Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 6 avril 2026

Les renseignements sud-coréens affirment que la fille de Kim Jong Un pourrait lui succéder

 

Le directeur du NIS, Lee Jong Seok, a fait cette déclaration lors d'une réunion à huis clos avec la commission du renseignement de l'Assemblée nationale sud-coréenne le 6 avril. Interrogé sur le rôle de Ju Ae, il a affirmé qu'il ne s'agissait pas de simples spéculations, mais d'informations fiables.

Récemment, Ju Ae est apparue fréquemment dans les médias d'État nord-coréens, notamment dans le cadre d'activités liées à la défense.

Certaines images la montraient participant à des événements militaires et même conduisant un char d'assaut avec son père. Le NIS a interprété cela comme une tentative d'améliorer son image et de dissiper les doutes quant aux capacités d'une femme dirigeante.

Kim Ju Ae conduit un char aux côtés du leader nord-coréen Kim Jong Un
Photo de : KCNA

Le mois dernier, les médias nord-coréens ont rapporté que Kim Jong-un avait personnellement supervisé un exercice militaire avec de nouveaux chars de combat, auquel Ju Ae a fait une apparition remarquée. Le NIS a comparé ces images à celles de Kim Jong-un participant à des activités militaires avant de succéder à son père, Kim Jong-il.

Ju Ae est de plus en plus considérée comme une successeure potentielle, car elle apparaît fréquemment aux côtés de son père lors d'événements importants.

Le rapport du NIS mentionne également Kim Yo Jong, la sœur de Kim Jong Un, affirmant qu'elle ne détient pas de pouvoir réel au sein de la structure dirigeante actuelle.

Au-delà de la question de la succession, le NIS estime que la Corée du Nord développe un nouveau moteur de fusée utilisant des matériaux en fibre de carbone afin d'en réduire le poids et d'accroître sa capacité d'emport de plusieurs ogives. Selon les médias nord-coréens, Kim Jong-un a supervisé les essais d'un moteur d'une poussée maximale d'environ 2 500 kilonewtons, dans le cadre d'un plan quinquennal de développement de la défense.

congluan.vn

Le chef des services de renseignement des Gardiens de la révolution iraniens tué lors d'une attaque

 

Le chef de l'organisation du renseignement du corps d'élite des Gardiens de la révolution islamique d'Iran a été tué lundi dans une "attaque terroriste de l'ennemi américano-sioniste (israélien)", ont déclaré les médias iraniens, citant un communiqué des Gardiens.

Majid Khademi, qui est le dernier personnage clé tué dans des frappes aériennes américano-israéliennes, a pris ses fonctions en 2025 après que des frappes aériennes israéliennes ont tué son prédécesseur.

Il a passé des dizaines d'années dans les services de renseignement et de contre-espionnage, tout en gravissant les échelons de l'appareil de sécurité iranien.

Avant sa nomination, M. Khademi a dirigé l'Organisation de protection du renseignement de la Garde, chargée de la surveillance interne et du contre-espionnage, et a occupé des fonctions de haut niveau au sein du ministère iranien de la défense.

Le service de renseignement du CGRI est l'un des organes de sécurité les plus puissants de l'Iran. Il joue un rôle central dans la surveillance intérieure pour contrer l'influence étrangère et opère souvent en parallèle avec le ministère du renseignement civil.

boursorama.com

Les forces spéciales américaines ont mené une opération audacieuse pour récupérer le navigateur du F-15E

 

Les forces américaines engagées dans l’opération «Fureur épique», menée contre le régime iranien depuis maintenant plus d’un mois, ont connu des moments compliqués lors de ces dernières heures.

Ainsi, le 3 avril, après la destruction d’un avion de détection et de commandement aéroportés E-3G Sentry lors d’une frappe iranienne effectuée contre la base aérienne «Prince Sultan», en Arabie saoudite, un hélicoptère de transport lourd CH-47 Chinook a été irrémédiablement endommagé par une munition téléopérée alors qu’il se trouvait sur le tarmac d’une base aérienne koweïtienne.

Le même jour, l’US Air Force a perdu un avion d’attaque A-10 Warthog au-dessus du détroit d’Ormuz, celui ayant été apparemment abattu par les forces iraniennes. Son pilote a pu être récupéré rapidement. Plus tôt, un F-15E «Strike Eagle» du 494th Fighter Squadron s’était écrasé dans la région de Kohguilouyeh-et-Bouyer-Ahmad [sud-ouest de l’Iran], dans des circonstances qui restent encore à établir.

Signe que l’équipage de l’appareil avait pu s’éjecter à temps [contrairement aux affirmations iraniennes], l’US Air Force déclencha immédiatement une mission de type CSAR [Combat Search and Rescue], des images montrant un avion HC-130J Combat King II et deux hélicoptères HH-60W Jolly Green II ayant été diffusées via les réseaux sociaux.

Les missions de type CSAR font partie des opérations les plus complexes et les plus dangereuses dans la mesure où elles supposent de s’infiltrer en territoire hostile et d’intervenir dans une zone où les forces adverses, en alerte maximale, sont également à la recherche de l’équipage de l’avion abattu.

Quoi qu’il en soit, celle lancée peu après la perte du F-15E permit de localiser et, surtout, de récupérer le pilote de l’appareil. Lors de son sauvetage, deux hélicoptères furent touchés par des tirs iraniens. Mais cela n’eut aucun conséquence sur la suite de la mission.

Restait alors à en faire autant pour le navigateur officier systèmes d’armes [NOSA], alors que les autorités locales venaient de promettre une «généreuse» récompense à quiconque permettrait de le capturer. Évidemment, l’image d’un aviateur américain fait prisonnier ne pouvait que servir la propagande du régime iranien.

D’ailleurs, alors que les opérations de recherche étaient encore en cours, le Corps des gardiens de la révolution a diffusé, via les réseaux sociaux, une photographie censée montrer l’interrogatoire du «major Smith», le NOSA américain. Sauf qu’elle était fausse. Et pour cause.

En effet, dans nuit du 3 au 4 avril, le site d’information Axios a été le premier à rapporter que le second membre de l’équipage du F-15E venait d’être récupéré lors d’une «opération menée par une unité commando spécialisée» ayant «bénéficié d’une importante couverture aérienne». Et d’ajouter : «Les forces américaines ont déclenché un feu nourri et toutes ont quitté l’Iran».

«NOUS L’AVONS RETROUVÉ !» a ensuite confirmé le président Trump, via le média social Truth Social. «Ces dernières heures, l’armée américaine a mené l’une des opérations de recherche et de sauvetage les plus audacieuses de l’histoire des États-Unis pour l’un de nos officiers les plus remarquables, qui se trouve être un colonel très respecté. Je suis ravi de vous annoncer qu’il est désormais SAIN et SAUF !» a-t-il poursuivi. Et cela alors qu’il était «traqué par nos ennemis qui se rapprochaient d’heure en heure», a relevé le chef de la Maison Blanche.

Selon ses explications, «des dizaines d’avions, dotés des armes les plus redoutables au monde», ont été impliqués dans cette mission. Cela étant, l’officier a été blessé [sans doute lors de son éjection]. «Mais il s’en remettra», a rassuré M. Trump, avant d’affirmer que «c’est la première fois, de mémoire militaire, que deux pilotes américains sont secourus séparément en plein territoire ennemi».

Cette opération de sauvetage a également mobilisé des moyens de la CIA, selon Fox News.

«Avant de localiser le NOSA [ou WSO pour l’US Air Force] et de permettre son sauvetage, la CIA a d’abord mené une campagne de désinformation en Iran pour faire croire que les forces américaines l’avaient déjà retrouvé et l’exfiltraient par voie terrestre. Alors que les Iraniens étaient désorientés et ne comprenaient pas ce qu’il se passait, l’agence a utilisé ses capacités uniques et exceptionnelles pour localiser l’aviateur américain […] qui s’était caché dans une crevasse», a raconté Jennifer Griffin, une journaliste de Fox News, via le réseau social X.

Ce récit a été confirmé par Axios et le New York Times, lequel a précisé que «des centaines de membres des forces spéciales» ainsi que «des hélicoptères, des capacités de renseignement cybernétiques, spatiales et autres» ont été mobilisés.

Cependant, il est rare que les opérations les plus audacieuses, même quand elles ont été minutieusement préparées, ne soient pas l’objet d’impondérables. Et celle qui vient d’être menée n’y a pas échappé puisque deux avions de transport [des HC-130J ?] n’ont pas pu redécoller d’un point de ravitaillement en carburant [FARP – Forward Arming and Refuelling Point] établi sur le territoire iranien. Aussi ont-ils été détruits sur place par les forces spéciales américaines. Trois autres appareils ont donc été envoyés sur place pour les exfiltrer, avec le NOSA du F-15E.

Reste que, comme l’a confié un haut responsable du Pentagone au New York Times, cette mission de sauvetage aura été «l’une des plus difficiles et complexes de l’histoire des opérations spéciales américaines, compte tenu du terrain montagneux, des blessures du pilote et de l’arrivée des forces iraniennes sur les lieux».

opex360.com

L’Arctique, théâtre stratégique majeur : Quelle voie pour la France ?

 

Longtemps relégué aux marges du système international, perçu comme une périphérie figée par les glaces et éloignée des dynamiques de puissance, l’Arctique s’impose désormais comme un théâtre stratégique de premier plan.

Le territoire autrefois marginalisé devient l’un des points de convergence des tensions contemporaines : réchauffement climatique accéléré, compétition pour l’accès aux ressources naturelles, recomposition des équilibres militaires, ouverture de nouvelles routes maritimes et fragilisation des cadres de gouvernance existants.

Dans ce contexte de mutation profonde, marqué par la fin de « l’exception arctique » et l’émergence de rapports de force inédits, la France ne peut rester en retrait. Puissance polaire par son engagement scientifique de long terme, puissance maritime par vocation, puissance stratégique par responsabilité internationale, elle est désormais directement concernée par les recompositions à l’œuvre dans le Grand Nord.

Il lui revient dès lors de formuler une vision claire, cohérente et ambitieuse, à la hauteur des défis à venir : préserver ses intérêts fondamentaux, contribuer à la stabilité régionale et affirmer sa présence dans un Arctique devenu l’un des espaces où la stabilité stratégique mondiale pourrait être mise à l’épreuve.

Pivot émergent de la reconfiguration stratégique mondiale

L’Arctique connait une transformation sans précédent, à la croisée de mutations climatiques, d’aspirations géoéconomiques et de recompositions géopolitiques profondes. Longtemps perçue comme une périphérie glaciale, figée dans l’immobilisme de la banquise et à l’écart des dynamiques de puissance, la région s’impose désormais comme un espace stratégique à part entière. Le réchauffement climatique y manifeste ses effets avec une intensité nettement supérieure à la moyenne planétaire : l’élévation rapide des températures entraine une fonte accélérée de la banquise, bouleversant les équilibres écologiques, mais aussi les paramètres économiques, logistiques et sécuritaires de la région.

La réduction de la couverture de glace, en particulier durant la période estivale, ouvre des perspectives inédites. L’accès saisonnier accru à la Route maritime du Nord (RMN) — bien que demeurant contraint par des conditions climatiques extrêmes et une forte dépendance aux capacités d’escorte — modifie les équilibres logistiques mondiaux en rapprochant les bassins européen et asiatique. Parallèlement, la mise en valeur progressive de ressources naturelles stratégiques — hydrocarbures, minerais critiques, ressources halieutiques — renforce l’attractivité économique régionale. Ces dynamiques nourrissent une compétition croissante entre acteurs étatiques et privés, tout en exacerbant les tensions liées à la protection de l’environnement et aux droits des populations autochtones.

Ce basculement s’accompagne d’un changement de nature des enjeux sécuritaires. L’Arctique n’est plus seulement un espace d’accès difficile, mais devient un théâtre où se croisent liberté de navigation, sécurisation des flux, maitrise des infrastructures critiques et affirmation de souveraineté. Il constitue désormais une zone charnière entre l’Atlantique nord, l’Europe et l’Asie, renforçant son importance dans les calculs stratégiques globaux.

La rupture géopolitique provoquée par l’agression russe contre l’Ukraine a accéléré cette évolution. Elle a mis un terme à l’illusion d’une « exception arctique » fondée sur la coopération scientifique et la gouvernance consensuelle. L’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN a profondément modifié la géographie stratégique de la région : sept des huit États arctiques appartiennent désormais à l’Alliance atlantique. Dans ce contexte, l’Arctique tend à s’inscrire plus clairement dans l’architecture de sécurité euro-atlantique, tout en conservant ses spécificités opérationnelles.

La Russie, pour sa part, a renforcé la militarisation de son flanc nord dans une logique de sanctuarisation stratégique. La péninsule de Kola demeure le cœur de sa dissuasion océanique, point d’appui majeur pour la projection de ses forces sous-marines vers l’Atlantique nord. Le déploiement de capacités avancées de déni d’accès (A2/AD), l’augmentation des exercices militaires et la modernisation des infrastructures témoignent de la centralité accordée à l’Arctique, qualifié de zone d’« intérêt vital » dans sa doctrine maritime de 2022.

Dans le même temps, la Chine développe une stratégie arctique globale, bien qu’elle ne soit pas un État riverain. En se revendiquant comme « État proche-arctique », Pékin cherche à légitimer une présence durable dans la région. Cette stratégie repose sur une approche duale associant recherche scientifique, investissements économiques, diplomatie normative et intérêts sécuritaires à long terme. Elle contribue à complexifier l’environnement stratégique et à introduire de nouveaux rapports de force dans un espace historiquement dominé par les acteurs euro-atlantiques.

Ce glissement progressif d’un régime de gouvernance fondé sur le droit et la coopération vers une compétition stratégique plus marquée s’opère dans un contexte de fragilisation des enceintes multilatérales. Le gel partiel des travaux du Conseil de l’Arctique depuis 2022 a réduit les canaux traditionnels de dialogue, affaiblissant les mécanismes de confiance et favorisant les stratégies d’influence, de contournement normatif et d’actions hybrides. Dès lors, l’Arctique ne saurait plus être considéré comme un espace en marge du système international, mais bien comme une zone d’inflexion stratégique où se cristallisent rivalités de puissance, sécurisation des flux et maitrise des ressources critiques.

Dans ce contexte, la France entend y défendre une vision équilibrée des enjeux scientifiques, environnementaux, économiques et sécuritaires, désormais étroitement imbriqués.

L’ancrage français : vers une posture stratégique plus affirmée

La présence française en Arctique s’inscrit dans la durée et repose sur un ancrage ancien, continu et multiforme. Elle est historiquement fondée sur un engagement scientifique de premier plan, une expertise environnementale reconnue, des intérêts économiques tangibles et une diplomatie attachée au multilatéralisme. Cette approche a longtemps constitué le cœur de la légitimité française dans la région, dans un contexte où l’Arctique était perçu avant tout comme un espace de coopération et de recherche.

Dès 1963, l’implantation d’une base de recherche permanente à Ny-Ålesund, dans l’archipel du Svalbard, a consacré un ancrage durable de la France dans le paysage scientifique polaire (1). Ce site, toujours opérationnel, demeure un symbole fort de l’engagement français en faveur de la connaissance du milieu arctique et de la coopération internationale. À travers cette présence, la France a contribué de manière significative à l’étude du changement climatique, de l’atmosphère, de la cryosphère et des écosystèmes polaires, domaines dans lesquels son expertise est reconnue.

Dans un contexte de recomposition stratégique et de tensions croissantes, la recherche scientifique conserve un rôle central : elle constitue à la fois un outil de compréhension fine des transformations en cours, un levier d’influence normative et un vecteur de légitimité politique. La production de connaissances en Arctique ne relève plus uniquement de la science fondamentale : elle participe également à l’anticipation des risques environnementaux, économiques et sécuritaires, et nourrit la prise de décisions stratégiques. Pour la France, maintenir un haut niveau d’excellence scientifique en Arctique revient ainsi à préserver une capacité autonome d’appréciation de la situation dans un espace de plus en plus disputé.

Parallèlement à cet engagement scientifique, la France dispose d’une empreinte économique et industrielle réelle dans les espaces polaires. Des entreprises françaises, grandes et petites, sont présentes dans des secteurs critiques tels que l’énergie, les télécommunications satellitaires, la logistique en environnement extrême, le tourisme polaire ou encore l’exploitation halieutique durable (2). Ces activités contribuent à l’affirmation d’une présence française pérenne et crédible, tout en s’inscrivant dans les enjeux de résilience des chaines d’approvisionnement, de sécurité énergétique et de souveraineté technologique européenne. Elles soulignent également la dimension concrète des intérêts français en Arctique, au-delà du seul champ scientifique.

Cette légitimité plurielle a été formellement reconnue par l’admission de la France comme État observateur au sein du Conseil de l’Arctique en 2000 (3). Ce statut lui permet de participer aux travaux des groupes d’experts, de contribuer aux discussions normatives et de suivre les évolutions de la gouvernance régionale. Il repose notamment sur l’excellence de la recherche française, incarnée par des institutions telles que l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV), le CNRS, Météo France ou l’Ifremer, acteurs majeurs de l’observation du changement climatique, de la biodiversité et des risques environnementaux en zone arctique.

Carte de l’Arctique


Réagir face à la dégradation de l’environnement stratégique

La dégradation rapide de l’environnement stratégique impose désormais de dépasser une posture essentiellement scientifique et diplomatique. La montée des tensions géopolitiques, la militarisation progressive de la région, la fragilisation des cadres multilatéraux et l’émergence de menaces hybrides remettent en question les équilibres antérieurs. Dans ce contexte, la légitimité française, si elle demeure solide, ne saurait suffire sans une traduction stratégique plus affirmée.

Consciente de ces évolutions, la France a progressivement engagé une structuration de sa réflexion stratégique sur les pôles. La publication de la première stratégie polaire française en 2022, puis de la Perspective polaire 2025-2035 trois ans plus tard, a marqué une première étape en affirmant la dimension globale de l’engagement français, articulant recherche, environnement, diplomatie et sécurité. La Stratégie de défense pour l’Arctique, publiée mi-2025, s’inscrit dans cette continuité, en reconnaissant explicitement la montée des risques sécuritaires et la nécessité pour les armées françaises de s’adapter à cet environnement spécifique.

Cette évolution traduit un changement de posture : sans renier son attachement à la coopération, à la protection de l’environnement et au multilatéralisme, la France assume désormais la nécessité de penser l’Arctique comme un espace stratégique à part entière. Il s’agit moins de rompre avec l’approche historique que de la compléter, en articulant plus étroitement les dimensions scientifique, économique, diplomatique et militaire. Cette inflexion vise à garantir que la France demeure un acteur crédible, audible et influent dans un Arctique en voie de militarisation relative, où la capacité à combiner légitimité, présence et cohérence stratégique devient un facteur déterminant.

Structurer la stratégie de défense

Identifié dès la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale de 2017 (4) comme un « espace de confrontation envisageable », l’Arctique s’impose désormais comme un théâtre stratégique à part entière. Il constitue à la fois un prolongement de la profondeur stratégique française et un espace de convergence d’intérêts globaux — souveraineté, sécurité, économie, stabilité internationale — qui dépassent largement le seul cadre régional. À ce titre, la région arctique s’inscrit désormais dans une continuité stratégique allant de l’Atlantique nord à l’Europe du Nord, renforçant son importance pour l’architecture de sécurité euro-atlantique.

Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, la France assume une responsabilité particulière dans les espaces contestés. Son appartenance à l’OTAN et à l’Union européenne implique une solidarité stratégique renforcée avec les États arctiques alliés. En cas de dégradation de la situation, cette solidarité pourrait se traduire par la mise en œuvre de mécanismes de défense collective, conformément à l’article 5 du traité de l’Atlantique nord et à l’article 42-7 du traité sur l’Union européenne. L’adhésion récente de la Suède et de la Finlande à l’OTAN renforce encore cette dynamique, en intégrant pleinement le flanc nord dans la planification de défense collective.

Un enjeu central réside dans la capacité des forces armées françaises à opérer durablement dans, vers et depuis l’Arctique, dans un environnement caractérisé par des contraintes extrêmes et une contestation croissante de la liberté d’accès. La militarisation du flanc nord par la Russie, combinée à la montée en puissance progressive de la Chine dans la région, contribue à la dégradation de l’environnement sécuritaire. Dans ce contexte, les armées françaises doivent développer et maintenir des capacités spécifiques de projection, d’adaptation et de résilience, fondées sur l’interopérabilité alliée, la maitrise des milieux aérien et maritime, ainsi que sur la capacité à opérer dans des conditions climatiques sévères.

La sécurisation des chaines d’approvisionnement stratégiques représente également un enjeu majeur. L’ouverture saisonnière de nouvelles routes maritimes arctiques, conjuguée à la montée en importance des routes aériennes polaires, confère aux flux logistiques et énergétiques une valeur géoéconomique accrue. Cette évolution appelle une vigilance renforcée, notamment face aux risques de coercition, de perturbation des flux ou d’atteinte aux infrastructures critiques, en particulier sous-marines. À cet égard, la protection des câbles, des systèmes de communication et des infrastructures énergétiques constitue un axe structurant de la stratégie de défense en Arctique.

Enfin, la protection des ressortissants, des activités nationales et des intérêts européens dans la région constitue un enjeu opérationnel direct. Dans un espace vaste, hostile et faiblement doté en capacités civiles, les forces armées demeurent souvent le seul acteur étatique capable de projeter rapidement des moyens adaptés : elles peuvent être mobilisées dans une logique de service public élargi, allant des opérations de recherche et de sauvetage à la réponse à des crises environnementales majeures, en passant par l’appui logistique en zone isolée ou les évacuations d’urgence.

Un carrefour stratégique majeur

L’Arctique ne saurait plus être appréhendé comme un espace lointain, figé ou périphérique. Il s’impose désormais comme un carrefour stratégique majeur, à l’intersection des dynamiques géopolitiques, économiques, climatiques et sécuritaires du XXIe siècle.

Zone de bascule et révélateur des tensions globales, régulateur climatique mondial et espace de compétition croissante, l’Arctique concentre des enjeux qui touchent directement les intérêts stratégiques français. Préserver la liberté d’action et empêcher toute tentative de sanctuarisation unilatérale d’un espace commun constituent désormais des impératifs stratégiques.

Notes

(1) Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV), rapports d’activité.

(2) De grands groupes comme TotalEnergies, Technip Energies, Thales Alenia Space, Airbus ou Naval Group, mais aussi des PME comme POMA, MND ou CLS, ou encore des compagnies maritimes telles que Ponant sont déjà présentes et actives en Arctique.

(3) Arctic Council Secretariat, « Kiruna Declaration », 15 mai 2013.

(4) Présidence de la République, ministère des Armées, Revue stratégique de défense et de sécurité nationale, 2017 (https://​www​.vie​-publique​.fr/​f​i​l​e​s​/​r​a​p​p​o​r​t​/​p​d​f​/​1​7​4​0​0​0​7​4​4​.​pdf).

Jérémy Bachelier

areion24.news

Des soldats ukrainiens en Libye

 

Dans une enquête exclusive, Radio France Internationale a révélé en fin de semaine que l’Ukraine avait déployé des soldats dans l’ouest de la Libye, pour faire pièce aux positions russes dans le camp adverse du général Khalifa Haftar. 

Le 4 mars 2026, Moscou a accusé les Ukrainiens et les renseignements britanniques d’avoir attaqué, depuis les côtes libyennes, un méthanier russe, l’Arctic Metagaz. Ce navire fait partie de la flotte fantôme russe destinée à contourner les sanctions. Chargé de gaz naturel liquéfié, ce méthanier évoluait en pleine mer Méditerranée, vers Port-Saïd en Égypte. Il dérive désormais en Méditerranée orientale, où il se rapproche de Malte, avec sa cargaison de 60 000 tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL).

RFI estime que le vaisseau a bien été victime d’une frappe de drone ukrainienne et ajoute que l’armée ukrainienne a une présence effective en Libye, « précisément dans l’ouest du pays ».

Plus de 200 officiers et experts ukrainiens sur 3 sites

« Selon deux sources libyennes très bien informées, qui nous ont parlé sous couvert d’anonymat, plus de 200 officiers et experts de l’armée ukrainienne sont déployés en Libye, en accord avec le gouvernement de Tripoli dirigé par Abdelhamid Dbeibah », écrit RFI. Les militaires ukrainiens sont présents sur trois sites, précise-t-elle : à Misrata, à Zaouïa et à Tripoli.

« Ils sont basés à l’académie de l’armée de l’air à Misrata. Dans ce vaste lieu cohabitent des forces turques, italiennes et du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom). Un centre de renseignements britanniques y est également installé. »

Ils utilisent une seconde base « entièrement équipée pour le lancement de drones aériens et navals, dans la ville de Zaouïa », à environ 50 kilomètres au nord de la capitale et tout près du complexe pétrolier de Mellitah, l’un des plus grands du pays. Il s’agit d’un terrain« qui leur a été accordé par le gouvernement de Tripoli et qui a un accès direct à la mer. » En octobre et novembre dernier, des travaux y ont été menés pour « fortifier le lieu et l’équiper de pistes et des antennes nécessaires. »

Le troisième site sert à des réunions de coordination entre les éléments ukrainiens et l’armée libyenne. C’est le « siège de la 111e brigade de l’armée, sur la route de l’aéroport de Tripoli. »

Formation en drones et futures ventes d’armes

L’interlocuteur des militaires ukrainiens est Abdul Salam al-Zoubi, le sous-secrétaire du ministère de la Défense (le poste de ministre étant depuis toujours vacant au sein du gouvernement Dbeibah), poursuit RFI.

Selon les sources de la radio, « c’est sur demande officielle de l’attaché militaire ukrainien à Alger, le général Andreï Bayouk, que Tripoli a signé un accord, en octobre dernier, avec un conseiller militaire ukrainien pour avoir une présence en Libye ». En contrepartie, « Tripoli bénéficie de formations administrées aux militaires libyens, notamment pour l’utilisation de drones. » À long terme, l’accord prévoit des ventes d’armes et des investissements ukrainiens dans le secteur du pétrole en Libye.

La Libye autre théâtre d’affrontement entre Moscou et Kiev ?

En octobre 2025, Moscou a accusé officiellement le Premier ministre libyen de soutenir des « groupes ukrainiens » et de leur accorder « des facilités logistiques » avec un « soutien direct » des renseignements britanniques.

Selon les sources de RFI, l’Arctic Metagaz « aurait été visé par un drone naval autonome de surface du genre Magura V5, fabriqué par l’Ukraine et déjà utilisé en Mer Noire.«  « Ce drone lancé depuis la base de Mellitah, où se trouvent des militaires ukrainiens, touche essentiellement la salle de moteurs qui se remplissent rapidement d’eau, ce qui bloque le bateau. »

Face au risque majeur de pollution des côtes libyennes, des responsables politiques ont dénoncé l’atteinte à la souveraineté du pays « livré aux forces étrangères » et une guerre par procuration entre Moscou et Kiev. Et RFI de rappeler l’attaque contre un pétrolier de la flotte fantôme russe, le pétrolier Qendil, dans les eaux neutres de la Méditerranée, imputée, le 19 décembre dernier, par l’AFP à l’Ukraine, à travers une source au sein des services de sécurité ukrainiens (SBU). Le vaisseau avait été touché alors qu’il naviguait entre la Grèce et la Libye, à 250 km des côtes libyennes, par un drone tiré à partir de Misrata. L’Ukraine a utilisé de tels drones marins en mer Noire.

Kiev veut renforcer sa présence en Afrique

La présence russe en Libye remonte à 2016. Moscou soutient le régime du général Haftar et utilise ses ports pour débarquer hommes et matériels à destination du Sahel. L’armée russe est impliquée aux côtés des régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso, qu’elle appuie dans leur lutte contre les groupes djihadistes et séparatistes touareg (au Mali) et qu’elle protège contre de possibles menaces occidentales, en particulier françaises.

Tout récemment, l’Agence de presse ukrainienne en arabe a annoncé que Kiev « cherchait à élaborer une stratégie visant à renforcer sa présence en Afrique et à étendre la coopération avec ces pays. » Selon ce site gouvernemental spécialisé, « une réunion dirigée par Kyrylo Boudanov, chef de l’administration présidentielle ukrainienne, a eu lieu dans ce but ». Plusieurs responsables de haut niveau diplomatique et du renseignement y ont participé, en présence d’experts en Afrique, pour accroître cette « coopération spécifique », tant en Afrique du Nord qu’en Afrique subsaharienne.

Après la bataille de Tinzaouaten, qui s’était soldée, le 27 juillet 2024, par une victoire des assaillants indépendantistes (plusieurs dizaines de mercenaires russes de Wagner tués et deux prisonniers, à côté de dizaines de soldats maliens tués et faits prisonniers), l’Ukraine avait revendiqué un rôle dans cette opération. On sait que des pilotes touareg de drones ont été formés en Ukraine et même au Mali. 

mondafrique.com