Le Pentagone ne sait pas ce que sont devenus plus de 100 millions de dollars « cash » découverts dans le palais de Saddam Hussein à Bagdad pendant la guerre d’Irak, d’après un nouveau rapport de l’Inspecteur spécial général pour la reconstruction de l’Irak.
Mais il y a pire encore; le rapport indique que le Pentagone ne retrouve pas les documents expliquant comment ont été dépensés les 1,7 milliards de dollars du fonds géré au nom du gouvernement irakien par la Réserve fédérale de New York.
Ces documents manquants soulèvent de nouvelles interrogations sur la façon dont le gouvernement US a dépensé les milliards de dollars du fonds irakiens pendant la guerre.
Ce nouveau rapport, résultat d’une enquête de plusieurs années menée par l’inspecteur général sur les fonds irakiens disparus, montre des responsables du Pentagone en train de fouiller parmi les boites d’archives à la recherche de feuilles Excel imprimées qui restent introuvables, de rapports mensuels et d’autres fiches qui auraient dû être conservés, et qui détaillaient où ces sommes étaient passées, et pour quelles raisons elles avaient été dépensées. Il n’existe apparemment aucune sauvegarde informatique de documents concernant ces dépenses.
Le rapport de l’inspecteur général conclut qu’il s’agit seulement d’un problème de « gestion des archives. » Mais il explique également que l’absence de ces documents empêche de retracer complètement ce qu’il est advenue de ces fonds.
L’argent manquant provenait du Fonds de Développement pour l’Irak (FDI), et correspondait aux avoirs gelés du régime de Saddam Hussein qui totalisaient plusieurs milliards de dollars et étaient gérés par la Réserve fédérale de New York au nom du peuple irakien.
Après que l’Autorité provisoire de la Coalition (CPA) ait rendu sa souveraineté au nouveau gouvernement d’Irak en 2004 suite à l’invasion, ce gouvernement a remis environ 3 milliards au Pentagone pour aider à financer les contrats que le CPA avait autorisés avant de passer la main. La plupart de cet argent se trouvait sur un compte de la Reserve fédérale de New York pour un montant de 2,8 milliards de dollars, les 217,7 millions restants étaient conservés dans le palais de Saddam (ci-contre).
Même si la Réserve fédérale de New York a bien été en mesure de fournir des informations sur les paiements électroniques faits depuis ce fonds, le Département de la Défense (DoD) s’est montré incapable de fournir les documents expliquant pourquoi il avait autorisé cette dépense de 1,7 milliard de dollars provenant du fonds géré par la Fed de New York. De même, sur les 193,3 millions de dollars cash conservés au palais de Saddam que le Pentagone a dépensés, les officiels sur place ont expliqué à l’inspecteur général qu’ils ne parvenaient pas à retrouver les documents concernant 119,4 millions.
Les dirigeants de la Réserve fédérale de New York ont indiqué à l’Inspecteur général que tout ce dont ils avaient besoin pour effecteur des paiements depuis le compte du FDI était l’autorisation de certains officiels à la Banque centrale d’Irak. Et la Fed de New York a aussi expliqué avoir autorisé par écrit des dépenses à hauteur de 2,7 milliards de dollars payés par le compte du FDI. La majeure partie de cet argent a pu financer les projets d’ingénierie des corps d’armée US.
L’inspecteur général a expliqué que le Département de la Défense était incapable de justifier [ces dépenses] parce qu’ils avaient égaré les documents. D’après le rapport, « des responsables du DoD ont produit des tableaux Excel détaillant 1 milliard sur les 2,7 (environ 37%) qu’il a utilisé sur ce compte. Ces tableaux couvrent les quatre premiers mois de paiements depuis ce compte sur la période postérieure à la dissolution du CPA. Le DoD recherche la documentation relative au 1,7 milliard de dépenses restant. »
Le Département de la Défense a déclaré à l’Inspecteur général qu’il avait conduit une recherche exhaustive parmi ses documents papier. On peut lire dans le rapport que « les contrôleurs officiels nous ont affirmé qu’ils avaient fouillé plus de 100 boites d’archives et sondé de nombreuses bases de données contenant les documents du FDI au cours de leurs recherches des tableaux manquants. » Et il ajoute que des responsables du Dod ont affirmé n’avoir aucune sauvegarde de ces enregistrements ou documents.
Dans sa réponse écrite à ce récent rapport, l’officier adjoint au directeur financier, Mark Easton, a écrit que le DoD reconnaissait que « la difficulté de localiser les documents du FDI pour l’ensemble de la période (2004 – 2007) était due à des problèmes de gestion des archives. »
Eamon Javers