Depuis plus d’une semaine, l’ossature du GSPC, y compris Droudkel et sa garde prétorienne, est encerclée dans les monts de Sid Ali Bouneb par un important dispositif de l’ANP soutenu par des hélicoptères. Afin d’empêcher l’arrivée de tout renfort des monts avoisinants, les services de sécurité ont également resserré l’étau autour d’autres groupes activant dans les régions à cheval entre les wilayas de Tizi Ouzou et de Boumerdès, d’une part, et, d’autre part, entre les wilayas de Tizi Ouzou et de Bouira.
Les groupes armés du GSPC sont ainsi isolés, surtout que les communications téléphoniques via Internet ont été coupées dans ces trois wilayas et dans une partie est de la wilaya d’Alger. Même les barrages de contrôle sur les axes routiers dans différentes wilayas du Centre ont été renforcés. Cette offensive n’est pas nouvelle. Les forces de sécurité ne cessaient de harceler les groupes terroristes qui infestent les monts de Kabylie, ce qui a permis de leur porter de sérieux coups. Un grand nombre de chefs de guerre ont été éliminés parallèlement à la reddition d’autres éléments non moins importants.
Deux facteurs expliquent cette offensive en cours qui pourrait se solder par la mise hors d’état de nuire des chefs du GSPC. En premier lieu, les informations fournies par des terroristes arrêtés ou repentis parlaient d’une importante réunion qui allait se tenir dans le massif de Sid Ali Bouneb sous la direction de Droudkel. Pour les services de sécurité, c’est l’occasion ou jamais de porter un grand coup définitif à cet abcès terroriste. En second lieu, le déploiement du GSPC dans la région du Sahel a été exploité par le Mali, le Niger et la Mauritanie pour porter atteinte à l’Algérie accusée de tous les maux qui touchent l’espace sahélo-saharien. L’ingratitude de ces pays vis-à-vis de l’Algérie s’explique par une volonté inavouée d’internationaliser la lutte antiterroriste dans le Sahel et d’ouvrir la voie à une ingérence militaire dont les conséquences politiques et sécuritaires constitueraient un risque majeur d’instabilité.
En effet, si l’Algérie s’oppose à toute présence militaire occidentale dans la région, au-delà du souverainisme légitime, c’est pour éviter de légitimer le djihad qu’invoque l’Aqmi. D’autant plus que les populations des régions sahélo-sahariennes s’opposent aussi bien aux terroristes qu’à toute intervention militaire occidentale. Frapper la tête de l’hydre terroriste qu’est le GSPC et sa direction installée en Kabylie affaiblirait grandement l’Aqmi qui fait face depuis quelque temps à des divisions internes. Abou Zeid, le responsable de l’enlèvement des cinq Français et de deux Africains, au Niger, aurait retiré son allégeance à Droudkel qui l’a piégé lorsqu’il a appelé la France à négocier directement avec Ben Laden. Cette sortie inattendue de Droudkel, qui a remis le sort des otages entre les mains de Ben Laden, ne peut s’expliquer par une volonté de soumission et d’obéissance au chef charismatique du terrorisme international. Manifestement, Abou Zeid voulait faire cavalier seul et s’emparer des dividendes de la prise d’otages et de toutes les activités de trafics en tout genre dans ce vaste espace. La réunion du GSPC, qui devait se tenir dans la région de Sid Ali Bouneb, aurait un lien direct avec la situation dans le Sahel. Au-delà de la défection probable d’Abou Zeid, Droudkel a compris que sa stratégie tablant sur une intervention militaire française a échoué après l’offensive diplomatique et politique de l’Algérie ayant réussi à calmer les ardeurs de Paris qui n’excluait pas l’alternative d’une intervention militaire.
Alger a également réussi à rallier à sa position les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui ont exprimé clairement leur opposition au paiement de la rançon qui finance le terrorisme et ont reconnu que la lutte antiterroriste dans la région du Sahel est l’affaire des pays riverains. Cette victoire a coupé l’herbe sous le pied aussi bien aux pays de la région qui voulaient entraîner le Sahel dans une spirale de violence qu’àDroudkel qui voulait balkaniser le Sahel pour légitimer le terrorisme.
Abdelkrim Ghezali