Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 29 mai 2026

Soudan : l’étau se resserre sur les Émirats arabes unis

 

Après des années de silence occidental, les accusations visant Abu Dhabi dans la guerre du Soudan se multiplient. Dernier dossier explosif : le recrutement de mercenaires colombiens pour combattre aux côtés des Forces de soutien rapide d’Hemedti.

Le ton a changé brutalement. Dans un rapport explosif, la Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP), think tank proche de l’État allemand, vient d’accuser les Émirats arabes unis d’alimenter les conflits africains en soutenant groupes armés et milices.

Quelques jours plus tard, Human Rights Watch révèle l’existence d’un réseau de mercenaires colombiens recrutés et formés par Abu Dhabi pour combattre au Soudan aux côtés des RSF de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti. Plusieurs témoignages d’anciens combattants commencent à émerger.

Dernière charge en date : à Washington, le sénateur démocrate Chris Van Hollen accuse ouvertement les Émirats d’avoir « aidé à recruter des mercenaires pour soutenir les RSF génocidaires ». Le parlementaire américain appelle même à suspendre les ventes d’armes à Abu Dhabi tant que les Émirats continueront, selon lui, à alimenter la guerre soudanaise. Un véritable séisme diplomatique au moment où Abu Dhabi apparaît déjà fragilisé par les conséquences régionales de la guerre contre l’Iran.

Les Colombiens d’Hemedti

Au centre de ces nouvelles accusations : un réseau de mercenaires colombiens recrutés depuis 2024 par une société de sécurité basée à Abu Dhabi, Global Security Services Group. Selon Human Rights Watch, plusieurs centaines d’anciens soldats et policiers colombiens auraient été formés dans des bases militaires émiraties, notamment dans les régions d’Al Dhafra et Al Wathba, avant d’être déployés au Soudan pour appuyer les Forces de soutien rapide.

Ces hommes auraient participé à la dévastatrice bataille d’El-Fasher au Darfour au cours de l’année 2025, en assurant coordination d’artillerie, opérations de drones ou appui technique. Certains affirment avoir été recrutés sous de faux prétextes, croyant partir travailler comme gardes de sécurité sur des sites pétroliers aux Émirats, avant de se voir transférés, via la Libye, sur le théâtre soudanais.

Khartoum accuse directement Abu Dhabi d’organiser et de financer ces déploiements. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des mercenaires colombiens tués ou capturés. Les Émirats, eux, démentent officiellement toute implication.

Le précédent du Yémen

En réalité, ces recrutements font partie du mode opératoire émirati. Lors de la guerre au Yémen, Abu Dhabi avait déjà massivement recruté d’anciens militaires colombiens. Entre 2010 et 2015, quelques 2000 hommes avaient été intégrés dans des structures paramilitaires financées par Abu Dhabi afin de combattre les Houthis au sein de la coalition arabe.

Les Colombiens sont particulièrement recherchés pour leur expérience de la contre-guérilla acquise pendant des décennies de guerre contre les FARC. Bien entraînés, relativement peu coûteux et facilement mobilisables via des sociétés militaires privées, ils représentaient une solution idéale pour cette monarchie du Golfe qui ne dispose pas de troupes, compte tenu de sa faible population.

Le modèle a été reproduit au Soudan. Externaliser la guerre, sous-traiter les combats les plus sales et maintenir un déni plausible : pendant des années, cette option a permis aux Émirats d’agir discrètement dans les conflits régionaux. Mais au Soudan, la machine

commence à se retourner contre eux. Les mercenaires colombiens sont devenus la preuve visible d’une guerre menée par procuration. Et derrière les hommes de main d’Hemedti, c’est désormais Abu Dhabi qui apparaît en pleine lumière.

mondafrique.com

Penser la stratégie. L’improvisation stratégique peut-elle s’enseigner ?

 

La notion de « coup d’œil » occupe depuis longtemps une place privilégiée au cœur de la littérature stratégique consacrée au « génie » militaire. C’est fréquemment le cas aux États-Unis, en particulier dans les ouvrages qui discutent inlassablement des mérites comparés des « artistes » instinctifs qu’étaient Napoléon, Lee ou Patton.

Dans ces études, l’expression apparaît en français, suivant l’emploi qu’en fait Clausewitz dans De la Guerre, où il note que deux qualités sont indispensables au chef qui veut « […] faire face de manière sûre au perpétuel conflit avec l’inattendu » : d’une part, le coup d’œil lui – même, c’est-à‑dire l’aptitude du commandant militaire à visualiser instantanément les possibilités qu’offre une situation tactico – opérative donnée ; et, d’autre part, la résolution, nécessaire au stratège pour faire aboutir son intuition en convainquant ses subordonnés et ses supérieurs de l’utilité de la manœuvre qu’il a « visualisée ». Cette seconde qualité n’est pas la moindre des deux, dans la mesure où le coup d’œil, vue d’ensemble « instantanée » répondant à la cinétique constamment changeante du théâtre des opérations, est aussi décrit par Clausewitz comme la capacité à reconnaître rapidement « […] une vérité que l’esprit aura ordinairement tendance à négliger, ou qu’il ne percevra qu’après une longue réflexion ». Les stratèges (et les tacticiens) doués (ou qui s’estiment doués) de ce fameux coup d’œil devront être d’autant plus résolus à imposer leur solution qu’ils seront souvent les seuls à en discerner la nécessité dans le brouillard de la guerre.

Il est toujours difficile pour un esprit imaginatif de convaincre les esprits procéduraux de ce que l’on pourrait appeler la justesse quantique de sa solution intuitive : cette dernière n’ayant pas été planifiée ou longuement délibérée, elle peut en effet paraître relever de l’improvisation non justifiée – et donc dangereuse, voire irresponsable, du moins aux yeux des planificateurs qui se sont usés à concevoir avant la guerre des scénarios stratégiques en calculant leurs probabilités d’occurrence, dans le cadre d’une architecture systémique faite de centres de gravité et de points décisifs savamment articulés. Et, réflexion faite, ces derniers ont-ils complètement tort ? Une armée, qu’il s’agisse de préparer la guerre ou de la conduire, peut-elle se rendre dépendante à l’excès du « génie » supposé de certains de ses chefs, ou de la réputation qu’ont certains d’entre eux à improviser stratégiquement ? 

Posée en ces termes, la question risque d’obscurcir ce que recouvre le concept d’improvisation en stratégie. Si l’on réduit le coup d’œil au génie, l’« improvisateur stratégique » serait finalement le chef doué d’un talent particulier pour innover de manière instinctive afin de répondre instantanément à l’impréparation tactique et technique de son propre camp lorsque celui-ci, surpris par les aléas de la manœuvre adverse, voit l’intégralité de sa planification devenir inopérante. Le problème est que l’improvisation n’est pas seulement la réponse à l’impréparation ; elle est aussi et surtout l’art de s’échapper de procédés provisoirement stériles, tout en restant conscient de la valeur des principes sur lesquels ils reposent. Un rapide détour par l’art musical permet de prendre conscience de cette tension créatrice. Compositeur prolifique, professeur au Conservatoire national supérieur de Paris et titulaire de l’orgue de Notre-Dame de Paris, Thierry Escaich est le représentant principal de l’école française d’improvisation. Tous les ans, à la collégiale de Saint – Donat – sur – l’Herbasse, des élèves du monde entier viennent se former avec lui à l’art d’innover instinctivement en faisant dévier une ligne mélodique des rails qui semblent avoir été tracés pour elle, jusqu’à paraître s’en affranchir en l’oubliant.

Il y a là un profond paradoxe, qui ne peut a priori qu’intéresser les stratégistes : en matière musicale, ce qui relève de l’instinct, par nature rebelle aux règles, s’enseignerait-il donc ? Le critique musical Frédéric Munoz parle à propos de l’art d’Escaich de « […] folles envolées virtuoses et racées », où « les thèmes grégoriens sont une réelle source d’inspiration, aux côtés de poèmes, ou tout simplement de libre inspiration ». Tout cela, note-t‑il néanmoins, « […] relève de l’imaginaire au plus haut point, mais soutenu par une maîtrise totale de la forme. On ne peut s’empêcher de penser à la réflexion de Widor à Vierne à propos du jeune Dupré improvisant à Saint-Sulpice : “Vous êtes sûr qu’il improvise ? ça semble écrit !” (1) »

À consulter le programme des cours d’improvisation de Thierry Escaich qui ont eu lieu à la fin d’août 2025, on vérifie en effet que les deux niveaux proposés aux stagiaires se fondent d’abord sur une maîtrise formelle préalable : « Travail sur des formes simples, dans un langage classique et plus actuel » pour le premier niveau ; « Approfondissement des grandes formes de l’improvisation : passacaille, symphonie, étude des langages harmonique et rythmique » pour le deuxième. Ici, rien ne semble relever de la pédagogie spontanéiste pure. On songe, en revenant au fracas moins mélodieux du champ de bataille, à l’avertissement bien connu de Bonaparte décrivant son art propre : « Sur le champ de bataille, l’inspiration n’est le plus souvent qu’une réminiscence… Ce n’est pas un génie qui me révèle tout à coup, en secret, ce que j’ai à dire ou à faire, c’est la réflexion, c’est la méditation. »

Cette capacité à varier les procédés sans s’écarter des principes est l’une des justifications de l’enseignement militaire. En équilibrant les parts respectives de la théorie stratégique, des leçons historiques et des progrès technologiques, il n’écarte pas la possibilité que certains chefs militaires se révèlent plus doués que d’autres pour improviser face à l’inattendu, en laissant l’imagination prendre le pouvoir dans l’exécution. Il s’assure simplement, au travers d’un « travail sur des formes simples, dans un langage classique et plus actuel », associé à une valorisation du commandement par l’intention, que l’improvisation stratégique, aussi « inspirée » soit – elle, ne trahisse jamais l’accord majeur entre le but politique et l’exécution militaire, quelles que soient les circonstances.

Note

(1) Frédéric Munoz, « Improvisations au sommet par Thierry Escaich », Res Musica, 1er novembre 2008.

Olivier Zajec

areion24.news

Un ex-espion de la CIA arrêté avec 40 millions en lingots d'or !

 

David Rush, ex-cadre de l'agence de renseignement extérieur est aussi poursuivi pour avoir indûment reçu quelque 77'000 dollars en tant que réserviste de la marine américaine et avoir menti sur ses diplômes et sa carrière.

Le FBI a saisi par ailleurs 2 millions de dollars en cash et 35 montres de luxe à son domicile.

Le document décrit M.Rush comme un ancien cadre supérieur d'une agence gouvernementale américaine, détenteur d'une habilitation «top secret» et ayant accès à des informations classifiées.

Il est présenté mercredi par les médias américains, dont le New York Times, comme un ex-cadre de la CIA.

Selon le témoignage d'un enquêteur du FBI daté du 20 mai que l'AFP a pu consulter, l'ancien agent a déposé entre novembre et mars dernier plusieurs demandes au gouvernement «afin d'obtenir une quantité importante de devises étrangères et des dizaines de millions de dollars en lingots d'or pour des dépenses liées à son travail».

Les autorités n'ont pas trouvé trace de justification de l'utilisation des espèces ou des lingots. Et une perquisition à son domicile a permis de découvrir son trésor de guerre.

L'avocate de l'accusé n'a pas répondu aux questions des médias américains. «Bien que de nombreux éléments de l'affaire demeurent inconnus, elle soulève des questions sur l'efficacité des vérifications des antécédents de Rush effectuées par le gouvernement américain», estime le Washington Post.

ATS

Pourquoi les États-Unis épargnent Volvo malgré leur blocage strict contre la Chine ?

 

Depuis le 17 mars 2025, sous la direction de l’administration Trump et dans la continuité de ce qu’avait commencé le gouvernement Biden, le département américain du Commerce a mis en place des restrictions encadrant l’importation de véhicules connectés intégrant des composants logiciels ou matériels d’origine chinoise (et russe, mais ça concerne beaucoup moins l’industrie automobile).

L’objectif officiel : limiter les risques liés à des équipements jugés exploitables par des gouvernements étrangers, que ce soit pour collecter des données ou, dans les scénarios les plus alarmistes, pour prendre le contrôle à distance de flottes entières.

Ces restrictions concernent les logiciels pour les voitures commercialisées à partir de 2027 et les composants matériels à partir de 2030.

Mais comme toute réglementation, celle-ci prévoit quelques adaptations. Volvo, la marque suédoise propriété du groupe chinois Geely depuis 2010, a engagé un processus auprès de l’Office of Information and Communications Technology and Services (ICTS) pour obtenir une autorisation spécifique. Elle lui a été accordée.

Volvo dans une position particulière

Le cas Volvo est intéressant précisément parce qu’il concentre plusieurs tensions à la fois. La marque a beau arborer un héritage scandinave et, par conséquent, européen, elle appartient depuis 15 ans à un groupe dont le siège est à Hangzhou. Deux de ses modèles phares (le XC60, qui est son best-seller mondial, et le XC40) sont assemblés en Chine. La marque y possède également un centre de design à Shanghai.

Autrement dit, Volvo est une marque qui est structurellement ancrée en Chine. Sans cette dérogation, ses plans de développement aux États-Unis (un marché qu’elle cherche à consolider) auraient été sérieusement compromis.

Sauf que là où Volvo est très fort depuis des années, c’est qu’hormis ceux qui suivent l’actualité automobile, peu de gens savent que Volvo est sous pavillon chinois depuis plus d’une décennie.

La marque est parvenue à conserver une image très européenne pour, justement, se détacher de cette image « Made in China » qui peut encore faire du tort à certains constructeurs.

Un signal ambigu pour le secteur

La réglementation cible clairement les technologies chinoises pour des raisons de sécurité nationale. Mais elle laisse aussi la porte entrouverte à des exceptions au cas par cas ce qui, inévitablement, va susciter des demandes similaires de la part d’autres constructeurs concernés.

On pense par exemple à Lotus, également sous le même giron que Volvo, ou même Stellantis qui a noué plusieurs partenariats avec des constructeurs chinois comme Leapmotor et Dongfeng et dont les technologies pourraient se retrouver un jour dans ses marques américaines que sont Chrysler ou encore Dodge.

On notera également que les règles ne visent pas toutes les fonctions connectées : les systèmes d’aide à la conduite dits « simples » ne sont pas dans le périmètre (régulateur de vitesse, maintien dans la voie, etc.), contrairement aux modules de conduite autonome et aux connectivités cellulaires, Wi-Fi ou satellitaires. Bref, le périmètre comporte encore de nombreuses zones grises.

Pour Volvo, cette autorisation est une vraie bouffée d’air : les États-Unis sont historiquement l’un de ses principaux marchés, même si les volumes y reculent depuis deux ans. Selon Volvo Car USA, le constructeur a écoulé 121 607 véhicules aux États-Unis en 2025, soit une baisse de 2,9 % par rapport à 2024.

Mais la situation reste précaire : les règles définitives ne sont pas encore pleinement entrées en vigueur, et le contexte géopolitique entourant les relations sino-américaines n’incite pas vraiment à la sérénité même si la rencontre de fin octobre 2025 entre Xi Jinping et Donald Trump à Busan s’est déroulée sans tensions majeures.

Yann Lethuillier

frandroid.com

Soudan : les révélations explosives d’un chef de guerre

 

Considéré comme l’un des principaux commandants des Forces de soutien rapide (FSR), le groupe paramilitaire qui affronte l’armée soudanaise depuis avril 2023, Al-Safana a fait défection. Dans une longue interview accordée le 20 mai à Al Jazeera, il vide son sac et dévoile les coulisses de son ancien mouvement qu’il décrit comme divisé et affaibli. Il dépeint son chef, le général Hemedti, comme un homme démoralisé et absent du terrain et présente les Émirats arabes unis comme les véritables patrons de cette guerre.

Un haut commandant se retourne contre son camp

Ali Rizqallah, plus connu sous le nom d’Al-Safana, est un commandant de terrain important. Il était notamment actif au Darfour-Nord et au Kordofan-Ouest. Il a participé à plusieurs opérations majeures des Forces de soutien rapide avant d’annoncer sa défection le 11 mai 2026. Sa parole a donc un poids particulier : il parle depuis l’intérieur même de l’appareil militaire des FSR, le groupe paramilitaire dirigé par Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, en guerre contre l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhan depuis plus de trois ans. Un conflit devenu l’une des plus graves catastrophes humanitaires au monde, avec des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés.

Dans son interview à Al Jazeera, Al-Safana affirme avoir choisi « le peuple soudanais », les déplacés et les réfugiés, et explique qu’il ne pouvait plus cautionner les violations commises par les FSR. Une posture attendue : il tente naturellement de se dédouaner des crimes commis par le mouvement auquel il appartenait encore il y a quelques jours. Ses déclarations offrent néanmoins une plongée rare dans les coulisses des FSR.


Al-Safana

Hemedti absent du Soudan et dépassé par la guerre

L’un des passages les plus intéressants de cet entretien d’une heure concerne le principal acteur de cette guerre, le général Hemedti. Le chef des FSR serait totalement absent du terrain ; il passerait l’essentiel de son temps au Kenya et aux Émirats arabes unis, avec parfois des passages au Tchad. Sa dernière présence réellement signalée au Soudan remonterait à 2025 dans la région de Nyala, au Darfour. Al-Safana affirme l’avoir rencontré récemment à Nairobi. Mais loin de l’image d’un chef de guerre dirigeant ses opérations depuis l’étranger, il décrit un homme profondément affaibli psychologiquement, démoralisé et dépassé par une guerre qui ne serait plus réellement sous son contrôle : « Il m’a donné des indications claires que cette guerre n’est plus entre nos mains. Si elle était entre nos mains, elle aurait été arrêtée ».

Puis Al-Safana renforce encore son propos en déclarant : « La guerre a dépassé notre contrôle. » L’ancien commandant affirme également qu’Hemedti souhaiterait négocier mais qu’il ne disposerait plus des moyens d’imposer une sortie de guerre. « Il appelle à la paix et à un accord 24 heures sur 24, mais il ne peut pas faire un seul pas en avant », explique-t-il avant d’ajouter cette phrase terrible : « S’il insiste pour arrêter la guerre ou négocier, ils pourraient lui tirer une roquette sur la tête ou l’assassiner. » L’ex-commandant ne dit pas qui se cache derrière ce « ils ». Mais la formule donne du corps à l’idée centrale de son témoignage : la guerre ne serait plus contrôlée par les FSR.

Les Émirats arabes unis au cœur du dispositif

L’autre révélation majeure de l’interview concerne le rôle des Émirats arabes unis.

Si de nombreux rapports d’experts, d’ONG et des enquêtes journalistiques accusent depuis longtemps Abou Dhabi d’implication directe dans la guerre, c’est la première fois que le coup est porté depuis l’intérieur. « Les Émirats combattent maintenant ouvertement », affirme Al-Safana. Puis il pose une question qui résume toute son accusation : « Hemedti n’a pas d’avions. Hemedti n’avait pas de drones. Alors à qui appartiennent ces avions ? Qui apporte les drones pour cette guerre ? » Il insiste également sur le rôle des aéroports, des corridors régionaux et des pays voisins qui, précise-t-il, ouvrent leurs infrastructures aux Émirats arabes unis et non aux FSR elles-mêmes.

Abdelrahim Dagalo, l’homme des opérations et des exactions

Alors que Hemedti apparaît, dans ce récit comme un dirigeant affaibli et itinérant, son frère Abdelrahim Dagalo est présenté comme le véritable chef opérationnel des FSR et comme l’homme de la ligne dure : « Toutes les violations et les catastrophes viennent de la personne responsable », affirme Al-Safana. Il accuse directement le frère d’Hemedti d’être derrière les exactions commises au Darfour, notamment à El-Geneina et El-Facher : exécutions extrajudiciaires, violences contre les civils, pillages et attaques contre les hôpitaux.

Ces accusations sont particulièrement lourdes alors que les FSR sont déjà visées par de nombreuses accusations de crimes de masse et de violences ethniques au Darfour. Difficile de savoir si Al-Safana ici cherche à amoindrir les charges contre Hemedti, afin de le préserver de la justice internationale, ou s’il y a une part de vérité. Probablement un peu des deux.

Des FSR fragmentées par les défections

Al-Safana décrit enfin des FSR complètement déstabilisées. Selon lui, les recrutements massifs ont profondément changé la nature du mouvement. « Ils ont recruté des tribus entières, du plus âgé au plus jeune », affirme-t-il, évoquant même l’enrôlement d’enfants. Il insiste surtout sur le manque de discipline et de cohésion interne. Beaucoup de combattants ne seraient pas des soldats permanents des FSR mais des recrues attirées par l’argent, la protection ou les alliances locales. « Ces gens ne sont pas des soldats permanents des FSR », explique-t-il, ajoutant qu’ils peuvent à tout moment abandonner le combat, vendre leurs armes ou désobéir aux ordres.

Là encore, s’il y a incontestablement une part de vérité dans ces descriptions, il ne faut pas minorer la dimension stratégique du témoignage d’Al-Safana, qui cherche aussi à se dédouaner et à survivre politiquement après sa défection. Toutefois ce départ intervient après ceux de deux autres cadres importants des FSR, Al-Nour Al-Qubba et Bashara al-Huweira, ainsi que la désertion de nombreux combattants. Autant d’éléments qui tendent à confirmer que les paramilitaires sont aujourd’hui réellement affaiblis et traversés par de profondes luttes internes. Car, comme le dit l’adage, on ne quitte pas une équipe qui gagne…

Le spectre d’une partition du Soudan

Dans cet entretien, Al-Safana évoque le risque de partition du Soudan de manière indirecte et nuancée, expliquant que l’affaiblissement d’Hemedti pourrait aboutir à un éclatement du pays. Mais dans d’autres interviews, notamment sur Al-Arabiya, il accuse clairement les FSR de chercher à partitionner le Soudan en contrôlant durablement le Darfour et le Kordofan avec « un soutien extérieur ». Une allusion transparente aux Émirats arabes unis qu’il présente tout au long de son témoignage comme les véritables patrons militaires de cette guerre. Dès lors, une question se pose : Abou Dhabi cherche-t-il à diviser le Soudan après l’échec de la prise de Khartoum, ou était-ce l’objectif depuis le début du conflit ?

Leslie Varenne

mondafrique.com