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Comme l'indique l'EMA sur son site, en début de matinée, un groupe de soldats français qui effectuait une séance d'entraînement physique sur la FOB Gwan (photo ci-dessus. ex-FOB Hutnik, ex-FOB 46) en Kapisa a été attaqué par un sous-officier (selon des sources américaines) de l'armée afghane qui a ouvert le feu avec une arme automatique. Les quatre militaires tués et leurs camarades blessés étaient donc désarmés et ne portaient pas de gilet pare-balles.
"Une vingtaine de militaires français ont été touchés : 4 sont décédés, une quinzaine sont blessés dont 8 sont dans un état grave", précise l'EMA sur son site. Le tireur a été arrêté et est détenu à Gwan.
Trois des morts appartiennent à une OMLT de 35 hommes composée d'éléments du 93e régiment d'artillerie de montagne de Varces, du 2e REG,du 3e RPIMA et du 28e RT. Cette OMLT opère en appui du kandak 34 (photo ci-dessus prise à l'occasion des voeux. Pour voir le blog du 93e RAM, cliquer ici). Ce kandak s'est déployé en fin d'année 2011 sur la FOB Gwan (cliquer ici pour lire l'article sur le site de l'EMA).
Le dernier mort appartient au 2e régiment étranger du génie, dont deux sous-officiers ont été tués, le 29 décembre, également par un soldat afghan qui avait prémédité son geste et attendu que les deux Français aient quitté leurs gilets pare-balles pour les abattre;
Il s'agit d'un adjudant-chef du 2e REG et de deux sous-officiers et d'un militaire du rang du 93e RAM.
Triste journée où à des événements déjà tragiques se sont ajoutées des rumeurs, des idées reçues et des analyses vite faites...
Idée reçue n°1 : Nicolas Sarkozy a été plus rapide à se féliciter de la fermeture de Megaupload qu’à présenter ses condoléances aux familles des militaires tués
Lors d’un tel évènement, et avant que les communiqués officiels ne confirment les informations qui fuitent dans la presse, les familles des tués et des blessés sont averties par les autorités militaires. Cela a été le cas tôt ce matin et c’est bien pour cela que la confirmation officielle n’est arrivée que tardivement lors des vœux du président au corps diplomatique.
D'ailleurs, de choisir un tel moment a eu au moins un avantage : celui de rendre hommage de manière plus solennelle aux morts pour la France plutôt qu'à travers un communiqué envoyé aux rédactions ou diffusé sur les ondes. Le Premier ministre n’a pas manqué, lors d'un déplacement en province, de faire respecter une minute de silence avant de répondre aux questions de la presse.
Idée reçue n°2 : C’est un comble pour des militaires en zone de guerre, les Français tués et blessés ce matin dans la province de Kapisa n’étaient pas armés
Selon les premières informations, l’incident a eu lieu lors d’un footing matinal effectué autour de la base opérationnelle avancée de Gwan, FOB occupée conjointement par les militaires français et afghans. Alors qu’une certaine empathie doit être construite entre forces afghanes conseillées et les conseillers français, la séance physique se faisait donc sans arme.
Idée reçue n°3 : Le président a décidé d’accélérer le retrait des forces françaises d’Afghanistan
Le président a décidé d’envoyer le ministre de la Défense et le chef d’Etat-major des Armées (presque comme cet été, le CEMA étant alors remplacé par le CEMAT) en Afghanistan. Ils devront rapporter les mesures envisagées par les forces armées afghanes et par les autorités civiles ou militaires pour faire cesser de tels agissements dans les rangs de l’ANA.
Selon les décisions présentées, il sera alors discuté ou non d’une accélération du retrait des forces armées françaises d’Afghanistan. A en croire les termes d’Alain Juppé, c’est seulement si les décisions ne sont pas satisfaisantes que le retrait sera plus rapide que planifié actuellement. Rien, n’est aujourd’hui (apparemment) acté.
Idée reçue n°4 : dès lors que la décision est prise, les militaires français peuvent plier bagages en quelques semaines
Les questions logistiques engendrées par un tel rapatriement (de, à l'heure actuelle, 3600 hommes) ne permettent pas un départ en quelques semaines. Il y a les annonces, et il y a aussi la réalité du terrain… Cf. les interrogations moultes fois répétées du sieur JMT sur Le Mamouth.
Il existe au moins trois bases d'importance, Tagab, Surobi (anciennement Tora) et Nijrab, ainsi que des postes plus petits comme celui de Gwan, anciennement appelé COP Hutnik. Les Afghans ne souhaitent pas forcément garder les équipements (généralement trop complexes) ni les véhicules.
(Demie) idée reçue n°6 : les décisions de Nicolas Sarkozy répondent surtout à une logique électoraliste
Argument facile employé généralement par ses adversaires politiques : argument facile qu’il serait idiot de ne pas employer (c’est un fait), mais aussi argument odieux car rabaissant la mort de militaires français au rang d’anecdotes utilisées à des fins promotionnelles (par un camp comme par l’autre, d’ailleurs).
A l’instinctivité du président qui a oublié qu’une élite politique ne peut diriger la destinée d’un pays à coups d’émotions, il est possible de juxtaposer la non-permanence de d'autres qui ont "la chance" dans de telles situations de ne pas être aux affaires (hors du débat des responsabilités entre l'aval donné par Jospin en 2001 et le renforcement décidé par Sarkozy en 2007).
En juillet 2011, le candidat François Hollande indiquait que le retrait d'Afghanistan aurait lieu en mai 2013 si il était élu en 2012. En novembre 2011, il indiquait qu’il serait effectif fin 2012/début 2013 et aujourd’hui que cela serait entièrement fait fin 2012. Belle course à l'échalote dont on ne sait plus qui sortira vainqueur.
Alors, si ces annonces (à relativiser, voir idée reçue précédente) répondent peut-être à une logique électoraliste, les détracteurs doivent au moins admettre que Nicolas Sarkozy prend les décisions qu'eux-mêmes ils auraient prises. Tout le reste n'est qu'hypocrisie et, pour le coup, réellement électoraliste.
Une question pour finir : un intérêt à maintenir des bases pour maintenir des bases?
Sur décision du président, les actions de formation et de conseil auprès de l'Armée nationale afghane sont suspendues temporairement (apparemment). Déjà que depuis cet été, l'activité opérationnelle était limitée à sa plus simple expression (réduction du nombre de sorties, présence de détachements de liaison mais fin des opérations en sous-GTIA, etc.)...
Si ce qui reste d'utilité opérationnelle à la présence de militaires sur place est suspendue (les actions en faveur de la montée en puissance des forces armées afghanes), l'intérêt de laisser des militaires sur place est nul. Le maintien de bases pour maintenir des bases n'est pas un objectif ni politique ni militaire. D'où une obligation réelle de rapatrier tout le monde, si tel est le cas.
Comme un goût amer...
Opex360.com
Mars Attaque

