Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

jeudi 7 mai 2026

Le spatial russe au défi du déclin : quelles stratégies de compensation ?

 

Le spatial est un domaine politiquement crucial pour la Russie, souvent prompte à revendiquer un héritage en réalité soviétique. De domaine d’avant-garde, il est devenu facteur de légitimation du projet soviétique, mais aussi marqueur culturel, et stratégique. Le spatial militaire a ainsi directement contribué à faire de l’URSS une superpuissance, puis de la Russie une puissance mondiale. Cependant, dès avant la guerre d’Ukraine, la stratégie spatiale de Moscou était dans une situation délicate.

Les activités spatiales russes relèvent de planifications pluriannuelles, couvrant les années 2013-2020 (1), puis la période 2020-2030. La première de ces planifications porte sur trois programmes fédéraux : le programme spatial fédéral (qui inclut les vols habités et le spatial militaire) ; le système de géonavigation GLONASS ; le développement de sites de lancement (dont Plesetsk, devenu principal site de lancement militaire et devant réduire la dépendance à Baïkonour). De 2013 à 2020, les différents programmes devaient bénéficier d’un budget d’environ 50 milliards de dollars, mais celui-ci ne sera exécuté que pour environ 50 % de sa valeur : la dévaluation du rouble suivant l’invasion de la Crimée et une légère réduction des montants effectivement alloués ont directement altéré le pouvoir d’achat de Roscosmos. Concrètement, de 2013 à 2020, c’est l’équivalent d’environ 22,127 milliards de dollars qui a été dépensé. En conséquence, la planification de 2020 à 2030 s’avère être surtout l’étalement de la planification précédente (2).

Ce manque de ressources n’a pas été sans conséquences. Dans le domaine spatial, la nécessité de remplacer les moyens en orbite afin d’éviter les déficits capacitaires nécessite traditionnellement une trajectoire budgétaire stable et rigoureuse. Et c’est d’autant plus le cas en Russie, du fait même de la doctrine retenue en stratégie des moyens. En effet, le fait de privilégier les orbites basse et Molnya a pour conséquence de réduire la durée de vie des satellites. S’ils sont moins coûteux que leurs équivalents américains, européens ou japonais, il faut cependant en lancer plus fréquemment. Ce sont ainsi 99 satellites de détection de lancement de missiles balistiques qui ont été lancés depuis 1972 par Moscou, sachant que la couverture, aujourd’hui, n’est plus intégrale. Comparativement, Washington a lancé, depuis 1966, 47 satellites ayant les mêmes fonctions, avec cette fois une couverture permanente. Et si la Russie a lancé 23 satellites de renseignement Tselina‑2 entre 1984 et 2007, c’est parce qu’ils ont été conçus pour une durée de vie d’un an. Leurs prédécesseurs, les 68 Tselina‑D lancés entre 1972 et 1992, n’avaient quant à eux qu’une durée de vie limitée à six mois.

Roscosmos, mise en place en 2015, appartient à l’État. L’organisation est une structure intégrée regroupant les fonctions industrielles et celles d’agence spatiale, qui travaille en liaison étroite avec la KV (Kosmicheskie voyska), soit la branche spatiale des VKS, selon une logique civilo – militaire qui la fait relever du complexe militaro-industriel. Elle doit cependant faire face à des défis majeurs, dont le premier est celui des effectifs. Environ 235 700 personnes travaillaient dans le spatial russe en 2015, dont plus ou moins 90 % pour Roscosmos ; en 2024, il n’y en avait plus qu’environ 170 500 (3). Cette réduction est imputable à des départs à la retraite non remplacés et à des départs volontaires – notamment pour la guerre en Ukraine –, ainsi qu’à des réformes liées au déficit chronique qu’enregistre Roscosmos depuis 2019 (les pertes nettes entre 2015 et 2023 sont d’environ 1,6 milliard de dollars). Il faut y ajouter une faible productivité individuelle due à des structures hiérarchiques rigides qui, de plus, amplifient cette situation.

Perte capacitaire… et tentative de rattrapage

Moindre valeur et réduction des budgets alloués, besoin d’un plus grand nombre de lancements et de satellites, dysfonctionnements organisationnels notamment liés au sous – financement sont autant de facteurs défavorables à une trajectoire de croissance capacitaire. Pratiquement tous les programmes connaissent ainsi des retards importants. C’est d’autant plus le cas que les sanctions imposées depuis 2014, puis 2022, ont eu des conséquences sur les chaînes d’approvisionnement. La Russie est très dépendante des composants électroniques européens ou américains adaptés aux missions spatiales, et a besoin de toute une série de machines – outils et d’équipements étrangers utilisés notamment pour la production de propergols. Le sous-financement ne peut par ailleurs pas être compensé par les exportations de biens et de services. Les vols habités vendus à des étrangers (qui avaient rapporté 3,9 milliards de dollars entre 2006 et 2020) ont pris fin, de même que la vente de moteurs aux États-Unis (1999-2021) et les lancements commerciaux au profit de clients américains et européens.

La principale conséquence de ces différents facteurs est une réduction des capacités, dans le domaine de l’alerte avancée – qui n’en pâtit toutefois pas trop (4) – et surtout dans celui de la géonavigation satellitaire. Le programme GLONASS (Global’naya navigatsionnaya sputnikovaya sistema) est ainsi mis en péril. Il était initialement prévu que la constellation GLONASS‑K prenne, d’ici à 2030, le relais des GLONASS‑M arrivant au terme de leur vie opérationnelle, avec un besoin de 18 à 24 satellites, selon que la couverture sera locale (Russie et régions proches) ou globale, mais seulement cinq satellites ont été lancés entre 2011 et 2022. Il est à présent question d’une constellation de six satellites GLONASS‑VKK devant permettre, depuis une orbite plus haute, d’assurer au moins la couverture de la Russie, le premier lancement n’étant toutefois pas prévu avant 2028. D’ici là, la couverture de géonavigation va immanquablement se réduire – avec pour paradoxe une dépendance accrue au signal commercial du GPS américain et du Beidou chinois… lesquels sont massivement utilisés par les forces russes en Ukraine.

En février 2022, la Russie disposait de 162 satellites en orbite, dont 99 à vocation militaire ou civilo – militaire, parmi lesquels seulement six satellites de renseignement dont la condition opérationnelle n’était toutefois pas assurée (5).

• Trois Persona de reconnaissance optique ont été lancés entre juillet 2008 et juin 2015, mais au moins deux n’étaient plus opérationnels à l’entame de la guerre d’Ukraine.

• Deux Bars‑M optiques offrant une résolution d’environ un mètre et d’une durée de vie de cinq ans avaient été lancés en 2015 et 2016, l’un d’eux semblant encore opérationnel en 2022. Quatre autres ont été lancés entre mai 2022 et octobre 2024.

• Il est possible que l’un des trois Resurs‑P d’imagerie multispectrale lancés entre juin 2013 et mars 2016 ait été partiellement opérationnel en février 2022. Ces satellites étaient initialement destinés à l’observation terrestre et offrent au mieux une résolution d’un mètre. Deux autres unités ont été lancées en mars et décembre 2024. Des Resurs-PM devaient être lancés à partir de 2023, mais ne l’ont pas été.

• Un Kondor combinant des capacités d’imagerie radar et optique a été lancé en juin 2013 et était opérationnel en 2022. Depuis, deux Kondor‑FKA, d’une durée de vie de cinq ans, ont été lancés en juin 2023 et novembre 2024. Ces plateformes sont des dérivés civils du Kondor‑E vendu à l’Afrique du Sud. Un Kondor‑FKA‑M devait être lancé en 2025, mais ne l’a pas été.

• Il faut ajouter plusieurs petits satellites d’observation de la Terre à finalité initialement civile, mais utilisés par les VKS. Après le lancement du premier exemplaire d’un EMKA en septembre 2021, deux autres, d’une résolution de 0,9 m ont été lancés en avril et octobre 2022, mais ne sont pas entrés en service du fait de pannes. Deux exemplaires d’une version plus évoluée de l’EMKA, le Razberg, ont été lancés en décembre 2023 et février 2024.



Dans le domaine du renseignement électronique (détection et classification des émissions radios et radar), quatre Lotos‑S avaient été lancés entre décembre 2014 et février 2021, suivis de quatre autres entre avril 2022 et décembre 2024. Un neuvième doit l’être. Leurs orbites sont plus élevées que celles des satellites optiques et radars et leur durée de vie est accrue. Les Lotos‑S font partie du système Liana, qui remplace le Tselina‑2. L’autre segment de Liana comprend un Pion‑NKS, plus spécifiquement affecté à la reconnaissance navale au profit de la lutte anti – porte – avions. Ce satellite qui couple imagerie radar et systèmes d’écoute, une seule plateforme remplaçant ainsi les US‑A et US‑PM, permet à la Russie de recouvrer un embryon de capacité RORSAT (Radar ocean reconnaissance) après la perte du dernier US‑PM, dans les années 2010. Un deuxième Pion‑NKS doit être lancé à terme. Le domaine des communications semble mieux loti, avec un peu moins de 30 plateformes (voir tableau).

Les capacités d’action

Si la modernisation de certains segments n’a pas été aussi rapide que prévu – voire n’a pas été complétée –, le domaine de l’action dans l’espace a en revanche bénéficié d’une attention soutenue. Elle s’appuie d’une part sur le réseau de surveillance spatiale (SKKP), qui centralise les informations issues des radars de détection balistique – pour le suivi des satellites et des débris en orbite basse –, des radars spécialisés Razvyazka et Krona, ainsi que des installations optiques Okno et Okno‑S. D’autre part, les systèmes d’effecteurs se sont diversifiés. Depuis le sol, des systèmes comme le S‑550 et le S‑500 sont réputés pouvoir être utilisés comme DA‑ASAT (Direct ascent – Antisatellite), la mise au point du premier et le déploiement du deuxième se poursuivant. La possibilité d’utiliser des lasers aéroportés a été une piste activement explorée. Développé dans les années 1970 avant d’être testé puis mis sous cocon, le seul Beriev A‑60 avait repris une série d’essais dans les années 2010, doté du laser Sokol Eshelon. Il a cependant été détruit par une frappe ukrainienne le 25 novembre 2025.

La Russie a également été pionnière dans le domaine des RPO (Rendez – vous proximity operations), développant des satellites « butineurs » permettant de réaliser des écoutes de proximité (6). Le cas des deux Luch/Olymp a particulièrement retenu l’attention en 2015, avec des manœuvres avérées du premier qui, opérant sur une orbite géostationnaire, aurait mené une trentaine d’écoutes. Lancé en septembre 2014, il a quitté le service et a été placé sur une orbite cimetière dès octobre 2025. Un deuxième satellite du même type a été lancé en mars 2023. La Russie a également mis en place le programme Nivelir, composé de satellites 14F153. Il s’agit de petites plateformes de 50 kg environ pouvant opérer à près de 1 500 km d’altitude, mais disposant d’une capacité de manœuvre sur différentes orbites.

Officiellement destinés à l’imagerie et à l’inspection de satellites, cinq de ces satellites ont été lancés entre juin 2017 et mai 2025. Outre l’inspection avérée de satellites de reconnaissance américains, ces plateformes sont capables de déployer un petit satellite, qui est lui – même apte à lancer un autre objet. L’analyse des services de renseignements américains et de chercheurs indépendants accrédite l’hypothèse d’une arme antisatellite, cette fois coorbitale. La Russie aurait d’autres projets de systèmes aptes aux RPO, pour lesquels peu d’informations sont disponibles. Ainsi, au moins quatre satellites 14F150 ont été rattachés au programme Nivelir, dont deux sont toujours en orbite (7). Par ailleurs, un projet Burevestnik est parfois mentionné : il s’agirait d’une fusée lancée depuis un MiG‑31BM qui, une fois en orbite, larguerait un microsatellite chargé soit d’explosifs, soit d’un spray chimique permettant d’aveugler les satellites adverses (8).

Quelles évolutions ?

Si Moscou se montre particulièrement dynamique dans le domaine de l’action en orbite et y affecte des budgets qui ne seront pas disponibles pour d’autres fonctions plus traditionnelles – en particulier dans le secteur du renseignement –, il faut aussi constater un réel tournant dans les choix de stratégie des moyens. L’URSS, puis la Russie, privilégiaient historiquement des matériels optimisés pour les fonctions militaires, souvent sophistiqués, tout en assumant la perte d’un grand nombre de satellites, y compris pour des fonctions très spécialisées comme la détection des flottes en mer. Les rationalités du New Space semblent cependant toucher Roscosmos, à au moins deux égards. D’une part, dans l’ISR, la philosophie est à présent de s’appuyer sur de petits satellites civils militarisés, certes moins performants que les matériels de qualité militaire, mais disponibles plus rapidement et à moindre coût.

D’autre part, la Russie n’hésite pas à faire appel à des services commerciaux étrangers. Typiquement, il s’agit d’imagerie fournie par les sociétés chinoises, mais c’est aussi le cas dans le domaine des communications. Moscou a ainsi acquis de manière détournée des terminaux Starlink utilisés pour les communications de ses soldats ou encore pour le guidage de drones (9). Le système assure une continuité de transmission à haut débit que ne permettent pas les Rodnik‑S. Qu’il s’agisse de services commerciaux ou des logiques de militarisation de plateformes civiles, le brouillage catégoriel entre le civil et le militaire joue au profit de la Russie dans la reconstitution de ses capacités. La firme russe Stisloft a ainsi commandé en Chine le satellite Stilsat‑1, doté de capteurs à haute résolution ; Stilsoft ayant elle – même pour principaux clients les services de sécurité russes.

Moscou semble donc s’adapter à la double contrainte de la réduction de son pouvoir d’achat spatial à long terme et de l’ accroissement des besoins en renseignement au profit de ses opérations en Ukraine. En effet, les forces russes ne disposent, assez étonnamment d’ailleurs, que de peu de plateformes ISR pouvant opérer dans la profondeur, ce qui rend le spatial d’autant plus important (10). Cette adaptation aux contraintes implique cependant un échange de dépendances : la Chine peut voir la Russie comme un marché en bonne et due forme, tandis que Roscosmos trouve en Chine des propositions compétitives tout comme une agilité dans l’innovation. Pour Moscou, cette dépendance consentie peut paraître, de prime abord, un échec. Mais elle permet surtout de pouvoir réaffecter les ressources vers un secteur du combat spatial qui représente, à l’heure de l’ubérisation du renseignement, un véritable avantage stratégique comparatif – et une véritable niche capacitaire destinée à rester souveraine alors que la dépendance au spatial des acteurs européens ne fait que s’accroître…

Notes

(1) Gouvernement de la Fédération de Russie, « Государственная программа Российской Федерации “Космическая деятельность России на 2013 – 2020 годы” », Moscou, 2012.

(2) En l’occurrence, la structure des programmes a été revue par rapport à la planification précédente, mais leur périmètre demeure globalement inchangé.

(3) Pavel Luzin, « Russia’s Space Program After 2024 », Foreign Policy Research Institute, 22 juillet 2024 (https://​www​.fpri​.org/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​2​4​/​0​7​/​r​u​s​s​i​a​s​-​s​p​a​c​e​-​p​r​o​g​r​a​m​-​a​f​t​e​r​-​2​024).

(4) Voir l’article consacré aux capacités antimissiles dans ce hors-série.

(5) Paradoxalement, l’Ukraine disposait alors, par le truchement de la constellation Iceye ou le soutien de ses alliés, d’un plus gros volume de renseignement issu du spatial. Voir Joseph Henrotin, « New Space contre Old Space ? Le paradoxe de la guerre d’Ukraine », Défense & Sécurité Internationale, hors-série n° 90, juin-juillet 2023 et Béatrice Hainaut, « Premiers enseignements de l’utilisation des satellites commerciaux dans la guerre en Ukraine », Défense & Sécurité Internationale, hors-série n° 90, juin-juillet 2023.

(6) Sur ce sujet voir notamment Amaury Dufay, Espace, le nouveau front, coll. « Défis stratégiques », Éditions du Rocher, Monaco, 2024.

(7) Bart Hendrickx, « Project Nivelir: Russia’s Inspection Satellites (Part 1) », The Space Review, 28 avril 2025 (https://​www​.thespacereview​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​4​9​7​9/1).

(8) Bart Hendrickx, « La Russie favorise les capacités contre-spatiales », Défense & Sécurité Internationale, hors-série n° 76, février-mars 2021.

(9) Ellie Cook, « Russian Army Hit by Mass Starlink Outages on Ukraine Frontline: Reports », Newsweek, 5 février 2025.

(10) Voir Benjamin Gravisse, « Les multiplicateurs de forces des VKS », Défense & Sécurité Internationale, n° 160, juillet-août 2022.

Joseph Henrotin

areion24.news

Services de renseignements privés : Axis à l'ombre de l'Élysée

 


Egger Ph.

Affaire Epstein: un juge fédéral divulgue une potentielle lettre de suicide

 

La note du criminel sexuel, divulguée mercredi 6 mai 2026
© - / AFP



Nouvelles révélations dans l'affaire Epstein. Un juge fédéral américain a divulgué, mercredi, ce qui semble être une lettre de suicide écrite par le criminel sexuel Jeffrey Epstein, retrouvée après une tentative ratée, quelques semaines avant sa mort dans une prison de New York.

«Ils ont enquêté sur moi pendant des mois – N'ONT RIEN TROUVE!!!», peut-on lire sur cette note manuscrite, restée sous scellés pendant plusieurs années, et rendue publique à la demande du New York Times.

Bien que le document n'ait pas été authentifié comme provenant d'Epstein, sa publication intervient alors que de nombreuses théories du complot continuent d'alimenter l'idée selon laquelle il aurait été assassiné afin d'étouffer un scandale impliquant des personnalités publiques.

«C'est un vrai bonheur de pouvoir choisir le moment où l'on dit au revoir», poursuit le document. «Qu'est-ce que tu veux que je fasse? Que je mette à pleurer?!». «PAS DROLE. NE VAUT PAS LA PEINE», peut-on lire, souligné, en guise de conclusion.

Une lettre absente de la diffusion massive de documents

Selon le New York Times, un ancien co-détenu de Jeffrey Epstein serait tombé sur cette note en juillet 2019, dissimulée entre les pages d'une bande dessinée, peu après que le financier a été retrouvé inconscient, un vêtement enroulé autour du cou. Le quotidien indique s'être entretenu avec cet homme, aujourd'hui incarcéré en Californie.

Quelques semaines plus tard, le 10 août, le criminel sexuel était décédé dans sa cellule et sa mort classée comme un suicide.

En décembre 2025, l'administration Trump a commencé la diffusion de milliers de photos, vidéos, et textes issus de la tentaculaire enquête Epstein, mais cette note manuscrite n'y figure pas, affirme le New York Times.

Le gouvernement a notamment été critiqué pour sa publication des documents au compte-goutte ou le caviardage de photos et de textes, tandis que des victimes du criminel sexuel ainsi que des élus de l'opposition ont accusé Donald Trump et son ministère de la Justice de ne pas avoir publié l'entièreté du dossier.

letemps.ch

mercredi 6 mai 2026

Malgré la guerre, Téhéran proche de l'arme nucléaire

 

Malgré deux mois de guerre et de frappes américano-israéliennes ciblées sur des sites stratégiques, le programme nucléaire iranien resterait étonnement résilient. Selon trois sources proche du dossier, les évaluations du renseignement américain indiquent que le délai nécessaire à Téhéran pour produire une arme atomique n’a pas bougé: il est toujours estimé entre neuf mois et un an, comme après la guerre de 12 jours, remontant à juin 2025, révèle Reuters

Avant les frappes de l'été dernier, l’Iran aurait pu atteindre cet objectif en seulement trois à six mois. Mais si plusieurs installations clés ont été endommagées (Natanz, Fordow et Ispahan), le cœur du problème demeure intact: la volatilisation de stocks d’uranium hautement enrichi. Environ 440 kilos enrichis à 60%, suffisants pour fabriquer dix bombes, restent introuvables, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Cette dernière estime que la moitié se trouverait dans des souterrains secrets sur le site d'Ispahan, sans toutefois pouvoir vérifier l'information.

Un objectif difficile à atteindre

«A notre connaissance, l’Iran possède toujours la totalité de son arsenal nucléaire», a déclaré Eric Brewer, ancien analyste principal du renseignement américain qui a dirigé les évaluations du programme nucléaire iranien. Les opérations militaires, débutées le 28 février, ont surtout visé des capacités militaires conventionnelles et les dirigeants iraniens, laissant de côté une partie critique du programme nucléaire. En réalité, pour réellement freiner Téhéran il faudrait désormais neutraliser ou récupérer ces réserves, difficilement accessibles, enfouies dans des tunnels souterrains. 

Pourtant, les responsables américains, Trump y compris, parlent régulièrement de décimer le programme nucléaire iranien pour justifier la guerre. «Il ne faut absolument pas permettre à l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire. C'est l'objectif de cette opération», écrivait en mars dernier sur X J.D. Vance, vice-président des Etats-Unis. La finalité semble alors encore loin.

Ces dernières semaines, des responsables américains ont envisagé des opérations radicales susceptibles de repousser considérablement le programme nucléaire iranien. Parmi les propositions les plus osées figurent un raid terrestre afin justement de s'en prendre aux stocks d'uranium hautement enrichi. Cependant, de tels scénarios comportent des risques importants et n'ont pas été approuvés publiquement. De son côté, l'Iran a toujours nié vouloir se doter de l'arme nucléaire affirmant que son programme est destiné à des fins pacifiques.

Les scientifiques nucléaires visés

Evaluer précisément les capacités nucléaires de l’Iran reste un casse-tête, même pour les meilleurs services de renseignement. Si un consensus se dégage sur la capacité de Téhéran à fabriquer une bombe, certaines analyses divergent et laissent planer le doute sur l’ampleur réelle des dégâts infligés.

Washington estime que les frappes ont affaibli la menace en réduisant la capacité de l’Iran à protéger ses sites sensibles. Mais un autre facteur complique encore l’équation: l’élimination de scientifiques nucléaires iraniens par Israël.

Selon David Albright, ancien inspecteur de l’ONU, ces assassinats pourraient désorganiser le savoir-faire technique nécessaire à la fabrication d’une arme opérationnelle. En clair: si les connaissances théoriques subsistent, les compétences pratiques, elles, peuvent être durablement atteintes. En tout cas, sur le terrain, le compte à rebours continue.

Solène Monney

blick.ch

Mali, le black-out sur la mort du ministre pro russe Sadio Camara

 

Le samedi 25 avril, à l’aube, les djihadistes du Jama’at Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM) et leurs alliés séparatistes du Front de Libération de l’Azawad (FLA) ont simultanément attaqué plusieurs villes maliennes dont Gao, Kidal, Mopti, Sévaré, Sénou et Kati, la plus sécurisée du pays et fief des autorités de transition. Ces attaques coordonnées révèlent une carence importante au niveau du renseignement. Comment plus d’une centaine de djihadistes ont-ils pu envahir Kati avec des pick-up, des véhicules chargés d’explosifs et des motos sans être repérés à l’avance ? Dans les médias maliens, une omerta totale règne sur cette question.

L’attaque de villes comme Mopti, Kidal ou Gao n’est pas surprenante : depuis plusieurs années, les djihadistes ont pris le contrôle de villages périphériques de ces capitales régionales. Il leur a suffi de traverser le fleuve pour entrer dans la ville de Mopti, où ils ont terrorisé la population toute la journée de samedi. Au-delà d’une crise sécuritaire, ces attaques révèlent une crise informationnelle inquiétante, ainsi que la subordination de la presse malienne au gouvernement de transition.

Combattre la désinformation par des médias muselés : un combat perdu d’avance

Dans le JT de 20 heures du 25 avril, le pouvoir et la chaîne nationale (ORTM1) s’étaient limités à un premier communiqué minimaliste, dans lequel le général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, ministre de l’intérieur et de la décentralisation et porte-parole du gouvernement, annonçait un bilan de « 16 blessés, dont des civils et des militaires » et affirmait que tout était sous contrôle. Il n’a annoncé aucune perte du côté des Forces armées maliennes et assurait que « plusieurs terroristes » avaient été « neutralisés ». Il a, en outre, appelé « les populations maliennes […] à se référer exclusivement aux canaux officiels du gouvernement pour accéder à des informations fiables » — sachant bien que l’une des informations principales, l’assassinat de son homologue de la Défense, est délibérément occultée.

Le reportage de l’ORTM1 diffusé à la suite de la lecture du communiqué a fait état de « plusieurs centaines d’assaillants neutralisés », mais est demeuré silencieux sur l’explosion de la résidence de Sadio Camara par un véhicule kamikaze, et plus encore sur sa mort.

Un autre reportage de trois minutes, tourné dans la ville-garnison de Kati, où se trouvait la résidence du ministre, n’a pas mentionné l’attentat non plus… alors même que l’on pouvait voir une pelleteuse soulever des débris à l’arrière-plan. Les intervenants (de jeunes habitants de la ville et un responsable de la mairie) ont été mobilisés pour rassurer le reste de la population. Loin de la factualité, le journal s’inscrivait dans la communication gouvernementale, sans fournir aucune information sur l’ampleur des attaques.

La « mauvaise nouvelle », enfouie dans le sable comme une crotte de chat par les médias maliens, a finalement été diffusée par des médias français, que les autorités maliennes dissuadent leurs populations d’écouter. Le lendemain après-midi, la mort du ministre de la Défense, annoncée par Jeune Afrique, RFI, mais aussi la chaîne qatarie AJ+ et tant d’autres, était au centre de l’attention sur les réseaux sociaux.

L’opinion nationale et internationale était suspendue et à l’affût d’une réaction des autorités maliennes pour une éventuelle confirmation ou infirmation de cette nouvelle. Pour une partie des Maliens, la mort de Sadio Camara était une fausse nouvelle colportée à dessein par des médias français ; cette partie de la population reprend volontiers le discours des autorités de Bamako selon lequel, depuis qu’elles ont contraint la France à quitter le pays, en 2022, celle-ci aurait du mal à accepter le divorce, mais surtout le rapprochement entre le Mali et la Russie, et œuvrerait par tous les moyens, notamment médiatiques (à travers les médias du groupe France Médias Monde, à savoir RFI et France 24), à déstabiliser la transition malienne.

La mort de Sadio Camara était pourtant un fait avéré, ce qui a porté un coup dur à la crédibilité de la chaîne nationale une fois que la nouvelle est devenue impossible à dissimuler. Les journalistes maliens, notamment ceux des médias publics, disposaient bien de l’information, mais l’ont retenue durant plus de 24 heures, laissant toutes sortes de rumeurs se propager sur les réseaux sociaux. La confirmation n’a été officiellement donnée qu’au journal de 20 heures du 26 avril, dans un communiqué officiel du gouvernement.

Une fois de plus, les médias français, que les autorités de transition veulent réduire au silence (après les avoir définitivement suspendus en novembre 2025), se sont illustrés par leur efficacité et leur rapidité à informer les Maliens. Tandis que les autorités affirmaient que la situation était « sous contrôle », les Maliens ont été surpris, le lendemain des attaques, d’apprendre la mort de leur ministre de la défense, l’un des plus appréciés des cinq généraux auteurs du coup d’État de 2020.

Aucun média malien n’a osé diffuser immédiatement cette nouvelle, malgré sa publication par la presse internationale. Pour une raison simple : tous les journalistes maliens redoutent la « loi portant répression de la cybercriminalité », texte remontant à 2019, donc avant le putsch, et qui peut être utilisé pour emprisonner quiconque publierait une information « susceptible de troubler l’ordre public ou de porter atteinte au crédit de l’État ». La presse, officiellement libre, a donc en réalité été obligée d’attendre le communiqué officiel pour diffuser une information qu’elle détenait depuis plus de 24 heures. Cette presse n’a pas non plus le droit de remettre en cause le récit officiel. « La presse malienne est libre, mais elle n’est pas indépendante », a estimé le 1er mai le président de la Maison de la presse Bandiougou Dante, interviewé par le média Aujourd’hui-Mali en prélude à la Journée mondiale de la liberté de la presse.

Cette censure est la conséquence d’une politique bien ancrée. Les autorités appellent au « journalisme patriotique », qui consiste à ne rien publier de défavorable à son pays. Or rapporter les faits ne saurait être, en soi, une menace pour le pays, mais plutôt pour les insuffisances du pouvoir en place. « On ne peut pas bâtir le pays sur du mensonge », d’après un adage malien. À travers ce journalisme dit « patriotique », promu par l’armée et par la Maison de la presse (institution garante morale de la profession), les autorités ont développé une stratégie de communication permettant de verrouiller l’information et de museler les médias.

Dans la même logique, le président Assimi Goïta a dissuadé les internautes et les journalistes de communiquer sur les pertes de l’armée. Selon lui, puisque les djihadistes ne communiquent pas leurs pertes, l’armée ne devrait pas non plus le faire. Cette doctrine influence désormais le traitement de l’information dans les médias publics, dont les journalistes savent pourtant mieux que quiconque qu’un média public ne « communique » pas comme une organisation terroriste.

Le silence des médias maliens se retourne contre eux

Face à la rumeur, les médias publics ont gardé le silence, laissant le champ libre aux fausses nouvelles et à la désinformation. Ces médias, qui ne cessent, ces derniers mois, d’inviter la population à les suivre pour être informée dans un monde infesté de fausses nouvelles, ont contribué, par leur silence, à renforcer l’image et la crédibilité des médias étrangers : ces derniers sont les premiers à informer les Maliens sur l’actualité de leur pays.

Dans l’après-midi du 26 avril, la mort de Sadio Camara a été démentie par des activistes proches des militaires. L’une des web TV les plus influentes, Ouverture Média, avait annoncé samedi soir que Camara était indemne, avant de reconnaître, deux jours plus tard, qu’elle ne pouvait pas annoncer certaines informations sans l’autorisation de l’armée. Toutefois, cette chaîne, en quête d’audience, n’était pas obligée de diffuser de fausses informations non vérifiées. Elle a depuis supprimé ce contenu, que nous avons retrouvé sur d’autres comptes.

La censure jusqu’au bout

À la suite de ces attaques, des rumeurs ont circulé faisant état de la mort ou de l’enlèvement du chef d’état-major. Le patron de la Sécurité d’État, le général Modibo Koné, aurait été blessé selon plusieurs médias étrangers, et certains internautes ont annoncé son décès. Le chef d’état-major est depuis réapparu, contrairement au responsable de la Sécurité d’État.

Selon le gouvernement malien, l’attaque ayant visé la résidence de Sadio Camara a coûté la vie à plusieurs fidèles dans une mosquée proche. De nombreuses sources officieuses font état de la mort de l’une des épouses du ministre, d’un de ses enfants, d’un neveu et d’autres victimes collatérales non mentionnées dans le communiqué. D’après la presse étrangère, le jour des attaques, le président Goita a été exfiltré de sa résidence pour être placé en lieu sûr. Les médias publics, contrairement à leur mission d’informer, n’ont toujours pas levé le voile sur le mystère qui entoure ces événements. Ces points restent des questions sans réponse.

Les victimes collatérales étaient les grandes absentes de la cérémonie d’hommage national à Sadio Camara, aucune mention n’ayant été faite de leur mort. La version officielle de ces attaques terroristes est également devenue un sujet de débat. Selon le porte-parole du gouvernement :

« Un véhicule piégé conduit par un kamikaze a visé la résidence dudit ministre, qui a engagé des échanges avec des assaillants dont il a réussi à éliminer certains. Au cours d’intenses affrontements, il a été blessé puis transporté à l’hôpital où il a malheureusement succombé. »

Comment un rescapé d’une explosion de ce type a-t-il pu se retrouver avec une arme et échanger des tirs ? Les journalistes maliens sont les mieux placés pour apporter des réponses à cette interrogation, et à tant d’autres. Mais, une fois de plus, l’ORTM1 se manifeste par son silence à un moment clé de l’histoire nationale. Les médias nationaux sont les plus appropriés pour mener cette enquête et publier le bilan. La mainmise du gouvernement sur les médias publics réduit leur crédibilité auprès des citoyens.

Après ces attaques, le porte-parole du JNIM Nabi Diarra a annoncé un nouveau blocus autour de Bamako. En dépit de cette déclaration, l’ORTM1 a publié, vendredi, les images de l’entrée de plus de 800 camions-citernes dans la capitale. Ces images prouvent que les djihadistes n’ont pas réussi à couper Bamako du reste du pays. Certes l’ORTM1 cherche ainsi à rassurer les Maliens, mais dans ce contexte extrêmement tendu, ces derniers, surtout au sein de la diaspora, critiquent de plus en plus leurs médias officiels, et se demandent à quelles sources d’informations ils peuvent se fier.

Ayouba Sow

mondafrique.com