Il est très difficile de rétablir une situation lorsque celle-ci a été mal engagée. En Afghanistan, le changement arrive avec quelque 7 années de retard – dont les 3 ou 4 dernières ont très largement profité l’adversaire. Un changement de stratégie, dans une situation largement détériorée, implique 3 facteurs :
- Du temps,
- Des troupes en quantité suffisante,
- Un gouvernement perçu comme globalement légitime.
Aucun de ces facteurs, et le dernier par-dessus tout, n’est réuni en Afghanistan où il faut aussi insister sur un aspect essentiel : cette guerre est surtout menée par des étrangers, c’est-à-dire des gens qui ne parlent la langue ni ne connaissent la culture locale et à l’égard desquels s’est progressivement formé un rejet, au moins dans les régions les plus disputées.
Comment, dans ces conditions, prétendre gagner "les esprits et les cœurs" ? Peut-être, à condition d’apporter des changements palpables, pourrait-on gagner les estomacs ? Combien de temps des armées étrangères peuvent-elles prétendre lutter pour la liberté d’un peuple ?
(...) Dans cette entreprise entamée tardivement, avec le handicap des erreurs passées auprès de populations qui vous perçoivent pour ce que vous êtes, c’est-à-dire des étrangers, reprendre l’initiative consiste à sortir des bases, à occuper le terrain après l’avoir disputé à l’adversaire et à assurer à la population concernée sécurité et amélioration de leurs conditions de vie.
Exercice difficile.
"Tout mouvement de troupe en avant doit avoir pour sanction l’occupation effective du terrain conquis. Ce principe est absolu", écrivait Gallieni (le 22 mai 1898) qui est l’initiateur de la technique de la tache d’huile (rebaptisée par les Américains ink blot).
Ce principe n’a pas été appliqué en Afghanistan durant la période 2001-2009. Par manque d’hommes. Par absence de volonté. Par désintérêt.
Gérard CHALIAND
L'impasse afghane
Editions de l'aube, avril 2011
Theatrum Belli