Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 3 avril 2026

Le Pentagone annonce le départ soudain du chef d'état-major de l'armée de terre américaine

 

Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George. Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, de nombreux hauts gradés ont été poussés vers la sortie, faisant craindre une politisation de l'armée aux États-Unis.

Le général Randy George "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite". L'intérim est assuré par le chef d'état-major adjoint, Christopher LaNeve.

Sean Parnell ne donne pas la raison du départ soudain de ce très haut gradé. CBS News, qui a révélé l'information, cite un responsable américain anonyme affirmant que Pete Hegseth souhaite nommer à sa place quelqu'un qui pourra appliquer la vision de Donald Trump et de son ministre pour l'armée de terre.

Le général Randy George, diplômé de la prestigieuse académie militaire de West Point, qui a servi en Irak et en Afghanistan, avait été nommé à ce poste en 2023, sous le mandat du président démocrate Joe Biden.

Une série de limogeages

Il s'agit d'un départ forcé de plus chez les plus hauts gradés de l'armée américaine depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Le président américain avait, sans explication, limogé début 2025 Charles "CQ" Brown, le chef d'état-major des armées, pour le remplacer par Dan Caine.

Depuis, ce sont les chefs de la marine, des garde-côtes, de l'agence d'espionnage NSA, ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie par le gouvernement de Donald Trump. Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde.

Des parlementaires de l'opposition démocrate se sont inquiétés d'une potentielle politisation de l'armée, traditionnellement plus isolée des batailles politiciennes que le reste de l'appareil d'Etat américain.

AFP

Epic Fury : L’US Air Force a perdu un F-15E au-dessus de l’Iran

 

«On ne ment jamais tant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse», disait Georges Clemenceau. Aussi faut-il prendre les informations livrées par les belligérants d’un conflit avec d’autant plus de prudence que les possibilités offertes par l’intelligence artificielle sont susceptibles d’être exploitées à des fins de manipulation.

Ceci rappelé, ce 3 avril, les médias d’État iraniens ont affirmé que le Corps des gardiens de la révolution [IRCG] venait d’abattre un chasseur-bombardier F-35 américain, engagé dans l’opération «Fureur épique», dans le centre du pays. Et cela grâce à un «nouveau système de défense aérienne».

Quelques heures plus tôt, l’agence de presse semi-officielle Tasnim avait diffusé une vidéo censée montrer un «chasseur ennemi sophistiqué américano-israélien» [sous-entendu : un F-35] être abattu par un «système naval avancé de défense aérienne» au-dessus de l’île de Qeshm. Seulement, sur les images, on voit un F-15 faire une manœuvre d’évitement en larguant des leurres… mais pas l’impact d’un quelconque missile sol-air sur l’appareil.

L’US CENTCOM, c’est-à-dire le commandement américain pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, avait immédiatement réagi en publiant un court message pour nier la perte d’un avion de combat dans les environs de l’île de Qeshm, située dans le détroit d’Ormuz.

«Tous les avions de chasse américains sont pris en compte. Les gardiens de la révolution iraniens ont formulé la même affirmation mensongère au moins une demi-douzaine de fois», a fait valoir l’US CENTCOM.

Aussi, il est probable que la vidéo diffusée par l’agence Tasnim n’ait rien à voir avec le F-35 supposément abattu par l’IRCG dans le centre de l’Iran. S’agissant de ce dernier, les médias iraniens ont produit des photographies de débris pour appuyer leurs affirmations. Seulement, après analyse, il s’avère qu’il s’agit de morceaux provenant d’un F-15E Strike Eagle.

En effet, la bande rouge et l’insigne figurant sur les restes d’une dérive retrouvés dans le périmètre où est se serait écrasé l’appareil en question suggèrent qu’il s’agissait d’un F-15E appartenant au 494e escadron de combat, habituellement basé à Lakenheath, au Royaume-Uni.

Évidemment, l’hypothèse que ces photographies puissent provenir d’un autre site où un F-15E Strike Eagle s’est écrasé n’est pas à écarter.

Pour rappel, au début de l’opération «Fureur épique», trois F-15E, dont un du 494e escadron, ont été abattus, a priori par erreur, par un F/A-18 Hornet koweïtien. Cependant, la géographie de la zone où ces clichés ont été pris ne correspond pas à celle du Koweït.

Peuvent-elles provenir d’un autre accident ayant impliqué un F-15E du 494e escadron ? La dernière fois que cette unité a perdu l’un de ses appareils au combat remonte au 22 mars 2011, dans la région de Benghazi [Libye]. À l’époque, l’US Air Force avait évoqué un «problème technique» et non un tir hostile. Son pilote et son navigateur avaient pu s’éjecter à temps. Mais les images du secteur où cet appareil s’était écrasé ne correspondent nullement à celles provenant d’Iran.

Quoi qu’il en soit, d’autres photographies non encore authentifiées ont été diffusées par la suite. L’une d’elles montre un siège éjectable de type ACES II [le modèle qui équipe le F-15E]. D’autres suggèrent qu’une mission CSAR [Combat Search and Rescue] a été lancée par l’US Air Force pour tenter de retrouver l’équipage de l’appareil.

Prises dans la région de Kohguilouyeh-et-Bouyer-Ahmad, dans le sud de l’Iran, elles montrent un C-130J Hercules [ou, plus précisément, un HC-130J Combat King] ainsi que deux hélicoptères HH-60 dédiés aux missions CSAR.

Si la véracité de ces clichés est confirmée, alors cela signifierait qu’un F-15E a bel et bien été perdu par l’US Air Force… Mais pas forcément qu’il a été abattu par un système antiaérien iranien [ce qui serait une première depuis le début de l’opération «Fureur épique». En tout cas, le fait qu’une mission CSAR ait été lancée suggère qu’au moins l’un des deux membres de son équipage a donné un signe de vie. Probablement que l’US CENTCOM attend que celle-ci soit achevée pour confirmer la perte d’un F-15E.

Un membre d’équipage a été secouru vivant ; les recherches se poursuivent pour retrouver le second

Un membre d’équipage américain, dont l’avion de chasse a été abattu au-dessus de l’Iran plus tôt dans la journée, a été secouru vivant, ont annoncé des responsables américains et israéliens.

« Un membre d’équipage de l’avion abattu a été secouru par les forces américaines », rapporte CBS News, citant deux responsables américains.

Un responsable israélien a également confirmé aux médias israéliens qu’un membre d’équipage avait été secouru.

Les recherches se poursuivent pour retrouver le second membre d’équipage.

Ce même responsable israélien a aussi indiqué que l’armée de l’air israélienne avait suspendu ses frappes aériennes dans les zones iraniennes où se déroulent les recherches.

Un responsable américain avait confirmé plus tôt qu’un avion de chasse avait été abattu au-dessus de l’Iran et qu’une opération de recherche et de sauvetage était en cours pour retrouver d’éventuels survivants.

opex360.com

Les renseignements US indiquent qu’environ 50 % des lanceurs de missiles iraniens sont intacts

 

Selon des sources citées par CNN, les services de renseignement américains estiment qu’environ la moitié des lanceurs de missiles balistiques iraniens sont toujours intacts, malgré plus d’un mois de bombardements américains et israéliens à travers le pays.

Toutefois, certains de ces lanceurs ne seraient pas accessibles pour le moment, car ils auraient été ensevelis sous les décombres lors des vagues de frappes aériennes, ont précisé ces sources.

Contrairement à l’évaluation américaine, Israël a déclaré en mars avoir détruit ou mis hors service environ 60 % des quelque 470 lanceurs de missiles balistiques iraniens.

L’écart entre ces deux estimations pourrait s’expliquer par des différences dans la manière dont Israël et les États-Unis classifient les lanceurs intacts mais inaccessibles.

Selon l’évaluation israélienne, environ 200 de ces lanceurs ont été détruits lors de frappes et 80 autres ne sont plus considérés comme opérationnels, car l’armée de l’air israélienne a frappé les entrées des tunnels menant aux installations souterraines où ils sont stockés, a indiqué Tsahal.

Par ailleurs, les services de renseignement américains estiment également que l’Iran dispose toujours de milliers de drones d’attaque stockés et prêts à l’emploi, a rapporté CNN.

Une source citée par le média met en garde contre le fait que l’Iran est « toujours tout à fait prêt à semer le chaos absolu dans toute la région ».

La Maison Blanche et le Pentagone réfutent tous deux le contenu du rapport, un porte-parole de la Maison Blanche accusant les sources de tenter de « minimiser » les résultats de l’offensive conjointe américano-israélienne en Iran.

fr.timesofisrael.com

Trump, ou le mensonge érigé en méthode de pouvoir

 

De la falsification du réel à la brutalisation du langage, ce texte dresse le portrait d’un Donald Trump pour qui la répétition vaut vérité, la domination tient lieu de morale et l’instinct remplace le jugement. Une mécanique politique qui déborde le verbe et éclaire aussi son rapport à la guerre.

Chris Christie, ancien gouverneur du New Jersey, a déclaré que Donald Trump lui avait un jour dit que, si l’on répète un mensonge assez longtemps, il devient vérité. Prise au sérieux, cette phrase est moins une remarque lancée en passant qu’un principe de gouvernement. Dès lors que la vérité devient quelque chose qu’il faut user plutôt que découvrir, tout le reste suit : le pouvoir, le langage, le jugement, et même la guerre elle-même.

Ce qui apparaît alors, c’est un catalogue du système psychologique de Trump : la réalité est remplaçable, le pouvoir est personnel, et la contrainte est facultative.

Trump ne discute pas, il écrase et substitue. « Nous avons gagné cette élection par un raz-de-marée », a-t-il insisté après l’avoir perdue. « Ce que vous voyez et ce que vous lisez n’est pas ce qui se passe. » Affirmation, répétition, escalade : dites-le assez souvent, assez fort, et l’affirmation commence à occuper la place où se trouvait autrefois le fait. Le mensonge devient une méthode, la répétition un instrument destiné à épuiser la capacité du public à distinguer la vérité du vacarme.

Et lorsque le mensonge s’effondre, lorsque les faits sont clairs, lorsque le dossier est public, un élément demeure constant : ce n’est jamais sa faute. Cela aussi fait partie de la structure. Cela révèle son insolence, cette conviction profonde que l’échec appartient toujours aux autres, jamais à lui.

De là, la logique glisse sans heurt vers le pouvoir. « Je peux faire tout ce que je veux », a-t-il dit. Il a aussi affirmé qu’il pourrait se tenir sur la Cinquième Avenue, tirer sur quelqu’un, et s’en tirer. Ce sont des professions de foi : l’autorité comme quelque chose de personnel, total, et affranchi de toute retenue institutionnelle.

Le pouvoir sans frein

Nulle part cela n’est plus dangereux qu’en matière de guerre. Voici un président dépourvu de discipline, à plus forte raison de discipline guerrière, qui déclenche des guerres parce qu’il croit en avoir le pouvoir, et qui y met fin, s’il en est capable, lorsqu’il le sent dans ses tripes, au mépris des institutions, des procédures ou des agences censées conseiller, contenir et calculer les conséquences. La stratégie cède la place à l’instinct, la délibération à l’impulsion, et les décisions les plus graves qu’un État puisse prendre se trouvent ramenées à l’humeur et à l’appétit.

Il parle d’anéantissement avec un fond de sadisme. Il largue des bombes sur des écoles de filles, selon ses propres termes, « juste pour le plaisir », comme si la violence était une source d’amusement, et comme si la destruction des sans défense n’était qu’une autre manière de se sentir puissant.

Lorsqu’on lui demande quel standard moral il applique, la réponse se réduit à un seul point : le sien est le seul qui compte. Cette même morale, auto-référentielle et sans bornes, s’étend à tout, qu’il s’agisse de parler avec désinvolture de céder du territoire en Ukraine ou d’imaginer la transformation d’une Gaza dévastée en projet immobilier, comme si la souffrance humaine n’était qu’une variable supplémentaire dans une transaction. Le jugement devient préférence. Le pouvoir devient permission.

Dans ce système, le langage sert la hiérarchie. Les migrants sont des « animaux ». Les adversaires sont de la « vermine ». Des populations entières « empoisonnent le sang » du pays. Des nations sont des « trous à merde ». Chaque formule peut être écartée si on la prend isolément. Ensemble, elles composent un lexique dans lequel la valeur humaine est attribuée selon la proximité avec le pouvoir, puis retirée avec la même facilité.

Sa vision des femmes appartient au même paysage moral. « Attrapez-les par la chatte » n’était pas seulement une vulgarité saisie sur bande. C’était la révélation d’une vérité intérieure : les femmes d’abord rencontrées comme des objets, disponibles pour être classées, saisies et utilisées ; l’intimité traduite en droit ; la violation reformulée en prérogative.

Ses compliments obéissent à la même logique, mais à rebours. « Il est très riche », dit-il souvent, comme si la richesse suffisait à trancher la question de la valeur. Il se moque d’un homme, le traite de gros, le ridiculise, puis l’élève dans la même phrase parce qu’il est riche. L’insulte se dissout en présence de l’argent. La richesse rachète tout.

Dans le même ordre d’idées, il aurait dit qu’il aime être entouré de perdants parce que cela le fait se sentir mieux. Cela aussi mérite sa place dans le catalogue. Les autres n’apparaissent plus alors que comme des miroirs, le rassurant par leur infériorité, surtout lorsqu’ils se rassemblent autour de lui comme une troupe de chauffeurs, d’émissaires et de courtisans pliant le genou en signe d’adoration, si insincère soit-elle, car même l’hommage contrefait confirme la hiérarchie qu’il désire.

Il a dit à propos du fait d’éviter l’impôt : « Ça prouve que je suis intelligent. » Le système existe pour être battu ; l’homme qui le bat se place au-dessus. Dans ce cadre, l’intelligence ne se démontre ni par le savoir ni par le raisonnement ; elle s’affirme et se rattache au rang. Ou bien vous êtes au-dessus, ou bien vous êtes en dessous.

Et pourtant, l’ironie est difficile à manquer : son propre intellect est si pauvrement meublé qu’il a semblé incapable de distinguer entre un test de dépistage cognitif et un test de quotient intellectuel, prenant la preuve la plus élémentaire d’une simple présence d’esprit pour un signe de brillance intellectuelle. Cette confusion était révélatrice. Elle exposait un homme si avide d’être tenu pour grand, et si modestement équipé pour en soutenir le poids, qu’il a pris le premier signe venu pour une preuve de distinction.

L’outrage normalisé

Puis il y a l’honneur, ou plus exactement son absence totale. Trump est un homme sans honneur, et ce qui le rend singulier, en partie, est qu’il semble en être fier. La honte ne l’arrête pas, parce qu’il éprouve l’impudeur comme une forme de liberté. Les atteintes qui diminueraient toute autre figure publique — mentir avec aplomb, trahir des alliés, humilier des subordonnés, rabaisser les faibles, abandonner ses principes quand cela l’arrange — semblent seulement lui confirmer qu’il est sans entraves. L’honneur impose des devoirs envers autrui, et le devoir est précisément ce que son système psychologique rejette.

Cette absence aide à comprendre ce que signifie, pour lui, la force, et ce qu’elle exclut. Il existe une forme de courage qu’il est incapable de reconnaître parce qu’elle ne signale pas la domination. Il se moque des courageux prisonniers de guerre. À propos du sénateur John McCain, il a dit : « Moi, j’aime les gens qui n’ont pas été capturés », comme si la capture était une faute personnelle plutôt que la marque du service et du sacrifice — paroles prononcées par un homme qui n’a jamais servi son pays. Il s’est moqué de personnes souffrant de handicaps physiques, transformant la vulnérabilité en spectacle. Il n’honore pas le sacrifice, parce que le sacrifice suppose qu’il existe des biens supérieurs à l’avancement de soi.

Cette absence s’étend aussi à la manière dont il traite ses adversaires. Aux critiques, il ne répond pas ; il les vise, les ridiculise et les rabaisse. Rivaux politiques, journalistes, figures publiques : tous sont réduits à des caricatures ou traités en ennemis à effacer plutôt qu’en voix à affronter.

Même dans l’épisode Rob Reiner, lorsqu’il s’est moqué de l’idée que Reiner et sa femme puissent mourir de ce qu’il appelait avec mépris le « syndrome de dérangement anti-Trump », on retrouve la même impulsion : banaliser la mort elle-même, brouiller la frontière entre l’insulte et la violence.

Même le pouvoir judiciaire devient, dans son imagination, une autre scène d’intimidation. Après avoir insulté des juges de la Cour suprême qu’il avait lui-même nommés, il se rend à une audience sur le droit du sol comme si sa simple présence pouvait déstabiliser des juges moins impressionnables qu’il ne l’imagine, comme si la Cour, elle aussi, n’était qu’un autre théâtre où le spectacle et la menace pourraient obtenir ce que le droit refuse.

Dans ses meetings, le schéma devient explicite. « Cassez-leur la gueule », dit-il à ses partisans, encourageant la force comme performance. Il ne se contente pas de flatter la foule ; il célèbre les pires qualités de sa base, autorise le ressentiment, la grossièreté, l’intolérance, la cruauté, et les leur renvoie comme des vertus politiques. Dans cet échange, la dégradation devient une solidarité.

Et pourtant, même là, il y a du calcul. L’agression s’exerce vers le bas. Il parle de prendre le Groenland, de voler le pétrole du Venezuela, de punir les alliés de l’OTAN, de remodeler Cuba. Des puissances plus petites, des acteurs dépendants, des cibles exposées. Face à des hommes plus forts, le ton change. La fanfaronnade s’adoucit et se recalibre. Il est, au fond, un matamore et un tyran qui ose surtout face aux plus faibles, schéma qui aide à expliquer sa déférence envers Xi et Poutine et montre comment l’intimidation peut se déguiser en force.

La contradiction devient la plus visible dans sa relation à la nation elle-même. Il parle sans cesse de rendre à l’Amérique sa grandeur, invoquant la force, la fierté et la finalité nationale. Pourtant, il traite le public américain moins comme un peuple à servir que comme une contrepartie dont il faut extraire quelque chose — en poursuivant, en négociant, en manipulant, en transférant les coûts sur les contribuables tout en préservant son gain personnel. La nation devient à la fois symbole et instrument, quelque chose qu’on mobilise et quelque chose qu’on facture.

Ce qui demeure, c’est une personnalité structurée autour de la répétition comme substitut à la vérité, de la domination comme substitut à l’empathie, et de l’instinct comme substitut au jugement ; un système qui exige une validation permanente, rejette la contradiction et traite les règles comme des obstacles à écarter.

La question la plus profonde, cependant, ne porte pas seulement sur lui. Elle porte sur l’environnement qui absorbe cette méthode, la normalise et s’y accoutume. Où sont les voix durables du refus — non pas des remarques de passage, non pas une indignation intermittente, mais un rejet persistant d’un langage qui a progressivement vidé la vie publique de ses standards ? Pourquoi la réponse a-t-elle été si faible, si vite épuisée ? Ou bien la répétition a-t-elle déjà produit son effet : l’outrage devenu normal, l’inacceptable absorbé, le langage si familier que ses présupposés ne se donnent même plus à voir comme des présupposés?

La phrase de Christie reste la clé. Répétez un mensonge assez longtemps, et il devient vérité. Une fois ce mécanisme compris, le catalogue ne paraît plus accidentel. Il ressemble à un plan déjà mis à l’épreuve.

mondafrique.com

Penser le cyber : l’IA dans la conflictualité numérique

 

Depuis l’apparition de ChatGPT en novembre 2022, on ne cesse d’appréhender le moment où les technologies liées à l’intelligence artificielle – et notamment les grands modèles de langage (LLM : Large language models) – révolutionneront la conduite des cyberopérations offensives. Dans un rapport publié en novembre 2025, Anthropic semble annoncer son arrivée. Un acteur, parrainé par la Chine selon l’entreprise étasunienne, aurait utilisé le modèle Claude pour automatiser la chaîne opérationnelle, parvenant à compromettre une trentaine d’organisations (1).

Cette première ouvrirait la porte à des usages émergents, particulièrement en matière d’espionnage ou de campagnes de ransomwares, compliquant la tâche de la cybersécurité et de la cyberdéfense. Les LLM – une sous-classe de l’IA générative – constitueraient en effet un outil formidable pour opérer très rapidement et à l’échelle industrielle. Ce gain est évidemment à double tranchant : ces mêmes outils peuvent contribuer à réduire le nombre de vulnérabilités dans les programmes informatiques, augmenter les capacités de détection des attaques et aider à la prise de décision en cybersécurité. Plus largement, ils peuvent jouer un rôle clé dans la consolidation de la couche logicielle de l’infrastructure numérique globale, par exemple en réécrivant des programmes fondamentaux comme les logiciels de messagerie ou les suites bureautiques (2).

Cet épisode remet particulièrement en question les mesures de sécurité censées empêcher l’exploitation des modèles à des fins malveillantes (le jailbreaking). Comme d’autres opérateurs essentiels de l’infrastructure numérique contemporaine, les entreprises d’IA sont majoritairement étasuniennes. À ce titre, elles s’inscrivent dans un contexte politique particulièrement mouvant. La volonté du gouvernement Biden de « refondre le contrat social de cybersécurité », c’est-à‑dire d’inciter les fournisseurs de services et de logiciels numériques à intégrer la sécurité dès la conception, s’est élargie à l’IA en octobre 2023. L’un de ses derniers actes en janvier 2025 a encouragé l’application de ces technologies en matière de cyberdéfense. Moins d’une semaine plus tard, le nouveau gouvernement revenait sur les dispositions d’octobre 2023. En juin, l’administration Trump amendait en partie le dernier décret de Joe Biden. Néanmoins, des entreprises comme Anthropic (Claude), OpenAI (ChatGPT) ou Google (Gemini) continuent de développer des moyens de sauvegarde contre le jailbreaking, en collaboration avec les pouvoirs publics, aux États-Unis (National Institute of Standards and Technology) comme au Royaume – Uni (UK AI Security Institute) (3). Dans le cas évoqué par le rapport d’Anthropic, l’acteur mis en cause a créé un cadre d’attaque autonome : il a divisé les différentes phases de l’attaque (reconnaissance, exploitation de vulnérabilité, mouvements latéraux, collecte d’identifiants, etc.) en autant de sous – tâches distinctes qui ont ensuite été exécutées par Claude. Par conséquent, ce dernier n’a pas été capable de reconnaître l’intention malveillante d’ensemble. Par ailleurs, le modèle aurait été trompé en lui laissant croire qu’il assistait une mission d’audit de cybersécurité. Les mesures de sauvegarde auraient donc été contournées par ces méthodes.

Le cadre d’attaque autonome aurait permis d’automatiser une grande partie des tâches, en limitant ainsi l’intervention humaine. Celle-ci est cependant restée présente sous la forme d’une structure de travail composée d’un ensemble de fonctionnalités servant à orchestrer et à soutenir les opérations. Le modèle a donc régulièrement sollicité une validation de la part des opérateurs, par exemple après la phase de reconnaissance des systèmes ciblés. Ce point montre qu’il ne s’agit pas de créer un agent purement autonome, mais de répondre à une question à laquelle sont confrontées toutes les organisations face à l’IA générative : jusqu’à quel point automatiser les processus opérationnels et organisationnels ? Car le recours à ces outils n’est pas sans poser de problèmes, notamment du fait de leur propension à produire des résultats erronés et trompeurs.

La place des technologies d’IA dans la conflictualité numérique se décline dans deux dimensions. Comme l’illustre le cas précédent, les outils peuvent être exploités pour conduire des cyberopérations offensives. Les opérateurs soulignent ainsi la polyvalence des tâches remplies par les LLM : phishing à la fois précis et à grande échelle, fraudes massives, développement de malwares, etc. (4). Ils sont aussi des éléments de plus en plus importants dans les campagnes d’influence en ligne (5). Car l’IA générative permet non seulement de générer de fausses informations, mais aussi de le faire à l’échelle industrielle. Des campagnes liées à des opérateurs russes en Europe ou en Afrique ont largement fait appel à ces fonctionnalités pour singer des médias traditionnels, mais aussi pour inonder les réseaux sociaux de leurs productions (6). Les algorithmes de recommandation de ces derniers, qui valorisent généralement l’engagement et donc la production de contenus à forte charge émotionnelle, ont encore accéléré le phénomène. En outre, l’IA générative est utilisée pour créer de faux comptes très crédibles et en très grand nombre. Les LLM servent ici à des tâches diverses qui peuvent être automatisées et perfectionnées, à l’instar des traductions par exemple. Le contexte politique actuel au sujet de la lutte contre les manipulations de l’information aux États-Unis entraînera sans doute des conséquences sur la contribution des opérateurs et des fournisseurs de services d’IA en matière d’alerte, d’analyse et de renseignement des anciens et nouveaux modes opératoires. Le dernier rapport de Meta date ainsi de mai 2025.

Les technologies d’IA sont aussi des cibles et pas uniquement des leviers. En raison de leur importance croissante au cœur des infrastructures informationnelles et numériques, elles font l’objet de tentatives non seulement de les tromper, mais aussi de les subvertir, c’est-à‑dire d’en modifier le fonctionnement et les résultats. Bien qu’encore théoriques pour la plus grande part, les méthodes utilisées ciblent les bases de données sur lesquelles s’entraînent les modèles. Or celles-ci sont connectées à Internet depuis la fin de l’année 2024 et le début de 2025. Par conséquent, il est possible d’influencer indirectement leur comportement en modifiant une partie des données disponibles. Étant donné le volume très important que cela représente, il faut imaginer la production d’informations fausses ou erronées en très grand nombre. Néanmoins, il est possible que les réseaux informationnels que construisent les entrepreneurs d’influence (notamment russes) puissent s’approcher de ce résultat. En raison de leur développement et de leur croissance rapide, ils contribueraient à « teinter » les informations disponibles sur Internet. Notamment, le fait de dupliquer en masse les contenus pour des plateformes et des supports différents attirerait les agents qu’utilisent les moteurs de recherche (search engine web crawlers) et les LLM (algorithme de scrapping) pour prospecter Internet. Cette méthode dite de LLM-Grooming aurait d’importantes conséquences sur la qualité de l’espace informationnel et sur la confiance qui lui est accordée (7).

Néanmoins, l’émergence de nouveaux usages et de nouveaux modes opératoires instrumentalisant ou ciblant les technologies d’IA générative ne signifie pas nécessairement leur adoption par le plus grand nombre et encore moins leur généralisation. Ces technologies offrent de formidables opportunités pour automatiser certaines tâches ou pour assister l’humain, de la production à grande échelle à la prise de décision. En la matière pourtant, le mode de fonctionnement des LLM – entraînés sur des jeux de données – éclaire aussi leurs limites. Ils sont mal adaptés aux contextes incertains, particulièrement ceux de la conflictualité. Par ailleurs, leur propension à « halluciner », c’est-à‑dire à inventer des résultats erronés, reste élevée. De ce fait, leur utilisation à des fins offensives, particulièrement dans le cadre de cyberopérations, est risquée pour un acteur qui souhaite maîtriser les effets. Là comme ailleurs, le choix de procédures et de techniques dépend avant tout du cadre opérationnel et organisationnel, lequel inclut des paramètres politiques et juridiques. Sur le spectre allant de l’assistant à l’automate, il est fort probable que seuls certains acteurs glisseront vers le second pôle. À moins que la tentation de recourir à l’IA pour agir à l’échelle industrielle ne devienne pressante au fur et à mesure que les infrastructures numériques se transforment en espaces de conflictualité.

Notes

(1) Anthropic, « Disrupting the first reported AI-orchestrated cyber espionage campaign », 13 novembre 2025 (màj 17 novembre).

(2) Jen Easterly, « The End of Cybersecurity: America’s Defenses Are Failing – but AI can Save Them », Foreign Affairs, 16 octobre 2025.

(3) Derek B. Johnson, « Top AI companies have spent months working with US, UK governments on model safety », Cyberscoop, 15 septembre 2025.

(4) Anthropic, « Threat Intelligence Report », août 2025 ; OpenAI, « Disrupting malicious uses of AI: an update », octobre 2025 ; Google Threat Intelligence Group, « Advances in Threat Actors Usage of AI Tools », novembre 2025.

(5) OpenAI, « Influence and cyber operations: an update », octobre 2024.

(6) VIGINUM, « Analyse du mode opératoire informationnel russe Storm-1516 », SGDSN, 6 mai 2025. Voir aussi Kevin Limonier, « Entrepreneurs de la désinformation : plongée dans l’ombre de la guerre informationnelle russe », Propagations, 28 octobre 2025.

(7) American Sunlight Project, « A Pro-Russia Content Network Foreshadows the Automated Future of Info Ops », 26 février 2025.

Stéphane Taillat

areion24.news