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Selon le chef du Département de la défense Ueli Maurer, le Gripen «n’est pas le meilleur appareil du monde, mais c’est celui qui présente le meilleur rapport qualité-prix et qui correspond le mieux à nos besoins». Keystone
Le Conseil fédéral a choisi le remplaçant des vieux Tiger. Il a retenu le moins cher des trois avions en lice et propose de soumettre la décision au référendum facultatif.
Le Gripen du constructeur suédois Saab a gagné la bataille contre le Rafale français et l’Eurofighter développé par un consortium européen. Le Conseil fédéral a décidé hier d’acquérir 22 jets suédois pour remplacer les F-5 Tiger vieillissants. «Ce n’est pas le meilleur appareil du monde, mais c’est celui qui présente le meilleur rapport qualité-prix et qui correspond le mieux à nos besoins», explique le chef du Département de la défense Ueli Maurer. Montant de la facture: 3,1 milliards de francs. Saab s’est engagé à compenser ce montant à 100% par des mandats attribués à l’industrie suisse.
L’appareil suédois est le meilleur marché des trois avions en lice, mais il lui reste encore de nombreux obstacles à franchir avant d’atterrir en Suisse. La commande ne sera juridiquement contraignante qu’après l’aval des Chambres dans le cadre du programme d’armement 2012, voire le feu vert du peuple puisque le Conseil fédéral propose de contourner la règle en vigueur en soumettant cet achat au référendum facultatif.
«Du bricolage»
Au niveau du parlement, il faut compter avec une opposition de gauche qui conteste par principe l’achat de nouveaux avions de combat et une opposition de droite qui conteste le choix effectué. C’est le cas de l’UDC neuchâtelois Yvan Perrin, membre de la commission de politique de sécurité du Conseil national. «Le Gripen, c’est du bricolage, s’exclame-t-il. C’est une vieille carcasse dotée d’une cellule ultramoderne. Le Conseil fédéral a imposé cette décision à Ueli Maurer. J’ose espérer que c’est la dernière c.. de la législature». Et d’assurer qu’il ne faudra pas compter sur lui pour défendre le Gripen en cas de référendum.
D’autres parlementaires bourgeois sont plus conciliants. Membre de la commission de politique de sécurité du Conseil des Etats, le PDC valaisan Jean-René Fournier admet le choix du Conseil fédéral pour autant que le Gripen soit en mesure de remplir sa mission de police aérienne et de garant de la souveraineté suisse. Par contre, il reste opposé au référendum facultatif, conformément à la position adoptée par le parlement il y a quelques semaines à peine. Cette décision l’a opposé au sénateur neuchâtelois Raphaël Comte (plr) qui rappelle que même le chef de l’armée André Blattmann souhaite un vote du peuple.
Dépassement
Lors de la session d’automne, les Chambres ont imposé leur vision au Conseil fédéral en décidant de porter le budget de l’armée à 5 milliards de francs par an dès 2014 afin de financer l’achat de nouveaux avions de combat. Le Conseil fédéral proposait 4,4 milliards et un report de l’achat. Il a pris acte de la décision du parlement, mais il n’en reste pas moins que le relèvement du budget de l’armée dépasse de 600 millions de francs le montant prévu dans le plan financier 2013-2015. Il faudra donc trouver des recettes supplémentaires ou, plus vraisemblablement, prendre des mesures d’économies. Celles-ci seraient soumises au référendum facultatif et liées juridiquement au crédit pour l’achat d’avions de combat.
Initiative de la gauche?
Cette formule ferait l’affaire de la gauche rose-verte car elle lui épargnerait la peine de lancer une initiative populaire, mais on ne peut pas assurer que le nouveau parlement lui donnera son aval. La proposition du Conseil fédéral change néanmoins la donne pour les socialistes dont l’assemblée des délégués doit justement discuter samedi du lancement d’une initiative. L’assemblée pourrait se contenter d’une résolution donnant latitude au comité directeur de finaliser la stratégie sur la base des contacts qui seront pris avec les autres partis. I
Les pilotes sont déçus
«Le choix du Conseil fédéral n’est pas celui des pilotes et des mécaniciens.» Recueillie sous couvert d’anonymat, la réaction de ce pilote militaire de milice illustre la déception des spécialistes. A ses yeux, le Gripen suédois est «un avion de technologie ancienne, certes éprouvée mais qui ne remplit pas tous les rôles» censément dévolus à un chasseur. «Pourquoi le Conseil fédéral a-t-il dès lors opté pour un avion qui amènera une si petite valeur ajoutée par rapport à ce qu’aurait offert une remise à niveau des Tiger? Vu sous cet angle, il est même très cher.»
Plutôt que le Gripen, c’est le Rafale français qui avait les préférences des pilotes militaires. Mieux équipé, plus rapide, il a fait ses preuves lors de la guerre en Libye, et la France offrait, en termes de pièces détachées ou d’accès à la technologie, des conditions jugées incomparables. Problème: le Rafale est plus cher que le chasseur suédois. C’est ce qui l’a perdu.
«En matière de compensations pour les entreprises suisses et de technologie, le Conseil fédéral dit lui-même que les trois avions en compétition remplissaient les conditions fixées. S’il a choisi le Gripen, c’est donc bien pour son prix», déplore le pilote (civil et militaire) Thomas Hurter, conseiller national (udc/SH) et président du groupe de parlementaires qui a supervisé toute la procédure d’évaluation des chasseurs. «Je suis en outre étonné qu’on ait retenu un modèle qui n’existe encore que sur le papier.»
Pour cet autre pilote de milice, «le Gripen répond au cahier des charges, même si c’est de justesse. Mais si on voulait l’avion le moins cher, il aurait fallu le dire toute de suite! Tout ce mélodrame pour ça!»
Au sein de l’aviation militaire, le choix du gouvernement fait malgré tout un satisfait à défaut d’un heureux: «C’est une décision raisonnable avec laquelle nous pouvons vivre», salue Fabian Ochsner, président de la Société suisse des officiers des Forces aériennes. «Le Gripen est un bon avion, même si ce n’est pas le meilleur. Mais ce n’était pas le seul critère à prendre en compte.»
Serge gumy
Christaine Imsand
La Liberté
