Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 23 janvier 2020

Le sixième sens des femmes intéresse le renseignement


Spécialiste du renseignement et déjà auteur d’un ouvrage sur "Les maîtres de l’espionnage", Rémi Kauffer remet le couvert avec "Les femmes de l’ombre", consacré aux espionnes cette fois. Il commente ce pan caché de l’histoire des femmes ainsi que certaines prédispositions propres aux femmes qui en font des agents redoutables, aujourd’hui prisées au sein des services de renseignement.

"Les femmes ont des aptitudes différentes, elles sont plus intuitives. C’est leur sixième sens en quelque sorte. Elles peuvent repérer des choses qui échappent aux hommes, ce qui en fait d’excellentes chasseuses de taupes par exemple. C’est très apprécié dans les services de renseignement mais également au sein de la police."

Plus courageuse, plus discrète aussi

Les femmes disposent également d’une forme de courage différent qui se manifeste par exemple par une résistance plus grande à la torture. "C’est vrai en particulier pour les femmes qui ont déjà connu les douleurs de l’enfantement", précise l’auteur. "Certains hommes au contraire ne supportent même pas la perspective de la douleur, comme le résistant Pierre Brossolette qui a préféré se défenestrer avant son interrogatoire, de peur de trahir."

Les femmes se font également moins facilement repérer. "Les femmes, par un banal réflexe machiste, sont en effet moins facilement soupçonnées d’activités clandestines. Ce qui leur permet de remplir des missions d’agent de liaison ou de porteuse de messages. Lorsqu’ils ont arrêté Andrée de Jongh en 1943, les Allemands étaient persuadés que c’était son père qui dirigeait le réseau et non cette frêle jeune femme de 23 ans. Elle était vexée de ne pas être prise au sérieux par ses interrogateurs."

Rien d’étonnant dès lors si les services de renseignement les recrutent. Encore faut-il distinguer entre les femmes officiers de renseignement, qui sont des fonctionnaires, et les femmes du service d’action, qui sont sur le terrain.

En France par exemple, la DGSE compte 30% de femmes parmi ses fonctionnaires. Le Mossad, lui, emploie beaucoup de femmes, y compris dans le service actif chargé notamment de procéder à des éliminations. Les services israéliens tablent sur le fait que, dans le monde arabe, les femmes sont considérées comme moins dangereuses que les hommes.

Certaines femmes ont eu d’importantes responsabilités dans le renseignement. Gina Haspel dirige aujourd’hui la CIA. Le MI-5 a été dirigé par Stella Rimington de 1992 à 1996 et par Eliza Manningham de 2002 à 2007.

Reste à voir ce qui peut motiver une femme à travailler dans le renseignement. Pour Rémi Kaudffer, le premier ressort, c’est le patriotisme. Mais il y a aussi parfois l’idéologie, par exemple dans les milieux communistes pendant la guerre. "La femme avait un meilleur statut en URSS que dans l’Allemagne nazie où elle était censée rester à la maison et élever les enfants", rappelle-t-il.

C’est également l’idéologie qui pousse aujourd’hui certaines femmes à se mettre au service de l’islamisme radical. "L’islamisme peut séduire certaines femmes du fait qu’il s’agit d’un système idéologique clos, où il n’y a pas de place pour le moindre questionnement ni le moindre doute. Les services de renseignement et de sécurité occidentaux ont heureusement cessé de sous-estimer les femmes au sein de la nébuleuse islamiste." J-P.B.


"Les femmes de l’ombre", Rémi Kauffer, Ed. Perrin, 
510 pages