Aucune preuve de radicalisation
Selon mes informations, aucune des six personnes actuellement en garde à vue n'a de lien avec la mouvance islamiste radicale, ou même avec un quelconque engagement religieux. Ces individus sont actuellement retenus soit au siège de la sous-direction antiterroriste (SDAT), qui partage ses locaux avec la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret, soit à la délégation de police judiciaire de Nice. À ce stade de l'enquête, alors que les gardes à vue touchent à leur fin, en dehors de la revendication de Daech, aucun élément de l'enquête ne permet de démontrer une radicalisation religieuse même rapide de Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Et encore moins son appartenance à une quelconque obédience musulmane.
Mohamed Lahouaiej Bouhlel était athée
Le tueur était «intégré à Nice, il connaissait beaucoup de monde». Il consommait haschisch et cocaïne. L'épouse en instance de divorce avec Mohamed Lahouaiej Bouhlel a décrit son ex-mari comme quelqu'un d'athée, sans aucun lien avec la religion musulmane. Selon elle, il mangeait même du porc. Sa connaissance religieuse et non sa pratique se limitait à l'enseignement qu'il avait reçu en Tunisie, où il a été éduqué. Née en France, l'ex-compagne de Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait bravé l'interdit de sa mère qui ne souhaitait pas que sa fille se marie avec son neveu, le propre fils de sa soeur, se doutant qu'il s'agissait d'une union intéressée. « Elle a vécu un amour unilatéral »
Il était bisexuel ; il avait un amant de 73 ans et une maîtresse de 29 ans albanaise
Dans la petite salle de sport que le chauffeur-livreur fréquentait à Nice jusqu'à il y a deux ans environ, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a laissé le souvenir d'un "frimeur", un "dragueur" un peu "lourd", rapporte un témoin. Là, le jeune homme avait même pris des cours de salsa, et "venait faire du sport pour faire le beau".
L'enquête trace le portrait d'un jeune homme à la sexualité débridée. Les noms de très nombreuses conquêtes féminines, mais aussi masculines, ont été retrouvés dans son téléphone, comme explique Le Parisien. Selon le quotidien, "la plupart d'entre elles ont été auditionnées et notamment un homme de 73 ans, présenté comme le principal amant" de Mohamed Lahouaiej Bouhlel.
"Ce terroriste" peut être qualifié d'obsédé sexuel au regard des auditions de ses différent(e)s partenaires", commente même un proche de l'enquête.
Un mari ultra violent, perturbé, sadique...
Placée en garde à vue pendant 48 heures, son ex-épouse subissait "des coups répétés de son mari, des violences physiques et du harcèlement", a déclaré son avocat, Me Jean-Yves Garino. Le chauffeur-livreur était en revanche connu de la justice pour des faits de menaces, violences, vols et dégradations. Le 24 mars, il avait été condamné à Nice à six mois de prison avec sursis pour des violences volontaires avec arme - une "palette" - commises en janvier, lors d'une altercation liée à un accident de la circulation. l'assaillant a pris en photo la Une du journal Nice Matin, en date du 1er janvier 2016. Le quotidien régional titrait alors: «Il fonce volontairement sur la terrasse d'un restaurant».
Les enquêteurs ont découvert sur l'ordinateur de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel son obsession pour les vidéos violentes diffusées sur Internet par l'Etat islamique, que le Tunisien de 31 ans regardait parfois en boucle. Son entourage le dépeint comme un homme "sadique", fasciné par l'ultra-violence.
... et dépressif
Son père, Mohamed Mondher Lahouaiej-Bouhlel, décrit lui aussi un jeune homme souffrant d'accès de violence, ayant eu entre 2002 et 2004 "des problèmes qui ont provoqué une dépression nerveuse. Il devenait colérique, il criait, il cassait tout ce qui se trouvait devant lui".
Un habitant de son ancien immeuble "Le Bretagne" où le tueur vivait avec son épouse, se souvient d'un homme ayant des problèmes relevant de la "psychiatrie": "Il faisait des crises. Quand il s'est séparé de sa femme, il a déféqué partout, trucidé le nounours de sa fille à coups de poignard et lacéré les matelas".
Devenu étrangement riche quelques jours avant le 14 juillet
Selon le frère de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, sa famille aurait reçu 100 000 euros quelques jours avant la tuerie de Nice. C’est ce que révèle le site du journal britannique DailyMail.co.uk. L’argent a été envoyé en Tunisie par l’intermédiaire d’amis qui se rendaient au village natal des parents du tueur. Le frère s’est dit surpris par une telle somme.
Contradiction avec la réalité
Ses recherches Internet effectuées à partir du 1er juillet 2016 montrent qu'il avait méticuleusement programmé son acte: il avait cherché des renseignements sur «les festivités organisées sur la Promenades des Anglais», sur «les feux d'artifice à Nice» et sur des «accidents mortels de véhicules». Toujours sur son ordinateur personnel, les policiers ont également constaté que l'assaillant avait fait des recherches concernant des locations de poids lourds et sur l'adresse d'une armurerie. Il semblait aussi avoir besoin d'argent, poursuit le procureur: «il a tenté de contracter un prêt à la consommation de 5000 euros, qui lui a été refusé pour risque d'insolvabilité». Il a aussi tenté de retiré de l'argent et a vendu son véhicule la veille des événements, le 13 juillet.
L'exploitation de son ordinateur vient confirmer ces premiers témoignages: entre le 1er et 13 juillet, il a recherché sur le web des sourates et des anachid, «chants religieux que les organisations terroristes utilisent comme outil de propagande», précise le procureur de Paris. D'autres recherches ont été effectuées sur la fin du Ramadan, mais aussi sur les tueries d'Orlando, de Dallas et l'acte terroriste de Magnanville. Des photos issues de la propagande de Daech, des couvertures de Charlie Hebdo et des clichés Ben Laden ont, entre autres, été retrouvées.
Les services de police n'ont retrouvé aucun élément prouvant que l'auteur du carnage de Nice a prêté allégeance à Daech, ni à un autre groupe.
Pourquoi Daesh a revendiqué un attentat qu'il n'aurait pas commis?
«Daech n'usurpe pas» la paternité d'un acte s'il n'en est pas l'origine, confirmait de son côté l'islamologue Mathieu Guidère. «Ce serait trop dangereux pour sa crédibilité et pourrait être utilisé par son concurrent Al-Qaida à son détriment».
Ces troubles psychiatriques peuvent-ils être à l'origine de son acte?
La question est délicate car peu de professionnels de santé ont eu l'occasion de l'examiner. En 2004, le docteur Chemceddine Hamouda l'avait rencontré à l'occasion d'une consultation. Son diagnostic: Mohamed Lahouiaej Bouhlel souffre d'une altération de la réalité, du discernement et de troubles du comportement. «Un début de psychose donc».
De tels troubles non soignés pendant des années peuvent conduire à une schizophrénie.
«un soldat de l'Etat islamique», ou un déséquilibré, multipliant les «crises» avec sa famille
Professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), le sociologue Farhad Khosrokhavar pense pour sa part qu'il s'agit de la rencontre entre une personne psychologiquement instable et un environnement spécifique. «La multiplication des attentats de janvier et novembre 2015 a créé un contexte particulier. Et il a dû s'en inspirer». «Cela n'a rien d'idéologique. Parce qu'il est instable mentalement. Avant, les gens dépressifs se suicidaient. Maintenant, l'environnement créé par les médias les pousse certainement à agir ainsi. Le terroriste de Nice s'est dit: ‘Moi aussi je peux faire comme eux'. Daech a indirectement contribué à ce comportement».
Le mobile ?!?
Son épouse a été victime de violences répétées et de harcèlement de la part de son mari. Cette mère de trois enfants, a indiqué qu'elle avait envisagé de se rendre avec toute sa famille au feu d'artifice du 14 Juillet, mais qu'elle avait changé d'avis au dernier moment.
TF121