Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

samedi 17 janvier 2026

Les 2/3 des capacités de Kiev en matière de renseignement sont fournis par la France

 

Durant ces trois dernières semaines, selon les sites permettant de suivre le trafic aérien, y compris militaire quand cela est possible, au moins sept vols de renseignement ont été effectués par des aéronefs de pays membres de l’Otan dans la région de la mer Noire, à proximité des côtes ukrainiennes et russes.

Ainsi, l’Aeronautica Militare y a envoyé un Gulfstream E.550 CAEW. De même que l’US Army, avec un avion Artemis II dédié au renseignement électromagnétique. Des P-8A Poseidon de l’US Navy y ont effectué quatre missions et un drone HALE [Haute Altitude Longue Endurance] de l’US Air Force y a été repéré le 6 janvier dernier. Un RC-135 Rivet Joint de la Royal Air Force lui a succédé deux jours plus tard.

Enfin, le 14 janvier, deux Mirage 2000-5 et un avion ravitailleur A330 MRTT de l’armée de l’Air & de l’Espace ont été vus dans la région. Il est probable qu’au moins un Mirage 2000D équipé de la nacelle ASTAC [Analyseur de Signaux TACtiques] ait aussi été de la partie.

Évidemment, le renseignement d’intérêt militaire peut être obtenu autrement que par des aéronefs spécialisés, que ce soit par des satellites ou bien encore par des missions d’observation sur le terrain. Reste que l’activité des États-Unis en la matière, aux abords des frontières russes, est encore soutenue. Mais dans quel but ?

La question se pose après la confidence faite par le président Macron à l’occasion de ses vœux aux armées, ce 15 janvier, à Istres.

« L’Ukraine était […] dépendante des capacités de renseignement américaines, à une écrasante majorité, il y a un an [soit au moment du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, ndlr]. Aujourd’hui, les deux tiers sont fournis par la France », a en effet affirmé M. Macron, qui n’a pas, comme on peut s’en douter, donné plus de détails. Reste à voir quels sont les pays qui fournissent le dernier tiers…

A priori, les États-Unis n’ont pas cessé leur coopération avec l’Ukraine dans le domaine du renseignement. Mieux : en octobre, le Wall Street Journal et l’agence Reuters ont même avancé que le président Trump envisageait de livrer des informations aux forces ukrainiennes pour leur permettre de frapper des infrastructures énergétiques sur le territoire russe.

L’hypothèse d’un arrêt de toute collaboration américaine en matière de renseignement a récemment été évoquée par le quotidien québécois Le Devoir.

« Ces renseignements se déclinent sous plusieurs formes. [Les Américains] sont capables d’analyser le déploiement de formations russes, s’il y a un stockage de munitions, si des trains sont en train d’être mobilisés, si des pipelines portatifs sont mis en place pour alimenter une armée qui va se déployer », lui a ainsi expliqué Michel Drapeau, un ancien colonel des Forces armées canadiennes. Et de préciser que « ces données sont collectées au moyen d’images satellites, par un examen des communications et par du personnel sur place ».

Cependant, a avancé Mark Kramer, directeur du programme d’études sur la guerre froide au Davis Center de l’Université Harvard, « même si la Russie pouvait d’une manière ou d’une autre compter sur un arrêt du renseignement américain, elle ne serait pas actuellement en position de lancer une offensive coordonnée pour conquérir le reste des oblasts de Zaporijjia, Kherson et Donetsk [qu’elle occupe en partie]. Et encore moins au-delà de ces territoires ».

Quoi qu’il en soit, en décembre récemment nommé chef de cabinet du président Zelensky après avoir été à la tête du renseignement militaire ukrainiens, Kyrylo Budanov, a affirmé que l’Ukraine restait « extrêmement dépendante » des données transmises par les États-Unis, notamment celles issues de l’imagerie satellitaire et des systèmes d’alerte permettant de détecter les lancements de missiles balistiques russes.

opex360.com

Tandem franco-allemand : vers un nouveau retour dans la défense européenne ?

 

Le 28 août 2025, le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz était reçu à la résidence estivale du président français pour relancer le couple franco-allemand 

après les difficultés rencontrées par le précédent tandem Macron-Scholz. Cette invitation du nouveau chancelier représente un symbole important pour le renouveau de la coopération entre les deux pays en matière de défense : seuls Helmut Kohl (en 1985) et Angela Merkel (en 2020) avaient auparavant été reçus à Brégançon, marque d’attention réservée aux partenaires que la France souhaite tout particulièrement privilégier. Un conseil franco-allemand de défense s’est ensuivi à Toulon, avec l’objectif de replacer ce tandem au cœur des initiatives en matière de défense européenne.

Le « couple franco – allemand » est-il vraiment de retour ? Depuis la fin de la guerre froide, l’impulsion franco – allemande en matière de défense européenne a plusieurs fois permis d’avancer, qu’il s’agisse de l’inscription de la PESC puis de la PSDC dans l’architecture institutionnelle et juridique de l’UE dans les années 1990, de la coopération structurée permanente ou de l’embryon d’état – major de planification d’opérations militaires non exécutives à Bruxelles (MPCC), hérité des discussions entre pays chocolatiers (1) dans les années 2000, entre autres. Pour autant, le partenariat entre Paris et Berlin n’a jamais été exempt de nombreux malentendus stratégiques, notamment quand il s’agit de la question de l’autonomie stratégique européenne (2).

Un retour des initiatives franco-allemandes pour la défense européenne ?

Quelles sont donc les nouvelles propositions issues du conseil bilatéral de sécurité et de défense du 29 août 2025 ? Rien de très nouveau ou de révolutionnaire, mais la feuille de route bilatérale permet d’acter une volonté commune de faire progresser la défense européenne. Cette feuille de route envisage ainsi de consolider un pilier européen au sein de l’OTAN ; d’augmenter les budgets de défense des deux États en accord avec la décision prise par les États de l’Alliance transatlantique en juin 2025 de porter les budgets de défense de ses membres à 5 % du PIB dans les années à venir ; d’engager la brigade franco – allemande dans le cadre de la protection du flanc est du territoire européen (3) ; de se lancer dans un dialogue stratégique concernant la dissuasion nucléaire, ou encore d’approfondir la coopération entre les deux pays en matière d’armement en maintenant leur engagement dans les projets d’armement conjoints tels que le SCAF et le MGCS.

En outre, le nouveau chancelier partage avec le président français la perception de l’importance de la relation bilatérale pour l’UE. Friedrich Merz s’est d’ailleurs entouré de conseillers non seulement très bien introduits dans les cénacles européen et franco – allemand, à l’instar notamment de Michal Clauss, mais aussi de ministres convaincus de l’importance de cette coopération bilatérale comme force d’entraînement européenne, à l’image du ministre allemand des Affaires européennes Gunther Krichbaum (4).

Pour autant, le chancelier Merz est également atlantiste et s’appuie sur une armée profondément socialisée à l’OTAN, une alliance qui a permis à l’Allemagne de regagner une armée en 1955. Outre la place de l’OTAN dans l’architecture européenne de sécurité et de défense, sur laquelle Paris et Berlin ne sont pas pleinement alignés, de nombreux sujets continuent à freiner le retour du « moteur franco – allemand ».

Une persistance des sujets qui fâchent

Parmi les sujets de discorde, le plus emblématique reste sans doute le projet de futur avion de combat conjoint (SCAF) qui, à peine relancé par le niveau politique, est de nouveau bloqué au niveau industriel en octobre 2025, après la remise en cause de sa gouvernance tripartite par Dassault aviation le mois précédent. La tentation du cavalier seul par les industriels parties prenantes au projet s’ajoute aux désaccords persistants sur la taille de l’avion notamment, ou encore son usage futur, démontrant l’absence d’alignement stratégique entre Paris et Berlin. De la même façon, Paris et Berlin sont engagés, en parallèle de leur chantier conjoint autour du char du futur (MGCS), dans deux autres projets de chars potentiellement concurrents avec d’autres partenaires européens dans le cadre des projets financés par le Fonds européen de défense (MARTE du côté allemand ; FMBTech du côté français).

De même, la discussion autour de l’idée de création d’une dette commune européenne pour financer le réarmement de l’UE, à l’instar de celle créée sur initiative franco-allemande lors de la pandémie de Covid, oppose un président français promoteur de l’idée et un chancelier allemand plutôt dans le camp des pays frugaux sur le sujet. Il faut dire que si la situation économique des deux États est complexe, le niveau de la dette française a de quoi effrayer à Berlin, et ce plus encore dans le contexte de crise politique profonde que traverse la France depuis la démission du Premier ministre Lecornu le 6 octobre 2025. Le tandem franco – allemand semble ainsi, malgré l’élan retrouvé pour le sujet à Berlin, dans une position peu favorable pour créer une force d’entraînement durable en matière de défense européenne. 

Notes

(1) Le sommet des Chocolatiers fait référence à une réunion entre l’Allemagne, la Belgique, la France et le Luxembourg, 29 avril 2003, en vue de faire progresser la défense européenne dans le contexte de la division entre Européens lors de la guerre en Irak.

(2) Delphine Deschaux-Dutard, French-German military cooperation and European defence: from driving engine to divergence of interests?, Taylor & Francis, Londres, 2025.

(3) Jacob Ross et Nicolas Téterchen, « La Brigade franco-allemande et la relance de la défense européenne », Briefings de l’Ifri, 8 avril 2025.

(4) Karl De Meyer, « Avec Friedrich Merz, l’espoir d’un engagement renforcé de l’Allemagne à Bruxelles », Les Échos, 5 mai 2025.

Delphine Deschaux-Dutard

areion24.news

Ukraine: Les soldats ukrainiens fuient le front de guerre par milliers

 

Quatre ans de guerre. Plus d'un million de pertes militaires. Près de 60'000 victimes, blessés ou tués, parmi les civils ukrainiens. Des attaques par drones et missiles qui atteignent des niveaux records. Un chaos total qui rend l'accès aux informations et aux bilans difficile. La guerre qui fait rage en Ukraine après l'invasion russe de 2022 est considérée comme «le conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale», selon le dernier rapport de la mission de surveillance des droits de l'homme de l'ONU.

L'armée ukrainienne est soumise à une forte pression, tentant de repousser l'ennemi russe qui se veut toujours plus agressif. Soumis à une infériorité numérique et matérielle, les soldats ukrainiens sont épuisés et le moral des troupes est au plus bas. Si les rumeurs du taux de désertion élevé circulent depuis quelques mois sur le front, la tendance semble se confirmer dans de nouvelles révélations dévoilées par le ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, selon les informations de la CNN, publiées le mercredi 14 janvier.

Plus de 2 millions manquent à l'appel

Devant le Parlement ukrainien, le nouveau ministre fraichement nommé a révélé pour la première fois l'ampleur du problème. Kiev estime que 200'000 de ses soldats sont absents sans permission officielle (classés AWOL), c'est-à-dire qu'ils ont quitté leur poste sans autorisation. Un chiffre qui explose davantage du côté des Ukrainiens qui refusent d'effectuer leur service militaire. Selon les informations de Mykhailo Fedorov, environ 2 millions d'Ukrainiens sont «recherchés» pour ne pas s'être présentés. 

Or, selon la loi ukrainienne, tous les hommes âgés de 18 à 60 doivent obligatoirement s'inscrire auprès de l'armée, et doivent être mobilisables à partir de 25 ans. Ils sont également contraints de porter constamment leurs documents sur eux. Par conséquent, la loi martiale en vigueur depuis le début du conflit interdit à tous les Ukrainiens en âge d'effectuer leur service militaire de quitter le pays. Mais des dizaines de milliers d'entre eux auraient déjà fui illégalement, s'exposant à des représailles.

Des conséquences sévères

Selon le Code pénal ukrainien, cette absence non autorisée (AWOL) peut être considérée comme un crime si elle dure plus de 3 à 10 jours en temps de guerre. Une fois le temps imparti écoulé, les soldats qui fuient peuvent être condamnés à des peines de prison de 5 à 10 ans.

Quant à la désertion, qui requiert l'intention d'éviter le service militaire obligatoire, elle constitue une infraction pénale distincte. Elle est sévèrement punie en temps de guerre ou sous loi martiale. Les Ukrainiens qui désertent s'exposent ainsi à 5 à 12 ans d'emprisonnement (pouvant aller jusqu'à 15 ans dans des conditions aggravantes). 

Concrètement, l'Assemblée ukrainienne a adopté de nouvelles lois permettant à certains soldats qui ont déserté de réintégrer volontairement leur service sans peine, s'ils le font pour la première fois. Plusieurs cas concrets ont démontré que des soldats ayant abandonné leur unité peuvent être arrêtés, poursuivis et incarcérés, mais aussi se voir permettre de retourner au front.

Remplacer les soldats par la technologie

Pour palier à cette problématique, Mykhailo Fedorov mise sur les avancées technologiques pour combler la mobilisation humaine. Celui qui était vice-Premier ministre et ministre de la Transformation numérique en Ukraine a notamment supervisé le programme de drones de combat ukrainien et s'est appuyé sur cette perte militaire pour faire valoir les progrès technologiques qu'il qualifie de «cruciaux».

«Plus de robots signifient moins de pertes, plus de technologie signifie moins de morts. La vie des héros ukrainiens est de la plus haute valeur», a-t-il déclaré. Il a notamment indiqué que 500 entreprises ukrainiennes produisent actuellement des drones, 200 fabriquent du matériel de brouillage et plus de 20 compagnies privées se chargent des missiles. Le renforcement de la composante technologique des forces armées ukrainiennes sera l'une des priorités de Mykhailo Fedorov dans ses nouvelles fonctions, a déclaré le président Volodymyr Zelensky.

Léa Perrin

blick.ch

Ce que les Européens ne disent pas sur la sécurité du Groenland


 

Il y a les décisions publiques. Celles qui visent à convaincre Donald Trump de renoncer à un possible assaut sur le Groenland, ce que le président des Etats-Unis refuse toujours d'écarter. Exemple: la décision du Danemark, de la Norvège, de l'Allemagne, des Pays-Bas, de la Suède, du Royaume-Uni et de la France de déployer dans l’île arctique quelques dizaines de soldats en uniforme. Objectif? Démontrer à leurs homologues américains stationnés sur la base groenlandaise de Pituffik (ex-Thulé) que Nuuk, la capitale, est désormais solidement défendue. Au moment même ou une délégation du Congrès des Etats-Unis est reçue ce vendredi 16 janvier à Copenhague par la Première ministre Mette Frederiksen.

Autre illustration: l’envoi au Groenland, confirmé par plusieurs sources locales, d’éléments des forces spéciales danoises disséminés dans la population, avec du matériel d’écoute et de brouillage, pour empêcher toute velléité d’intervention militaire de Washington.

Mais que se passe-t-il vraiment au Groenland, ce territoire autonome danois grand comme quatre fois la France, dirigé par un gouvernement souverain, depuis 2009, dans presque tous les domaines, sauf en matière de politique étrangère et de défense? Est-il certain que l’exécutif groenlandais, comme l’a assuré mercredi 14 janvier à Washington sa cheffe de la diplomatie, Vivian Motzfeldt – aux côtés du ministre danois des Affaires étrangères – continuera de vouloir demeurer associé au Danemark et solidaire de l’Union européenne? Surtout si Donald Trump revient à la charge avec des promesses financières alléchantes…

Pas un territoire danois comme les autres

Une donnée de base doit être bien comprise: le Groenland n’est pas un territoire danois comme les autres. Il s’agit d’une ancienne colonie où la rancœur envers le Danemark est nourrie par de profondes blessures historiques. La plus souvent citée est la campagne de stérilisation des femmes groenlandaises menée dans les années 60 et 70, soit il y a juste un demi-siècle.

«Le gouvernement danois a systématiquement, durant cette période, inséré des DIU (dispositifs intra-utérins) à la majorité des femmes groenlandaises en âge de procréer», déplorait encore en 2024 le ministère de la Santé groenlandais dans un communiqué. Les témoignages prouvent que ces pratiques se sont poursuivies au moins jusqu’en 1976. Entre 4500 et 9000 femmes auraient été ainsi empêchées de procréer. «Au nom du Danemark, pardon», avait admis la Première ministre danoise Mette Frederiksen en septembre dernier à Nuuk. Des enfants inuits furent également retirés à leurs familles jugées inaptes à élever des enfants, notamment après avoir échoué à des tests de «compétences parentales»...

Seconde donnée souvent peu évoquée ces temps-ci par les Européens, centrés sur la défense du Groenland: ce territoire n’est pas membre de l’Union européenne, qu’il avait pourtant intégrée en 1973, lorsque le Danemark en était devenu membre. Dès cette intégration, la majorité de la population groenlandaise, habituée alors à cohabiter avec plus de dix mille soldats américains déployés sur le territoire – ils ne sont plus que 200 –, avait refusé ce destin communautaire, par peur de voir son domaine de pêche trop encadré. Résultat en 1982: la décision de quitter la Communauté européenne est validée, à l'issue d'un référendum, par 52% des électeurs groenlandais. Le retrait effectif intervient le 1er février 1985. Une première! «Si nous devions choisir, nous choisirions le Danemark et l'UE» a affirmé le 16 janvier le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen. Reste que le «Si» est important...

Des menaces réelles

Troisième facteur à bien comprendre: les Européens, qui rejettent aujourd’hui les menaces russes et chinoises évoquées par Donald Trump pour justifier son appétit sécuritaire envers le Groenland, ont dans le passé dit le contraire. Il suffit pour cela de relire le rapport du Parlement européen sur la stratégie arctique de l’UE, adopté voici peu, en novembre 2025.

«Plusieurs acteurs clés, en particulier la Chine, la Russie et les Etats-Unis, se livrent désormais une concurrence intense pour exercer une influence dans la région et profiter de ses atouts économiques et géopolitiques », peut-on lire dans ce document. «En outre, depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, les tensions se sont accrues dans la région. La militarisation croissante, due notamment aux activités militaires de la Russie, les menaces hybrides de plus en plus fréquentes et la diminution des canaux de communication contribuent au sentiment grandissant d’instabilité.» En clair: le Groenland est bel et bien menacé, comme l’affirme Trump à cor et à cri pour justifier ses visées.

L’OTAN, alliance malmenée

Quatrième point: le déploiement de (maigres) troupes européennes sur le territoire place les pays concernés devant un dilemme jamais expérimenté: celui d’une divergence entre les commandements nationaux et le commandement suprême de l’OTAN, l’Alliance atlantique toujours dirigée depuis sa création en 1949 par un général américain, également commandant des forces des Etats-Unis en Europe (aujourd’hui Alexus Grynkewich).

Que se passera-t-il si l’OTAN refuse d’assurer le soutien logistique des troupes européennes? L’Alliance dispose déjà de patrouilles dans la région. Comment concilier les deux sur le plan opérationnel?

Dernier élément susceptible de peser dans la balance stratégique: les fameuses terres rares groenlandaises convoitées par Trump. Il a fallu attendre 2023, soit après le premier mandat du président des Etats-Unis, pour que l'Union européenne signe une lettre d'intention sur un partenariat stratégique avec le territoire pour le développement des matières premières de son sous-sol. Les mots ont leur importance: cette lettre envisage un accord, mais celui-ci reste à entériner. Une brèche dont pourrait profiter Washington...

Moralité: au Groenland, les Européens réagissent enfin parce qu’ils sont placés dos au mur par Donald Trump. Peuvent-ils tenir dans la durée, alors que les Etats-Unis semblent déterminés? La guerre diplomatique éclair menée depuis plusieurs mois par l’administration américaine pourrait bien être remplacée par une guerre d’usure. Laquelle sera sans doute moins facile à contrer sur cette immense banquise.

Richard Werly

blick.ch

Le SRC a recommandé le rejet de 30 demandes d'accréditation russes en 2025

 

Martin Pfister ne mâche pas ses mots. Le ministre de la Défense et membre du Centre a employé des termes durs dans le rapport de situation «Sécurité de la Suisse 2025». «Depuis la guerre d'agression russe contre l'Ukraine, l'environnement sécuritaire de la Suisse s'est drastiquement détérioré», a-t-il clairement affirmé dans la préface du rapport du Service de renseignement de la Confédération (SRC). «Cette évolution n'est pas un phénomène temporaire, mais une tendance durable.»

D'après le rapport du SRC, les espions étrangers sont devenus un problème majeur. Plus particulièrement, la Chine et la Russie maintiennent une forte présence de services de renseignement en Suisse.

30 accréditations recommandées

Depuis le début de la guerre en Ukraine le 24 février 2022, le SRC surveille les agents russes de très près, comme le confirment les derniers chiffres du service, consultés par Blick. En 2025, le SRC a examiné 4793 demandes, dont 71 ont été refusées pour des raisons de sécurité, soit plus du double qu'en 2024. Parmi celles-ci, 36 demandes de visa et cinq autorisations de séjour ont été refusées.

Les 30 recommandations de rejet de demandes d'accréditation – généralement pour des diplomates et le personnel des ambassades – sont particulièrement préoccupantes, car ce chiffre a nettement augmenté. En 2021, une année avant la guerre en Ukraine, une seule demande d'accréditation avait fait l'objet d'une recommandation de rejet. Les années suivantes, ce nombre est passé à 6, 13, 17 et finalement 30 en 2025.

«La plus grande menace»

Le SRC refuse de révéler si ces recommandations négatives sont liées à la guerre en Ukraine. Toutefois, la majorité de ces annulations concernent probablement des ressortissants russes. D'après le SRC, un tiers des diplomates russes accrédités en Suisse en 2022 étaient en réalité des espions.

Interrogé par Blick, le SRC refuse de communiquer ses chiffres actuels, mais indique clairement: «Les services de renseignement russes continuent de représenter la plus grande menace d'espionnage contre la Suisse», explique la porte-parole Joanna Matta. «Une part importante du recueil de renseignements s’effectue grâce à des sources humaines. Les missions diplomatiques figurent parmi les sources utilisées pour ces activités.»

La décision de mettre en œuvre ou non les recommandations de rejeter le personnel de l'ambassade relève du Secrétariat d'Etat du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Cette décision n'est pas communiquée publiquement, mais la Délégation des commissions de gestion du Parlement en est informée, en tant qu'autorité de surveillance.

En effet, au cours des cinq dernières années, la Délégation a été informée à plusieurs reprises d'activités d'espionnage présumées du personnel accrédité des ambassades, d'après son rapport annuel 2024. Dans certains cas, des personnes indésirables ont même été expulsées. «Le personnel diplomatique, consulaire et technique se voit refuser une affectation sur la base d'indices d'activités de renseignement, bien plus souvent que les expulsions.»

Fedpol intervient

De son côté, l'Office fédéral de la police (Fedpol) est aussi actif et impose des interdictions d'entrée aux personnes soupçonnées d'activités de renseignement illégales. Rien qu'en 2022, 276 interdictions d'entrée de ce type ont été prononcées. Une grande partie d'entre elles concernaient des diplomates russes, car de nombreux pays européens ont expulsé des espions se faisant passer pour des diplomates. Par la suite, la Suisse a imposé des interdictions d'entrée à ces personnes pour éviter de devenir une plaque tournante de l'espionnage.

En 2023, 75 interdictions d'entrée ont été prononcées et 34 en 2024. Les chiffres définitifs pour 2025 ne sont pas encore disponibles, mais la Fedpol estime qu'il y a eu entre 50 et 60 cas.

Contre-mesures à venir

Il n'existe aucune procédure automatique de refus ou d'interdiction d'entrée. Chaque cas est examiné individuellement, la Suisse devant anticiper les représailles du pays concerné. De plus, les conséquences potentielles d'une expulsion ou d'un refus d'accréditation sur la politique étrangère sont aussi prises en compte. Le DFAE est également saisi de la question.

«Il est compréhensible que le SRC et le Secrétariat d'Etat du DFAE pondèrent ces intérêts différemment compte tenu des tâches différentes des services en question», nous écrit la Délégation des Commissions de gestion. Une chose est sûre: la Suisse continuera de surveiller de près les espions de Poutine cette année encore.

Ruedi Studer

blick.ch