Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 26 mars 2026

Zelensky assure que Moscou fournit des renseignements militaires à Téhéran

 

La Russie est-elle le plus fidèle allié de Téhéran dans sa guerre contre les États-Unis ? Les services de renseignement militaire ukrainiens disposent de preuves « irréfutables » que Moscou continue de fournir des informations stratégiques à l’Iran, a affirmé, ce lundi, Volodymyr Zelensky.

« La Russie utilise ses propres capacités de renseignement d’origine électromagnétique et de renseignement électronique, ainsi qu’une partie des données obtenues grâce à la coopération avec des partenaires au Moyen-Orient », a déclaré le président ukrainien après avoir rencontré le chef des services de renseignement militaire.

« Une activité destructrice »

Volodymyr Zelensky a répété ses propos plus tard dans son allocution vidéo quotidienne, reconnaissant l’existence de preuves « de plus en plus nombreuses » des efforts continus de la Russie pour transmettre des renseignements à l’Iran.

« Il s’agit clairement d’une activité destructrice qui doit cesser, car elle ne fait que conduire à une déstabilisation accrue. Tous les États responsables ont intérêt à garantir la sécurité et à prévenir des problèmes plus graves », a-t-il expliqué face caméra.

« Les marchés réagissent déjà négativement, ce qui complique considérablement la situation en matière de carburant dans de nombreux pays. En aidant le régime iranien à survivre et à frapper avec plus de précision, la Russie prolonge de fait la guerre », conclut le président ukrainien.

La semaine dernière, le ministre britannique de la Défense John Healey avait accusé Vladimir Poutine d’organiser les tactiques iraniennes sur le front. Le Wall Street Journal avait aussi révélé que Moscou partageait des images satellites et une technologie de drones améliorée avec l’Iran. « Fausses informations », avait, alors, répondu le Kremlin.

leparisien.fr

Saint John Philby Et le pétrole d’Arabie devint américain…

 

« Je dois à Joseph Kessel d’avoir été présenté à Saint John Philby, un soir dans les années trente à Djeddah. Si je m’en souviens aussi bien c’est que Kessel a le don d’effacer à la fois le temps et l’espace ». L’image, attribuée à Monnety, nous alerte sur le resserrement de la mémoire du monde.

À Cambridge, Philby eut pour camarade d’études Jawaharlal Nehru, qui deviendra Premier ministre de l’Inde en 1947. Dans son autobiographie, le Britannique se dit le « premier socialiste » à avoir rejoint l’Indian Army en 1907 à Lahore. Il aura le temps de changer jusqu’à tenter une candidature d’extrême droite aux Communes en 1939, avec à la clé, dans le contexte, des ennuis dont le tirera son ami John Maynard Keynes.

Faut-il y voir un signe ? Son fils Kim, dont il est resté très proche jusqu’à la fin, ainsi prénommé en hommage à Rudyard Kipling, fut l’un des « magnificent five » de Cambridge qui trahit au profit de l’URSS dans les années de guerre froide.

BRILLANT DILETTANTE

Fils d’un planteur de thé ayant fait faillite, Harry St John Bridger Philby, connu également sous les noms de Jack Philby et de Sheikh Abdullah, est né le 3 avril 1885 à Ceylan et mort le 30 septembre 1960 au Liban. Entré comme boursier à Cambridge, doté de dons linguistiques peu communs, il y apprend l’ourdou, le penjabi, le baloutche, l’arabe et le perse, intègre ce corps d’élite qu’est le service civil des Indes et commence le parcours classique des aventuriers britanniques de l’ère victorienne finissante. Diplomate, espion, explorateur, écrivain, collectionneur scientifique, archéologue à l’occasion, il fut aussi un ornithologue amateur mais éminent et donna son nom à la perdrix de Philby (Alectoris philbyi), espèce endémique des hauts plateaux et pentes rocailleuses du sud-ouest saoudien. Il arrive que l’on s’interroge sur les liens que cet esprit, certes ouvert et curieux de tout, ait pu trouver ou imaginer entre la volatilité du Golfe Persique, la nature rugueuse des lieux et la brutalité des affrontements des hommes qui les habitent. Présence parallèle sur place d’un autre univers, intemporel, quasi silencieux, étranger aux querelles des hommes et de l’Histoire mais néanmoins relié par un continuum à l’éternelle quête de la beauté qui anime le vivant. Le récit de la Genèse est sans couture. Mais Philby était-il conscient que cette incongruité aurait pu, à la fin des fins, demeurer la trace ultime mais infime et anecdotique de son passage sur place ?

L’APPEL DU DÉSERT

À cette époque, sur la diagonale qui mène de Trinity College de Cambridge au Pendjab, le dilettantisme éclairé est bien porté. Mais, contrairement au colonel Lawrence qui eut l’intuition du titre de son grand œuvre en rêvant à l’été 1917 en Jordanie, dans la vallée désertique du Wadi Rum, devant une montagne semblant vaguement reposer sur sept piliers, a priori nulle révélation de ce genre ne semble avoir cristallisé un tel processus créatif chez Philby. À l’opposé d’une idée utile à la dramaturgie du film de David Lean, Lawrence, dissuadé par Aouda Abou Tayi, le chef de la tribu bédouine des Howeitat, n’a pas traversé le Néfoud, réputé dangereux, à la tête de son armée arabe mais a pris Akaba à revers, le 6 juillet 1917, après avoir suivi une longue et difficile route terrestre en lisière du désert. Des châteaux des Normands au Krak des Chevaliers, il s’était fait à Oxford un début de notoriété en archéologie militaire. Il ne lui avait pas échappé qu’à Akaba, les canons des fortifications ottomanes étaient tournés vers la mer dans la crainte d’une attaque de la flotte britannique. Une gloire était née.

LE RUB AL-KHALI : LA TERREUR ET LE MYSTÈRE

Philby, lui, peut s’enorgueillir d’avoir franchi en 1932 l’hostile Rub al-Khali ou quadrilatère du vide soit la plus grande étendue de sable ininterrompue au monde. Rencontra-t-il, au cœur de ce fameux « Empty Quarter », ce « Quart vide », les peuples dont font état des légendes aussi erratiques qu’insaisissables telles ces tribus juives réfugiées là depuis Saül ou cette peuplade mythique d’Arabes blancs aux yeux bleus dont nul ne saurait attester la provenance non plus que l’existence ? Presque aussi peu probable que de retrouver des traces de la ville légendaire d’Iram, la « Cité aux mille piliers », un lieu et place des cratères météoritiques de Wabar, bien localisés, eux, par Philby. Cette intrépide traversée de Riyad à Djeddah lui vaut, quoique il ne fût pas le premier occidental à l’accomplir, la médaille d’or de la Royal Geographical Society. Il semble qu’il ait été néanmoins blessé dans son orgueil du fait, qu’un an avant lui, Bertram Thomas, explorateur et diplomate à la carrière similaire, avait parcouru une partie des 650 000 km² de cet enfer terrestre et de ses dunes mouvantes de sable rouge orangé, colorées de feldspath, hautes de 200 mètres et plus, déplacées en permanence par le vent. Thomas en avait tiré un récit de voyage, Arabia Felix.

ARABIE HEUREUSE…

Venu le visiter à Djeddah où il est installé dans l’ancienne résidence du gouverneur turc, Kessel comme Cave Brown plus tard donnent à imaginer une ambiance « conradienne ». Dans le Beit Bagdadi c’est Kurz « Au cœur des ténèbres » ; Philby vit entouré de petits singes dressés à la garde, enchaînés à la porte. L’homme continue son activité d’explorateur scientifique, géographe et lettré. Dès 1930, fraîchement converti à l’islam, il tracte lui-même en voiture et à dos de chameau, de nouveau au cœur du Rub al-Khali, la frontière entre l’Arabie saoudite et le Yémen. Plus tard, en 1953, il participe à une expédition à Qumran à l’occasion de laquelle furent retrouvés une partie des manuscrits de la Mer Morte. L’ensemble de ces activités contribue à sa renommée naissante comme explorateur. Sans doute était-il plus écrivain qu’écrivain, mais il aura commis une bonne quinzaine d’ouvrages traitant de l’Arabie saoudite, sa géographie, ses ressources pétrolières, son histoire, ses populations et leurs coutumes, l’islam saoudien, Harun al-Rashid, le pays de Midian, etc.

ST JOHN PHILBY VERSUS THOMAS EDWARD LAWRENCE

À cette époque, l’archéologie, agrémentée si nécessaire de quelques hobbies annexes pour dissiper les soupçons, est dans cette région une excellente « couverture » pour le renseignement. Peut-on imaginer meilleur instructeur pour cette activité — qu’au-delà des clichés quelque peu éculés, l’aristocratie britannique éleva en temps au rang de métier de seigneur — que la « Reine de Mésopotamie », Gertrude Bell, qui conseillera aussi le colonel Lawrence et fut souvent surnommée le Lawrence d’Arabie en jupons. De par sa formation administrative, Philby fut avant tout un technocrate et un visionnaire ; plus romantique et rêveur, quelquefois déconnecté des réalités, Lawrence est souvent perçu comme un poète. Il n’en laissera pas moins un legs intellectuel important en tant que théoricien de l’insurrection dont Giap, Raoul Salan et d’autres tireront, à leur manière, profit. Interrogé sur leur rivalité, Philby répondra « Nous étions camarades ambo — des sots tous les deux ».

OFFICIER DE RENSEIGNEMENT : LA TRAHISON DANS LE SANG ?

L’histoire ne dit pas si la trahison était incluse dans leur formation ou déjà présente dans les gènes de Philby. Mais l’histoire retiendra que ce dernier qui, dès ses débuts dans la carrière à Rawalpindi puis à Shahpur, se singularisera par l’expression d’opinions ouvertement socialistes, a trahi, au moins par connivence familiale, alors que Lawrence, parfois incontrôlable, n’alla guère plus loin que désobéir. En 1997, Anthony Cave Brown publia Philby père et fils : la trahison dans le sang. Quand éclate la guerre civile en Espagne, Philby obtient que son fils, en passe d’être hameçonné par le Guépéou — mais le père le sait-il ? — soit nommé correspondant de guerre du Times sur place. De même, recommande-t-il Kim à Valentine Vivian, premier chef de la section V du MI6, dédiée au contre-espionnage qui, en recherche de sang neuf, le recrute. Il présentera également son fils, pour faciliter sa carrière, à l’ensemble de son réseau moyen-oriental comme le président du Liban, Camille Chamoun, ce qui n’empêchera pas Kim d’espionner son père à la fin de sa vie à la demande du MI6.

LA GÉOPOLITIQUE DU PÉTROLE

Le canal de Suez et les ressources pétrolières se substituent peu à peu à la Khyber Pass dans les priorités de Londres à l’est d’Aden. En octobre 1917, la révolte arabe, en Inde, Philby débute dans le renseignement intérieur de l’Empire, affecté à la surveillance des indépendantistes, islamistes en particulier. Puis, la guerre le pousse d’Inde à Bassorah dont les champs pétrolifères intéressent la Royal Navy et de Bassorah à Bagdad, où Percy Cox, l’officier en charge des affaires politiques de la force expéditionnaire mésopotamienne, le prend comme responsable financier. Il opère encore sous l’autorité de Gertrude Bell. La « Reine de Bagdad » le perfectionne dans l’art du renseignement. L’objectif est d’organiser la révolte arabe contre la tutelle ottomane et d’assurer la protection des réserves pétrolières irakiennes. En 1921, il est nommé responsable des services secrets britanniques pour la Palestine mandataire, correspondant à la Jordanie, Israël et aux territoires palestiniens actuels. Il rencontre Allen Dulles, son équivalent américain d’alors, qui deviendra, de 1951 à 1963, le premier directeur civil de la CIA. Fin 1922, il se rend à Londres pour faire état de la situation locale ; il rencontre Churchill, George V, le Prince de Galles, le baron Rothschild, Chaïm Weizmann qui obtint de Lord Balfour la célèbre déclaration et fut le premier président d’Israël.

LA CORNE D’ABONDANCE SAOUDIENNE

Reçu à la cour d’Ibn Saoud, Crane conclut un accord sur l’exploitation pétrolière et fait appel pour la prospection à l’ingénieur minier américain Karl Twitchell. La suite, connue, s’enchaîne inexorablement ; en mai 1933, Philby organise un appel d’offres dont il fait en sorte qu’il soit remporté par la Standard Oil of California à des conditions avantageuses pour le royaume saoudien. Cette concession de 60 ans accordée à la SOCAL est l’acte fondateur du déclin de l’influence britannique dans la région au profit des États-Unis. En 1936, Philby représente le Royaume saoudien dans la négociation avec la SOCAL et Texas Oil qui aboutira à la naissance de l’ARAMCO. Le 14 février 1945, Roosevelt, retour de Yalta, passe avec Ibn Saoud, sur le croiseur USS Quincy, mouillé sur le grand lac Amer au milieu du canal de Suez, un accord informel, le pacte du Quincy, qui synthétise pour l’avenir les grandes lignes des relations américano-saoudiennes dans les domaines stratégique et pétrolier. L’aventure philbyienne touche à sa fin. À soixante ans, il se remarie avec une jeune fille achetée sur le marché aux esclaves de Taëf. En 1955, réconcilié avec la monarchie saoudienne, Philby revient vivre à Riyad. En 1960, lors d’une visite à son fils Kim à Beyrouth, allongé sur son lit, il prononce « Mon Dieu, je m’ennuie » et meurt. Il est inhumé au cimetière musulman de Beyrouth

Alain MEININGER

revuepolitique.fr

Cet officier de la CIA est devenu l’agent double le plus dangereux des États-Unis

 

Agent de la CIA retourné par le KGB, il avait vendu les secrets occidentaux pendant près de dix ans, entraînant la mort de plusieurs espions. Aldrich Ames est décédé en prison le 5 janvier 2026. Son histoire est digne des plus sombres romans d’espionnage.

La mort d’Aldrich Ames, 84 ans, dans une prison fédérale du Maryland, a remis un coup de projecteur sur l’histoire de cet ancien agent de la CIA, qui n’a pas hésité à trahir son pays, les États-Unis, contre une énorme somme d’argent. Entre 1985 et 1993, cet homme au physique et au tempérament banals a livré de nombreux secrets américains à l’ennemi de l’est, l’URSS, puis la Russie. Il faudra attendre son arrestation le 28 avril 1994 pour découvrir l’ampleur des dégâts que cet individu sans envergure a pu causer à l’agence de renseignement américaine. Le tout non pas par conviction, mais par simple appât du gain !

Dans les traces de son père

Aldrich Ames naît en 1941 et grandit dans le Wisconsin, un état du Midwest, dans une famille de la classe moyenne américaine. Père professeur d’université, mère enseignante au lycée, l’adolescent, élève intelligent mais paresseux, rêve d’être acteur avant d’imaginer une vie plus rocambolesque. Il veut devenir espion. Cette vocation naît en 1952, quand sa famille déménage en Virginie, à Langley. Son père commence en effet à travailler au siège de la CIA, où il fera toute sa carrière. Mais le paternel, qui a un grave problème d’alcoolisme - dont le fils héritera – n’est qu’un petit employé de bureau.

À 16 ans, Aldrich part à Chicago pour étudier à l’université, mais rate ses examens. Son paternel le pistonne et il intègre la CIA à l’âge de 21 ans en tant qu’analyste civil. Après six ans à ce poste, il devient, en 1969, officiellement officier de la CIA. Le jeune homme vient de se marier avec Nancy, elle aussi membre de l’agence, et le couple est envoyé à Ankara, en Turquie. Leur mission : retourner des agents soviétiques pour en faire des agents doubles. Après trois ans, les Ames sont réaffectés au siège de la CIA, faute de résultats. Les supérieurs d’Aldrich considèrent qu’il n’est pas très doué pour le terrain. Une humiliation pour l’agent, qui plonge sa rancœur dans l’alcool, tandis que son mariage commence à battre de l’aile. De retour à Langley, Aldrich Ames est affecté à la planification d’opérations sur le terrain contre des responsables soviétiques.

Un alcoolique notoire

Son problème d’alcool commence à avoir des répercussions dans son travail. En 1972, il est surpris par un autre agent, ivre et dans une situation compromettante avec une autre employée de la CIA. Pire : quatre ans plus tard, il oublie carrément une mallette contenant des informations classifiées dans le métro ! Malgré les déconvenues, il continue à gravir les échelons au sein de l’agence de renseignement américaine.

En 1978, le couple Ames est envoyé à New York et doit opérer au siège de l’Organisation des Nations unies, là encore pour tenter de recruter des agents soviétiques. Aldrich, qui a appris le russe, devient l’officier traitant de deux importantes taupes soviétiques, Alexandre Ogorodnik et Sergei Fedorenko, qui livrent aux Américains des centaines de documents classifiés, si importants qu’ils sont envoyés directement à la Maison-Blanche.

Ames tient sa revanche : il est très bien noté par ses supérieurs et reçoit plusieurs promotions. En 1981, tandis que sa femme reste à New York, il est envoyé à Mexico. Mais là encore, son alcoolisme entrave sa mission : en état d’ébriété, il est impliqué un soir dans un accident de la route. Quelque temps après, il s’en prend à un fonctionnaire cubain lors d’une réception diplomatique à l’ambassade… Des frasques qui poussent son supérieur à demander son rapatriement au siège. Nous sommes alors en 1983, et Aldrich Ames entretient une relation avec Rosario Casas Dupuy, une attachée culturelle colombienne recrutée comme informatrice par la CIA. Toujours marié, Aldrich emmène sa maîtresse dans ses bagages et décide de divorcer à son retour aux États-Unis.

Une trahison pour éponger ses dettes

Nommé chef du contre-espionnage américain pour l’Union soviétique, Aldrich Ames a dorénavant accès aux noms de tous les agents soviétiques qui travaillent secrètement pour l’Ouest. Pourtant, notre homme continue à être porté sur la bouteille, il accumule les dettes de jeux et son divorce lui coûte très cher. Sans compter que sa nouvelle compagne passe des heures en ligne à discuter avec sa famille en Colombie, à une époque où les factures de téléphone peuvent s’envoler rapidement pour des appels à l’étranger !

Acculé, Ames prend une décision lourde de conséquences : il décide de vendre des informations à l’ennemi russe. En 1985, il se rend à l’ambassade soviétique à Washington, sonne et remet à l’officier de sécurité une enveloppe contenant des documents confidentiels, ainsi qu’une première liste d’agents doubles travaillant pour les États-Unis. Il accompagne sa missive d’une demande financière de 50 000 dollars. Sa proposition est acceptée et c’est aussi simplement que l’agent de la CIA trahit son pays. La machine est lancée, et la taupe délivre régulièrement, moyennant finance, de nombreux secrets.

Responsable de plusieurs morts

En huit ans, Aldrich Ames va fournir au Kremlin les noms de nombreux Russes qui espionnent pour les États-Unis. Une centaine sont arrêtés et emprisonnés, et plus d’une dizaine d’entre eux seront exécutés. Alors que la CIA perd ses informateurs à l’est, Ames induit également en erreur les renseignements américains. Et la chute de l’Union soviétique ne met pas à fin à sa mission.

La taupe révèle par exemple au KGB comment les sous-marins américains réussissent à déjouer la surveillance des sous-marins russes. Il fait également de l’intox en donnant de fausses informations à ses supérieurs sur les capacités militaires russes. C’est finalement le train de vie du couple Ames qui fera tomber l’agent double et sa femme.

L’Américain ne tarde pas à s’acheter une Jaguar et se met à porter de chics costumes italiens sur-mesure. Le couple paie cash une villa cossue, dépense chaque année 50 000 dollars en carte bleue et détient des comptes en Suisse ! Autant d’éléments difficilement explicables avec un simple salaire de cadre de la CIA. Il faudra finalement huit ans au FBI pour confondre Aldrich Ames. Durant cette période, l’agent double aura empoché plus de 2,5 millions de dollars. Il sera arrêté en 1994 par le FBI et condamné à la réclusion à perpétuité pour haute trahison…

Gautier Demouveaux

ouest-france.fr

Le renseignement occidental aveuglé par son propre récit ?

 

Il existe un fil conducteur entre la préparation de la guerre d’Irak en 2002-2003 et la manière dont l’Occident a géré le conflit ukrainien : la relation malsaine entre le renseignement et la décision politique. À l’époque, tandis que se construisait le dossier contre Saddam Hussein, la CIA avait exprimé de sérieux doutes sur la ligne officielle de Washington. Donald Rumsfeld avait alors réagi en créant l’Office of Strategic Planning, une structure parallèle conçue non pour comprendre la réalité, mais pour produire les analyses nécessaires à justifier une guerre déjà décidée sur le plan politique.

Aujourd’hui, la situation est à certains égards encore plus grave. Il n’a même plus été nécessaire de créer un organe séparé, tant l’erreur s’est installée directement au cœur même de la culture stratégique occidentale. Les décisions prises par les gouvernements européens et atlantiques reflètent une incapacité profonde à comprendre la nature du conflit, ses véritables paramètres, la logique de l’adversaire et la profondeur de ses motivations. Cette défaillance de compréhension n’a pas été un détail technique. Elle est devenue l’une des causes du désastre ukrainien et elle aide à comprendre la panique qui a saisi les dirigeants européens à la fin de l’année 2025.

L’Occident a abordé la crise ukrainienne avec un postulat idéologique : la réaction russe devait être présentée comme irrationnelle, infondée et totalement non provoquée. Pour soutenir ce récit, il fallait écarter tous les indicateurs qui auraient pu permettre une lecture différente de la crise. Les mêmes signaux d’alerte qui s’étaient déjà manifestés en Géorgie, montrant comment certaines pressions politiques et militaires pouvaient produire des effets déstabilisateurs, ont été ignorés ou minimisés. Non parce qu’ils étaient invisibles, mais parce que les reconnaître aurait rendu plus difficile la justification des sanctions massives, du réarmement et de la mobilisation politique contre Moscou.

En ce sens, l’aveuglement occidental n’a pas été un accident. Il a été un choix. Les services britanniques, et dans une certaine mesure les services américains et français, se sont alignés sur la politique de leurs gouvernements au point de devenir de facto cobelligérants. Cela peut expliquer politiquement leur conduite, mais cela n’absout rien dès lors qu’on entre dans le domaine de l’action clandestine violente. Le terrorisme reste du terrorisme, quel que soit le drapeau sous lequel il est pratiqué.

Le problème est encore plus grave dans les pays qui ne sont pas directement engagés sur le champ de bataille et dans les services de renseignement stratégique dont la mission devrait être de fournir aux gouvernements les informations nécessaires à une décision lucide. Ici apparaît une crise d’analyse remarquable. Les services occidentaux sont souvent très efficaces pour identifier des individus, des réseaux, des cibles et des mouvements. Ils savent localiser, suivre et frapper. Mais ils sont beaucoup moins capables de comprendre le sens général des événements, la dynamique profonde d’un conflit et la logique de comportement de l’adversaire.

Cette faiblesse était déjà apparue au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Les appareils occidentaux excellent souvent à reconnaître les visages, les noms et les organisations, mais échouent quand il s’agit de comprendre comment ces acteurs évoluent dans des systèmes politiques, culturels, militaires et sociaux plus larges. Ils voient les détails, mais pas l’ensemble du paysage. Le même défaut s’est reproduit en Ukraine. L’abondance de données techniques ne s’est pas traduite par une compréhension stratégique.

Les dirigeants politiques européens se sont ainsi laissés guider par une convergence entre les appareils d’État et le système médiatique. Les médias ont joué un rôle décisif dans la formation du climat qui a accompagné le déclenchement de la guerre puis dans la construction d’une lecture déformée du rapport de forces. La sous-estimation constante de la puissance militaire russe, de sa résilience économique, de sa capacité industrielle, de son adaptabilité logistique et de sa profondeur stratégique a créé une illusion dévastatrice. En Ukraine comme en Europe, beaucoup ont fini par croire que Moscou était bien plus faible qu’elle ne l’était en réalité.

Cette illusion a produit une confiance artificielle qui a poussé Kiev et ses soutiens à croire à une victoire possible, non à partir d’une évaluation lucide du conflit, mais à partir d’attentes nourries par la propagande, le volontarisme et les simplifications médiatiques. Le renseignement européen s’est mis, à son tour, à se comporter comme les médias, cessant d’être un correctif du pouvoir pour devenir un amplificateur de l’auto-illusion politique.

Lorsque, à la fin de 2025, la réalité du champ de bataille n’a plus pu être dissimulée, les dirigeants européens sont entrés dans une phase de véritable panique. Le problème n’était pas l’absence de signaux. Le problème était que ces signaux avaient été ignorés, déformés ou sacrifiés à la convenance politique. C’est pourquoi on voit aujourd’hui grandir la tentation de compenser l’échec analytique par l’action clandestine.

La décision du chancelier Friedrich Merz, en décembre 2025, d’autoriser le service de renseignement extérieur allemand non seulement à mener des opérations clandestines de collecte, mais aussi des sabotages à l’étranger contre les prétendues menaces hybrides russes, est le signe le plus clair de cette dérive. Jusque-là, le renseignement extérieur allemand était autorisé à espionner. Cette décision a ouvert la voie à l’action destructive et a marqué une escalade grave dans la conception même de ce que doit être le renseignement.

Le même esprit se retrouve en Grande-Bretagne, où Blaise Metreweli, à la tête du MI6, a invoqué la nécessité de renouer avec les instincts historiques du SOE. La référence n’est pas anodine. Elle signale une culture stratégique qui, n’étant plus capable de comprendre le conflit, rêve de remplacer l’analyse par le sabotage et la lecture du réel par la subversion clandestine.

C’est là le point le plus dangereux. Comme dans la lutte contre le terrorisme, on croit que l’action clandestine peut compenser la faiblesse analytique. C’est faux. La défaite annoncée de l’Ukraine ne résulte pas d’un manque d’outils clandestins. Elle résulte de l’incapacité de l’Occident à comprendre la guerre qu’il prétendait gérer. Lorsqu’un système politique cesse de comprendre son adversaire, aucune opération couverte ne peut le sauver. Au contraire, de telles actions risquent seulement d’intensifier l’escalade sans corriger l’erreur initiale.

Pendant ce temps, les services deviennent plus nombreux, plus techniques, plus fragmentés et moins coordonnés. Les spécialistes se multiplient, mais les véritables stratèges se raréfient. Les capacités augmentent tandis que la vision décline. L’appareil devient alors une partie du problème plutôt qu’un élément de la solution.

Dans ce contraste, le processus de décision russe paraît, au moins dans ce domaine, plus discipliné et plus cohérent. Non qu’il soit parfait, mais il aligne mieux les objectifs politiques, les instruments militaires, les capacités industrielles et le temps long. En Europe, à l’inverse, beaucoup de décisions majeures semblent être prises par des amateurs mal informés, souvent dominés par la pression médiatique, l’urgence émotionnelle et la superficialité analytique.

Le résultat a été une série de choix précipités, mal pensés et souvent autodestructeurs. Et lorsque ces décisions se retournent contre leurs auteurs, la réponse n’est pas l’autocritique, mais la recherche de boucs émissaires. Chaque échec est attribué à des agents russes, à des infiltrations, à des manipulations et à des complots hybrides. À ce stade, les menaces inventées finissent par gouverner ceux-là mêmes qui les ont produites.

Le cas danois au sujet du Groenland est particulièrement révélateur. Dans ses perspectives pour 2025, le renseignement militaire danois identifiait une menace montante de la Chine et de la Russie sur le Groenland. Cela a suffi pour fournir à l’administration Trump un argument prêt à l’emploi afin de s’emparer du territoire avant que ses rivaux n’agissent. Le paradoxe est extraordinaire. Le service danois n’avait pas anticipé que le danger le plus immédiat pour les intérêts de son propre pays pouvait venir de son allié américain, malgré les déclarations répétées de Trump dès 2024.

Voilà ce qui se produit lorsque l’analyse est pliée aux modes politiques du moment. Un service de renseignement qui construit ses scénarios en fonction du récit dominant finit par piéger son propre gouvernement et son propre pays dans des représentations qui produisent des conséquences réelles et souvent nuisibles. En ce sens, un service de renseignement déformé par l’idéologie peut devenir plus dangereux que l’ennemi qu’il est censé observer.

La véritable défaite occidentale n’est donc pas seulement militaire ou diplomatique. Elle est intellectuelle. L’Ukraine a été entraînée dans une guerre que l’Europe et une grande partie de l’Occident ont mal comprise dès le départ. La propagande a été prise pour de l’analyse, la simplification pour de la connaissance et la posture morale pour de la stratégie. On a cru que les sanctions, l’aide militaire et la diabolisation de l’adversaire suffiraient à plier une puissance qui, elle, avait calculé le temps, les coûts, les sacrifices et l’adaptation avec un réalisme bien supérieur.

La tragédie de l’Ukraine a été de devenir le terrain sur lequel l’Occident a projeté ses propres illusions stratégiques. La tragédie de l’Europe est d’avoir découvert trop tard que la guerre punit ceux qui renoncent à comprendre. Avant les armes, avant les drones et avant les opérations clandestines, il y a la capacité de saisir la nature du conflit. Et sur ce terrain, aujourd’hui, le leadership occidental apparaît dangereusement désarmé.

Giuseppe Gagliano

lediplomate.media

Tsahal confirme l'élimination du chef de la marine et du renseignement naval du CGRI

 

L’armée israélienne a annoncé avoir mené une frappe ciblée à Bandar Abbas ayant abouti à l’élimination d'Alireza Tangsiri, commandant de la marine des Corps des gardiens de la révolution islamique, ainsi que de Behnam Rezaei, chef du renseignement naval. L’opération, menée durant la nuit avec l’appui de renseignements jugés précis, s’inscrit dans le cadre de l’escalade militaire en cours entre Israël et l’Iran.

Selon l’armée israélienne, Alireza Tangsiri occupait depuis plusieurs années un rôle central dans la stratégie maritime iranienne. Il supervisait les activités militaires dans le golfe Persique et coordonnait les opérations entre différentes branches des forces iraniennes. Tsahal l’accuse d’avoir été impliqué dans des attaques contre des pétroliers et des navires commerciaux, ainsi que d’avoir directement menacé la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, une zone clé pour le commerce mondial de l’énergie. Il aurait également joué un rôle actif dans les tentatives de fermeture de ce passage stratégique durant les récents affrontements.

Behnam Rezaei, de son côté, était considéré comme une figure majeure du renseignement naval iranien. Chargé de la collecte d’informations sur les pays de la région, il coordonnait également la coopération avec différents services de renseignement. Son rôle était jugé crucial dans la planification des opérations maritimes des Gardiens de la révolution.

L’armée israélienne affirme que ces deux responsables faisaient partie d’un réseau plus large de commandants iraniens ciblés depuis le début de l’opération militaire en cours. Selon Tsahal, leur élimination constitue un coup important porté aux capacités de commandement et de coordination des Gardiens de la révolution, en particulier dans le domaine maritime.

Israël assure poursuivre ses opérations contre les responsables militaires iraniens impliqués dans des activités hostiles, affirmant agir pour réduire les capacités de nuisance de Téhéran dans la région et protéger les voies de navigation internationales.

i24news.tv