Dassault offre à la Suisse d'acheter 18 avions de combat «Rafale» pour 2,7 milliards de francs. C'est 400 millions de moins que le prix prévu pour les 22 «Gripen» suédois, choisis en novembre dernier par le Conseil fédéral.
Dans une lettre, dont la «SonntagsZeitung» a pu obtenir une copie, l'avionneur français Dassault explique que lors de la procédure, il n'a jamais eu la possibilité d'optimiser son offre pour un meilleur rapport prix-prestations. Or, les Français affirment qu'un effectif de 18 «Rafales» serait plus efficace que les 22 Gripen suédois retenus et font aujourd'hui une contre-offre nettement moins chère que les nordiques.
L'évaluation des capacités des avions par la Confédération aurait montré que trois «Rafales» ou trois «Eurofighter» équivalaient à cinq «Gripen». Cette différence s'expliquerait par le faible rayon d'action de l'avion suédois. C'est ce qui figure dans un des dix rapports qui ont servi de base à l'évaluation du Conseil fédéral, a expliqué au «Matin Dimanche» le chef des Forces aériennes Markus Gygax. Or, «l'efficacité de chacun des types d'avions change en fonction des différents scénarios: mission de police aérienne, situation de tension ou de conflit; plus un avion est capable de voler longtemps, plus ça le rend efficace», a-t-il ajouté.
Coopération militaire étendue
En outre, en cas d'achat du «Rafale», la France s'engage à offrir à l'armée suisse une coopération militaire étoffée avec un accès sans réserve à ses bases aériennes durant toute l'année. Les pilotes suisses pourraient ainsi non seulement atterrir en France durant la journée mais également y séjourner plusieurs semaines. Cette offre prévoit également l'utilisation de places de tir et de zones de vol supersonique en Méditerranée, ainsi que de simulateurs de vol tout en donnant accès à la logistique française lors d'exercices internationaux.
Le ministre de la défense Ueli Maurer conteste que le «Gripen» suédois ne réponde pas aux exigences posées par la Suisse et que son évaluation a été truquée. Pour moi et pour mes gens, c'est un sous-entendu blessant: l'ensemble de l'évaluation, et pas seulement un rapport partiel, montre que le Gripen remplit l'entier des exigences de notre cahier des charges, a-t-il déclaré à la «SonntagsZeitung».
Le président de la commission de la politique de sécurité du Conseil des Etats Hans Hess (PLR/OW), confirme avoir reçu une lettre du groupe français Dassault, sans préciser son contenu. «Nous discuterons de cette lettre lors de la prochaine séance», le 13 février, a déclaré à l'ats Hans Hess. La présidente de la commission du National Chantal Galladé (PS/ZH) précise quant à elle que les lettres reçues en rapport avec les jets de combat seront toutes traitées par la sous-commission.
Le conseiller fédéral Ueli Maurer dit ne pas être au courant de la contre-offre du constructeur aéronautique. Elle arrive un peu tard: «le Conseil fédéral s'est décidé. Le message sur l'acquisition du matériel d'armement sera bientôt transmis au Parlement», a déclaré le ministre de la défense. Ce dernier peut le rejeter, mais «on devrait recommencer l'évaluation depuis le début, par souci d'égalité de traitement.»
AP