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Le Danois Poul Thisted et l'Américaine Jessica Buchanan travaillaient pour le Danish Demining Group (photo: Danish Refugee Council)
Une ressortissante américaine (Jessica Buchanan) et un Danois (Poul Hagen Thisted) ont été libérés après avoir passé trois mois comme otages de pirates somaliens. Ils auraient été évacués vers Djibouti.
AfriCom vient de publier un communiqué donnant quelques détails (cliquer ici pour y accéder). AfriCom parle de "forces spéciales" qui auraient "tué 9 ravisseurs".
"Le Conseil danois pour les réfugiés confirme que Jessica Buchanan et Poul Hagen Thisted ont été secourus tôt aujourd'hui lors d'une opération en Somalie". Ils appartiennent au DDG (Danish Deining Group) et auraient été "cédés" par leurs ravisseurs à des pirates (comme les deux otages espagnoles. Cliquer ici pour lire le post que je leur ai consacré le 11 janvier).
Mohamed Hussein, un officiel de la région somalienne de Galmudug, a indiqué que les otages avaient été libérés lors d'une opération à laquelle ont participé des hélicoptères de l'armée américaine. Cette version a été confirmée tôt ce matin par le site SomaliaReport qui affirme que des Navy Seals seraient intervenus à partir de Galkayo (où une douzaine d'hélicoptères auraient été signalés) contre un objectif à Hidlale (100 km au sud-est de Galkayo). Les médias US rapportent aussi cette information, en précisant que deux équipes de Seals ont été héliportées.
Message délivré au monde
L'opération est «un autre message délivré au monde pour dire que les Etats-Unis auront une position ferme contre toutes les menaces visant notre peuple», a déclaré le président américain Barack Obama dans un communiqué, indiquant avoir personnellement autorisé cette opération.
Avant son discours sur l'état de l'Union mardi soir (mercredi matin en Somalie), Barak Obama avait lancé à son secrétaire à la Défense Léon Panetta: «Bon boulot ce soir!», en référence apparente à l'opération en Somalie.
Enlevés le 25 octobre 2011
Le Danois Poul Thisted, 60 ans, et l'Américaine Jessica Buchanan, 32 ans, travaillaient pour le Danish Demining Group (DDG), une unité du Danish Refugee Council (DRC), quand ils avaient été enlevés le 25 octobre à Galkayo, dans la région autoproclamée semi-autonome de Galmudug (centre).
«Les deux travailleurs du DDG ont été libérés par des forces militaires» arrivées sur place à bord de plusieurs hélicoptères, a indiqué Mohamed Nur, un responsable local de la sécurité.
DRC a confirmé leur libération et assuré que les otages n'étaient pas blessés. «Ils vont bientôt retrouver leur famille», s'est réjouit l'ONG dans un communiqué. Un de leurs collègues somaliens, enlevé en même temps qu'eux, avait été libéré peu après le kidnapping.
Selon Mohamed Nur, les deux humanitaires ont été emmenés par leurs sauveteurs vers Djibouti, où les forces américaines disposent de leur seule base en Afrique.
Neuf ravisseurs tués
Au cours de l'intervention, qui s'est déroulée dans les environs de Adado, dans une zone isolée du centre de la Somalie, «les neuf ravisseurs» gardant les deux otages ont été tués, a indiqué le commandement de l'armée américaine pour l'Afrique (Africom) basé à Stuttgart (Allemagne), en charge de l'opération.
Selon Abduali Moalin, un responsable administratif local d'Adado, «il semble que (le raid) ait été mené par des soldats très professionnels car il a duré moins d'une heure».
L'armée américaine indique avoir obtenu auparavant «des informations permettant d'agir». Ces informations peuvent avoir été fournies par des informateurs sur le terrain, ou par des drones américains, dont Washington a reconnu en octobre dernier qu'ils effectuaient régulièrement des opérations de surveillance dans la Corne de l'Afrique.
Etat de santé en cause
Le ministre danois des Affaires étrangères Villy Soevndal a révélé que l'intervention américaine avait notamment été motivée par les inquiétudes sur l'état de santé d'un des otages, sans préciser lequel.
Les forces spéciales américaines avaient déjà monté une opération, cette fois au large des côtes somaliennes, en février 2011 pour tenter de libérer quatre Américains dont le yacht avait été capturé par des pirates. Les otages avaient alors été abattus peu avant leur intervention.
Vingt ans de guerre civile
Plus de vingt ans de guerre civile en Somalie a permis l'éclosion de nombreuses milices, d'insurgés islamistes et de groupes de pirates qui règnent sur de plus ou moins grandes portions du territoire.
Ces derniers préfèrent parfois mener des opérations à terre plutôt qu'en mer: la sécurité sur les navires s'est fortement renforcée, et pendant la saison des pluies la mer agitée rend difficile une attaque navale.
Dernier exemple en date: un écrivain et journaliste américain, Michael Scott Moore, a été enlevé samedi par des hommes armés à Galkayo, là où avaient déjà été kidnappés les otages libérés mercredi. Selon un responsable local, le journaliste est désormais entre les mains de pirates.
Otages
Il reste encore plusieurs otages occidentaux en Somalie: deux médecins espagnols, une Britannique, un agent de la DGSE et un journaliste américain capturé le week-end dernier.
Les otages étrangers détenus en Somalie
Des étrangers sont régulièrement la cible d'enlèvements en Somalie, journalistes et employés d'organisations humanitaires étant particulièrement visés.
Mercredi, deux travailleurs humanitaires, un Danois et un Américaine otages depuis trois mois dans le pays, ont été libérés lors d'une opération des forces spéciales américaines.
- Le 1er avril 2008, un Kényan et un Britannique, employés d'une société indienne sous contrat avec une agence d'aide de l'ONU, sont enlevés non loin de Kismayo (sud). On est sans nouvelles d'eux à ce jour.
- Depuis le 14 juillet 2009, un agent de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, services du renseignement français), présenté sous le nom de Denis Allex (il s'agirait d'un pseudonyme), est détenu en Somalie.
Il a été enlevé avec un autre agent, otage d'un mouvement allié des shebab, le Hezb al-Islam. Celui-ci a recouvré la liberté fin août 2009, affirmant avoir pu échapper à ses ravisseurs. En octobre 2011, le ministre français de la Défense a qualifié de «difficile» la situation de l'agent de la DGSE.
- Le 11 septembre 2011, une Britannique, Judith Tebbutt, est enlevée dans un village de vacances dans le nord-est du Kenya à proximité de la frontière somalienne. Son mari est tué alors qu'il résistait aux agresseurs. En mauvaise santé, elle serait détenue par des pirates en Somalie.
- Le 13 octobre 2011, deux employées espagnoles de Médecins sans frontières (MSF) sont enlevées à Dadaab, plus grand complexe de camps de réfugiés au monde dans l'est du Kenya, puis emmenées en Somalie.
- Le 21 janvier 2012, l'écrivain et journaliste américain Michael Scott Moore est enlevé dans la province proclamée semi-autonome de Galmudug (centre). Selon l'ONG EcoTerra, spécialisée notamment dans les questions de piraterie au large de la Somalie, l'auteur est «retenu en compagnie d'un Israélien et d'un Seychellois», capturés sur leur bateau au large de la Somalie.
Enfin, les pirates qui sévissent au large des côtes somaliennes ont pris en otages ces dernières années de très nombreux membres d'équipages de navires.
Selon les chiffres fournis par les responsables de l'opération antipiraterie de l'Union européenne, Atalante, 200 marins, dont une femme, étaient encore retenus en otage fin 2011. L'ONG EcoTerra évoque elle encore au moins 418 personnes retenues.
AFP
