Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

dimanche 15 mars 2026

Ce que l'on sait de l'unité d’élite russe 75127

 


Fin février, D. A.*, un membre présumé du service de renseignement militaire russe GRU, a été arrêté à l'aéroport de Bogotá, en Colombie. Bien que l'affaire n'ait guère fait la une des journaux internationaux, elle attire l'attention des cercles occidentaux du renseignement. Pour la première fois, il semble qu’un membre de l’unité d’élite russe 75127, jusqu’ici inconnue, ait été identifié, comme le rapportent le «Spiegel» et le portail d’investigation «The Insider».

Une unité hautement secrète

Cette unité, également appelée Centre 795, aurait été créée en 2023, selon le «Spiegel». Elle serait directement subordonnée au chef d'état-major russe Valeriy Gerassimov. Sa mission: mener des opérations de sabotage, des interventions des forces spéciales et des assassinats ciblés d’opposants au régime en Occident. D’après une directive de l’état-major russe, l’unité compterait environ 500 membres et fonctionnerait dans le plus grand secret.

Pour se camoufler, 75127 fait officiellement partie du centre de formation du groupe Kalachnikov, situé dans le «Parc Patriot» près de Moscou. Des documents portant le logo du fabricant d’armes, que le «Spiegel» a pu consulter, révèlent la structure de l’unité: elle est composée de trois divisions principales – reconnaissance, attaque et soutien au combat – et comprend au total 35 sous-divisions spécialisées, dont une unité médicale.

L’arrestation de D. A. en Colombie suggère que l’unité n’est pas seulement active dans des zones de guerre comme l’Ukraine, mais qu’elle étend également ses opérations à d’autres continents. Selon les autorités de sécurité, D. A. et son équipe avaient pour mission d’éliminer deux dissidents tchétchènes vivant en exil. Une autre personne figurait apparemment aussi sur leur liste – morte ou vivante.

Voici les points clés concernant cette unité :

  • Missions : Elle est chargée d'opérations de haute priorité, allant d'actions militaires sur le front en Ukraine à des missions spéciales à l'étranger, incluant des assassinats politiques et des enlèvements.
  • Composition : L'unité regroupe des officiers expérimentés de l'état-major. Son commandement est assuré par des membres du FSB (Service fédéral de sécurité) issus du Centre à usage spécifique, principalement du prestigieux groupe Alpha.
  • Commandement : Elle est dirigée par Denis Fisenko, assisté de Nikolaï Zriachev et d'Alexander Polonsky (chef de la direction d'assaut).

Cette unité se distingue par son autonomie totale au sein de l'appareil sécuritaire russe, lui permettant de mener des opérations clandestines avec un degré de compartimentation très élevé. 

Scandales et rivalités au sein des services russes

La création de l’unité 75127 est perçue, dans les milieux du renseignement occidentaux et russes, comme une réaction à une série de scandales impliquant l’ancienne unité d’élite 29155 du GRU. Cette dernière était notamment responsable de l’empoisonnement de l’ancien agent russe Sergueï Skripal et de sa fille en Grande-Bretagne en 2018, ainsi que d’une tentative d’assassinat contre un marchand d’armes bulgare. Elle est également accusée d’avoir fait exploser un dépôt de munitions tchèque et d’avoir tenté un coup d’Etat au Monténégro.

Des rivalités internes caractérisent les relations entre les deux unités. Si 75127 est considérée comme un projet phare, elle est également observée avec scepticisme par d’autres branches de l’appareil de sécurité russe. «Nous verrons bien ce qu’ils savent faire», déclare un collaborateur des services russes cité par le «Spiegel».

Une erreur d'amateur

Lors de sa première mission à l’étranger, D. A. a toutefois montré un manque de professionnalisme inattendu pour une unité d’élite. Selon des documents du FBI, il voyageait avec de faux papiers fraîchement établis et était en contact avec un complice serbe via une messagerie cryptée. Mais la collaboration a échoué à cause de problèmes de communication élémentaires: D. A. ne parlait pas serbe, son partenaire ne parlait pas russe. Ils ont dû traduire leurs messages avec Google Traduction, ce qui a permis aux autorités américaines d’accéder facilement à leurs échanges.

Lors de son arrestation, D. A. portait sur lui un téléphone contenant apparemment des informations révélatrices sur les opérations et la structure de l’unité 75127. Les enquêteurs internationaux espèrent désormais obtenir de précieux renseignements sur le fonctionnement de cette nouvelle force de l’ombre, dont les activités semblent s’étendre bien au-delà des champs de bataille.

*Nom abrégé

Senezh, unité d’élite de l’armée russe classée top secrète



Selon une enquête de Molfar, une agence privée qui travaille avec l’armée ukrainienne, cette unité russe autant redoutée par les forces armées de Kiev que par les populations civiles, compterait une unité de combat, un centre de formation basé dans la région de Moscou et plusieurs centaines de militaires. Des soldats triés sur le volet et recrutés parmi les forces spéciales de l’armée et les unités de renseignement. Accusées par les Ukrainiens d’assassiner le moindre civil, ces recrues suivraient, selon la plus grande agence OSINT de l’Ukraine, le "rituel sanglant" de Senezh. "Après la remise de leur diplôme, et une fois intégrés dans les groupes de reconnaissance subversifs, ils sont censés pénétrer le territoire ukrainien et ramener un Ukrainien tué. S’ils ne parviennent pas à ramener un soldat, ils prennent un civil", a confié une source anonyme des services de renseignement à Molfar.

Selon les médias russes, les missions de l’armée de Senezh sont claires : recueillir des informations en pénétrant si besoin la ligne de front, mener des actions contre les maillons stratégiques de la chaîne militaire comme les postes de commandement, et saboter en détruisant les infrastructures et en dirigeant des missions spéciales telles que des opérations psychologiques.

Saboter et informer

Sur le front ukrainien, une soixantaine d’opérations de sabotage dans les régions frontalières de Tchernihiv, Soucy et Kharkiv auraient été réalisées par Senezh en 2023, d’après les informations de Molfar. Cette même année, l’unité militaire avait été transférée dans la région de Belgorod en Russie, en raison de l’intensification du mouvement partisan anti-Poutine sur le territoire et des incursions ukrainiennes. Senezh devait alors mener des opérations anti-sabotage et protéger les zones frontalières.

Si la Russie a fait de cette unité d’élite la spécialiste des actions de renseignement et de sabotage durant la guerre en Ukraine, c’est que l’armée de Senezh n’en est pas à son coup d’essai. Selon RFI et une étude de l’Institut international pour les études stratégiques (IISS), les militaires du commando auraient été impliqués en 2015 dans la prise d’Alep et de Palmyre en Syrie, où ils auraient guidé les frappes de l’aviation russe en soutien aux troupes du président Bachar el-Assad. L’année précédente, en 2014, cette même unité aurait contribué à la sécurisation des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi. Des missions l’ayant peu à peu guidée vers celle qu’elle remplit actuellement : saboter, informer et tuer.

Natalie Zumkeller

blick.ch

Kharg : frappe américaine contre le cœur pétrolier iranien

 


En ciblant les installations militaires de l’île de Kharg sans toucher à ses terminaux pétroliers, les États-Unis ont envoyé un message stratégique calculé. Washington montre qu’il peut frapper le cœur énergétique de l’Iran tout en évitant un choc sur les marchés mondiaux. Mais cette démonstration de force soulève une question centrale : dissuasion maîtrisée ou prélude à une escalade régionale ?

Les États-Unis ont mené le 13 mars des frappes aériennes contre des cibles militaires sur l’île iranienne de Kharg, principal hub pétrolier de la République islamique. Donald Trump a affirmé que les installations militaires avaient été « complètement détruites », tout en précisant que les infrastructures pétrolières avaient été volontairement épargnées. Une décision qui pose une question centrale : s’agit-il d’une démonstration de force destinée à contenir le conflit, ou d’un signal susceptible d’alimenter une nouvelle escalade ?

Située dans le nord du golfe Persique, à une trentaine de kilomètres des côtes iraniennes, l’île de Kharg constitue le cœur logistique des exportations pétrolières du pays. Selon une note récente de la banque JP Morgan citée par l’Agence France-Presse, près de 90 % du brut iranien destiné aux marchés internationaux transite par ce terminal.

L’importance stratégique de cette île explique pourquoi elle est considérée depuis longtemps comme l’un des points les plus sensibles de l’économie iranienne.

Une démonstration de force mesurée

Selon la Maison-Blanche, les frappes américaines ont visé exclusivement des installations militaires présentes sur l’île. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a affirmé que l’armée américaine avait mené « l’un des raids aériens les plus puissants de l’histoire du Moyen-Orient ».

Le président américain a toutefois souligné avoir volontairement épargné les infrastructures pétrolières.

« J’ai choisi de ne pas détruire les installations pétrolières de l’île », a-t-il écrit, tout en avertissant que cette décision pourrait être reconsidérée si la navigation dans le détroit d’Ormuz venait à être entravée.

Ce choix semble traduire une logique stratégique relativement claire. En frappant Kharg sans toucher ses terminaux pétroliers, Washington démontre qu’il peut atteindre le centre névralgique de l’économie iranienne tout en évitant, pour l’instant, de provoquer un choc énergétique mondial.

Car une destruction des installations pétrolières aurait probablement des conséquences immédiates sur les marchés de l’énergie. Le détroit d’Ormuz, situé à proximité, voit transiter environ 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures.

Dans ce contexte, la frappe peut être interprétée comme une pression calibrée, destinée à signaler une capacité d’escalade tout en maintenant une certaine marge de contrôle sur les conséquences économiques du conflit.


Une tentative d’éviter l’enlisement ?

Après deux semaines de guerre et des milliers de frappes menées par la coalition israélo-américaine, le pouvoir iranien n’a pas montré de signe d’effondrement immédiat.

Donald Trump lui-même a reconnu qu’un renversement du régime par le peuple iranien – objectif évoqué au début du conflit – ne se produirait « peut-être pas immédiatement ».

Dans ce contexte, certains observateurs voient dans la frappe de Kharg une tentative de maintenir la pression militaire sans s’engager dans une destruction systématique de l’économie iranienne, qui pourrait entraîner un conflit plus long et plus coûteux.

L’histoire récente des interventions américaines au Moyen-Orient a en effet montré combien les conflits pouvaient rapidement s’enliser. Les références au Vietnam, à l’Irak ou à l’Afghanistan restent présentes dans les débats stratégiques à Washington.

Dans cette perspective, l’attaque contre Kharg pourrait être comprise comme une démonstration de puissance destinée à renforcer la dissuasion tout en évitant une escalade incontrôlée.

Reste toutefois à savoir si cette logique produira l’effet recherché.

Des risques d’escalade toujours présents

La réaction de Téhéran suggère que la frappe pourrait également alimenter une dynamique inverse.

L’armée iranienne a déclaré qu’elle pourrait « réduire en cendres » les installations pétrolières et énergétiques liées aux États-Unis au Moyen-Orient. La veille, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait averti que Téhéran abandonnerait « toute retenue » si les îles du Golfe étaient visées.

Parallèlement, les tensions continuent de s’étendre dans la région. Des explosions ont été entendues à Doha après des frappes iraniennes visant des États du Golfe, tandis que Washington a annoncé le déploiement de renforts militaires supplémentaires.

Selon la presse américaine, environ 2 500 marines et plusieurs navires supplémentaires pourraient être envoyés dans la région, dont le navire d’assaut USS Tripoli.

Les États-Unis ont également annoncé leur intention d’escorter des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, mesure qui témoigne des inquiétudes croissantes concernant la sécurité de cette route maritime stratégique.

Un conflit déjà régionalisé

Dans le même temps, la guerre se poursuit sur plusieurs fronts. L’armée israélienne affirme avoir mené plus de 7 600 frappes en Iran et plus de 1 100 au Liban en deux semaines, visant notamment le Hezbollah, allié régional de Téhéran.

Au Liban, les bombardements israéliens auraient causé plusieurs centaines de morts selon les autorités locales. En Iran, les frappes ont fait plus de 1 200 victimes selon les autorités iraniennes et environ 1 800 selon l’ONG Human Rights Activists News Agency.

Malgré les bombardements, le régime iranien semble conserver une capacité de mobilisation. Une manifestation prorégime a rassemblé une foule importante à Téhéran, où plusieurs dirigeants sont apparus publiquement.

Ali Larijani, figure influente du régime, a déclaré que la pression américaine ne ferait que renforcer la détermination de la population iranienne.




Kharg, un symbole stratégique

Au-delà de son importance énergétique, l’île de Kharg est devenue un symbole stratégique dans cette guerre.
Elle concentre une contradiction centrale du conflit : frapper ce hub pétrolier pourrait affaiblir gravement l’économie iranienne, mais risquerait aussi de provoquer une onde de choc sur les marchés énergétiques mondiaux.

En choisissant de viser uniquement les installations militaires, Washington semble avoir voulu signaler qu’il dispose de cette option sans encore la mettre en œuvre.

Reste à savoir si cette stratégie de pression graduée permettra de contenir le conflit – ou si, au contraire, elle contribuera à alimenter une escalade dont l’issue reste hautement incertaine.

Face aux menaces chinoises, une « guerre des nerfs » pour les garde-côtes japonais

 

Les autorités japonaises ont entrepris de renforcer considérablement les capacités des garde-côtes chargés de « protéger le territoire japonais » en raison de violations quasi-quotidiennes des eaux territoriales et de la Zone économique exclusive (ZEE) du Japon par des navires militaires et civils chinois qui, affirme Tokyo, ne cessent de s’intensifier ces dernières années.

Ces violations représentent au quotidien ce que les autorités japonaises perçoivent comme une stratégie de harcèlement permanent autour du groupe d’îles et îlots des Senkaku (尖閣諸) sous contrôle japonais – dont la souveraineté est aussi revendiquée par la Chine sous le nom de Diaoyu (钓鱼) – un phénomène qui a amené les autorités japonaises à prendre cette décision. D’autant que pour certains observateurs à Tokyo, avec la récente victoire électorale de la Première ministre Sanae Takaichi, qui tient tête à la Chine, les « provocations » chinoises risquent de s’amplifier encore.

« Nos navires patrouillent et surveillent en permanence les eaux territoriales japonaises et notre Zone économique exclusive (ZEE), » explique le commandant Taki Yohei, du Département juridique et de l’information au quartier général des Garde-côtes japonais (GCJ) à Tokyo. « Notre rôle est de faire respecter les lois de la mer [mais] nous ne répondons pas aux activités belliqueuses militaires quelles qu’elles soient, » précise-t-il d’emblée en présentant à un petit groupe de journalistes étrangers les activités des garde-côtes japonais, de plus en plus sollicités au large de la préfecture d’Okinawa (sud du Japon) où les navires civiles et militaires chinois ne cessent de les « harceler. » Principalement autour des îles Senkaku à quelque 200 km au nord-est des côtes septentrionales de Taïwan.

En dépit des tensions permanentes dans cette zone maritime proche de Taïwan, que la Chine considère comme faisant partie du territoire national chinois, les garde-côtes japonais font preuve de retenue. « Nous répondons de façon appropriée dans la limite de nos responsabilités, sans jamais contre-attaquer, » assure-t-il. Lorsqu’ils s’approchent des navires des garde-côtes chinois qui, eux, sont armés de canons à leur proue, les marins japonais communiquent par radio en leur rappelant qu’ils « sont dans les eaux japonaises et qu’ils doivent s’en éloigner. »

De leur côté les marins chinois répondent qu’ils sont « chez eux. » Les opérations d’intimidation chinoises sont permanentes, assurent les autorités japonaises, mais la retenue côté japonais, si elle est mise à l’épreuve, est de rigueur car le mot d’ordre de Tokyo est de ne surtout pas réagir aux provocations, au risque de déclencher un conflit. Un accrochage ou un dérapage pourrait être perçu par Pékin comme un « acte de guerre » qui pourrait dégénérer, explique en substance ce responsable japonais.

Une montée inquiétante des tensions régionales

Un rappel important toutefois. « Les gardes côtes, fondés en 1948, sont des forces de sécurité civiles qui ne dépendent pas du ministère de la Défense mais du ministère des Transports, des Territoires, des Infrastructures et du Tourisme, » explique encore Taki Yohei. Avec un budget annuel de près de 2 milliards de dollars, l’unité des GCJ comprend 15 000 personnes (10 % de femmes) avec à sa disposition 477 navires, 30 avions et 60 hélicoptères pour « maintenir l’ordre et faire respecter la loi sur nos océans. » Cette zone représente une immense étendue maritime de 4,5 millions de kilomètres carrés si l’on prend en compte les eaux territoriales qui s’étendent jusqu’à 12 miles nautiques des côtes et la ZEE de 12 à 200 miles nautiques, soit au total 12 fois la surface terrestre du Japon.

« C’est une énorme zone où nous faisons face à de nombreux risques, » souligne-t-il, en dressant un panorama général des zones dangereuses et des tensions tout autour de l’archipel nippon. D’abord celle au nord, autour de la grande île d’Hokkaido, vulnérable car exposée aux multiples tirs de missiles nord-coréen mais aussi aux pêcheurs illégaux et trafiquants nord-coréens. A cela il faut ajouter les manœuvres régulières de la flotte militaire russe, parfois en coopération avec la flotte militaire chinoise.

Plus au sud, dans la mer du Japon (la mer de l’Ouest pour les Sud-coréens) se trouve l’île de Takeshima (竹島) (Dokdo 독도pour Séoul) sous contrôle de la Corée du Sud, elle aussi un point de tension entre les deux pays. Enfin, et c’est sans aucun doute la zone la plus sensible pour les autorités japonaises, toute la zone proche des îles Senkaku qui font partie de la préfecture d’Okinawa où sont basées 70 % des forces militaires américaines (50 000 soldats).

« En 2025, nous avons comptabilisé des incursions ou des passages chinois durant 357 jours dans cette région, avec des navires munis de canons, soit quasiment tous les jours, » assure-t-il, précisant que de nombreux incidents ont été répertoriés entre les garde-côtes chinois et les pêcheurs japonais, ces derniers étant désormais nombreux à ne plus oser se rendre dans ces espaces jugés « risqués. » Tout ceci sans parler des patrouilles suspectes de navires présentés par Pékin comme océanographiques mais qui croisent souvent sans aucune autorisation, en violation des règles maritimes internationales, selon le gouvernement japonais.

Renforcer les moyens des garde-côtes devenu nécessaire

« Face à l’aggravation de la situation [de la situation] dans les eaux entourant le Japon et conformément à la Politique de renforcement des capacités des garde-côtes (approuvée par le Conseil des ministres en décembre 2022), les garde-côtes japonais ont renforcé leurs capacités de surveillance côtière par des mesures concrètes, telles que le renforcement et la maintenance à grande échelle de leurs patrouilleurs, aéronefs, » insiste le département de l’information des GCJ.

Il ajoute que ces mesures se traduisent « par l’utilisation active des nouvelles technologies, le renforcement de la coopération et de la collaboration avec les organismes compétents au Japon et à l’étranger, tels que la police, le ministère de la Défense, les Forces d’autodéfense [nom donné à l’armée japonaise] et les garde-côtes étrangers, ainsi que le renforcement de la cybersécurité. »

A l’occasion d’une réunion du Conseil ministériel sur le renforcement des capacités de sécurité maritime en décembre 2025, il a été décidé que des efforts encore plus importants seraient déployés dans les mois qui viennent, avec pour priorité la zone dépendant du quartier général des garde-côtes de la 11e région d’Okinawa.

Selon les statistiques données par les GCJ, les effectifs des garde-côtes dans cette région sont ainsi passés de 800 en 2010 à près de 2000 aujourd’hui sur le terrain. « Cette région a connu également un accroissement du nombre de ses navires qui en fait le plus grand district du Japon pour les GCJ, » précise le quartier général de Tokyo.

L’atmosphère délétère sinon détestable qui préside actuellement aux relations entre le Japon et la Chine contribue largement au fait que les autorités japonaises assument publiquement le renforcement des effectifs maritimes des GCJ qui d’ailleurs va de pair avec celui des forces armées nippones dans un contexte régional et mondial de plus en plus incertain.

De fait, analyse Stephen R. Nagy, professeur de relations internationales à la Christian University basée à Tokyo, cité le 6 mars dans les colonnes du Japan Times, « face à un renforcement militaire chinois sans précédent dans l’histoire récente, le Japon a doublé son budget de défense, acquis des capacités de riposte et abandonné ses principes pacifistes. »

Au Japon qui a déclaré renoncer à la guerre en dehors de son territoire dans l’article 9 de sa Constitution adoptée en 1947 largement dictée par les Américains à la suite de sa reddition en 1945, la nouvelle Première ministre ne fait pas mystère de vouloir amender ce texte pour permettre à l’archipel une plus grande marge de manœuvre militaire face à la Chine et la Corée du Nord belliqueuses.

Pour Sanae Takaichi, largement confortée par le triomphe électoral inédit enregistré par son parti, le Parti libéral démocrate (PLD, au pouvoir) lors des élections législatives de février, une attaque chinoise contre Taïwan constituerait une menace existentielle pour le Japon..

Depuis son arrivée au pouvoir le 21 octobre 2025, l’une des priorités de son administration – bien que non dite explicitement – est de contrecarrer l’émergence d’une hégémonie chinoise dans la région indopacifique. A ce titre, Tokyo est discrètement en train de mettre en place un dispositif de dissuasion qui implique l’Australie, l’Inde et les États-Unis. La Chine, de son côté, accuse les autorités japonaises de vouloir en revenir au militarisme, dans une allusion transparente aux années 1930 qui avaient conduit le Japon à une colonisation sanglante en Asie puis à la guerre avec les États-Unis.

Une politique de défense en pleine phase de durcissement

Cet argument est régulièrement formulé par Pékin depuis les déclarations de Sanae Takaichi à propos de Taïwan en novembre 2025 lorsqu’elle avait laissé entendre que le Japon pourrait prendre des mesures militaires en cas d’invasion de Taïwan. Ces propos avaient déclenché la fureur de Pékin ainsi que des représailles économiques, commerciales et la menace d’une escalade politique.

En février, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, était allé jusqu’à accuser publiquement le Japon de s’accrocher au « fantôme du militarisme » et de nourrir l’ambition de rétablir la domination coloniale sur Taïwan, une allusion à la période pendant laquelle Taïwan avait été une colonie du Japon (1895-1945). Affirmation aussitôt rejetée par le gouvernement japonais.

Pour beaucoup d’analystes, la ficelle est évidemment un peu grosse mais elle illustre le fait que la stratégie diplomatique chinoises des « loups guerriers » utilisée durant l’épidémie de Covid paraît bien relancée. Ce qui a poussé Michael MacArthur Bosack, conseiller spécial pour les relations gouvernementales au Conseil de Yokosuka sur les études Asie-Pacifique (YACAPS), un think tank japonais influent, à publier un long commentaire critique à l’égard de Wang Yi en février dans les colonnes du Japan Times.

Pour Michael MacArthur, ancien secrétaire adjoint de la Commission militaire d’armistice des Nations unies en Corée et ancien chef adjoint des relations gouvernementales au quartier général des forces américaines au Japon, l’évolution de la stratégie de défense japonaise est fondée sur « trois forces principales, la première étant le contexte des menaces. Les pratiques de sécurité japonaises s’adaptent aux capacités croissantes des autres acteurs régionaux, dont certains ont manifesté leur volonté d’entreprendre unilatéralement des actions visant à modifier le statu quo, que ce soit par des comportements ambigus ou par une agression pure et simple. » La Chine n’est pas citée mais elle est directement visée.

Deuxièmement, poursuit MacArthur Bosak, concernant le rôle que le Japon souhaite jouer dans la sécurité mondiale, le « Japon est une grande puissance économique et le seul membre asiatique du G7, mais sa capacité à contribuer à la sécurité est fortement limitée par son cadre juridique en vigueur. Ce qui nous amène à la troisième force : la volonté, partagée par de nombreux membres du gouvernement japonais, de « normaliser » les Forces d’autodéfense (FAD) en tant qu’armée. Les FAD opèrent actuellement dans un cadre juridique différent de celui de leurs armées partenaires, allant au-delà des lois, règles et normes internationales. Au cœur des réformes juridiques que l’administration Takaichi entend promouvoir se trouve un alignement des FAD sur les armées d’autres puissances moyennes, telles que le Royaume-Uni, la France et le Canada. »

De fait depuis 2016, face à cette menace venue de Chine qui ne cesse de croître, les forces armées japonaises renforcent notablement leurs installations dans le sud-ouest du Japon dans le but de sécuriser la zone des îles méridionales proches de Taïwan. Elles disposent déjà de missiles sol-air Type-03 et de missiles sol-mer guidés Type-12 sur l’île d’Ishigaki. L’île voisine de Miyako dispose également de radars, de garde-côtes et de plusieurs batteries de missiles sol-mer.

Dans une étape prochaine, au cours de l’exercice fiscal 2030, l’armée japonaise prévoit de déployer des missiles sol-air sur l’île de Yonaguni, située à environ 110 kilomètres de Taïwan, a annoncé en février le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi. Ces missiles de moyenne portée de type 03, sont destinés à l’interception des aéronefs ou missiles entrants.

Le souvenir reste prégnant d’un épisode, en 2022, où un missile tiré par les forces chinoises lors d’un exercice d’entraînement s’est abîmé en mer à 80 km au large des côtes japonaises.

« Même si le Japon veut continuer à agir avec prudence et sans provoquer la Chine, il est déterminé à renforcer ses forces « militaires » ou « d’auto-défense » – peu importe la terminologie – pour se donner une image de nation responsable et crédible aux yeux des voisins, États-Unis inclus, qui sont inquiets des provocations de la Chine, » analyse un ancien attaché militaire basé à Tokyo.

Reste toutefois à trouver les financements et surtout à convaincre une opinion publique encore réticente à ce que leur pays devienne une nation dotée d’une « armée normale » qui pourrait un jour partir en guerre.

Dorian Malovic

asialyst.com

Spectaculaire coup porté au coeur de la DZ Mafia

 

Les autorités ont frappé fort contre la DZ Mafia lors d'une opération inédite qui s'est soldée par 26 mises en examen dont deux rappeurs et un avocat même si «ce n'est pas la fin» de ce groupe criminel puissant dans le sud. Les caïds ont accumulé des sommes énormes.

Ce coup de filet, mené par quelque 900 gendarmes, est l'issue d'une vaste enquête, ouverte début 2024. Elle est destinée à attaquer «le coeur» de la DZ Mafia qui est tout sauf «une construction policière ou journalistique» et qui outre le trafic de drogue dispose désormais d'une «branche armée capable de projeter des équipes commando en différents points du territoire pour défendre les intérêts de l'organisation», a expliqué le procureur de Marseille, Nicolas Bessone lors d'un point presse.

Sur une quarantaine de personnes interpellées dans six départements en début de semaine, 26 ont finalement été mises en cause et 15 placées en détention provisoire. Dans le total figurent 9 femmes témoignant d'une «véritable féminisation du narcobanditisme» et 20 sont originaires de la région marseillaise.

Une hydre

Cinq personnes, parmi lesquelles les trois chefs présumés du clan Amine O., Gabriel O. et Mahdi Z., étaient déjà détenues dont quatre le sont dans les prisons de haute sécurité. Avec loi sur le narcotrafic, ces dirigeants présumés sont poursuivis par la nouvelle qualification de «participation à une organisation criminelle».

Pour le colonel Olivier Leblanc, commandant de la Section de recherches de Marseille, «c'est un coup supplémentaire» mais «il serait bien présomptueux de dire que c'est la fin» de ce groupe qui fonctionne telle une hydre sans hiérarchie claire mais avec des personnes qui s'agrègent en prison et à l'extérieur.

L'opération d'envergure a permis de mettre au jour plusieurs phénomènes qui se dessinaient au cours des enquêtes: la capacité du groupe criminel à pouvoir corrompre, disposant d'une surface financière exceptionnelle puis sa diversification dans ses activités telles que l'extorsion de commerces ou de rappeurs «sous couvert de labels de production musicale».

Fait rare, un avocat lyonnais a été écroué à l'isolement, selon des sources proches de l'enquête et pénitentiaire. Il est soupçonné d'avoir été corrompu, permettant à un des chefs présumés de la DZ Mafia de communiquer avec l'extérieur depuis une des prisons de haute sécurité voulues par le gouvernement pour entraver les narcotrafiquants qui pilotaient leurs activités alors qu'ils sont détenus.

300'000 euros de bénéfice par mois

«Des proches d'un cadre dirigeant de la DZ détenaient depuis plusieurs mois une ligne frauduleusement enregistrée comme étant celle d'un avocat», selon le procureur. Ce détenu, incarcéré au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) et de Condé-sur-Sarthe (Orne) a pu aussi délivrer des instruction via des courriers de son avocat soumis au secret professionnel ou via son ordinateur.

Contacté, son conseil n'a pas voulu réagir. Le bâtonnier du Barreau de Lyon, Hubert Mortemard de Boisse, a lui annoncé avoir saisi le Conseil de l'ordre «pour qu'il prononce l'interdiction d'exercice de ce confrère» qui a franchi «des lignes rouges» appelant auprès de l'AFP à ne «pas faire d'amalgame» avec l'ensemble des avocats.

Deux rappeurs sont également mis en cause: Dika mis en examen et placé sous contrôle judiciaire et KITKVT, lui placé en détention provisoire. Issu de la place marseillaise, Dika apparaît dans les années 2010 et compte quelques millions de vues sur YouTube. Il a signé des featuring notamment avec Naps ou Alonzo.

La DZ Mafia, nom qui fait référence à l'Algérie, est un groupe criminel qui domine actuellement le marché de la drogue à Marseille et s'étend le long du Rhône et ailleurs en France. Ce nom a émergé lors du bain de sang à Marseille en 2023 lié notamment à la guerre l'opposant au clan Yoda qu'il a supplanté. Aujourd'hui, la région marseillaise connaît un calme rarement éprouvé en raison du monopole opéré par la DZ Mafia.

Cette opération a aussi permis des saisies de 4 millions, 12 biens immobiliers et des objets de luxe. Et il a été établi par les enquêteurs que chaque cadre dirigeant accumulait «un bénéfice net estimé à 300'000 euros par mois»: «des sommes considérables qui ne sont pas flambées mais totalement réinvesties ou blanchies», expliquant ainsi «la pérennité et l'expansion de cette organisation», selon Nicolas Bessone.

AFP

vendredi 13 mars 2026

Le 25 décembre 2025; un regroupement de 2000 bateaux de pêche chinois intriguent les experts

 

Des bateaux de pêche chinois sont apparus rassemblés en nombre et en formations géométriques en mer de Chine orientale près de Taïwan, une coordination qui intrigue les experts pour lesquels ces embarcations n'étaient pas venues là pour pêcher. Analysant le trafic maritime du 25 décembre 2025, Jason Wang a compris que quelque chose d'"inhabituel» se passait au nord-est de Taïwan lorsqu'il a vu des bateaux de pêche se rapprocher pour former deux L inversés parallèles, longs chacun d'environ 400 kilomètres.

Grâce au système d'identification automatique de bord (AIS) – le signal de type GPS que les navires utilisent – il a pu recenser quelque 2000 bateaux de pêche regroupés dans cette voie maritime très fréquentée de la mer de Chine orientale. Pour réaliser cette enquête, l'AFP a analysé les AIS mais aussi les images satellites nocturnes, et interrogé des experts qui ont également observé les formations de décembre et janvier. Les navires, parfois à seulement 500 mètres les uns des autres, ont gardé leur position pendant une trentaine d'heures, par gros temps, avant de soudainement se disperser.

«On voit très rarement des lignes droites naturellement», observe Jason Wang, un responsable d'ingeniSPACE, une société basée à Taïwan et aux Etats-Unis spécialisée dans l'analyse d'images satellites et des données émises par les navires. Outre la forme géométrique, la quantité de navires intrigue les experts. «Je n'ai jamais vu de regroupement de bateaux de pêche chinois en aussi grand nombre, en dehors d'un port», relève notamment Gregory Poling, directeur de l'Initiative pour la transparence maritime en Asie du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), basé à Washington.

«Démonstration à visée militaire»

Lors d'un autre épisode début janvier, un millier de chalutiers chinois ont formé durant plus d'une journée un rectangle d'environ 400 kilomètres de long, toujours en mer de Chine orientale. Début mars, ce sont quelque 1200 bateaux qui ont formé pendant une trentaine d'heures deux lignes parallèles, plus à l'est des épisodes précédents, a indiqué Jason Wang lors d'un entretien avec l'AFP à Taipei.

La Chine dispose d'une importante flotte de bateaux de pêche qui opèrent en concurrence avec celles du Japon, de la Corée du Sud, de Taïwan, du Vietnam et des Philippines. Le débat reste ouvert sur ce qui peut motiver de tels regroupements de bateaux, au sujet desquels Pékin n'a pas fait de commentaire officiel.

Mais pour Jennifer Parker, experte associée au National Security College de l'Université nationale d'Australie, «ils n'étaient certainement pas en train de pêcher». Pour cette ancienne officier de la marine australienne, pas de doute: ces manoeuvres étaient une «démonstration à visée militaire» de la capacité de la Chine à synchroniser les mouvements d'une grande quantité de bateaux à la fois.

David Kroodsma, directeur scientifique de l'ONG Global Fishing Watch, a également noté que la flottille de pêche chinoise était «très coordonnée». «La plupart du temps, lorsque vous voyez des rangées de bateaux, c'est parce qu'ils sont le long d'une frontière (avec une zone) où ils n'ont pas le droit d'être, et ne ne savons pas pourquoi», a-t-il relevé.

Selon des experts, l'explication la plus plausible est que Pékin teste sa capacité à mobiliser un grand nombre de bateaux en vue d'une possible opération militaire, comme un blocus ou une invasion de Taïwan. Unseenlabs, une entreprise française spécialisée dans la surveillance maritime, a vérifié pour l'AFP les données du 25 décembre, et décrit elle aussi cette formation de navires comme «surprenante et inhabituelle».

Et si cela avait été une intox?

Les experts sont convaincus que les navires étaient réels, c'est-à-dire que les données AIS n'ont pas été manipulées. «Nous avons eu suffisamment d'autres données (...) pour confirmer que ces navires étaient réellement là», assure Gregory Poling.

Mark Douglas, analyste maritime à l'institut néo-zélandais Starboard Maritime Intelligence, dit avoir étudié les schémas de pêche dans la même zone au cours des deux années précédentes. «A aucun moment le comportement n'a été le même que cette fois-ci», relève cet ancien officier de la marine néo-zélandaise. De plus, «lors d'autres épisodes de mauvais temps, les navires sont rentrés au port au lieu de se masser au large dans ce type de formations». Sans s'avancer sur le «pourquoi», il est clair selon lui que «des instructions ont été données à ces navires pour leur dire ce qu'ils devaient faire».

Pour Thomas Shugart, pas de doute: le nombre de navires témoigne sans doute aucun d'une «opération étatique». «A ma connaissance, aucune entité commerciale ne contrôle autant de bateaux de pêche», souligne cet ancien officier sous-marinier américain, aujourd'hui membre du Center for a New American Security (CNAS), un centre de réflexion.

Milice maritime

La Chine compte le plus grand nombre de navires de guerre et de sous-marins au monde, selon le classement Global Firepower. Mais sa vaste flotte civile – bateaux de pêche, ferries et navires marchands – est également susceptible d'être mobilisée en cas de conflit, selon des experts.

Avec dans toutes les têtes la question de Taïwan, que Pékin considère comme faisant partie de son territoire et menace de reprendre par la force si nécessaire. L'an passé, le ministère américain de la Défense a estimé dans un rapport au Congrès que «la Chine prévoit d'être en mesure de mener et de gagner une guerre à Taïwan» d'ici fin 2027.

Pékin a intensifié la pression sur Taipei ces dernières années, organisant régulièrement des exercices de grande ampleur autour de l'île. Mais pour Thomas Shugart, la marine chinoise ne dispose pas d'un nombre suffisant de navires pour faire débarquer des troupes et de l'équipement en cas d'invasion.

A ce titre, les navires civils sont «absolument centraux» pour une telle opération, juge l'expert. «Sans cette masse maritime à double usage civil et militaire, je ne pense pas qu'ils puissent envahir Taïwan». La Chine s'est dotée d'une milice maritime, composée de bateaux de pêche formés pour soutenir l'armée, rappellent les experts.

Leurres et harcèlement

Des éléments de cette milice sont déjà régulièrement mis à contribution pour appuyer les revendications territoriales du pays en mer de Chine méridionale, où ses navires ont déjà convergé en masse vers des récifs disputés. Dans ce secteur, la milice chinoise est professionnalisée et «n'a plus un rôle clandestin», note Jay Tarriela, porte-parole des garde-côtes philippins, régulièrement confrontés à ses agissements. Ces navires «sont en réalité rattachés au gouvernement (chinois), c'est une flottille qui promeut ses intérêts illégaux en mer de Chine méridionale», dénonce-t-il.

En mer de Chine méridionale et autour de Taïwan, «la Chine inclut la milice maritime comme multiplicateur de force» dans sa planification opérationnelle, estime Jennifer Parker. Dans le cas du 25 décembre et des opérations similaires, il s'agissait probablement d'un exercice de mobilisation de civils réservistes, juge Gregory Poling.

En l'occurrence, «ce ne sont pas les milices professionnelles de la mer de Chine méridionale, ce sont des pêcheurs», avance-t-il, relevant que «la grande majorité» des navires rassemblés provenaient d'une même province, le Zhejiang. Pour Jennifer Parker, une mobilisation de la milice en cas de conflit permettrait de remplir «toute une série de rôles», comme harceler des navires de guerre ou servir de leurre pour des missiles tirés par les forces adverses.

«Je ne peux pas vous dire si Xi Jinping décidera ou non d'appuyer sur la gâchette», confie Thomas Shugart. «Mais en tant qu'analyste, tout indique que l'armée, comme on le lui a ordonné, développe les capacités nécessaires pour une menace crédible d'invasion en 2027», résume-t-il. Pékin n'a pas commenté publiquement la présence de ces formations de bateaux de pêche dans la mer de Chine orientale.

AFP