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mercredi 28 janvier 2026

Nouvelle purge fracassante au sein de l’armée chinoise : les questions fusent

 

Les membres de la Commission Militaire Centrale, dont ceux aujourd'hui limogés. DR


La Chine a annoncé le 24 janvier dernier la destitution du plus haut responsable militaire chinois, le général Zhang Youxia. Cette nouvelle purge fracassante dans l’armée met en lumière de fortes tensions au sein du régime. Mais elle pourrait aussi traduire la volonté du président Xi Jinping de réunir les conditions au sein de l’Armée populaire de libération (APL) pour mener un jour une guerre prolongée contre Taïwan.

Le général Zhang Youxia (张又侠), 75 ans, vice-président de la Commission militaire centrale (CMC中央军事委员会), fait l’objet d’une enquête pour « infractions disciplinaires et juridiques graves, » selon un communiqué publié samedi par le ministère de la Défense nationale. Un autre général, le chef d’état-major de la CMC, Liu Zhenli (刘振立), 61 ans, fait également l’objet d’une enquête pour les mêmes motifs.

De telles purges en cascade au plus haut niveau au sein de l’Armée populaire de libération (APL) sont inédites depuis la fin de la Révolution culturelle (1966-1976) et la mort de Mao Zedong en 1976. Après l’éviction de Zhang et Liu, la CMC, composée de sept membres, n’est plus que l’ombre d’elle-même, réduite à sa plus petite taille historique.

Seuls deux membres sont encore en place, dont Xi Jinping lui-même en tant que président et Zhang Shengmin (张升民), secrétaire de la commission d’inspection disciplinaire de la CMC. Ce dernier avait été promu à la CMC en octobre 2025 et est également membre de la Force des fusées de l’APL, élément clé du renforcement des armes nucléaires de Pékin.

He Weidong (何卫东), un autre vice-président de la CMC qui partageait le même grade que Zhang Youxia, a été destitué pour corruption l’année dernière, tout comme huit autres hauts responsables militaires, dont l’amiral Miao Hua (苗华) et le lieutenant-général He Hongjun (何宏军). Entre mars 2023 et mi-octobre 2025, une vingtaine de généraux ont été purgés. Six d’entre eux appartenaient à la Force des fusées de l’APL, qui contrôle l’arsenal chinois de missiles balistiques, hypersoniques et de croisière, tant nucléaires que conventionnels.

Xi Jinping désormais quasiment seul pour diriger les affaires militaires

La destitution de ces deux généraux rend Xi Jinping, qui n’est pas un militaire de carrière et n’a pas d’expérience personnelle en la matière, quasiment le seul responsable de la conduite des affaires de l’APL jusqu’à d’éventuelles nominations. La CMC se caractérise désormais par l’absence criante de tout responsable militaire ayant une expérience des combats sur un théâtre de guerre. Zhang Youxia en avait une, acquise lors du bref mais sanglant conflit livré par la Chine contre le Vietnam en 1979.

D’autre part, l’éviction de Zhang Youxia a été accompagnée d’une annonce dont les termes sont eux aussi sans précédent depuis longtemps. Le Quotidien de l’Armée populaire de libération, porte-parole de l’armée, a en effet publié samedi un éditorial d’une tonalité inhabituellement ferme détaillant les « crimes » attribués aux généraux déchus Zhang et Liu accusés d’avoir « gravement trahi la confiance et les attentes du comité central du parti et de la CMC » et « favorisé des problèmes politiques et de corruption qui ont sapé le leadership du parti. »

De tels termes politiques étaient absents des précédents éditoriaux du même quotidien concernant d’autres purges, suscitant des spéculations sur une lutte à haut risques entre différents segments et factions de l’APL et même des rumeurs d’une tentative de coup d’État militaire à Pékin, souligne lundi 26 janvier le quotidien japonais Nikkei Asia.

Si aucun signe probant vient soutenir la thèse peu vraisemblable d’un complot ou d’un coup d’État en préparation, il reste que Zhang Youxia et Xi Jinping entretenaient une relation de longue date qui remontait à leurs débuts en tant que « princes rouges de deuxième génération, » un terme désignant les descendants des dirigeants du PCC de l’époque révolutionnaire. Son limogeage est donc d’autant plus surprenant.

Le défunt père de Zhang Youxia, le général Zhang Zongxun (张宗逊), était un poids lourd de l’APL et l’un des « généraux fondateurs » de la République populaire de Chine. Zhang Youxia avait lui-même combattu dans le conflit sino-vietnamien dans les années 1980 et avait rejoint la CMC en 2018, lors de la première session de la 13e Assemblée populaire nationale (ANP, parlement).

Selon un article du Wall Street Journal publié dimanche, Zhang Youxia est accusé d’avoir divulgué des secrets sur les programmes d’armements nucléaires chinois aux États-Unis et d’avoir accepté des pots-de-vin pour des mutations de personnel.

Les raisons réelles de ces destitutions sont posées

La destitution de ces deux généraux, outre le fait qu’elle pose de sérieuses questions sur la stabilité au sein du commandement de l’armée chinoise et sur ses capacités opérationnelles dans ce vide ainsi créé, interroge également sur les raisons réelles recherchées par Xi Jinping qui, de toute évidence, est lui-même à l’origine d’une telle décision.

Pour certains, elle marque sa volonté d’affirmer plus encore sa prééminence au sommet d’un pouvoir qu’il n’entend partager avec personne. Pour d’autres, elle pourrait traduire des réticences au sein de l’appareil militaire, y compris sur la volonté de Xi Jinping de s’emparer de Taïwan, par la force militaire si besoin est. Mais pour d’autres encore, elle marque la volonté du dirigeant chinois de forger coûte que coûte au sein de l’APL une allégeance totale en vue de s’assurer de son soutien indéfectible en cas de guerre avec Taïwan et, par ricochet, avec les État-Unis.

« L’APL est en plein désarroi, avec un vide important au niveau de la direction jusqu’à la prochaine réunion des « deux sessions » [du parlement] en mars, voire plus longtemps, » estime Lyle Morris, chercheur senior en politique étrangère et sécurité nationale au Centre d’analyse de la Chine de l’Asia Society Policy Institute. « On peut affirmer sans risque que l’APL n’a pas connu une telle agitation depuis la Révolution culturelle. Cela signifie que tous les officiers supérieurs de l’APL ayant des liens avec Zhang et Liu font l’objet d’une surveillance étroite et que la méfiance est à son comble, » ajoute-t-il, cité par le Nikkei Asia.

Le ministre taïwanais de la Défense, Wellington Koo Li-Hsiung (顧立雄) a déclaré lundi aux journalistes que Taïwan « continuerait à surveiller de près les changements anormaux au sein des plus hauts échelons du parti, du gouvernement et de l’armée chinoise. »

L’opacité du régime chinois est telle qu’il est difficile de tirer des conclusions de ces purges à répétition. Pour certains observateurs, si les bouleversements politiques au sein de la CMC réduisent la probabilité d’une menace directe immédiate pour Taïwan, à terme, la menace d’une intervention armée pourrait néanmoins se poser avec plus d’acuité si l’APL et l’ensemble de sa hiérarchie devaient promettre une allégeance totale au numéro un chinois.

« La purge des hauts gradés menée par Xi affaiblit la menace chinoise envers Taïwan à court terme, mais la renforce à long terme, » juge ainsi Neil Thomas, chercheur en politique chinoise à l’Asia Society, cité par le même quotidien.

A terme, une aventure militaire contre Taïwan deviendrait plus vraisemblable

Pour l’instant, a-t-il ajouté, « le désordre qui règne au sein du haut commandement rend encore plus risquée pour Xi une escalade militaire massive » contre Taipei. Mais « à long terme, une armée moins corrompue, plus loyale et plus compétente pourrait contraindre Taipei à se soumettre […] et dissuader Washington d’intervenir. La modernisation militaire de la Chine se poursuit, mais posséder des armes ne signifie pas être capable de les déployer efficacement, » explique-t-il encore

Un commentaire auquel souscrit Amanda Hsiao, directrice du département Chine de l’Eurasia Group : « La campagne de purification politique de Xi vise à améliorer l’efficacité de l’armée afin qu’elle puisse mener à bien des opérations futures, telles que forcer Taïwan à s’unifier avec la Chine […] mais à court terme, une invasion chinoise de Taïwan semble encore moins probable, » estime-t-elle.

Si des interrogations demeurent, cette nouvelle purge est largement interprétée comme un renforcement de l’emprise de Xi Jinping sur l’armée tout comme sa volonté réaffirmée d’éliminer tous ses opposants politiques potentiels. Le message sous-jacent serait donc : plus personne n’est à l’abri, sauf à promettre une loyauté sans faille.

« Ces mesures suggèrent que Xi a consolidé son pouvoir et son influence sur l’APL d’une manière sans précédent, » souligne encore Lyle Morris. « Il y aura certainement une réaction de la part de certains éléments de la vieille garde de l’APL, en particulier des factions fidèles à Zhang. Mais Xi est suffisamment confiant dans son contrôle sur l’APL pour entreprendre une action aussi spectaculaire, » a-t-il ajouté.

Xi Jinping « souhaite rajeunir l’APL afin d’en faire une force moins corrompue et totalement fidèle à son programme, » souligne encore Neil Thomas. « Xi pourrait attendre jusque-là pour promouvoir une nouvelle génération de chefs militaires. Il pourrait profiter de ce temps pour mener un examen approfondi des candidats afin d’essayer d’éliminer l’influence des relations de patronage existantes. »

Nombreux sont d’autres experts à juger que ce dernier volet des purges dans l’APL a pour objectif premier pour Xi Jinping de s’assurer un contrôle total de l’armée chinoise qui, traditionnellement, a été un vivier pour des ambitions régionales pouvant menacer l’autorité centrale de Pékin.

« Il s’agit du développement le plus spectaculaire de la politique chinoise depuis les débuts de l’ascension au pouvoir de Xi, lorsqu’il a purgé le corps des officiers généraux, ceux qu’il craignait de voir s’opposer à lui, » estime Dennis Wilder, ancien responsable de l’analyse sur la Chine à la CIA, cité samedi par le Financial Times.

« Il ne lui reste plus qu’un seul officier au sein de la puissante CMC. C’est comme si l’État-major interarmées américain ne comptait plus qu’un seul général. On ne peut pas diriger l’APL de cette manière. Il doit nommer des successeurs, » a-t-il précisé.

La Commission militaire centrale a pour objet principal de définir la stratégie des forces armées chinoises et d’en diriger les opérations. Dans le langage du PCC, le terme « violations de la discipline » signifie souvent corruption. Mais il est étroitement lié aux luttes factionnelles, les dirigeants du parti, depuis Mao Zedong, ayant souvent utilisé ces « enquêtes » pour purger leurs rivaux.

François Godement, sinologue averti et conseiller pour la Chine à l’Institut Montaigne, explique que « des campagnes récurrentes rappellent à l’armée que le Parti commande aux fusils et que la loyauté envers Xi Jinping est l’exigence première. » « Faute de transparence supplémentaire, il faut donc lire les feuilles de thé pour deviner ce qui n’est pas dit et mesurer les conséquences de ce qui constitue une tempête politique majeure, » ajoute cet expert reconnu.

Des purges pour, à terme, renforcer les capacités de combat de l’armée

Ces enquêtes « mettent en relief la main de fer de Xi Jinping sur l’APL, montrant sa volonté de purger les hauts commandants malgré les risques potentiels pour la stabilité institutionnelle, » analyse Tristan Tang, chercheur non-résident au Pacific Forum, un groupe de réflexion américain cité par le quotidien des affaires britanniques.

Pour ce chercheur, ces purges reflètent les inquiétudes que nourrit Xi Jinping au sujet de la lenteur des progrès de l’APL dans le renforcement de ses capacités de combat.

« Bien que l’APL ait fait progresser les réformes en matière d’entraînement de base et combiné, l’entraînement conjoint reste incomplet et nécessite beaucoup de ressources, ce qui soulève des questions quant à la préparation pour l’échéance de 2027 fixée par Xi Jinping pour [attaquer] Taïwan, » explique-t-il. Même si la corruption est invoquée dans cette nouvelle enquête, « les performances insuffisantes et l’incapacité à garantir une préparation au combat crédible semblent être les principaux problèmes, » juge-t-il.

La purge des officiers militaires menée par Xi Jinping qui, selon certaines sources, auraient touché plus de 200 officiers supérieurs soulève donc des doutes quant à la préparation de la Chine à la guerre. Mais depuis 2025, les opérations visant à éliminer ses concurrents ou rivaux déclarés ou non menées par Xi Jinping se sont davantage concentrées sur la loyauté et la fiabilité politique des hauts gradés, ce qui, selon les analystes, a rendu les officiers militaires les plus puissants contraints à lui garantir une allégeance totale.

En vertu de la Constitution chinoise, le chef de l’État et du PCC préside la CMC et détient le pouvoir décisionnel suprême sur l’armée. Ce « système de responsabilité du président » est conçu pour garantir le contrôle absolu du Parti sur les forces armées.

Ces purges à répétition prennent place alors que Xi Jinping espère un quatrième mandat à la tête du Parti lors de son prochain congrès, prévu en 2027. Selon la CIA, Xi Jinping aurait exhorté l’armée à se tenir prête pour 2027 pour une possible invasion de Taïwan, une année qui en outre coïncide avec le centième anniversaire de la création de l’APL.

« L’armée est la seule organisation en Chine qui ait historiquement défié les dirigeants du parti, » relève encore Dennis Wilder qui rappelle les critiques formulées à l’encontre des politiques de Mao Zedong par le ministre de la Défense de l’époque, Peng Dehuai en 1959 de même que la tentative de coup d’État présumée contre Mao par le général Lin Biao en 1971 mort dans des conditions suspectes.

Pour Dennis Wilder, après la victoire de Zhang sur He Weidong, deuxième vice-président de la CMC et membre d’une faction rivale purgée l’année dernière, « Xi craignait probablement que […] Zhang soit tout-puissant dans l’armée. Si l’on suppose que Xi souhaite un quatrième mandat, il aurait à craindre que Zhang ne mène une campagne au sein du Parti pour le renverser. »

Ces purges illustrent non pas la faiblesse mais la force de Xi Jinping

Reste que la thèse d’un coup d’État ou d’une conspiration au sein de l’armée visant Xi Jinping demeure peu crédible. « Je doute fort que Zhang Youxia ou quiconque au sein du régime ait eu l’audace de s’engager dans une confrontation ouverte contre Xi Jinping, » déclare ainsi James Char, professeur adjoint à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour, qui suit les purges de Xi Jinping au sein de l’APL depuis une décennie.

S’il existe vraisemblablement des factions régionales au sein de l’armée, la réalité est probablement que Xi Jinping a voulu prendre les devants et s’estimait suffisamment fort au sommet du pouvoir pour lancer cette nouvelle purge, souligne-t-il.

Le seul fait que Xi Jinping ait pris une mesure aussi spectaculaire semble attester du fait qu’il bénéficie du soutien total du Parti. « Ce n’est pas un signe de faiblesse, mais de force, pour Xi, » a quant à lui encore déclaré Lyle Morris.

Nombre d’experts estiment que l’APL n’est pas encore à même d’être certaine de sortir victorieuse d’une opération militaire pour s’emparer de Taïwan, surtout si les États-Unis devaient intervenir d’une façon ou d’une autre dans ce conflit. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, Xi Jinping s’est efforcé de promouvoir des généraux à la fois politiquement loyaux et qualifiés pour mener à bien la mue de l’APL en une armée plus agile, capable de combiner des opérations aériennes, terrestres, maritimes, cybernétiques et spatiales, afin d’en faire, selon ses termes, « une force de classe mondiale. »

Plus récemment, il s’en est pris à bon nombre de ses propres nominations, ce qui fait dire à l’hebdomadaire britannique The Economist qu’il pourrait juger la plupart des généraux restants trop inexpérimentés ou entachés par leur association avec un ou plusieurs commandants militaires disgraciés.

Le dernier rapport annuel du Pentagone sur les forces armées chinoises, publié en décembre, note que la destitution des officiers supérieurs de l’APL a « semé le doute sur les priorités organisationnelles » et « eu des répercussions dans tous les rangs de l’APL. » « Ces enquêtes risquent très probablement de perturber à court terme l’efficacité opérationnelle de l’APL […] ou à l’inverse, l’APL pourrait devenir une force de combat plus performante à l’avenir si elle profite de la campagne actuelle pour éliminer les problèmes systémiques qui favorisent la corruption. » « Sur ce point au moins, M. Xi espère que le Pentagone a raison, » relève The Economist.

Reste que ces purges sans fin au sein de l’armée chinoise s’inscrivent dans un environnement géopolitique délétère et incertain que créent les errements – eux aussi sans fin – du président américain Donald Trump. De l’avis de la plupart des analystes, ils profitent largement à la Chine sur le temps long et semblent de plus en plus donner raison à l’ancienne favorite de son président : « L’Orient se lève et l’Occident est en déclin. » (东升西降)

Pierre-Antoine Donnet

asialyst.com

Iran : un bilan humain terrifiant derrière le blackout

 

Combien de morts après les dernières vagues de répression en Iran ? La question hante observateurs, ONG et médias internationaux, tant l’opacité imposée par le régime rend toute estimation périlleuse. Les chiffres officiels avancés par les autorités iraniennes contrastent violemment avec ceux relayés par des organisations indépendantes basées à l’étranger, dessinant un gouffre statistique et politique.

Le pouvoir iranien a communiqué un premier bilan de 3 117 morts, affirmant que la majorité des victimes seraient des « martyrs », membres des forces de sécurité. Une version immédiatement contestée par plusieurs ONG de défense des droits humains, qui dénoncent une manipulation massive de l’information. La coupure quasi totale d’Internet dans le pays alimente ces soupçons. L’ONG spécialisée dans la surveillance de la connectivité, NetBlocks, confirme que l’Iran reste largement déconnecté du réseau mondial, une mesure qui viserait, selon elle, à « masquer l’ampleur de la répression meurtrière contre les civils ».

Évaluer cette ampleur relève pourtant de l’exercice à haut risque. Toute fuite d’information expose ses auteurs à de lourdes représailles. Témoignages fragmentaires, images clandestines et sources médicales anonymisées constituent l’essentiel des éléments disponibles. Dès les 8 et 9 janvier, au tout début de la contestation, Time Magazine rapportait, en citant deux responsables du ministère iranien de la Santé, une situation de chaos absolu : pénurie de sacs mortuaires, manque d’ambulances, corps transportés dans des semi-remorques. Un récit glaçant, qui fait écho aux données publiées depuis par plusieurs ONG.

Aux États-Unis, la Human Rights Activists News Agency recense près de 6 000 personnes tuées et examine 17 000 autres décès potentiellement liés à la répression. En Norvège, Iran Human Rights évoque un bilan pouvant atteindre 25 000 morts. De son côté, la chaîne d’opposition Iran International avance un chiffre encore plus élevé : plus de 36 000 victimes, s’appuyant sur des sources sécuritaires présentes sur le territoire iranien.

Ces estimations, bien que difficiles à vérifier, s’inscrivent dans un climat de durcissement assumé. Il y a une dizaine de jours, le guide suprême Ali Khamenei avertissait, dans un discours retransmis à la télévision nationale, que les autorités « briseraient le dos des séditieux ». Un message sans ambiguïté, destiné à dissuader toute nouvelle mobilisation.

La combinaison de chiffres contradictoires, du black-out informationnel et de menaces explicites au sommet de l’État fait craindre le pire. Pour de nombreuses ONG, l’absence de données fiables et l’impossibilité d’enquêter sur le terrain laissent supposer que le bilan réel pourrait être bien supérieur à toutes les estimations actuelles. En Iran, le nombre exact de morts demeure une donnée politique, verrouillée, au cœur d’une bataille mondiale pour la vérité.

mondafrique.com

Le Conseil fédéral renforce la détection des menaces graves du SRC

 

Le SRC doit disposer de nouveaux outils pour mieux détecter les menaces liées au terrorisme, à l'extrémisme violent, à l'espionnage et aux cyberattaques. Le Conseil fédéral a adopté mercredi la révision de loi et l'a transmise au Parlement.

La loi sur le renseignement est en vigueur depuis 2017. Mais depuis, la situation s’est considérablement dégradée dans le monde entier et en Suisse aussi. Depuis 2020, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) traite toujours plus de menaces qui visent des infrastructures critiques.

La première étape de la révision porte sur la détection précoce des menaces graves. En cas de menace due à l’extrémisme violent, il devra être possible de recourir aux mêmes mesures de recherche soumises à autorisation que celles qui peuvent être prises aujourd’hui, par exemple en cas de terrorisme.

En cas de menaces graves, le SRC pourra aussi collecter des données auprès des intermédiaires financiers (banques et autres prestataires de services financiers), afin de faire la lumière sur les flux financiers d'organisations terroristes ou de réseaux d'espionnage par exemple.

Le gouvernement apporte également des précisions en matière d'exploration du réseau câblé, soit la surveillance des mails, téléphonie et internet à travers la frontière suisse.

La révision de la loi comprendra deux autres étapes ultérieures. Le deuxième paquet comprendra principalement des mesures contre les cybermenaces. La consultation est prévue pour l’été 2026. La troisième étape permettra de réaliser les exigences relatives à l’exploration radio et à l’exploration du réseau câblé.

ATS

mardi 27 janvier 2026

Le crash qui a décapité l’état-major libyen est hautement suspect

 

Le soir du 23 décembre 2025, les lueurs de l’incendie qui ont déchiré le ciel de Haymana, dans la périphérie d’Ankara, n’étaient pas celles d’un simple accident de l’aviation civile. La destruction de l’appareil Dassault Falcon 50 a emporté avec elle une architecture sécuritaire hyper sensible. À bord de l’avion se trouvaient le général de corps d’armée Mohamed Al-Haddad, figure de proue de l’état-major de l’Ouest libyen, et ses plus proches collaborateurs. Ce qui a pu faire croire, de prime abord, à une défaillance mécanique sur un appareil quadragénaire ouvre en réalité un arc de questions vertigineuses, là où les enjeux de renseignement international se disputent les restes du « gâteau libyen ».

Six minutes de « cécité » : anatomie d’une chute libre

La chronologie des faits, enregistrée par la tour de contrôle d’Esenboğa, défie les probabilités statistiques de la sécurité aérienne. Jusqu’à 20h31, le vol 9H-DFS s’inscrivait dans une routine parfaite à 32 000 pieds. L’alerte « Pan-Pan » lancée par le commandant signale alors une défaillance technique sérieuse, mais gérable. Pourtant, en moins de cent-vingt secondes, la situation bascule dans l’irréel.

À 20h33, l’activation du code d’urgence maximum « 7700 » précède un « black-out électrique total ». Sur un appareil Falcon 50, la redondance des systèmes est la règle d’or : les trois moteurs disposent de générateurs indépendants. Un obscurcissement simultané de tous les instruments de bord suggère une rupture systémique fulgurante, souvent incompatible avec une simple usure mécanique. À 20h38, l’avion disparaît des radars. Il ne s’agit pas d’un atterrissage d’urgence, mais d’une chute libre dépassant les 5 000 pieds par minute. Des témoins oculaires rapportent une dislocation de l’appareil en plein ciel avant l’impact, dispersant débris et restes humains sur un rayon de trois kilomètres. Les 8 occupants du jet, parmi lesquels 3 membres d’équipage dont deux Français, sont tués. Suicide mécanique ou intervention extérieure chirurgicale ?

Les liaisons dangereuses de Harmony Jets entre Lyon et Malte

Au cœur de l’enquête surgit une figure singulière : Pierre-Olivier Édouard. Cet ancien pilote français, fondateur de la société Harmony Jets, enregistrée à Malte en 2017, gère ses opérations depuis une succursale située à Lyon. Sa spécialité : « voler là où les autres ne vont pas ». Ce pragmatisme a séduit l’état-major de Tripoli mais soulève aujourd’hui une faille de souveraineté cinglante.

Le passif de la société interroge. En 2025, des rapports d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU ont pointé du doigt Harmony Jets pour des violations présumées de l’embargo sur les armes, faisant état du transport d’instructeurs militaires de la firme Irish Training Solutions (ITS) vers Benghazi — le fief de l’adversaire de l’Est. Comment le haut commandement de l’Ouest libyen a-t-il pu confier ses déplacements les plus stratégiques à un opérateur dont la flotte de cinq avions multipliait les rotations charter (47 vols recensés) entre l’Europe et des zones d’influence hostiles ?

Les trajectoires du Falcon 9H-DFS avant son ultime escale à Ankara dessinent d’ailleurs une cartographie troublante :

  • 15 décembre 2025 : Bruxelles – N’Djamena (Tchad)
  • 16 décembre 2025 : N’Djamena – Abou Dhabi (Émirats arabes unis)
  • 18 décembre 2025 : Abou Dhabi – Djouba (Soudan du Sud) puis Le Caire

Cette itinérance dans des hubs géopolitiques clés renforce l’idée que l’appareil était bien plus qu’un simple taxi aérien : un vecteur au cœur de réseaux d’influence poreux.

Une décapitation stratégique

L’onde de choc qui a suivi le crash n’est pas seulement humaine ; elle est structurelle. L’appareil ne transportait pas que le général Al-Haddad, mais ce que les observateurs décrivent comme le « cerveau » collectif de l’état-major de Tripoli. La liste des victimes révèle l’ampleur du vide creusé en un instant dans l’appareil sécuritaire libyen :

  • Mohamed Al-Haddad : plus qu’un chef d’état-major, cet officier formé à l’Académie militaire en 1987 était l’architecte du cessez-le-feu de 2020. Son rôle de médiateur entre les factions armées de l’Ouest et d’acteur du dialogue avec l’Est faisaient de lui un pivot indispensable de la stabilité précaire.
  • Al-Fitouri Ahmed Gribbil : commandant des forces terrestres et membre clé du Comité militaire 5+5. Sa disparition fragilise directement les efforts d’unification de l’armée nationale sous l’égide de l’ONU.
  • Mahmoud Al-Qatyoui : directeur de l’Organisme de fabrication militaire. Il était l’homme de l’autonomie de défense, supervisant les contrats sensibles et le développement des capacités de production locale.
  • Mohamed Diab Al-Asawi : conseiller stratégique et figure de proue de l’opération « Al-Bunyan Al-Marsous ». Expert en planification, il était chargé de réviser les accords de sécurité internationaux, notamment avec la Turquie.

L’élite militaire de Tripoli revenait d’une réunion marathon de six heures avec les hauts commandants turcs. Le timing, coïncidant avec la prolongation du mandat des forces turques en Libye, transforme cet accident en une « coïncidence » géopolitique hautement suspecte.

Tripoli a-t-il sacrifié sa souveraineté sur l’autel de la vétusté ?

Une question hante les chancelleries : comment le chef d’état-major d’un pays assis sur les plus grandes réserves de pétrole d’Afrique a-t-il pu voyager à bord d’un avion de quarante ans d’âge ? L’affrètement de cet appareil auprès d’une société privée, dont la maintenance est opérée à Lyon et l’équipage composé de nationalités hétérogènes (française et chypriote-grecque), constitue une violation flagrante des protocoles de « sécurité souveraine ».

En confiant leurs mouvements à un opérateur privé, les dirigeants libyens ont exposé leurs données de navigation et leurs secrets de déplacement à des regards étrangers, transformant le commandement militaire en une cible vulnérable dans un espace aérien saturé d’intérêts divergents.

Migration des boîtes noires et « grand jeu » diplomatique

L’affaire du « témoin silencieux » orange est entrée dans une phase de tergiversations internationales qui rappelle les heures les plus sombres de la guerre froide. Après avoir affirmé que les boîtes noires étaient intactes, Ankara a brusquement évoqué des dommages rendant l’analyse locale impossible et a indiqué chercher un « pays neutre » pour procéder à leur examen.  S’en est suivi un ballet diplomatique singulier :

  • Refus turc opposé à la France : bien que la France soit le pays constructeur (Dassault) et le lieu de maintenance, la Turquie lui a opposé une fin de non-recevoir, craignant une « politisation » des résultats ou la révélation de failles impliquant des réseaux français.
  • Défaillance allemande : Berlin a été sollicité avant de se retirer avec une froideur diplomatique inédite, invoquant un « manque de capacités techniques » — argument difficilement recevable pour la première puissance industrielle d’Europe.
  • Étape finale britannique : c’est finalement au Royaume-Uni que les enregistreurs ont été confiés pour analyse.

Ce retard, qualifié d’« énigmatique » par le président du Parlement libyen, Aguila Saleh, laisse planer l’ombre d’une négociation en coulisses pour « lisser » les conclusions d’un rapport potentiellement incendiaire.

L’hypothèse d’un sabotage

Pour les experts de l’aéronautique militaire, une panne électrique générale sur un Falcon 50 est difficilement imaginable. La conception même de l’appareil, avec ses trois réacteurs motorisés de manière indépendante, rend la probabilité d’une extinction totale quasi nulle sans une intervention malveillante. Trois pistes sérieuses se dessinent, dès lors, dans les cercles de renseignement :

  1. Le sabotage physique : l’implantation d’un dispositif de perturbation ou d’une micro-charge explosive dans les bus bars (barres omnibus), centres névralgiques de la distribution électrique.
  2. La cyber attaque de précision : bien que l’appareil soit ancien, ses systèmes de navigation modernisés par Harmony Jets sont vulnérables à un piratage à distance capable de fausser les données d’altitude et de verrouiller les commandes.
  3. L’explosion structurelle : les témoignages faisant état d’une dislocation en plein vol renforcent l’hypothèse d’un engin explosif placé dans une zone critique du fuselage, provoquant une décompression explosive immédiate.

Séisme à Tripoli et recomposition forcée du pouvoir

Sur le front politique, l’accident a provoqué un vide que le Conseil présidentiel s’est trouvé contraint de combler dans l’urgence. La nomination du général Salah Al-Namroush comme chef d’état-major par intérim, alors que les noms d’Osama Juili et Ahmed Boushama et  Abelbacet Marouane circulent déjà pour une succession permanente, illustre la fébrilité du camp de l’Ouest.

Cependant, c’est du côté de l’Est libyen que les réactions sont les plus scrutées. Les déclarations d’Aguila Saleh liant subtilement le crash aux accords maritimes turco-libyens suggèrent que cet événement pourrait servir de levier dans les négociations sur l’unification de l’institution militaire. L’accident survient d’ailleurs au moment où la Grèce, Israël et Chypre renforcent leur coopération militaire en Méditerranée, perçue comme un contrepoids direct à l’influence d’Ankara.

Le « témoin silencieux » et le mystère de l’hôtesse chypriote

L’enquête turque a pris, ces derniers jours, une dimension plus complexe. Tandis que les enregistreurs de vol étaient confiés à des laboratoires britanniques pour analyse, des informations relayées par plusieurs médias turcs évoquent l’audition, pour le moment sans suite, d’un membre d’équipage de nationalité chypriote-grecque. Aucune communication officielle n’est encore venue préciser la nature ou la portée de ces investigations.

Pourquoi cette membre d’équipage est-elle au centre d’une enquête coordonnée par le parquet d’Ankara ? Avait-elle accès à l’appareil durant les phases de maintenance ou d’escale ? La réponse à cette question, jointe aux analyses de trajectoire du vol 9H-DFS, pourrait transformer l’accident en une affaire d’état internationale impliquant plusieurs capitales méditerranéennes.

Un secret enterré dans les sables mouvants

Si le rapport britannique conclut à une simple « fatigue des matériaux », le dossier judiciaire pourrait se refermer à Ankara mais sans éteindre le soupçon dans la mémoire collective libyenne. La disparition de Mohamed Al-Haddad dans de telles circonstances demeure un échec retentissant dans la gestion des risques souverains de la Libye.

Ce drame, écrit avec du sang sur les nuages d’Ankara, apparaît comme le premier chapitre d’une nouvelle lutte d’influence. En Méditerranée, où les intérêts gaziers et militaires s’entremêlent, la vérité est souvent la première victime. Pour l’heure, elle reste confinée dans le mutisme d’une boîte orange en transit vers Londres, tandis que Tripoli tente de panser ses plaies dans un climat de méfiance généralisée.

mondafrique.com

lundi 26 janvier 2026

Les dessous de la visite du général Saïd Chengriha au Qatar

 

La toute récente visite à Doha du chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), par ailleurs ministre délégué de la Défense du gouvernement algérien, traduit une inflexion publique des alliances militaires internationales de ce pays.

Le général d’Armée Chengriha a séjourné plusieurs jours au Qatar à l’invitation du chef d’état-major des forces armées de ce pays, le général de corps d’armée Jassem Ben Mohammed Al Manai. Cette visite – commencée le 19  janvier – coïncide avec la 9e édition de l’Exposition et de la Conférence internationale sur la défense maritime « DIMDEX 2026 ». Quels que soient les prétextes invoqués pour des rencontres aussi importantes, qui marquent un changement de cap dans les relations internationales, celle-ci est surtout imposée par la conflictualité croissante que traverse la région.

En effet, après des années de recherche d’équilibre dans ses relations avec l’ensemble des monarchies du Golfe, Alger a fini par s’éloigner des Émirats arabes unis. Dans les années 2010, l’Algérie avait marqué sa neutralité lors de l’alliance orchestrée par le duo saoudo-émirien en 2015 contre les Houtis soutenus par l’Iran. De même, les généraux algériens avaient refusé le blocus imposé à Doha par les mêmes protagonistes le 5 juin 2017.

Cependant, Alger entretenait un partenariat actif avec Abou Dhabi dans le domaine de l’industrie de défense (projet du blindé Nemr, Caracale) ainsi que des investissements dans l’immobilier, la gestion des ports et l’industrie du tabac. Ces marchés avaient été octroyés, sans appel d’offre, par la seule grâce du président Bouteflika.

La lune de miel finissante

L’apogée des relations entre Alger et Abou Dhabi fut marquée par les multiples visites, aussi bien de l’ex-chef d’état-major Gaïd Salah aujourd’hui décédé que de son successeur Saïd Chengriha. Le salon annuel d’armement de Dubai était une occasion du renouveler la confiance affichée et de cultiver une relation constante.

Le premier accroc sérieux apparut à la fin des années 2000, lorsque l’émirat du Golfe imposa, le 18 novembre 2020, un visa aux Algériens ainsi qu’à 11 autres pays, dont la Tunisie et la Libye, mais pas au Maroc. Ce qui provoqua l’ire des autorités militaires et politiques algériens.

Quelques jours plus tard, le 4 novembre 2020, les Émirats inauguraient un consulat à Laâyoune, reconnaissant de facto la marocanité de ce territoire du Sahara occidental. Pour Alger, c’était inacceptable. Depuis, les relations entre les deux pays n’ont cessé de se dégrader.

Rester dans la course des alliances

Le 12 janvier 2026, l’ancien Premier ministre du Qatar, Cheikh Hamad Bin Jassim, a appelé, sur la plateforme X, à la formation d’une alliance stratégique de défense regroupant son pays, l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Pakistan et l’Égypte. Il considère cette nouvelle alliance comme « une nécessité urgente » dans le contexte de l’évolution rapide des pressions géopolitiques dans la région. Le noyau de cette alliance a été déjà scellé entre l’Arabie Saoudite et le Pakistan. La Turquie, membre de l’Otan, ainsi que l’Égypte, pays pivot, n’ont pas encore décliné l’offre.

Cet appel ouvre une opportunité à d’autres pays, pouvant être élargie à des composantes arabes et musulmanes. Du côté d’Alger, cette nouvelle configuration offre des opportunités de positionnement pouvant renforcer son rôle de puissance régionale au Maghreb ainsi que d’allié crédible.

« Des objectifs stratégiques clairs »

Selon Cheikh Hamad Bin Jassim, le nouveau bloc (Qatar, Arabie Saoudite, Pakistan, Turquie) devrait « adopter une approche militaire, économique et politique, et être guidé par des objectifs stratégiques clairs ». Pour Alger, c’est l’aspect militaire qui prime, d’où la présence du chef de l’armée algérienne à Doha depuis quatre jours. A l’occasion du salon international de défense maritime « DIMDEX 2026 », il compte échanger des expériences sur des matériels exposés et les innovations technologiques mises en œuvre par les sociétés industrielles dans les domaines de la marine, des drones, des systèmes de commandement et de contrôle et de la cybersécurité.

L’alliance des cinq pays cités, si elle se concrétise sur le terrain, dessinera un nouveau Moyen-Orient cantonnant les Émirats arabes unis à leur alliance exclusive avec Israël. Le risque d’une guerre américano-israélienne contre l’Iran, aux conséquences imprévisibles, pousse à l’élargissement de l’union au-delà de cet espace.

Marginaliser Abou Dhabi ?

La politique de MBZ (Mohammed Bin Zayed) bouscule l’échiquier géopolitique dans la région du Golfe et au Maghreb. Il est avéré que les EAU sont fortement impliqués en Libye aux côtés du maréchal Haftar qui n’aspire qu’à étendre son autorité militaire sur l’ensemble du pays depuis son échec à prendre Tripoli le 12 décembre 2019. Alger voit dès lors son rôle régional menacé.

Un même sentiment de péril a été récemment manifesté par l’Égypte du Maréchal Sissi par une frappe aérienne de l’aviation militaire égyptienne le 12 janvier, dans le triangle frontalier Libye, Soudan, Égypte, contre un convoi d’armes destiné aux FSR du général dissident soudanais Mohamed Hamdan Dogolo alias Hemedti, qu’appuie Abou Dhabi.

Alger soutient Riyad au Yemen

Le plus grand pays de la péninsule d’Arabie, pourtant allié de l’Émirat dans sa coalition anti Houtis de 2015 ainsi que dans le blocus de 2017 contre le Qatar, a ordonné aux forces émiraties présentes au Yémen de quitter le pays. Il a même procédé à des attaques aériennes contre des forces séparatistes soutenues par les EAU dans la région de Hadramout. Dans ce conflit, Alger affiche son soutien à l’Arabie saoudite à travers le président Tebboune. Le 20 janvier, ce dernier a reçu le ministre de l’intérieur saoudien, l’Émir Abdelaziz Ben Nayef Ben Abdelaziz Al Saoud.

Le réchauffement des relations entre l’Algérie et l’Arabie Saoudite est de nature à remodeler les alliances, à partir des intérêts communs des deux pays. Les EAU, aveuglés par leur puissance financière, n’ont réussi à développer des relations stratégiques qu’avec des entités militaires telles que le maréchal Haftar en Libye ou le général Hemedti au Soudan. À l’exception du Maroc, Abou Dhabi ne conserve, comme allié de confiance, qu’Israël. La reconnaissance du Somaliland par l’État hébreu et le projet de développement du port convoité de Berbera par Abou Dhabi a suscité des contestations de la part de l’Arabie saoudite, de l’Égypte et de la Turquie, ce dernier pays disposant d’une base navale en Somalie. Ankara a annoncé la rupture de tous les accords avec les EAU et dénonce l’ouverture prochaine d’une base militaire israélienne au Somaliland.

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