Le scénario de la mort de Mouammar Kadhafi reste peu clair. Des vidéos qui circulent sur internet tendraient à prouver que l'ancien dirigeant libyen a été abattu au moment de sa capture.
Le chef du gouvernement du CNT, Mahmoud Djibril, a déclaré que le colonel Kadhafi avait succombé à une blessure par balle à la tête reçue lors d'une fusillade entre ses gardes et les combattants du CNT alors qu'il venait d'être placé à bord d'une camionnette.
Mais une source haut placée du CNT a déclaré que les soldats l'avaient capturé vivant «et alors qu'il allait être transporté, ils l'ont tabassé et ensuite ils l'ont tué». Une version que tendrait à corroborer la vidéo ci-dessous. En effet, on y voit Kadhafi retenu par des soldats surexcités, lui tirant les cheveux. A ce moment, le colonel n'a pas l'air mortellement blessé. Tout au plus choqué par ce qui lui arrive. Quelques images plus tard, le raïs est allongé sur le sol visiblement mort. Sur une autre vidéo que nous tentons de nous procurer, on voit cette même scène avec des images supplémentaires montrant Kadhafi s'essuyant le front en sang.
Jeeps détruites
Le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, a déclaré que l'unité aérienne, dans laquelle figurait au moins un avion français, n'avait pas «détruit» mais «stoppé» le convoi, qui aurait été selon lui intercepté par les combattants du CNT.
Quinze jeeps armées de mitrailleuses ont été détruites et gisaient fumantes à côté d'une usine d'électricité à une vingtaine de mètres de la route principale, à environ trois kilomètres à l'ouest de Syrte. Comme il n'y avait pas de «cratères» au sol causés par une bombe, on peut penser que la frappe a été l'oeuvre d'hélicoptères ou de chasseurs.
A l'intérieur des jeeps, on pouvait voir les corps des passagers et des conducteurs morts lors des attaques. D'autres corps reposaient mutilés sur le sol, une cinquantaine au total.
«Kadhafi est ici!»
Le dirigeant déchu et quelques-uns de ses proches ont réussi à sortir vivants de l'attaque. Il semble avoir couru à travers une rangée d'arbres vers la route principale pour se cacher dans deux conduits d'évacuation. Mais les soldats le poursuivaient.
«Un des hommes de Kadhafi a brandi son fusil en l'air en disant qu'il se rendait, mais dès qu'il a vu mon visage, il a tiré sur moi», a dit un de ces combattants, Salem Bakir. «Après, je pense que Kadhafi a dû lui dire d'arrêter. 'Mon chef est ici, mon chef est ici!', a dit l'homme, 'Mouammar Kadhafi est ici et il est blessé», a poursuivi Salem Bakir.
«Nous sommes alors entrés et nous avons sorti Kadhafi (du conduit d'évacuation). Il disait 'Qu'y a-t-il? Qu'y a-t-il? Que se passe-t- il ?', alors nous l'avons saisi et mis dans une voiture», explique-t- il.
Blessé
Au moment de sa capture, l'ancien chef d'Etat était déjà blessé par balles à la jambe et au dos, d'après Bakir. D'autres soldats pro- gouvernementaux, présents lors de la capture de Kadhafi, ont confirmé la version des faits de Bakir lors de récits séparés.
Un homme a toutefois donné une autre version de la capture. «Un des gardes du corps de Mouammar Kadhafi a tiré sur lui à la poitrine», a dit Omran Djouma Shaouan.
D'après Bakir, le chef de l'armée kadhafiste Abou Bakr Younis Jabr a également été capturé vivant. Les autorités du CNT ont par la suite annoncé sa mort.
Transporté à Syrte
Des câbles électriques recouvraient l'entrée du conduit d'évacuation, où l'on pouvait voir trois corps à une entrée et quatre autres de l'autre côté. Tous étaient des noirs, et l'un se trouvait décapité.
De cet endroit, Kadhafi a été transporté à Syrte. Des images montraient Kadhafi étourdi et blessé, mais en vie, bougeant ses mains, tandis que les soldats le mettaient dans une jeep en le frappant et en lui tirant les cheveux. Ensuite, il semble être tombé par terre, entouré par la foule.
Les autorités du CNT libyen ont annoncé un peu plus tard que Mouammar Kadhafi avait succombé à ses blessures après sa capture.
Sa dépouille a été transportée à Misrata, ville martyre des combats qui ont abouti à la chute du régime kadhafiste. Le CNT prévoit de l'inhumer discrètement et rapidement dans un lieu tenu secret.
Le pouvoir intérimaire libyen prévoit d'annoncer samedi la «libération» de la Libye, après la mort jeudi de Mouammar Kadhafi qui avait dirigé le pays pendant près de quarante-deux ans. Les circonstances de la mort du tyran restent cependant obscures.
L'ex-guide de la révolution se cachait depuis le 23 août, date de la prise de Tripoli par les forces du Conseil national de transition (CNT), le pouvoir intérimaire libyen. Il a été capturé puis a trouvé la mort jeudi dans des circonstances encore obscures alors qu'il tentait de fuir sa ville natale, Syrte.
Convoi
Parti à l'aube, un convoi de quelque 80 véhicules à bord duquel il avait pris place a été «stoppé» à quelques kilomètres de la ville par une unité aérienne de l'Otan. D'après les récits de combattants du CNT, Mouammar Kadhafi a réussi à sortir vivant du raid. Il s'est réfugié avec ses derniers fidèles dans deux conduites d'évacuation d'eaux usées d'un mètre de diamètre où les «révolutionnaires» l'ont retrouvé.
Les images du corps sanglant et dénudé de Mouammar Kadhafi, prises à l'aide d'un téléphone portable, ont été diffusées par des télévisions du monde entier. D'autres images l'ont montré en vie au moment de sa capture, le visage en sang, entouré de combattants du CNT.
Moutassim et Saïf
Deux fils de Kadhafi, Mouatassim et Saïf al Islam, se cachaient également à Syrte. Mouatassim a été tué alors qu'il tentait de résister à ses gardes, selon un responsable militaire du CNT. Son corps a été exposé dans une maison de Misrata où des habitants se relayaient pour le voir et prendre des photos avec leurs téléphones portables.
Le conseil intérimaire au pouvoir a dit ignorer le sort de Saïf al Islam, son fils politiquement le plus engagé, qui aurait été cerné par des combattants en tentant de fuir la ville.
ATS