage touchée
Selon Volodymyr Zelensky, président ukrainien, ce sont notamment des découvertes «convaincantes» des experts ukrainiens dépêchés à Téhéran pour élucider les circonstances de la catastrophe qui «ont empêché de cacher la vérité».
Ces spécialistes ont très vite «trouvé des preuves montrant qu'il s'agissait d'un missile» qui avait touché la cabine des pilotes, notamment des «trous» percés par ses éclats, a affirmé dans une interview à la BBC Oleksiï Danylov, secrétaire du Conseil de sécurité et de défense nationale ukrainien.
«Nous ne pouvions pas le dire publiquement aussitôt» par crainte que l'Iran ne renvoie les experts, a-t-il assuré. «Nous savons très probablement le nom de ce missile, quand et à qui le pouvoir iranien l'a acheté», a-t-il encore dit.
Communiqué de la République d'Iran
Communiqué en persan publié samedi par l'état-major des forces armées iraniennes reconnaissant que l'avion ukrainien, dans lequel 176 personnes ont trouvé la mort mercredi près de Téhéran, a été abattu par erreur:
«A la nation noble et révolutionnaire de l'Iran islamique:
A la suite de l'accident déchirant de la chute d'un avion commercial Boeing d'Ukraine (International) Airlines aux premières heures du mercredi (8 janvier 202) et au milieu d'une attaque (iranienne) aux missiles contre la base de l'Amérique criminelle et (compte tenu de) la possibilité que cet accident aérien ait été causé par une action militaire, l'état-major des forces armées a immédiatement investigué en créant une commission d'enquête composée d'experts techniques et de spécialistes des opérations [militaires], indépendante de celle de l'Organisation de l'aviation civile iranienne. Les résultats de cette enquête minutieuse menée sans relâche jour et nuit sont mis à la disposition de l'honorable peuple d'Iran ci-après:
1. Suite aux menaces du président et des commandants militaires de l'Amérique criminelle de viser un grand nombre de cibles sur le territoire de la République islamique d'Iran en cas d'une riposte éventuelle (à l'élimination du général iranien Qassem Soleimani, tué le 3 janvier à Bagdad par une frappe américaine, ndt) et compte tenu de l'augmentation sans précédent du trafic aérien (ennemi) dans la région, les forces armées de la République islamique d'Iran ont été placées au plus haut niveau d'alerte pour répondre aux éventuelles menaces.
2. Dans les heures qui ont suivi les frappes de missiles (iraniennes), les vols des avions de combat des forces terroristes américaines autour du pays ont augmenté et il a été transmis aux unités de défense des informations sur des cibles aériennes se dirigeant vers des centres stratégiques du pays, et plusieurs cibles ont été vues sur certains écrans radars. Tout cela a causé une réactivité encore plus grande dans les centres de défense antiaérienne.
3. Dans cette situation de crise délicate, le vol 752 d'Ukraine (International) Airlines a décollé de l'aéroport (international) Imam Khomeiny (de Téhéran), et au moment de tourner, s'est retrouvé entièrement en position de se rapprocher d'un centre militaire sensible du Corps (des Gardiens de la Révolution islamique, l'armée idéologique iranienne, ndt) à une altitude lui donnant l'apparence d'une cible hostile. Dans ces conditions, et à la suite d'une erreur humaine et de manière non intentionnelle, l'avion a été touché et cela a malheureusement abouti au martyr de plusieurs de nos compatriotes et la perte de vies de ressortissants non-iraniens.
4. Tout en exprimant ses condoléances et son empathie pour les familles en deuil, celles de nos compatriotes et celles des victimes étrangères, et en présentant ses excuses pour cette erreur humaine, l'état-major général des forces armées assure qu'en poursuivant des réformes fondamentales dans les processus opérationnels au niveau des forces armées, il va rendre impossible la répétition de telles erreurs. De plus (l'état-major) va immédiatement présenter à l'organisation judiciaire des forces armées le coupable afin qu'une action légale soit engagée en rapport avec les fautes commises.
5. Il a également été envoyé aux responsables concernés du Corps (des Gardiens) une notification afin qu'ils se présentent le plus tôt possible à la télévision nationale pour donner des explications détaillées au peuple honorable.»
Le commandant de la branche aérospatiale des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, a endossé samedi la «responsabilité totale» de la catastrophe.
Voici quelques extraits de sa déclaration diffusée par la télévision d'Etat.
«J'ai appris (la nouvelle du drame) alors que j'étais dans l'ouest du pays, après que l'Iran a tiré des missiles contre des bases», indique le général de brigade en allusion aux bases utilisées par l'armée américaine en Irak. Les tirs iraniens étaient en représailles à l'élimination le 3 janvier du général iranien Qassem Soleimani, tué dans un raid américain à Bagdad.
«J'endosse la responsabilité totale (de cette catastrophe) et je me plierai à toute décision qui sera prise.»
«J'aurais préféré mourir plutôt que d'assister à un tel accident.»
«La nuit de l'accident (...) l'état d'alerte était au niveau guerre. Cette nuit-là, nous étions prêts pour un conflit total», à cause des menaces américaines, dit-il.
A ce moment-là, «je considère (la guerre) probable (...) en raison de la présence de nombreux avions dans le ciel (du Moyen-Orient), des avions de guerre et quelques bombardiers» envoyés en renfort.
«C'est la conséquence de la malfaisance de l'Amérique, des tensions qu'elle crée dans la région et de ses actions.»
«A plusieurs moments, le système (de défense) rapporte que des missiles de croisière ont été tirés en direction du pays et à une ou deux occasions, il est répété que ces missiles sont en route: soyez prêts!»
«Les systèmes (de défense) sont en état d'alerte maximale. Il n'y a qu'à appuyer sur le bouton.»
«Etant donné les informations qui lui ont été données sur le fait que c'est une situation de guerre et que des missiles de croisière ont été tirés, l'opérateur (du système de missile ayant abattu l'avion) identifie (l'avion) comme un missile de croisière.»
«Il était obligé de contacter (un échelon supérieur) et d'obtenir vérification (de la cible).»
«Là, il y a eu une erreur de l'opérateur. Mais son système de communication a apparemment été perturbé. Il y a peut-être eu un brouillage du système, ou le réseau était occupé. Quoi qu'il en soit, la conséquence est qu'il n'a pu contacter personne».
«Il avait dix secondes pour décider. Il pouvait décider de tirer ou de ne pas tirer.
Malheureusement, étant donné les circonstances, il a pris la mauvaise décision: le missile est tiré et l'avion est touché.»
«C'était un missile de courte portée qui a explosé près de l'avion. C'est ce qui explique que l'avion a pu» continuer de voler.
«L'un de nos (hommes) a commis une erreur et comme il est sous notre commandement (...) la responsabilité doit nous incomber. Nous sommes attristés (...) nous sommes désolés.»
«Malheureusement, à cause d'une décision prise à la hâte par une personne, cette grande catastrophe a eu lieu.»