Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 12 mars 2026

L’enquête sur l’assassinat de Seïf al-Islam Kadhafi progresse

 

Dans un contexte de fortes pressions tribales, la justice libyenne a annoncé l’identification des auteurs présumés du meurtre du fils du colonel Mouammar Kadhafi, le 3 février dernier. Trois suspects, dont les noms n’ont pas été rendus publics, ont été arrêtés. Mais la famille Kadhafi réclame des poursuites contre les commanditaires de ce crime politique.

Après des semaines de flou, le bureau du procureur général a publié un communiqué dévoilant les avancées de l’enquête préliminaire sur un crime qui a secoué l’opinion publique libyenne et arabe. Le procureur général a annoncé avoir réussi à identifier trois suspects dans l’assassinat survenu dans la ville de Zintan, où Seïf al-Islam vivait depuis des années. 

« Les auteurs du meurtre du citoyen Seif al-Islam Kadhafi ont surveillé sa résidence avant de l’atteindre dans la cour de son domicile, après avoir escaladé le mur de sa propriété. Ils ont acculé la victime là où elle ne pouvait pas leur échapper », indique le communiqué, qui ajoute que les assassins « ont pointé leurs fusils automatiques sur lui avant de le cribler de projectiles dont certains se sont logés dans son corps tandis que d’autres le traversaient de part en part, jusqu’à ce qu’il rende son dernier souffle ».

Lieux, itinéraires, véhicules et auteurs identifiés

Toujours selon le communiqué, les enquêteurs se sont rendus sur le lieu du crime et ils ont procédé à l’examen du corps de la victime et enregistré l’emplacement des blessures. Ils ont également consigné leurs observations lors de l’examen des traces et indices sur la scène de crime. Le parquet a entendu des témoins détenant des informations sur le meurtre et ses circonstances.

L’équipe scientifique et technique a retracé l’activité des suspects et leurs déplacements avant et après le crime. Les indices, preuves et liens résultant de l’inspection des lieux liés au crime ont été analysés. L’enquête a permis de déterminer le lieu où se sont réunis les suspects et le moment de leur déplacement vers le site du meurtre. Elle a également permis d’identifier les véhicules utilisés par les suspects et l’itinéraire emprunté.

Le procureur général a ordonné l’arrestation et la comparution des trois suspects sans révéler leurs noms.

La famille Kadhafi demande davantage

Le 5 mars 2026, la famille Kadhafi a réagi à ces événements en déclarant qu’elle avait pris connaissance du communiqué du bureau du procureur général et que, bien que l’annonce du parquet constitue « un premier pas positif vers la révélation de la vérité », la famille jugeait nécessaire que soient prises des « mesures concrètes sur les suspects mentionnés, dont l’identité est connue selon le communiqué lui-même. »

La famille a insisté sur « la nécessité de révéler toutes les circonstances liées à ce crime, y compris les entités qui ont aidé ou facilité sa perpétration, et tous ceux qui l’ont planifié, ont veillé à son exécution ou ont fourni une couverture ». Les Kadhafi demandent au bureau du procureur général de traiter ce crime avec le souci de satisfaire « le plus haut niveau de transparence et d’information du public sur les développements de l’enquête sans compromettre les exigences du déroulement des investigations, étant donné qu’il s’agit d’un assassinat politique visant un candidat à la présidentielle ». Ils affirment leur attachement absolu à leur « droit légitime et légal de poursuivre les criminels et tous ceux qui les soutiennent », soulignant que « le sang du martyr ne sera pas versé en vain et la main de la trahison sera rattrapée par un châtiment juste, tôt ou tard ».

Même exigence de vérité de la tribu des Qadhadhfa

De son côté, le conseil social de la tribu des Qadhadhfa a publié une déclaration similaire, affirmant que l’annonce du procureur général constituait « une étape importante sur la voie de la révélation de la vérité et un premier indice du début de l’éclaircissement des circonstances de ce crime odieux ». Cependant, le conseil a souligné que « cette étape doit être complétée par des mesures concrètes décisives, y compris la poursuite de tous ceux dont les noms figurent dans l’enquête, et la prise des mesures légales nécessaires à leur encontre sans hésitation ni retard ».

« L’accès à la vérité complète et sans restriction est un droit légitime non négociable », poursuit le conseil dans son communiqué. Cette affaire « ne concerne pas uniquement la tribu, mais représente une question d’opinion publique qui touche la conscience de l’ensemble de la nation ».

La déclaration du procureur général montre une avancée tangible de l’enquête, notamment à travers les informations précises fournies sur la manière dont le crime a été commis et les moyens de traçage technique utilisés pour identifier les suspects. L’identification de trois accusés et l’émission de mandats d’arrêt constituent une percée qualitative dans une affaire marquée par le flou jusqu’ici. 

Cependant, on observe que le communiqué se concentre sur les auteurs directs du crime sans faire mention de ses commanditaires et ses complices qui ont fourni une couverture politique et sécuritaire à l’opération. C’est là que se situe l’exigence de la famille Kadhafi et de la tribu des Qadhadhfa, qui demandent une lumière complète sur le crime, jusqu’aux cerveaux. Des cercles proches de Seif al-Islam relaient des accusations, non vérifiées de manière indépendante, selon lesquelles les personnes recherchées seraient originaires de Zintan. Des blogueurs affiliés à la mouvance de la victime ont accusé Al-Ajmi Al-Atiri d’être impliqué dans l’affaire et ils reprochent aussi à Imad Trabelsi, l’actuel ministre de l’Intérieur originaire de Zintan, sa lenteur et son manque de coopération avec la justice. 

Forte pression populaire et tribale

Les annonces du procureur général sont intervenues après des semaines de flottement et de spéculations au lendemain de l’assassinat, qui a suscité une vague d’indignation et de colère dans la population libyenne. L’annonce des rebondissements de l’enquête fait suite à des pressions populaires et tribales croissantes sur les appareils judiciaire et sécuritaire pour élucider les circonstances du crime.

Avec la nouvelle de l’identification de suspects, l’affaire entre dans une nouvelle phase, plus complexe : celle de la poursuite et de l’arrestation des accusés, puis de leur procès. Cependant, le défi majeur concernera la capacité de la justice et de la police à exécuter des mandats d’arrêt, surtout dans le contexte actuel du pays.

Par ailleurs, la capacité des enquêteurs à atteindre les cerveaux du crime constituera un véritable test pour l’indépendance de la justice libyenne (qui a souffert récemment de divergences entre ses principales institutions, notamment au Conseil suprême de la magistrature) et sa capacité à surmonter les pressions politiques et les équilibres délicats qui caractérisent la scène libyenne actuelle.

mondafrique.com

Attentat déjoué en Suisse

 

Comme l'a communiqué le Ministère public de la Confédération (MPC) jeudi, des accusations ont été portées mardi contre un Suisse allemand pour soutien à une organisation terroriste, actes préparatoires délictueux en vue de commettre un meurtre, ainsi que pour production, stockage et possession d'images de violence.

Le jeune homme, âgé de 18 ans et domicilié dans le canton d'Argovie, aurait prévu de commettre un attentat au couteau au nom de l'organisation terroriste «État islamique», interdite en Suisse. Il aurait pris les dispositions nécessaires à cette fin. Au terme de l'enquête, le MPC reproche au prévenu d'avoir planifié, à partir de début 2025 environ, un attentat terroriste au nom de l'«État islamique» (EI).

Une attaque au couteau contre des victimes choisies au hasard

L'accusé prévoyait une attaque au couteau contre des victimes choisies au hasard. Selon l'acte d'accusation, le prévenu a pris des dispositions pour mettre son plan à exécution: il s'est notamment renseigné, a pris contact avec des personnes partageant les mêmes idées, s'est informé sur la justification religieuse d’une telle attaque et a commandé sur internet un couteau adapté à son projet.

Le MPC considère que ces actes remplissent les conditions constitutives tant du soutien à une organisation terroriste que des actes préparatoires délictueux en vue d'un assassinat.

Par ailleurs, selon l'acte d'accusation, le prévenu aurait soutenu l'EI en diffusant des vidéos de propagande sur les réseaux sociaux et par le biais de diverses transactions financières. Il est également accusé d'avoir produit et stocké à plusieurs reprises des documents à caractère violent.

Libéré de sa détention provisoire

Le prévenu a été libéré de sa détention provisoire début décembre 2025. Sa libération a eu lieu car les motifs de détention n'étaient plus réunis. Le Ministère public de la Confédération est en contact étroit avec toutes les autorités impliquées et les remercie de leur bonne collaboration.

À la suite du dépôt de l'acte d'accusation, le Tribunal pénal fédéral est chargé de fournir des informations complémentaires aux médias. La présomption d'innocence s'applique jusqu'à ce qu'un jugement définitif soit rendu.

20min.ch

mercredi 11 mars 2026

Moyen Orient : Arabie Saoudite

 

C’est acté : le 11 décembre 2024, la Fédération internationale de football association (FIFA) a attribué l’organisation du Mondial 2034 à l’Arabie saoudite. Faute de candidature concurrente, il n’y avait aucun suspense, mais cette décision est critiquée par de nombreuses ONG, qui rappellent le précédent qatari de 2022 : fortes chaleurs en été (donc un déplacement de la compétition en hiver ?), manque d’infrastructures, atteintes aux Droits de l’homme… Pour Riyad, le ballon rond sert les ambitions de son dirigeant de facto, ­Mohamed ben Salman, décidé à mettre en œuvre la « Vision 2030 ».

Dans cinq ans, le rêve de MBS – tel que l’on nomme dans les médias le prince héritier et homme fort du régime – d’une Arabie saoudite sortie du « tout pétrole » est censé se réaliser. Obtenir la Coupe du monde de football en 2034 s’inscrit dans une diplomatie de soft power destinée à « normaliser » sur la scène internationale un royaume critiqué pour son autoritarisme. Le pays accueillera aussi, entre autres, les Jeux asiatiques d’hiver en 2029 et l’Exposition universelle en 2030, et multiplie les campagnes touristiques pour se présenter comme une destination « normale », alors qu’il a longtemps été fermé à toute personne non musulmane. À l’échelle intérieure, l’hiver 2024-2025 a été marqué par la libération d’une vingtaine de prisonniers de conscience, comme Salma al-Chehab, dont la condamnation en août 2022 à trente-quatre ans de prison pour avoir partagé sur ses réseaux des messages en faveur des femmes avait choqué l’Occident. Pour MBS, l’idée est claire : afin de réaliser la « Vision 2030 », il faut des investissements étrangers ; et pour cela, rien ne doit nuire à la réputation de l’Arabie saoudite.

Renforcement autoritaire

De là à dire que le régime « s’assouplit »… Les défenseurs des Droits de l’homme et les dissidents en exil sont méfiants et refusent de rentrer en Arabie saoudite, malgré l’appel lancé par les autorités en mars 2025, en précisant que s’ils n’étaient coupables d’aucune infraction pénale, il n’y aurait pas de représailles. Or de nombreux prisonniers libérés restent interdits de quitter le territoire, et leurs familles sont surveillées. Ce dégel voulu par le pouvoir ne doit pas être interprété comme une libération de la parole, bien au contraire. Prince héritier depuis 2017, MBS a réduit au silence toute contestation, y compris dans les hautes sphères économiques et politiques, et estime désormais que son pouvoir est établi, respecté, avec une opposition mineure. Rappelons que l’Arabie saoudite figure parmi les États comptant le plus de personnes condamnées à mort par an : en 2024, au moins 345 ont été exécutées, un record depuis la fondation du royaume en 1932.

Dans le contexte de la guerre à Gaza et de ses répercussions régionales, Riyad joue de cette stabilité intérieure pour s’affirmer sur la scène mondiale. Ainsi, en janvier 2025, MBS s’est réjoui du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les deux hommes étant proches depuis 2017. Hormis sa présence aux funérailles du pape François à Rome en avril 2025, le royaume saoudien a été la première destination officielle du président des États-Unis à l’étranger lors de sa tournée dans le Golfe en mai. MBS a même annoncé 600 milliards de dollars d’investissements dans des projets américains, notamment dans l’intelligence artificielle, et l’édification d’une Trump Tower est à l’étude à Djeddah.


La « ligne rouge » palestinienne

Avec une Turquie en froid avec Washington et un Iran acculé (affaiblissement de l’« axe de la résistance », crise économique, contestation interne), Riyad est un acteur diplomatique régional majeur. MBS parle avec tout le monde : en décembre 2024, il a reçu Emmanuel Macron, puis, en février 2025, le ministre des Affaires étrangères de Vladimir ­Poutine, Sergueï Lavrov, avant d’accueillir, le mois suivant, le président ukrainien, ­Volodymyr Zelensky. En occupant la place de médiateur, le royaume arriverait presque à faire oublier ses responsabilités dans la guerre au ­Yémen, d’autant qu’il est une pièce importante dans le dialogue entre Washington et Téhéran sur le nucléaire et le conflit de juin 2025 lancé par les Israéliens.

Pour autant, Mohamed ben Salman n’est pas prêt à jouer l’« homme de Trump » sur tous les aspects. Gardienne des Lieux saints de l’islam et forte d’une société propalestinienne, l’Arabie saoudite se montre réservée (c’est un euphémisme) face au soutien inconditionnel des États-Unis à Israël dans la destruction de la bande de Gaza. Elle a refusé tout déplacement de population et tout projet d’invasion israélienne en vue de construire une « riviera du Moyen-Orient », se joignant au plan adopté par la Ligue arabe en mars 2025, qui rappelle la nécessité de créer un État palestinien. Un MBS dont le pays reste dépendant aux hydrocarbures et fait face à des difficultés économiques (les coûts de la « Vision 2030 » dépassent les prévisions) ne saurait convaincre son père, le roi Salman – sur le trône depuis 2015, il fêtera ses 90 ans cette année, alimentant des débats autour de la ­succession –, de signer les « accords ­d’Abraham ». 


Guillaume Fourmont

areion24.news

mardi 10 mars 2026

L’avion expérimental de type VTOL Bell X-76, destiné aux forces spéciales

 

En vue d’un éventuel conflit dans l’Indopacifique, les forces aériennes américaines sont en quête d’aéronefs pouvant être mis en œuvre depuis des pistes sommaires [ou «non préparées»] dans un environnement fortement contesté. D’où, entre autres, le projet SPRINT [pour Speed and Runway Independent Technologies], mené par la DARPA, l’agence du Pentagone dédiée à l’innovation, pour le compte de l’US Special Operations Command [USSOCOM].

Lancé en novembre 2023, SPRINT vise à faire voler un avion expérimental de type VTOL [à décollage et à atterrissage verticaux] capable de voler à une vitesse de croisière comprise entre 400 et 450 nœuds [740 / 840 km/h]. L’enjeu est de développer des technologies clés susceptibles d’être intégrées à des «aéronefs militaires de différentes tailles».

Pour la phase 1B, la DARPA sélectionna les projets de Bell Textron et de Aurora Flight Sciences, aux dépens de ceux de Northrop Grumman et de Piasecki Aircraft. Les deux industriels retenus disposaient alors de seulement un an pour achever les travaux de conception préliminaire de leurs aéronefs.

Finalement, en juin dernier, Bell Textron se vit confier un contrat pour les phases 2 et 3 de ce projet, celles-ci devant permettre de finaliser la conception, la construction et les essais en vol de l’avion expérimental «SPRINT», qui offrira «la vitesse d’un jet et la liberté d’un hélicoptère».

Visiblement, Bell Textron ne perd pas de temps. En effet, le 9 mars, soit huit mois plus tard, la DARPA a fait savoir que cet avion expérimental venait d’être appelé «X-76», à l’issue d’une «revue de conception critique [CDR] concluant».


«Cette désignation l’inscrit dans la lignée historique des avions expérimentaux qui ont longtemps repoussé les limites de l’aviation. Coïncidant avec le 250e anniversaire du pays, la désignation X-76 rend un hommage à l’esprit révolutionnaire de 1776», a expliqué la DARPA, en faisant référence à la Déclaration d’Indépendance des États-Unis.

En outre, au vu des images diffusées à cette occasion, hormis son empennage en papillon [ou en V], ses deux entrées d’air latérales et ses moteurs en bout d’ailes, le X-76 a un petit air de famille avec le Bell X-1, le premier avion à avoir franchi le mur du son, avec Chuck Yeager aux commandes.

La DARPA n’a pas précisé si ce X-76 sera autonome ou mis en œuvre par un équipage. Les visuels qu’elle a publiés suggèrent que les deux solutions sont envisagées.

Quoi qu’il en soit, la revue critique de conception étant achevée, le projet SPRINT va désormais se concentrer sur la construction et les essais au sol du démonstrateur X-76, dont le vol inaugural est prévu en 2028.

«Pendant trop longtemps, la piste d’atterrissage a été à la fois un atout et une contrainte, offrant de la vitesse mais créant une vulnérabilité critique», a souligné le commandant Ian Higgins [US Navy], le responsable de ce projet au sein de la DARPA. «Avec SPRINT, nous ne nous contentons pas de développer un avion expérimental : nous créons des solutions, nous travaillons pour offrir la possibilité de surprendre, de déployer rapidement des renforts et d’intervenir rapidement partout dans le monde, sans avoir besoin de piste d’atterrissage», a-t-il résumé.

opex360.com

Eau potable: L'Iran a frappé le talon d'Achille du Golfe

 

Ce dimanche 8 mars, un drone a gravement endommagé une usine de désalinisation située à Bahreïn, indique «The Wall Street Journal». C'est la première fois qu'une telle infrastructure est touchée par une frappe iranienne, dans la région: «Sans discernement, l'agression iranienne a visé des cibles civiles», a déclaré le Ministère de l'intérieur de Bahrain sur la plateforme X. Ces frappes semblent marquer un point de bascule important dans le conflit, dans la mesure où ces usines s'avèrent absolument essentielles au fonctionnement des régions les plus arides du globe, dont les pays du Golfe. 

Conçues pour transformer l'eau salée de la mer en eau douce, souvent via un processus d'osmose inverse ou une technologie thermique, ces installations luttent contre l'étouffante puissance du désert, en otant le sel, les algues et les polluants de l'eau de mer. Cela permet ensuite d'irriguer les sols et d'approvisionner les villes et les industries en eau douce. Ces infrastructures représentent donc une cible militaire très vulnérable, sachant que l'accès à l'eau potable pourrait être directement menacé. 

Le 7 mars déjà, le Ministre iranien des affaires étrangères Abbas Araghchi accusait une frappe américaine d'avoir touché une usine semblable de l'île de Qechm, coupant l'approvisionnement en eau de 30 villages. «Ce sont les Etats-Unis qui ont créé le précédent, et non pas l'Iran», annonce-t-il, également sur X, avant d'ajouter qu'il s'agit d'une décision dangereuse qui aura «de graves conséquences». D'après le «New York Times», le capitaine Time Hawkins, porte-parole du commandement central américain, s'est néanmoins hâté de nier l'implication des Etats-Unis dans la frappe. On ignore donc, pour l'heure, «qui a commencé». Mais on sait que le contrecoup pourrait être désastreux. 

42% de l'eau potable aux Emirats arabes unis

Sachant que les pays du Golfe produisent 40% de l'eau désalinisée au monde, précise Al Jazeera, une multiplication de ce genre d'attaques pourrait avoir des effets dévastateurs sur la région. Alors que les eaux souterraines se raréfient, les pays concernés s'appuient d'autant plus sur ces usines.

D'après un rapport du Gulf Research Center, 42% de l'eau consommée par les habitants des Emirats arabes unis provient de la désalinisation. Au Koweït, cette proportion atteint 90%, contre 86% au Sultanat d'Oman et 70% en Arabie Saoudite, en tête mondiale de la production d'eau désalinisée. L'Iran, de son côté, est bien moins dépendant de ces usines: le pays possède davantage de sources naturelles d'eau douce, bien qu'il dispose aussi de plusieurs installations semblables, comme celle de l'île de Qechm.

Une menace directe pour la survie des civils

«Le fait de viser une usine de dessalement à Bahreïn transgresse une limite importante et représente une escalade sérieuse, analyse Abdullah Baabod, chercheur omanais à l'Université de Waseda, au Japon, auprès du 'New York Times'. Pour les pays du Golfe, ces installations ne représentent pas uniquement des infrastructures; elles sont des bouées de sauvetage essentielles qui soutiennent l'accès à l'eau de millions de personnes. En les frappant, on risque de transformer une confrontation militaire en une menace directe pour la survie des civils.»

Le risque est également économique, comme le souligne Naser Alsayed, chercheur environnemental spécialisé dans les pays du Golfe, au micro d'Al Jazeera: «Viser ou endommager les infrastructures de désalinisation peut sérieusement menacer la stabilité économique et la croissance de la région.» 

A noter que chaque pays concerné dispose de plusieurs usines différentes. A Bahreïn, par exemple, l'attaque iranienne n'a pas causé de pénuries, ni même déstabilisé le système de distribution. À Dubaï, l'usine de dessalement principale est celle de Jebel Ali, qui produit environ 2 milliards de litres d'eau par jour. L'émirat a donc retenu son souffle lorsque des missiles iraniens ont visé, début mars, le port gargantuesque se trouvant juste à côté, provoquant des incendies et forçant les équipes à suspendre, même brièvement, toutes leurs activités, note «The Times of India». 

Le risque principal est de semer la panique

Or, si ces attaques devaient se multiplier ou s'intensifier, les dégâts pourraient être conséquents. Un rapport de la CIA, publié en 2010, prévenait que l'interruption de la désalinisation pourrait s'avérer plus chaotique pour la plupart des pays du Golfe que la perte de n'importe quelle autre infrastructure ou industrie. Tout dépend toutefois de la région impactée:

«Pour l’Arabie saoudite, qui est la moins dépendante du dessalement et dispose d’un espace géographique important, les installations situées sur la mer Rouge offrent une certaine résilience, observe Naser Alsayed, toujours pour Al Jazeera. Les Emirats arabes unis disposent de 45 jours de réserves d’eau, conformément à leur stratégie de sécurité hydrique à l’horizon 2036. Des plans de contingence sont donc en place pour gérer d’éventuelles perturbations.» Or, les conséquences pourraient s'avérer plus intenses pour les Etats plus petits, dont le Quatar, Bahreïn et le Koweït, dont les réservoirs d'eau stratégiques sont minimaux. 

«L’impact le plus significatif, à mon avis, est psychologique, poursuit le spécialiste. L’eau est essentielle à la vie humaine, et la perception du risque peut provoquer la peur et la panique, ce qui est particulièrement difficile dans le contexte actuel de la région, où les autorités s’efforcent de maintenir le calme.»

Ellen De Meester

blick.ch