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jeudi 19 décembre 2019

Barkhane a « neutralisé » une quinzaine de jihadistes


En novembre, une lettre adressée à l’attaché militaire de l’ambassade de France à Ouagadougou par le général Moïse Miningo, le chef d’état-major des forces burkinabè, et diffusée via les réseaux sociaux, a fait un peu de bruit, alors que son authenticité n’avait pas été formellement vérifiée [mais sa teneur n’a pas pour autant démentie par la suite].

Ainsi, ce courrier demandait à la force Barkhane d’informer les autorités militaires burkinabè du mouvement de ses aéronefs au Burkina Faso au moins 48 heures à l’avance.

« Depuis un certain temps, il ressort de façon récurrente que des es aéronefs non identifiés survolent nos bases et zones d’opération. Aussi, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que, désormais, des instructions ont été données aux unités déployées pour qu’ils soient considérés comme ennemis et traités comme tel. Par conséquent, nous vous prions de vouloir bien nous informer 48 heures à l’avance de tout déplacement de vos aéronefs dans ces zones et en coordination avec l’armée de l’Air et l’État-major général des armées », aurait écrit le général Miningo.

Évidemment, certains y ont vu le signe d’une tension entre Paris et Ouagadougou… Mais on aurait pu aussi interpréter le contenu de cette lettre d’une manière différente, en y voyant la volonté du général Miningo d’éviter une possible méprise. D’autant plus que, en décembre 2018, la France et le Burkina Faso avaient signé un accord permettant « d’améliorer le cadre juridique de la coopération » de leurs forces respectives, « dans le plein respect de la souveraineté de chacun. »

À l’époque, le ministère des Armées avait même rappelé que la France intervenait « en soutien du Burkina Faso dans ses efforts de lutte contre le terrorisme, y compris par un appui direct de la force Barkhane » et que cela s’était déjà traduit par « plusieurs opérations anti-terroristes menées en soutien aux forces armées burkinabè aux frontières du pays avec le Mali, mais aussi par des formations régulièrement dispensées. »

Quoi qu’il en soit, la force barkhane est d’ailleurs une nouvelle fois intervenue au Burkina Faso, le 9 décembre dernier.

En effet, selon l’État-major des armées [EMA], une patrouille de Mirage 2000D a conduit une « opération d’opportunité au nord du Burkina Faso, dans une région où sévit plus particulièrement le groupe terroriste Ansarul Islam. »

Le communiqué de l’EMA ne précise pas comment les renseignements à l’origine de cette « opération d’opportunité » ont été obtenus. Toujours est-il qu’un regroupement d’individus, « armés et équipés de motos », a été repéré, alors qu’il se préparait « manifestement » à lancer une attaque d’ampleur.

Sollicité, les Mirage 2000 ont alors visé ce regroupement en larguant quatre bombes. « Une quinzaine de terroristes et leurs motos ont ainsi été neutralisés. De l’armement a également été détruit au cours de cette action », assure l’État-major des armées.

Cette opération rappelle celle menée le 30 novembre entre Mopti et Gao [Mali]. Pour rappel, grâce à des moyens ISR, une colonne de motos appartenant à un groupe jihadiste avait été détruite grâce à l’intervention des Mirage 2000 et des hélicoptères d’attaque Tigre et Gazelle. Selon toute vraisemblance, cette action a empêché une attaque « complexe » contre les Forces armées maliennes [FAMa].

À noter que, le 17 décembre, les forces burkinabè ont démantelé une « base logistique » et neutralisé 4 terroristes lors d’une opération conduite à Belhourou, localité située près d’Arbinda, dans la province du Soum [nord]. « De l’armement lourd, des munitions et des engins explosifs improvisés ont été saisis ainsi que des motos et divers autres matériels », a précisé l’état-major général burkinabè.

Par ailleurs, au Mali, plus précisément dans la région du Gourma, la force Barkhane a conduit un raid héliporté également « d’opportunité », près de Menaka, dans la nuit du 14 au 15 décembre. « Cette opération a permis de mettre hors de combat une dizaine de membres de l’État islamique au Grand Sahara [EIGS], de saisir de l’armement et du matériel électronique », a indiqué l’EMA.

Barkhane dispose désormais de ses propres drones MQ-9 Reaper armés

« Les drones armés permettront d’allier en permanence la surveillance, l’endurance dans la discrétion et la capacité de frappe, au moment le plus opportun. Ainsi, nous gagnons en
efficacité et nous limitons le risque de dégâts collatéraux », avait affirmé Florence Parly, la ministre des Armées, lors de l’Université d’été de la Défense, en septembre 2017.

À l’époque, de tels propos avaient mis un terme à des années d’hésitation[s] sur l’opportunité d’armer ou non les drones MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance] de l’armée de l’Air… alors qu’une telle décision était très attendue.

Un drone MQ-9 Reaper armé serait « particulièrement adapté à la fugacité des adversaires que nous combattons aujourd’hui », avait en effet plaidé le général André Lanata, ex-chef d’état-major de l’armée de l’Air [CEMAA].

Effectivement, l’emploi de drones armés raccourcit la « boucle » d’intervention quand un groupe armé terroriste est repéré. Et ce dernier peut avoir tout le loisir de se dissimuler ou de s’éparpiller jusqu’à l’arrivée sur zone des chasseurs-bombardiers ou des hélicoptères d’attaque.

Aussi, comme l’avait souligné un chef du détachement « drones » basé à Niamey dans les colonnes d’Air Actualités, le drone armé permet de « gagner en réactivité sur des zones où l’ennemi fugace
donne une courte fenêtre d’opportunité pour le traiter. Cela permettra de réagir lorsque des forces françaises seront prises à partie au sol. On pourra les désengager et les protéger. De plus, cela renforcera la complémentarité entre le drone et les avions de
chasse. »

Et, un peu plus de deux après l’annonce de la ministre, les Reaper de l’armée de l’Air ont effectué avec succès leurs premiers tirs d’expérimentation, depuis la base aérienne projetée de Niamey, au Niger. L’annonce en a été faite ce 19 décembre par le ministère des Armées.

Mis en oeuvre par l’escadron 1/33 Belfort, « les drones armés amélioreront considérablement la sécurité de nos militaires sur place et renforceront nos moyens face à un ennemi toujours plus fugace. Désormais opérationnels, les drones armés sont déployés au sein de l’opération Barkhane », a par ailleurs indiqué Mme Parly.


Ces drones armés « présentent plusieurs avantages, notamment leur discrétion, leur endurance et la capacité offerte à nos forces de réagir et décider avec plus de rapidité et d’efficacité », a encore fait valoir la ministre, qui a encore pris le soin de préciser que la doctrine d’emploi ne change pas et que les règles d’engagement de ces appareils « sont exactement les mêmes que celles des avions de chasse avec lesquels ils sont complémentaires. »

Les MQ-9 Reaper de l’armée de l’Air emporteront, dans un premier temps, deux bombes guidées laser GBU-12 de 250 kg. Par la suite, avec l’arrivée du standard « Block 5 », fin 2020, ils pourront être dotés de bombes GBU-49 [à guidage laser et GPS] et de missiles air-sol Hellfire.

Pour rappel, un MQ-9 Reaper est mis en oeuvre par un équipage de quatre personnes : le pilote à distance, l’opérateur capteur, le coordinateur tactique et l’opérateur image.