Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 18 mars 2026

Trump contredit par une note des renseignements sur les raisons de la guerre en Iran

 

Une note qui ne va pas faire plaisir au locataire du Bureau ovale. Le renseignement américain a conclu, ce mercredi 18 mars, que l’Iran n’avait pas essayé de relancer ses activités d’enrichissement nucléaire détruites dans des frappes américano-israéliennes en juin 2025. Ce qui contredit Donald Trump sur les objectifs de la guerre lancée avec Israël contre Téhéran.

« À la suite de l’opération “Midnight Hammer”, le programme d’enrichissement nucléaire iranien a été anéanti. Depuis, aucun effort n’a été entrepris pour tenter de rétablir leurs capacités d’enrichissement », affirme la cheffe des services de renseignement, Tulsi Gabbard, dans une déclaration écrite soumise à une commission parlementaire du Sénat qu’elle n’a toutefois pas évoqué dans son prononcé.

« Les entrées des installations souterraines qui ont été bombardées ont été recouvertes de terre et bouchées avec du ciment », a-t-elle ajouté. Les États-Unis s’étaient effectivement joints à Israël en juin pour bombarder des installations militaires iraniennes et son programme nucléaire, Donald Trump affirmant alors qu’il avait été « oblitéré ».

Un régime iranien « intact »

Or, ces derniers jours, Donald Trump a maintes fois mis en avant la nécessité de frapper de nouveau l’Iran pour détruire ses infrastructures militaires et de l’empêcher d’obtenir l’arme nucléaire.

Interrogée sur le fait qu’elle n’avait pas lu ces paragraphes lors de son audition, Tulsi Gabbard a répondu que c’était pour une question de temps, sans remettre en cause l’évaluation.

Le renseignement américain a par ailleurs estimé que le gouvernement iranien a subi de lourds revers dans les frappes américano-israéliennes mais il reste « intact » et reconstruira son armée et son programme de missiles s’il perdure. « Si ce régime hostile survit, il cherchera probablement à recommencer un effort à long terme visant à reconstruire ses missiles et drones », a-t-elle ajouté.

Alors que la pression populaire augmente sur Donald Trump, un haut responsable américain de la lutte contre le terrorisme a annoncé mardi sa démission pour protester contre la guerre menée contre l’Iran, affirmant que la République islamique « ne représentait aucune menace imminente » pour les États-Unis.

huffingtonpost.fr

Conflit en Iran: la démission de Joe Kent envoie un «message fort»

 

Un ancien agent de la CIA estime que d’autres démissions pourraient suivre au sein de l’administration Trump à propos du conflit contre l’Iran, après le départ de Joe Kent, alors que les questions se multiplient quant à la fin du conflit et aux raisons pour lesquelles l’armée américaine s’est engagée dans ce conflit.

«Le petit secret inavouable de la politique américaine actuelle, c’est que les États-Unis sont en guerre contre l’Iran parce qu’Israël a insisté pour que les États-Unis entrent en guerre contre l’Iran», a expliqué John Kiriakou, un ancien responsable de la lutte antiterroriste à la CIA devenu lanceur d’alerte, à la chaîne CTV News mardi.

Ses commentaires sont intervenus peu après que Joe Kent, un haut responsable des services de renseignement américains nommé par le président américain Donald Trump, ait annoncé de manière inattendue qu’il démissionnait en raison de ses inquiétudes concernant l’implication de l’armée américaine en Iran.

«Je ne peux en toute conscience soutenir la guerre en cours en Iran», avait-il écrit dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux. «L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain.»

Selon M. Kiriakou, la manière dont Joe Kent avait annoncé publiquement son départ constituait «une déclaration forte en soi», ajoutant qu’il partageait l’avis de Kent selon lequel l’Iran ne représentait aucune menace imminente pour les États-Unis avant le début du conflit.


«Il n’y avait aucune menace contre les États-Unis. Il s’agissait d’une décision politique prise pour apaiser les Israéliens, et enfin, quelqu’un a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.»

John Kiriakou

ancien responsable de la lutte antiterroriste à la CIA devenu lanceur d’alerte


Joe Kent n’est peut-être pas le seul responsable de l’administration Trump à démissionner à cause du conflit, a prédit John Kiriakou, soulignant qu’il avait choisi de ne pas adresser sa lettre de démission à sa supérieure directe, la directrice du renseignement national américain Tulsi Gabbard, mais à Trump lui-même.

«Tulsi est restée très, très discrète ces derniers temps», a-t-il rapporté à CTV News. «Et lors des grandes réunions de politique étrangère retransmises à la télévision, son absence est flagrante, je ne serais donc pas surpris de voir si (Gabbard) finissait par démissionner elle aussi.»

«Une mauvaise idée»

Les dissensions au sein de l’administration Trump reflètent la pression politique croissante qu’il commence à ressentir chez lui au sujet du conflit, alors que la hausse des prix de l’essence et les craintes d’un nouveau conflit prolongé au Moyen-Orient inquiètent certains partisans de Trump.

John Kiriakou a soutenu que le conflit était «une mauvaise idée dès le moment où elle a été exprimée par Benjamin Netanyahou», soulignant que le premier ministre israélien tente depuis des années de convaincre les États-Unis de mener une action militaire contre l’Iran.

«Pendant toutes les années où j’ai été au gouvernement, toutes les décennies où j’ai travaillé à la CIA ou au Comité des relations étrangères du Sénat américain, littéralement chaque premier ministre israélien qui venait aux États-Unis, quel que soit le président en fonction, disait: “S’il vous plaît, bombardez l’Iran”», a-t-il ajouté.

«Et la réponse était toujours non, jusqu’à ce président. Les États-Unis n’ont rien à y gagner», a-t-il poursuivi.

M. Kiriakou a fait valoir que la campagne aérienne actuelle menée par les armées américaine et israélienne, qui a entraîné la mort de nombreux hauts responsables iraniens, n’est pas une stratégie efficace en soi sans un plan pour la suite.

«Renverser un gouvernement est facile ; mettre en place quelque chose de mieux est extrêmement difficile», a-t-il dit. «Quand on a un pays qui est littéralement de la même taille que toute l’Europe occidentale, entouré de montagnes infranchissables sur trois côtés, et qu’il n’y a aucune alternative apparente au gouvernement actuel, alors qu’est-ce qu’on pourrait bien espérer gagner?»

Jordan Fleguel

noovo.info

Au Kenya, la génération Z contre le pouvoir

 

En juin 2024, la jeunesse kényane s’est soulevée contre la vie chère, la corruption et un système politique déconnecté de ses préoccupations. Un an plus tard, les manifestations – et la répression – ont repris. Mobilisée dans la rue et sur les réseaux sociaux, la génération Z (enfants nés entre la fin des années 1990 et le début de la décennie 2010) se veut porteuse d’espoir démocratique dans un pays en crise.

Depuis plusieurs années, le Kenya traverse une période de profonde instabilité politique, économique et sociale. Endetté, dépendant du tourisme et d’un secteur horticole mondialisé, le pays est confronté à un développement inégalitaire. Si, à l’international, le Kenya peut donner l’image d’un « bon élève » africain, stable et en croissance (4,5 % en 2024), la réalité intérieure est tout autre. En juin 2024, le projet de loi de finances, d’inspiration libérale, prévoyant des hausses d’impôt sur les produits de première nécessité, a déclenché une vague de colère.

Rupture générationnelle

Ces mesures ont été mal vécues par une génération Z en quête de liberté et marquée par la précarité et le manque d’opportunités. La défiance envers les élites, accusées de népotisme, de corruption et de kleptocratie, perdure et est alimentée par le contraste entre les difficultés de la population et l’opulence des élites, à l’image du président William Ruto (depuis 2022), l’un des hommes les plus riches du pays. La jeunesse dénonce également la dérive autoritaire du pouvoir : arrestations arbitraires, disparitions d’activistes, assassinats ciblés d’opposants… Le 25 juin 2025, les manifestations célébrant le premier anniversaire du soulèvement contre la loi de finances ont été réprimées, faisant des morts (entre 10 et 30, selon les sources) et une centaine de blessés. En 2024 déjà, la mobilisation avait tourné à l’émeute, avec un assaut du Parlement.

Déçue par l’administration Ruto, qui promettait en 2022 une rupture avec les pratiques passées et une meilleure prise en compte des aspirations de la jeunesse urbaine, la « Gen Z » kényane a décidé de prendre son destin en main. Cette classe de la population (les moins de 25 ans représentent 60 % des 55,88 millions d’habitants en 2024), éduquée et connectée, a su transformer les réseaux sociaux en outils de mobilisation. Avec les hashtags #RejectFinanceBill2024, #OccupyParliament ou #GenZRevolution, elle organise des manifestations relayées sur TikTok, X, WhatsApp ou Instagram, et dénonce les violences policières. Les vidéos virales, les slogans ironiques et les mèmes politiques sont devenus les armes d’une contestation moderne, horizontale et difficile à récupérer. Le mouvement se distingue aussi par son refus des appartenances communautaires ou ethniques, une originalité pour une scène intérieure traditionnellement fragmentée selon ces lignes.

Le soulèvement a fédéré au-delà de la jeunesse : des professionnels de santé, des avocats, des artistes et même des représentants d’église sont descendus dans la rue. Car les institutions religieuses, longtemps silencieuses, sont elles aussi critiquées par cette génération en rupture avec l’ordre établi, qu’il soit politique ou moral. Cette contestation de la gérontocratie et des figures d’autorité s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’une Afrique où la majorité de la population a moins de 25 ans, mais où le pouvoir kleptocratique demeure aux mains des plus âgés.

Une autre vision du Kenya

La mobilisation de la « Gen Z » traduit un tournant majeur. Elle exprime le rejet d’un système politique jugé obsolète, inéquitable et violent, au profit de nouvelles aspirations : justice sociale, transparence de la vie politique, respect de la représentativité, dignité. Cette rupture générationnelle va au-delà de la simple protestation ; elle revendique une autre vision du Kenya, plus démocratique, inclusive et connectée au monde. Pourtant, malgré quelques reculs tactiques du gouvernement – abandon temporaire de certaines mesures fiscales, changement de ministres –, la réponse des autorités reste essentiellement sécuritaire. La violence des forces de l’ordre et la surveillance accrue des communications renforcent l’image d’un pouvoir aux abois, prêt à tout pour maintenir le statu quo et légitimant son action dans un contexte géopolitique troublé (attentats djihadistes attribués aux Shebabs somaliens ; proximité de l’exécutif kényan avec les rebelles des Forces de soutien rapide, appuyées par les Émirats arabes unis dans la guerre civile au Soudan).

Dans ce contexte, le mouvement « Gen Z », sans figure centrale ni structure organisée, peut-il perdurer face à la répression des autorités ? Si cette génération parvient à s’unifier, à s’allier à d’autres acteurs de la société civile et à intégrer les espaces politiques et médiatiques, elle pourrait se transformer en force de changement et montrer l’exemple d’une Afrique en mouvement, où la jeunesse redéfinit les règles de la démocratie. 

La jeunesse kényane face au pouvoir


Éric Janin

Clément Mellet

areion24.news

La mort d’Ali Larijani et Esmaïl Khatib décapite le cœur du pouvoir iranien

 

La mort d’Ali Larijani, annoncée mardi par le ministre israélien de la Défense Israël Katz, marque un tournant majeur dans la recomposition du pouvoir iranien. Selon des sources israéliennes, l’ancien président du Parlement et secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale aurait été tué lors d’une frappe aérienne à Téhéran, dans le cadre de l’escalade militaire en cours. Cette disparition intervient quelques semaines seulement après celle de l’ayatollah Ali Khamenei, survenue fin février, et alors que le régime iranien traverse une phase de reconfiguration brutale, entre guerre ouverte, crise de succession et durcissement sécuritaire.

Figure centrale mais discrète du système, Larijani n’était ni chef de l’État ni guide suprême. Pourtant, depuis début 2026, il apparaissait comme l’homme fort du régime, celui à qui Khamenei avait confié la gestion des dossiers stratégiques dans un moment de vulnérabilité extrême. À la croisée du politique, du militaire et du renseignement, il incarnait une forme de pouvoir sans titre, fondé sur la confiance du Guide et sur sa capacité à articuler les différentes branches de l’appareil d’État. Sa disparition ne constitue donc pas seulement l’élimination d’un haut responsable, mais celle d’un pivot du système, au moment même où celui-ci bascule vers une logique de confrontation totale.

Ce portrait, rédigé avant l’annonce de sa mort, permet de comprendre comment Ali Larijani s’était imposé, en quelques semaines, comme le véritable centre de gravité du pouvoir iranien — et pourquoi son élimination pourrait accélérer encore la transformation d’un régime de plus en plus dominé par ses structures sécuritaires. Un article repris du site partenaire, le média francophone Ici Beyrouth.

Dans les couloirs feutrés du pouvoir iranien, un homme s’est imposé discrètement mais fermement comme le véritable centre de gravité de la République islamique. Son nom : Ali Larijani. Agé de 67 ans, cet apparatchik chevronné n’est ni président ni guide suprême, mais c’est lui qui, depuis début janvier, tiendrait les rênes d’un Iran au bord de la guerre.

Tout a commencé dans les premières semaines de l’année, alors que l’Iran était secoué par des manifestations nationales et que la menace de frappes américaines planait sur la région. L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême vieillissant et conscient de sa propre vulnérabilité, s’est tourné vers un lieutenant de confiance pour piloter le pays dans cette période de crise aiguë. Depuis, le président officiellement élu, Massoud Pezeshkian, chirurgien cardiaque reconverti en politique, a été progressivement mis sur la touche. L’homme qui se définit lui-même comme «un médecin, pas un politicien» a reconnu publiquement que pour faire avancer le moindre dossier, même lui doit désormais s’adresser à Larijani.

Un fils de l’élite, formé dans les tranchées du pouvoir

Larijani n’est pas un homme sorti de nulle part. Il est issu d’une famille appartenant à l’élite politique et religieuse de l’Iran, ce terreau d’où émergent les figures qui façonnent durablement la République islamique. Son parcours l’a conduit à servir comme commandant au sein des Gardiens de la Révolution, le corps paramilitaire qui constitue l’épine dorsale du régime. Cette expérience militaire lui a conféré une légitimité rare, celle de l’homme qui connaît à la fois les rouages du pouvoir politique et les logiques des forces armées.

Pendant douze ans, il a occupé la présidence du Parlement, une longévité exceptionnelle dans un système où les équilibres sont constamment renégociés. En 2021, Khamenei lui a confié une mission d’une tout autre envergure : négocier avec Pékin un accord stratégique global sur vingt-cinq ans, un partenariat à plusieurs milliards de dollars destiné à ancrer l’Iran dans l’orbite chinoise. Le choix de Larijani pour cette mission diplomatique de premier plan témoignait déjà de la confiance absolue que lui accordait le guide suprême.

L’homme providentiel d’une crise existentielle

Aujourd’hui, Larijani cumule des responsabilités qui définissent véritablement le pouvoir en Iran. En tant que chef du Conseil suprême de sécurité nationale, il supervise à la fois la répression des manifestations internes – menée avec une force létale – et les négociations nucléaires avec Washington, coordonne les relations avec Moscou, Doha et Mascate, et planifie les opérations militaires en cas d’attaque américaine. Et il est considéré comme le premier sur la liste des hommes capables de «gérer le pays» si Khamenei et les hauts responsables venaient à être éliminés.

Nasser Imani, analyste conservateur proche du gouvernement iranien cité par le New York Times, résume cette confiance en des termes sans équivoque : «Le guide suprême fait pleinement confiance à Larijani. Il croit que Larijani est l’homme de cette jonction sensible en raison de son bilan politique, de son esprit acéré et de ses connaissances».

Lors d’une visite à Doha ce mois-ci, Larijani a accordé un entretien à Al Jazeera où il a incarné cette posture de fermeté mesurée qui caractérise son style : «Nous ne cherchons pas la guerre, et nous ne l’engagerons pas. Mais si elle nous est imposée, nous répondrons».

Une omniprésence médiatique calculée

Au cours du dernier mois, la visibilité de Larijani a explosé tandis que celle du président Pezeshkian s’effaçait. Il s’est envolé pour Moscou pour s’entretenir avec Vladimir Poutine. Il a enchaîné les réunions avec les dirigeants du Moyen-Orient et les négociateurs nucléaires. Il a accordé des interviews télévisées de plusieurs heures à des médias iraniens et étrangers, surpassant en fréquence le président lui-même.

Sur les réseaux sociaux, il publie des selfies avec des Iraniens ordinaires, des photos de visites à des sanctuaires religieux, des clichés depuis la passerelle d’avions. Une mise en scène d’homme du peuple qui contraste avec l’opacité traditionnelle des figures sécuritaires iraniennes.

Les limites d’un pouvoir sans titre

Pourtant, Larijani n’est pas infaillible ni sans limite. Il ne peut pas succéder à Khamenei : cette fonction requiert le statut de haut clerc chiite, qualification qu’il ne possède pas. Et son bilan – notamment sa participation à la répression des manifestations ayant causé la mort d’au moins 7 000 manifestants selon les groupes de défense des droits humains – le rend profondément impopulaire auprès d’une frange significative de la population.

Mais dans l’Iran de 2026, entre menace de guerre et crise de succession, c’est Larijani que Khamenei a choisi pour tenir la barre. Non pas parce qu’il est le plus légitime aux yeux du peuple, mais parce qu’il est, aux yeux du système, le plus fiable.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé mercredi la mort d’un nouveau responsable iranien, le ministre du Renseignement Esmaïl Khatib dans une «frappe de précision» à Téhéran.

«Khatib, a lui aussi été éliminé la nuit dernière», a affirmé M. Katz.

Comme ministre depuis 2021, «il était à la tête de l’appareil interne du régime en charge des assassinats et de la répression en Iran, ainsi que de la promotion des menaces extérieures», selon M. Katz, qui a prévenu que l’intensité des frappes israéliennes en Iran montait «d’un cran».

Esmaïl Khatib a été tué «dans une frappe de précision à Téhéran», a précisé un communiqué de l’armée.

Le ministère «dispose de capacités avancées en matière de renseignement, supervisant la surveillance, l’espionnage et la conduite d’opérations clandestines dans le monde entier, en particulier contre l’État d’Israël et les citoyens iraniens», rappelle ce communiqué.

En plus de son rôle dans la répression des manifestations dans le pays, Esmaïl Khatib «a dirigé les activités terroristes du ministère (...)  contre des cibles israéliennes et américaines à travers le monde» et des opérations «contre des cibles à l’intérieur d’Israël», affirme l’armée.

Il figurait sur la liste des dirigeants de la République islamique recherchés par les États-Unis et dont la tête était mise à prix pour 10 millions de dollars.

Israël a annoncé sa mort – que le pouvoir iranien n’a pas confirmée dans l’immédiat – après avoir tué la veille Ali Larijani, l’un des plus hauts dirigeants de la République islamique, et le commandant de la milice paramilitaire Bassidj, Gholamréza Soleimani.

«Aucune chance»

«Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et moi-même avons autorisé l’armée à éliminer tout haut responsable iranien» pouvant être tué sans dommages collatéraux majeurs, «sans qu’une approbation supplémentaire soit nécessaire», a par ailleurs annoncé M. Katz.

«Nous continuerons à les empêcher d’agir et à les traquer, tous», a-t-il ajouté.

Mercredi, les médias israéliens revenaient par ailleurs sur les circonstances de la mort de Ali Larijani et du chef des Bassidj.

«Lundi soir, Israël a reçu un renseignement indiquant que Larijani se trouvait dans une planque située dans une banlieue de Téhéran», a affirmé la TV N12.

«Après confirmation de sa présence par la Direction du renseignement militaire, l’appartement a été attaqué».

Des avions de combat israéliens qui survolaient Téhéran ont tiré simultanément 20 bombes d’une tonne sur l’immeuble, totalement détruit.

Selon la TV N12, Ali Larijani n’utilisait pas régulièrement cet appartement, qui était «l’une des nombreuses planques préparées à l’avance pour lui».

«Il n’avait aucune chance de survivre à cette attaque», selon un officiel israélien cité sur son antenne.

Ali Larijani a été tué notamment aux côtés de son fils, ont indiqué les autorités iraniennes, selon les médias iraniens, au domicile de sa fille.

Le chef de la milice Bassidj a été tué peu après, en même temps que son adjoint et dix autres hauts commandants de cette milice.

«Ils étaient réunis en plein cœur de Téhéran, (...) sous une tente dressée entre des immeubles. Huit bombes ont été larguées sur la tente, tuant tous ceux qui s’y trouvaient», a détaillé la N12.

AFP

mardi 17 mars 2026

Blocage du détroit d’Ormuz : l’Asie prise au piège

 

L’élargissement de la guerre en Iran aux monarchies du Golfe et au détroit d’Ormuz met l’Asie en première ligne. Elle est de loin la première destination des exportations de pétrole brut, de GNL et de produits pétroliers transitant par le détroit. Pour le continent asiatique, la crise énergétique actuelle n’est pas qu’une affaire de prix. L’arrêt des approvisionnements met en danger certaines économies de la région. Vu d’Asie, le blocage du détroit ne peut pas durer.

« Le passage à travers le détroit d’Ormuz n’est pas autorisé. » Cette déclaration des gardiens de la révolution iraniens a été diffusée sur les canaux de communication radio maritimes dès le 28 février, premier jour de l’attaque israélo-américaine sur l’Iran. Depuis cette annonce, 18 navires ont été attaqués dans le détroit, incluant des pétroliers, des porte-conteneurs et des remorqueurs. SI l’on met de côté les navires transportant le pétrole iranien, qui semblent continuer à charger à partir de l’île de Kharg, et à emprunter le détroit, l’arrêt de la circulation des navires est pratiquement total, les passages journaliers étant passés de 150 à une dizaine. Seuls quelques navires battant pavillon chinois ont pu franchir le détroit, et deux navires transportant du gaz de pétrole liquéfié (GPL) ont pu se diriger vers l’Inde le 13 mars. Certains navires enregistrés sous des pavillons « neutres » comme Panama ou les Îles Marshall ont modifié leur signature électronique pour se déclarer « chinois ou de propriété chinoise » pour franchir le détroit. Ces exceptions restent très limitées par rapport au trafic antérieur.

L’Asie au cœur de la tourmente énergétique

Le détroit d’Ormuz était, selon l’Agence Internationale de l’Energie, le point de passage de 20% des ventes mondiales de pétrole et produits pétroliers (soit environ 20 millions de barils/jour) en 2025.

Le continent asiatique représente 84% des exportations de pétrole brut transitant par le détroit d’Ormuz, les quatre principaux acheteurs asiatiques étant la Chine, l’Inde, la Corée et le Japon. SI l’on ajoute les produits pétroliers, cette proportion passe à 87%.

Source : US Energy Information Administration

Les proportions sont similaires pour le Gaz Naturel Liquéfié (GNL), le Qatar représentant une large majorité des exportations de GNL des pays du Golfe. L’Asie totalise 77% des exportations de GNL du Qatar. Après le trio Chine, Inde et Corée, c’est le Pakistan qui est le quatrième client asiatique du Qatar devant le Japon.

Source : Banque Mondiale, World Integrated Trade Solution (WITS)

Une dépendance globalement très forte pour le pétrole

Si l’on se place du point de vue des pays importateurs, les niveaux de dépendance pour le pétrole brut sont globalement très élevés. Le Japon détient la palme de la dépendance, puisque sa consommation intérieure de pétrole brut est basée à 100% sur l’importation, et que 95% des importations viennent du Moyen Orient, dont 70% par le détroit d’Ormuz. La Corée vient en second avec 70% de ses importations de pétrole brut en provenance du Moyen Orient. L’Inde a réduit sa dépendance à 58% récemment grâce à la montée en puissance rapide de ses importations en provenance de Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. Cette « filière russe » a fait l’objet de sanctions commerciales par les États-Unis, qui viennent d’être levées pour un mois. La Chine est dépendante du Moyen Orient pour à un peu plus de 50%. Elle est aussi de loin le premier client de l’Iran qui représentait 11% de ses importations de pétrole brut en 2025.La Chine représente pour sa part 80% des exportations iraniennes, qui sont soumises à des sanctions américaines et internationales renforcées depuis 2018.

Dans le reste de l’Asie, certains pays sont également très dépendants du Moyen Orient pour leur approvisionnement en pétrole brut, comme les Philippines (98%), Taïwan (70%), Singapour (plus de 70%) ou la Thaïlande (plus de 50%).

Un approvisionnement en GNL beaucoup plus diversifié

Le panorama des approvisionnements asiatiques en matière de GNL est très différent. La palme de la dépendance revient cette fois-ci au Pakistan, qui importe 88 % de son GNL du Qatar, suivi par le Bangladesh à 70%. L’Inde a également un niveau de dépendance élevé (57%) en dépit de ses achats croissants en provenance des États-Unis et de différents pays d’Afrique. Les autres pays de la région s’approvisionnent majoritairement en Asie-Pacifique.

Source : Banque Mondiale, WITS

Le Japon a un approvisionnement en GNL particulièrement diversifié, ses principaux fournisseurs étant l’Australie, l’Asie du Sud-Est, les États-Unis et… la Russie, à partir notamment de l’île de Sakhalin. La Chine affiche un niveau de dépendance de 25%, comparable à celui de la Corée. Elle a un partenariat ancien avec le Qatar, qui représente un quart de ses achats, mais elle entretient également des relations bien établies avec l’Australie et le Russie, qui sont respectivement ses premiers et troisièmes fournisseurs.

Le choc provoqué par la guerre sur les flux de GNL a été violent et immédiat, le Qatar ayant cessé de produire et d’exporter son GNL à partir du 4 mars. Il faudra des semaines pour relancer ces exportations lorsque surviendra l’arrêt des hostilités. Les sources alternatives dans le monde ne permettraient de compenser qu’un tiers des volumes perdus selon l’agence Kpler (spécialisée dans l’analyse des matières premières).

Les réserves stratégiques sont très inégales

Les pays développés d’Asie et la Chine disposent de réserves stratégiques de pétrole brut supérieures aux normes de l’Agence Internationale de l’Energie. Le Japon possède les réserves les plus importantes, estimées aujourd’hui à 254 jours de consommation. Il a déjà décidé de libérer 80 millions de barils de pétrole sur le marché, soit l’équivalent de 45 jours de consommation. La Chine avait anticipé la guerre en augmentant considérablement ses importations de brut en janvier-février 2026 (+16% par rapport à la même période de 2025). Ses réserves stratégiques et commerciales de pétrole sont estimées à 1,2 milliard de barils par l’agence Kpler, soit 200 jours de consommation. Les réserves dont dispose la Corée sont équivalentes à celles de la Chine en jours de consommation.

La situation de l’Asie du Sud-Est et de l’Asie du Sud est beaucoup plus tendue. Les réserves dont dispose l’Inde représentent environ 70 jours de consommation tandis que celles des différents pays d’Asie du Sud-Est se situent entre 30 et 60 jours.

S’agissant du GNL, le Pakistan et le Bangladesh se trouvent dans une situation catastrophique, avec un niveau de dépendance très élevé et des réserves limitées à 2-3 semaines de consommation. Pour Kpler, ces deux pays vont devoir consentir une réduction brutale de leur consommation et les rationnements ont déjà commencé.

Des conséquences économiques multiples

L’Asie du Sud est confrontée à des ruptures physiques d’approvisionnement qui touchent aussi les fertilisants et le gaz de pétrole liquéfié (butane et propane). Le Nikkei Weekly signale une série de chocs concernant l’Inde. Par exemple le risque d’un arrêt à bref délai de centaines d’usines de céramique en Inde si l’approvisionnement en propane n’est pas rétabli. La restauration, dont les cuisines fonctionnent au butane ou au propane, est menacée dans les grandes villes. Près de 20% des hôtels et restaurants ont déjà fermé leurs portes à Bombay. Les exportations indiennes de riz vers le Moyen Orient sont au point mort et les stocks s’entassent dans les ports indiens.

Le Bangladesh a fermé temporairement ses universités par anticipation sur une période de congés et le rationnement de l’essence s’organise. Le Pakistan impose également des fermetures d’écoles et des journées de télétravail dans les services. Les fonctionnaires se rendent désormais au bureau un jour sur deux par rotations. Les transferts de fonds des migrants pakistanais représentent 8% du PIB du pays. La moitié provient du Moyen Orient et se trouve désormais à risque.

Selon Chatam House, le secteur des semiconducteurs, déterminant pour les économies asiatiques, peut être touché à bref délai par des pénuries d’hélium, un gaz dont le Qatar assure 40% de l’approvisionnement mondial.

Sur le plan des prix, l’effet inflationniste de la hausse des prix du pétrole, du gaz et des produits pétroliers touche toute la planète, avec un impact plus fort sur les économies asiatiques compte tenu de leur niveau de dépendance énergétique. Le problème est moindre pour la Chine. L’économie chinoise est actuellement en déflation et elle peut s’accommoder d’un certain retour de l’inflation. Il est en revanche préoccupant ailleurs. L’emballement des prix est un risque aigu pour le Pakistan et sérieux pour l’Inde.

Il n’y a pas d’alternative crédible à un cessez le feu

Depuis l’annonce du blocage du détroit par l’Iran, une course de vitesse est engagée pour trouver des solutions, mais aucune ne paraît convaincante. L’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis disposent de deux oléoducs destinés respectivement au port de Yanbu en Mer Rouge et au port de Fujairah dans le golfe d’Oman. Mais l’augmentation du transit par ces deux oléoducs se heurte à un potentiel limité, estimé à un maximum de 2 millions de barils/jour, soit moins de 20% des pertes d’exportation enregistrées actuellement. Par ailleurs, ni les oléoducs ni les deux ports ne sont à l’abri des attaques par l’Iran ou par les milices chiites qui lui sont liées. N’oublions pas que les Houthis du Yémen, traditionnels alliés de l’Iran, ne sont pas encore entrés en guerre.

Donald Trump multiplie les promesses d’une protection du trafic dans le détroit par les forces maritimes américaines et alliées. Il rapatrie des forces supplémentaires du Japon (2 500 Marines et plusieurs navires) et menace ses alliés européens, japonais et coréens s’ils ne coopèrent pas pour sécuriser collectivement le détroit. Mais tous les experts militaires indépendants jugent l’entreprise extrêmement coûteuse et hasardeuse. Michael Clarke, ancien Directeur Général du Royal United Services Institute de Londres et analyste militaire pour Sky news, estime qu’ « il n’y aura jamais assez de navires de guerre pour accompagner l’ensemble des pétroliers qui transitent habituellement par un tel passage difficile » (avec deux canaux de circulation étroits de chacun 1,5 km de large et 160 km de long). La compagnie d’assurance Lloyd’s List estime que, même avec des escortes militaires, on ne pourra pas protéger plus de 10% des volumes de trafic perdus

L’armée iranienne dispose d’un arsenal diversifié incluant des drones aériens et sous-marins, des milliers de mines de différents types, des sous-marins et des dispositifs de brouillage GPS. Une partie de cet arsenal a été détruite mais une partie reste opérationnelle et les armes les moins coûteuses peuvent aussi être fabriquées rapidement, comme ont su le faire les soldats ukrainiens avec les drones.

Farzin Nadimi, un spécialiste des forces navales iraniennes cité par le Financial Times, estime « pratiquement certaine » l’hypothèse selon laquelle l’Iran aurait déjà disposé un certain nombre de mines sur les fonds marins du détroit, avec des dispositifs de déclenchement par câble ou par acoustique qui ne demandent qu’à être activés. Le déminage est une activité beaucoup plus longue et coûteuse que le minage, qui est l’une des « armes du pauvre » dans cette guerre asymétrique. Mais le minage ne peut pas non plus être utilisé sans retenue par l’Iran, au risque de rendre le détroit impraticable pendant des mois, de bloquer toutes les exportations de pétrole du pays et de s’aliéner les quelques alliés ou partenaires qui lui restent, en particulier la Chine. On peut donc parier sur un éventuel usage ponctuel, destiné à frapper les esprits, plutôt que sur une offensive généralisée.

L’économie iranienne ne peut pas résister indéfiniment à l’offensive des États-Unis et d’Israël. Le pouvoir en place déclare disposer de 45 jours de réserves de nourriture pour la population. Que se passera-t-il après ? Le pétrole représente 40% des ressources budgétaires du pays. Si l’Iran se lance dans une vraie politique de minage du détroit, les installations pétrolières de l’île de Kharg, jusqu’à présent épargnées par l’aviation américaine et israélienne, pourraient facilement être détruites, ce qui achèverait de mettre l’économie iranienne à genoux.

Les pays asiatiques ne veulent pas contribuer à l’exercice hasardeux de sécurisation militaire du détroit exigé par Donald Trump. Ses alliés japonais et coréen ont de bonnes chances de traîner des pieds. Ils vont en revanche exercer une pression maximale sur la Maison Blanche pour obtenir l’arrêt des hostilités à bref délai. La vision japonaise a été résumée le 12 mars dans un éditorial collectif du Japan Times : « En bref, la confusion prévaut. Les Américains ont été aveuglés par cette guerre et ils luttent pour faire face à son impact… Ce n’est absolument pas une façon de mener une guerre, de gérer des alliances ou de conserver la paix dans une région vitale. »

Hubert Testard

asialyst.com