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dimanche 17 mai 2026

La Colombie à l’aune de sa relation avec les États-Unis

 

En 2025, les relations diplomatiques entre la Colombie et les États-Unis ont fêté leurs 203 ans. Tout a commencé le 19 juin 1822, lorsque le président James Monroe (1817-1825) a reçu Manuel de Trujillo y Torres en tant que premier ambassadeur de la Colombie à Washington. Alors, pourquoi assiste-t-on aujourd’hui à une crise diplomatique aussi profonde entre les deux pays ?

Les relations entre pouvoir et espace, de l’Espagne aux États-Unis

La Grande Colombie  projet politico-économique du président Simón Bolívar (1819-1830)  unifia les territoires libérés de la Nouvelle-Grenade (Colombie et Panama), du Vénézuéla et de l’Équateur afin de les consacrer au commerce, à travers de nouvelles relations commerciales et financières avec la Grande-Bretagne et les États-Unis. Il convient de souligner que l’isthme de Panama constituait la clé de ce vaste projet, car il promettait la création d’un système commercial d’envergure. Bolívar ne parvint toutefois pas à le consolider, le gouvernement de James Monroe ayant abusé de son assentiment et tiré profit de la profonde division politique de la région, opposant royalistes et patriotes, ces derniers étant eux-mêmes divisés entre centralistes et fédéralistes, puis entre libéraux et conservateurs.

Washington réalisa deux manœuvres stratégiques pour s’approprier le projet. D’abord, la doctrine Monroe (1823), qui prônait la non-intervention des puissances européennes en Amérique, écartant ainsi la Grande-Bretagne. Ensuite, les États-Unis dépouillèrent la Colombie de l’isthme de Panama pour y construire le canal interocéanique, en soutenant l’indépendance du Panama vis-à-vis de la Colombie. Ces deux actions posèrent les bases d’une relation de subordination, de contrôle, d’exploitation et de remodelage de la morphogenèse du pays et de la région.

Des formes variées de contrôle et d’exploitation des espaces

Les ressources naturelles de la Colombie sont remarquables. Ses terres très fertiles permettent la culture du café, du cacao, de la banane, des fleurs, de la canne à sucre, du palmier à huile et de la feuille de coca — cultures essentielles à l’alimentation et aux usages culturels autochtones. Le pays possède également du pétrole, du charbon, des émeraudes et de l’eau potable. Il est le sixième pays au monde disposant de la plus grande quantité d’eau douce : environ 2 132 kilomètres cubes.

En raison de la pauvreté et des profondes inégalités sociales, la ressource la plus importante est devenue la culture de la feuille de coca. De 1492 à 1970, elle s’est progressivement imposée comme le produit le plus attractif, aussi bien pour les paysans et les peuples autochtones marginalisés que pour différents secteurs de pouvoir, tels que l’Église et les gouvernements oligarchiques, qui cherchaient à en tirer un profit direct ou indirect. C’est dans les années 1960 et 1970 que la culture de marijuana, puis de cocaïne, attira l’attention des trafiquants internationaux en raison des profits générés. Dans les années 1980, un kilo de cocaïne coutait en moyenne 1 500 dollars et se vendait autour de 30 000 dollars aux États-Unis (1). Malgré les frais de transport, la marge de bénéfice était immense, faisant du narcotrafic une activité extrêmement rentable qui attirait de nombreux acteurs.

La coca, un support économique illicite

En analysant le cas colombien, Christian M. Allen (2), géographe spécialiste de l’Amérique latine et du commerce des stupéfiants, a souligné que le narcotrafic, en tant qu’« industrie transnationale », a prospéré grâce à un climat d’intégration croissante entre les États-Unis et les pays européens. Les flux internationaux de biens et de services légaux profitent des « avancées commerciales et technologiques des industries licites » et des « liens économiques », ensuite exploités par les groupes criminels. Le narcotrafic devient ainsi une sorte de « face sombre » de la mondialisation et de l’intégration économique.

Le plan Colombie, signé en 2000 par les présidents Bill Clinton (1993-2001) et Andrés Pastrana Arango (1998-2022), ouvrit la voie à l’installation de bases militaires et à l’exploitation de toutes sortes de ressources, comme cela s’était produit en Irak. La Colombie est devenue, en quarante ans, un laboratoire de la conduite privatisée de la guerre, où politiques, armée, police, narcotrafic, éleveurs, paramilitaires, forces américaines, services de renseignement, DEA (Drug Enforcement Administration), entreprises transnationales et sociétés militaires privées coopèrent activement — avec le plan Patriote (2003) — pour imposer des intérêts communs et discriminatoires contre les organisations paysannes, les syndicats, les mouvements sociaux et particulièrement les organisations insurgées armées telles que les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP) et l’Armée de libération nationale (ELN) (3).

La dispute actuelle entre Donald Trump et Gustavo Petro

Le chercheur Will Freeman critique les stratégies du président américain Donald Trump (2021-2025, et depuis janvier 2025) contre le narcotrafic, car elles maintiennent l’interdiction sans légaliser l’usage des substances. Elles ciblent exclusivement les producteurs, et non les consommateurs américains. La montée des tensions entre Trump et Petro s’explique par des divergences stratégiques concernant la lutte contre le narcotrafic. Trump mise sur la stratégie militaire, tandis que Petro privilégie l’augmentation des saisies terrestres et maritimes et l’extradition des chefs de réseaux, en se concentrant sur les niveaux intermédiaires et supérieurs. Ce dernier mène également le programme de « paix totale », visant à négocier avec chaque groupe armé illégal opérant en Colombie.

Cette orientation ne convient pas à Trump, car « la guerre contre la drogue est un business de plusieurs milliards de dollars » pour plusieurs de ses industries : le secteur de la sécurité et de la défense — vente d’équipements militaires à des agences antidrogue et d’armes à la police —, les prisons privées, qui tirent profit de l’incarcération massive de consommateurs et de petits trafiquants, et les fabricants d’armes, qui vendent aussi bien aux forces de sécurité qu’aux acteurs du crime organisé.

C’est pourquoi le président américain exerce des pressions en brandissant des menaces tarifaires et en retirant la certification américaine à la Colombie. Petro, pour sa part, « ne cède pas » et réagit en déclarant qu’il cessera d’acheter des armes américaines et qu’il fermera le flux d’informations de renseignement. Ces réactions découlent du sens pragmatique propre à la culture politique colombienne. Petro gère ses relations entre pouvoir et espace en tenant compte d’une reconfiguration du pouvoir global, marquée par une relative baisse de l’hégémonie américaine et par les nouvelles ambitions de puissance ascendantes de la Russie et de la Chine, qui cherchent à renforcer leurs liens avec l’Amérique latine via les BRICS.

Quels impacts sur la sécurité intérieure ?

Au cours des vingt-cinq dernières années, les États-Unis ont fourni plus de 14,2 milliards de dollars d’aide à la Colombie. Sur ce total, 64 % ont été consacrés aux forces armées et à la police colombiennes, tandis que seulement 36 % ont été alloués à l’éradication directe du trafic de drogue, aux programmes de développement alternatif, à l’assistance humanitaire et au renforcement institutionnel. Cet abord sécuritaire fortement militarisé, axé sur la contre-insurrection, n’a pas permis d’éliminer les cultures de coca. Selon le rapport annuel le plus récent de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), publié en juin 2025, la Colombie demeure le premier producteur de cocaïne au monde.

En outre, entre 2020 et 2025, cette dynamique a profondément affecté la sécurité intérieure du pays. La démobilisation des FARC a laissé des vides de pouvoir dans des territoires reculés, vite investis par des groupes armés tels que l’État-major central (EMC) et la Segunda Marquetalia  dissidences des FARC, en concurrence avec l’ELN et le Clan del Golfo. Il en a résulté une hausse des attaques contre les forces de sécurité, passées de 20 % à 53 %, ainsi qu’une augmentation des enlèvements, des massacres et des déplacements forcés  qui, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), concernent 8,7 millions de personnes  alimentant de nouveaux cycles de violence.

Notes

(1) Jaime Puyana Ferreira, « La Economía del Narcotráfico en Colombia », Económicas CUC, vol. 19, n°2, 1990, p. 36-56 (https://​tinyurl​.com/​y​m​n​m​w​pyj).

(2) Christian M. Allen, An Industrial Geography of Cocaine, Routledge, 2005.

(3) J. J. Rodríguez-Núñez, « El Plan Colombia y La Geopolítica del Imperio Estadounidense », Revista Estudios Culturales, vol. 3, n°5, janvier-juin 2010, p. 217-259 (https://​tinyurl​.com/​c​w​n​7​f​cfy).



Nohemi Arciga Rodríguez

areion24.news

Trump à Pékin : les gains sont pour la Chine, Taïwan dans le viseur

 

La visite d’État éclair de deux jours de Donald Trump en Chine a permis à son hôte Xi Jinping d’engranger deux avantages clés pour l’avenir : imposer un processus de dialogue d’égal à égal entre la Chine et les États-Unis et enclencher un processus vraisemblablement irrémédiable contraignant l’Amérique à réduire son soutien et son aide militaire à Taïwan.

Xi Jinping a profité de la venue de Donald Trump pour lui adresser un avertissement cinglant qu’il avait de toute évidence soigneusement préparé. Il est sans équivoque : « La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays [la Chine et les États-Unis] pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit, » a-t-il déclaré jeudi 14 mai au lendemain de l’arrivée de son hôte américain.

L’effet de surprise recherché a été total. Interrogé ensuite à deux reprises par les journalistes sur l’engagement des États-Unis envers Taïwan, le président américain, d’ordinaire toujours prêt à des déclarations tonitruantes, est resté mutique, visiblement gêné et décontenancé. Sans un mot, Donald Trump a tourné son regard vers son hôte qui, arborant ce sourire indéfinissable qu’on lui connaît, est resté impassible, savourant sans doute cet instant rare de jubilation intérieure.

Jamais Xi Jinping n’avait parlé à Donald Trump de façon aussi franche, publique et directe sur ce sujet explosif. Lors de leur dernière rencontre en octobre en Corée du Sud, officiellement, le dossier n’avait même pas été abordé. L’usage était en effet que le sujet soit traité de façon feutrée dans un cadre diplomatique ainsi que par des déclarations rituelles et convenues par les deux gouvernements.

Un avertissement sur Taïwan qui consacre un tournant majeur de Pékin

De fait, le langage tout comme le calendrier choisis pour cette déclaration marquent un tournant dans l’escalade progressive de la Chine dans son ambition de s’emparer coûte que coûte de cette île démocratique de 23,5 millions d’habitants dont la population n’a, dans sa très grande majorité, aucune envie d’une « réunification » avec le continent chinois dominé par un régime totalitaire.

Le constat semble bien être le suivant : Xi Jinping, qui rassemble quasiment tous les pouvoirs au sein du gouvernement, du Parti communiste chinois et de l’armée, a jugé le moment venu pour commencer à faire plier l’Amérique sur ce dossier le plus sensible entre les deux super-puissances mondiales. Ce moment a pour fondement deux éléments principaux.

Le premier est que la Chine a accumulé une puissance économique, industrielle et militaire telle qu’elle se juge désormais suffisamment forte pour traiter les États-Unis en égal et, dès lors, de ne plus accepter des diktats de Washington. Ceci d’autant que les tarifs douaniers du « Liberation Day » de Donald Trump n’ont pas fonctionné et que Pékin possède de nombreuses cartes contre l’Amérique dont surtout celle de la menace d’interrompre les livraisons de terres rares dont elle possède un quasi-monopole, indispensables à d’innombrables secteurs de la vie économique ainsi que de l’industrie militaire.

Le deuxième est que Donald Trump est en position de faiblesse croissante en raison d’une guerre contre l’Iran qu’il est en voie de perdre après l’avoir déclenchée avec Israël le 28 février sans consulter les alliés des États-Unis, ceci dans un contexte de dégringolade accélérée de son image sur la scène internationale tout comme dans l’électorat américain à l’approche des élections de mi-mandat cruciales en novembre.

Une Amérique en déclin prononcé, une Chine en ascension rapide

Cet état des lieux s’inscrit dans une vision enracinée depuis des années dans la stratégie de la Chine et celle de son dirigeant suprême dans la rivalité sino-américaine : Xi Jinping en est convaincu, les États-Unis sont entrés dans un cycle de déclin irréversible tandis que la Chine est, restée quant à elle, et pour longtemps, dans une phase de développement rapide.

La déclaration de Xi Jinping marque donc un point de bascule dans les relations entre les deux géants de la planète. Car ce que dit le dictateur chinois ayant valeur de paroles d’évangile, ce narratif est désormais installé pour de bon au plus haut niveau. Il sera dûment rappelé à chaque rendez-vous important entre la Chine et les États-Unis et Pékin ne manquera pas de demander des résultats probants dans cette exigence désormais clairement explicitée comme une feuille de route dont Washington est tenu de ne pas s’écarter.

Le prochain rendez-vous entre les deux chefs d’États sera la visite d’État de Xi Jinping à Washington prévue en septembre prochain. Le président chinois, officiellement invité par le 47e président américain, consentira ou non au voyage à la lumière de ce que fera ou non l’administration américaine dans ce registre, dont tout particulièrement les livraisons d’armes à Taïwan, l’un des points clé au cœur dans ce dossier.

Après avoir annoncé un accord portant sur la livraison pour 11 milliards de dollars d’armes américaines fin 2025, l’administration américaine étudie un nouveau programme de ventes d’armes portant sur quelque 14 milliards de dollars, montant record depuis que les États-Unis se sont engagés en 1979 dans le Taiwan Relations Act à livrer à Taïwan du matériel militaire en quantité suffisante pour se défendre.

Cette loi avait été adoptée par le Congrès américain dans le sillage de l’établissement la même année des relations diplomatiques entre Washington et Pékin et la rupture concomitante des liens diplomatiques des États-Unis avec Taïwan. Depuis, l’Amérique est restée quasiment le seul pays à apporter une aide militaire à Taïwan.

Donald Trump ostensiblement discret sur les ventes d’armes à Taïwan

Dans son avion Air Force One, sur le chemin du retour, Donald Trump a laissé entendre devant les journalistes que sur ce sujet, une annonce serait faite prochainement. Si Washington devait annoncer une annulation de ce nouveau programme de livraisons d’armes à Taïwan, le signal clair d’une inflexion du soutien américain serait ostensiblement donné.

Il a expliqué aux journalistes que Xi Jinping lui avait dit être « opposé à l’indépendance de Taïwan. »

« Je l’ai écouté. Je n’ai fait aucun commentaire […] Je ne me suis engagé ni dans un sens ni dans l’autre, » a-t-il précisé, ajoutant qu’il se prononcerait prochainement sur cette vente d’armes après s’être entretenu avec « la personne qui, à l’heure actuelle, dirige Taïwan, » soit implicitement le président taïwanais Lai Ching-te.

Pékin demande également à Washington de modifier son narratif officiel à l’égard de Taïwan dans le cadre de sa politique d’ambiguïté stratégique. De la formulation « les États-Unis ne soutiennent pas l’indépendance de Taïwan, » elle souhaite que Washington déclare « s’opposer à l’indépendance de Taïwan. »

Une différence sémantique tout sauf anodine puisque le but de Pékin est d’utiliser l’érosion du soutien américain pour accentuer les divisions au sein de la population taïwanaise sur ce sujet central d’une « réunification » et d’affaiblir ainsi le camp du Parti démocratique progressiste (PDP) au pouvoir avec comme objectif ultime le retour au pouvoir dans l’ile d’une force politique ouverte à cette idée, en l’occurrence le parti nationaliste Kuomintang.

Or, juste avant de quitter Pékin, Donald Trump a adressé une mise en garde inhabituelle à Taïwan contre toute déclaration d’indépendance, dans une déclaration à la chaîne Fox News diffusée quelques heures plus tard.

« Je n’ai pas envie que quelqu’un déclare l’indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15 000 kilomètres pour faire la guerre, » a-t-il dit. « Nous n’avons pas envie que quelqu’un se dise, proclamons l’indépendance parce que les États-Unis nous soutiennent […] Je veux que [Taïwan] fasse baisser la température. Je veux que la Chine fasse baisser la température, » a-t-il ajouté.

De tels propos résonnent étrangement dans la bouche d’un président américain, d’autant que ni le gouvernement taïwanais, ni les responsables du PDP au pouvoir n’ont exprimé des velléités quelconques d’une déclaration d’indépendance formelle, sachant qu’elle constitue une ligne rouge pour Pékin qui serait alors poussé à ouvrir les hostilités contre Taipei.

Le gouvernement de Taïwan a réagi samedi 16 en déclarant que « Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n’est pas subordonnée à la République populaire de Chine, » rappelant là ce que disent depuis plusieurs années les présidents successifs de l’île.

« En ce qui concerne les ventes d’armes entre Taïwan et les États-Unis, il ne s’agit pas seulement d’un engagement des Etats-Unis envers la sécurité de Taïwan, clairement prévu par la loi sur les relations avec Taïwan, mais aussi d’une forme de dissuasion commune face aux menaces régionales, » a ajouté le ministère des affaires étrangères taïwanais dans un communiqué, estimant que la politique de Washington demeurait « inchangée. »

Xi Jinping propose à l’Amérique un partenariat plutôt que la rivalité

Malgré leurs nombreux différends, la Chine et les États-Unis doivent être « des partenaires, pas des rivaux, » a par ailleurs affirmé le président chinois. « La coopération profite aux deux parties, tandis que la confrontation nuit aux deux […] Nous devons nous entraider pour réussir et prospérer ensemble, traçant ainsi une nouvelle voie, celle de la bonne entente entre grandes puissances en cette nouvelle ère, » a déclaré le président Xi à Donald Trump, ajoutant que le monde était « à la croisée des chemins. »

Grandiloquent, comme à son habitude, Donald Trump lui a répondu : « C’est un honneur d’être à vos côtés. C’est un honneur d’être votre ami, et les relations entre la Chine et les États-Unis vont être meilleures que jamais. » « Nous allons avoir ensemble un avenir fabuleux, » a-t-il ajouté avant trois heures d’entretiens entre les deux délégations.

Selon le ministère chinois des Affaires étrangères, Xi Jinping a déclaré qu’il était « d’accord » avec Trump pour établir une « relation sino-américaine constructive de stabilité stratégique » qui présiderait aux relations pendant le reste du mandat de Trump et au-delà.

Pour Rush Doshi, ancien directeur chargé de la Chine au Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche sous l’administration de Joe Biden, les propos de Xi Jinping sur Taïwan et les États-Unis représentent une « nouvelle formulation majeure. »

« Pékin propose cela en position de force. Elle a remporté la guerre commerciale de l’année dernière, a orchestré une détente qui a favorisé la Chine et souhaite désormais ancrer tout cela au-delà de Trump, » estime Rush Doshi qui est aujourd’hui directeur de la China Strategy Initiative au Council on Foreign Relations, cité le 14 mai par le Financial Times.

« Xi souhaite fixer des limites claires aux Américains sur ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire avec la Chine, » estime dans les colonnes du même journal George Chen, associé du cabinet de conseil Asia Group, ajoutant que cela s’appliquait tout particulièrement à Taïwan.

Pourquoi cette obsession de s’emparer de Taïwan ?

S’emparer de Taïwan est une quasi-obsession pour Xi Jinping. Au-delà de l’aspect purement politique de cette « réunification, » bien que souvent passé sous silence, il en existe un autre de nature militaire et géostratégique dont les conséquences sont potentiellement gigantesques pour la Chine et ses voisins : le contrôle des mers en Asie de l’Est.

Or Taïwan étant situé exactement au milieu de la première chaîne des îles de l’Océan Pacifique, sa conquête permettrait à la Chine de se rendre maître des étendues maritimes qui l’entourent, en l’occurrence la mer du Japon ainsi que la mer de Chine orientale, soit environ 750 000 km² entre la côte septentrionale de Taïwan au sud-ouest, la Chine à l’ouest, l’archipel Nansei au sud-est, l’île de Kyushu au nord-est et l’île sud-coréenne de Jeju au nord.

Du même coup, le Japon, la Corée du Sud et les Philippines se trouveraient plus isolés que jamais face à la Chine qui est de plus déjà engagée depuis des années dans la militarisation à outrance de la mer de Chine méridionale. Soit 3,8 millions de km² dont elle revendique une souveraineté contestée par les autres pays riverains comme le Vietnam, les Philippines, l’Indonésie, Singapour, la Malaisie et Brunei.

En filigrane de cette éventuelle conquête de Taïwan, l’enjeu géostratégique est donc immense pour les États-Unis puisque si l’opération devait réussir, la Chine se trouverait en position de force pour chasser l’Amérique de toute la région où, en ayant abandonné Taïwan, elle aurait en même temps perdu tout crédit auprès de ses alliés, un objectif jamais reconnu mais bien réel de Xi Jinping. Avec l’influence disparue des États-Unis en Asie, la Chine aurait alors toute latitude pour y imposer sa primauté.

Déjà, dans la presse asiatique, apparaissent des critiques de plus en plus ouvertes à l’égard des États-Unis, certains commentaires soulignant qu’à l’imprévisibilité déjà bien connue de Donald Trump s’ajoute aujourd’hui une confiance en chute libre à l’égard de ce pays qui était jusque-là un allié.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio qui accompagnait Donald Trump a tenté de minimiser la portée de l’avertissement de Xi Jinping et le mutisme de son président qui a suivi en déclarant : « La politique américaine sur la question de Taïwan reste inchangée à ce jour, » ajoutant que les Chinois « soulèvent toujours cette question […] nous clarifions toujours notre position et nous passons à autre chose. »

La ministre des Affaires étrangères de Taïwan, Lin Chia-lung, a remercié vendredi les États-Unis d’avoir exprimé à plusieurs reprises leur soutien. Cette déclaration convenue ne saurait cependant masquer un certain désarroi à Taïwan où les dirigeants sont contraints à une certaine réserve au risque de susciter l’ire du président américain.

Une visite sans substance commerciale, les marchés sont déçus

Donald Trump, dont c’était la deuxième visite officielle en Chine après celle effectuée en 2017 au cours de son premier mandat, a quitté la Chine vendredi 15 mai en vantant des accords commerciaux qui n’ont cependant guère enthousiasmé les marchés.

Les responsables américains ont déclaré avoir conclu des accords pour la vente de produits agricoles et avoir progressé dans la mise en place de mécanismes de gestion des échanges futurs, les deux parties devant identifier pour 30 milliards de dollars de biens non sensibles.

Donald Trump a déclaré à Fox News que la Chine avait accepté de commander 200 avions Boeing, son premier achat d’avions commerciaux de fabrication américaine depuis près d’une décennie, mais ce chiffre était bien en deçà des quelque 500 appareils attendus par les marchés, si bien que l’action de Boeing devait chuter de plus de 4 % après son départ de Pékin.

Le sommet entre les deux présidents avait été marqué par un faste somptueux clairement voulu par Pékin, entre les grandes réceptions avec des soldats marchant au pas de l’oie, un banquet festif et les visites privées d’un jardin impérial non-ouvert au public, tandis que Trump n’a cessé de couvrir son hôte d’éloges, soulignant sa chaleur et son envergure.

« Ce fut une visite incroyable. Je pense qu’elle a apporté beaucoup de bienfaits, » a ainsi déclaré Trump à Xi Jinping au terme de sa visite lors de leur dernière rencontre à l’intérieur du complexe de Zhongnanhai placé sous haute sécurité au cœur de Pékin et considéré comme le lieu du pouvoir suprême chinois. Donald Trump a ensuite été l’invité d’honneur d’un dîner avec au menu des boulettes de homard et de pétoncles Kung Pao.

Venu aussi demander l’aide de Xi Jinping pour obtenir de l’Iran la réouverture du détroit d’Ormuz et se mettant ainsi lui-même en position de faiblesse, Donald Trump n’a semble-t-il pas reçu d’engagement concret de son hôte.

L’ombre de la guerre en Iran présente à Pékin sans réelles perspectives

Un bref résumé américain des discussions de jeudi a mis en avant ce que la Maison Blanche a qualifié de « volonté commune » des dirigeants de rouvrir le détroit d’Ormuz, par lequel transitait jusqu’au 28 février un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux, ainsi que l’intérêt apparent de Xi Jinping pour les achats de pétrole américain afin de réduire sa dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient. La Chine importe autour de 40% de son pétrole du Moyen-Orient.

« Ce qui est remarquable, c’est qu’il n’y a aucun engagement de la part de la Chine à prendre des mesures spécifiques concernant l’Iran, » a déclaré Patricia Kim, chercheuse en politique étrangère à la Brookings Institution.

Le principal sinon l’unique résultat tangible du sommet pourrait être le maintien d’une trêve commerciale fragile conclue lors de la dernière rencontre des dirigeants en octobre dernier à Busan en Corée du Sud, lorsque Trump avait suspendu les droits de douane à trois chiffres sur les produits chinois tandis que Xi Jinping renonçait à étrangler l’approvisionnement américain en terres rares essentielles.

La question de savoir si la trêve sera prolongée au-delà de son expiration prévue plus tard cette année n’a pas encore été tranchée, a déclaré vendredi à Bloomberg TV le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, qui accompagnait Donald Trump.

Donald Trump a semble-t-il essuyé un refus poli lorsqu’il a demandé la libération de l’ex-magnat de la presse prodémocratie de Hong Kong Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison pour « sédition. » Les affaires de Hong Kong relèvent de la compétence interne de la Chine, avait peu auparavant déclaré le ministère des Affaires étrangères sur ce sujet.

Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, a déclaré jeudi à la chaîne de télévision CNBC que les deux parties discutaient de la mise en place d’un « Conseil du commerce » et d’un « Conseil de l’investissement, » avec pour objectif de désigner environ 30 milliards de dollars de produits chinois non sensibles ou de faible valeur que les États-Unis ne souhaitent pas produire et pour lesquels Washington pourrait prévoir des droits de douane réduits.

La Chine, quant à elle, pourrait acheter davantage de carburant aux États-Unis afin de diversifier ses sources d’énergie, a-t-il ajouté. Le conseil de l’investissement, quant à lui, chercherait à identifier les domaines non sensibles que les deux parties pourraient explorer sur leurs marchés respectifs.

Donald Trump était venu en Chine à la tête d’une délégation d’hommes d’affaire de tout premier plan, dont Tim Cook d’Apple, Jensen Huang du géant Nvidia, Elon Musk de Tesla et Jane Fraser de Citigroup, tous venus, a-t-il dit à Xi Jinping, « vous rendre hommage, à vous et à la Chine. »

Les semaines et les mois qui viennent donneront la mesure des résultats concrets de cette visite car autant Donald Trump est à la recherche de « deals » transactionnels immédiats, autant le Chine de Xi Jinping vise le temps long.

Ce dernier estime à juste titre que le temps travaille en sa faveur depuis le début du deuxième mandat du président américain en janvier de l’année dernière marqué par une image des États-Unis en chute libre au profit de la Chine qui tire parti de l’aventurisme américain pour se présenter comme un artisan de la stabilité et la paix dans le monde.

Pierre-Antoine Donnet

asialyst.com

200.000 dollars pour toute information sur une ex-spécialiste du renseignement de l'armée de l'air

 


Le FBI offre une récompense de 200 000$ pour toute information pouvant mener à l’arrestation d’une ancienne spécialiste du renseignement de l’armée de l’air américaine, qui a été accusée d’espionnage au profit de l’Iran par le passé.

Selon un communiqué diffusé jeudi, le FBI est toujours à la recherche de Monica Witt qui aurait fait défection en faveur de l’Iran en 2013. Selon l’agence fédérale, elle «continue probablement à soutenir les activités néfastes [de l’Iran]».

«Le FBI n’a pas oublié et estime qu’en cette période critique de l’histoire de l’Iran, il y a quelqu’un qui sait quelque chose sur l’endroit où elle se trouve», a affirmé Daniel Wierzbicki, agent spécial responsable de la division du contre-espionnage et de la cybercriminalité du bureau local du FBI à Washington, par communiqué, faisant probablement référence aux tensions actuelles entre les États-Unis et l’Iran.

«Le FBI souhaite que vous vous manifestiez afin de nous aider à l’appréhender et à la traduire en justice», a-t-il ajouté.

Monica Witt était une ancienne agente de contre-espionnage au sein du Bureau des enquêtes spéciales de l’armée de l’air. Son travail comprenait des missions de contre-espionnage qui l’ont conduite au Moyen-Orient entre 2003 et 2008.

Selon l’acte d’accusation, elle aurait été recrutée par l’Iran en 2019 et aurait révélé l’existence d’un «programme de collecte de renseignements hautement classifié» et l’identité d’un agent des services de renseignement américains après avoir fait défection. En retour, elle aurait reçu des «biens et services, dont un logement et du matériel informatique».

Entre mai 2012 et janvier 2015, Mme Witt aurait conspiré avec des Iraniens pour fournir «des documents et des informations relatifs à la défense nationale des États-Unis, avec l’intention et la raison de croire que ceux-ci seraient utilisés au détriment des États-Unis et à l’avantage de l’Iran».

On ne sait pas si un avocat la représente aux États-Unis.

Quatre Iraniens font également face à des accusations de complot, de tentatives d’intrusion informatique et d’usurpation d’identité aggravée.

noovo.info

Abu-Bilal al-Minuki, numéro deux de l'EI a été éliminé

 

Un chef de l'Etat islamique (EI) basé au Nigeria a été tué par des forces des Etats-Unis et du Nigeria, a annoncé vendredi le président américain Donald Trump. Il était le numéro deux de l'organisation terroriste au niveau mondial, selon M. Trump.

«Ce soir, sur mes instructions, les courageuses forces américaines et les forces armées du Nigeria ont mené à la perfection une mission méticuleusement planifiée et très complexe afin d'éliminer du champ de bataille le terroriste le plus actif au monde», a déclaré le président américain sur son réseau social Truth Social. «Abu-Bilal al-Minuki, numéro deux de l'EI à l'échelle mondiale, pensait pouvoir se cacher en Afrique, mais il ignorait que nous disposions de sources qui nous tenaient informés de tout ce qu'il faisait», a-t-il ajouté.

Abu-Bilal al-Minuki avait été placé sous sanctions américaines en 2023 pour ses liens avec l'EI. Washington affirmait alors que cet homme, également connu sous le nom Abu Bakr al-Mainuki, était né en 1982 et était originaire de l'Etat de Borno, dans le nord-est du Nigeria. «Avec son élimination, les capacités opérationnelles de l'EI à travers le monde sont considérablement réduites», a assuré Trump.

Coopération renforcée entre USA et Nigeria

Le nord du Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique, est confronté à une double insécurité: d'une part, la violence de groupes islamistes et, d'autre part, celle de bandes criminelles, appelées localement «bandits», qui procèdent fréquemment à des attaques contre des villages et des enlèvements massifs contre rançon.

La recrudescence des attaques meurtrières et des enlèvements de masse ces derniers mois a attiré l'attention des Etats-Unis. Le président américain affirme que les chrétiens du Nigeria sont «persécutés» et victimes d'un «génocide» perpétré par des «terroristes», ce qu'Abuja et la majorité des experts nient fermement, les violences touchant indifféremment les chrétiens et les musulmans.

L'armée américaine, en coordination avec les autorités nigérianes, a mené le jour de Noël des frappes dans l'Etat de Sokoto visant, selon Washington, des djihadistes de l'EI. Depuis lors, la coopération militaire entre les deux pays s'est renforcée.

Le Nigeria confirme

Le président nigérian Bola Tinubu et l'armée ont confirmé l'information samedi. «Nos forces armées nigérianes, déterminées et travaillant en étroite collaboration avec les forces armées des Etats-Unis, ont mené une opération conjointe audacieuse qui a porté un coup dur aux rangs de l'Etat islamique», a déclaré Bola Tinubu dans un communiqué confirmant une annonce du président Donald Trump.

Selon les forces de défense nigérianes, Abou Bilal al-Minuki était un «haut responsable de l'Etat islamique et l'un des terroristes les plus actifs au monde». 

AFP

jeudi 14 mai 2026

Les enjeux de la rencontre Donald Trump – Xi Jinping à Pékin

 

Le contexte de ce sommet bilatéral n’est guère favorable à Donald Trump : son opération en Iran s’enlise, la Cour suprême vient de lui infliger un camouflet sur sa politique de droits de douane et sa popularité est en berne à quelques mois d’élections de mi-mandat cruciales. De quoi, peut-être, l’inciter à initier avec son homologue chinois un de ces grands deals dont il a le secret ? Le décryptage de Barthélémy Courmont de l’excellent site The Conversation.

Retardée pour cause de guerre au Moyen-Orient, la visite officielle de Donald Trump à Pékin et sa rencontre avec son homologue chinois Xi Jinping se déroulent ces 14 et 15 mai.

Depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, les deux hommes n’ont eu qu’une seule rencontre bilatérale, en marge du sommet de l’APEC à Busan en Corée du Sud, en octobre dernier. Les questions commerciales, chères au président américain, avaient alors été au cœur d’échanges crispés et témoignant de la compétition à grande échelle entre les deux pays, comme ce fut déjà le cas lors de la première administration Trump.

Cet enjeu reste crucial dans la relation Washington-Pékin ; mais s’ajoutent désormais d’autres sujets de discorde.

Washington sur plusieurs fronts

Le contexte a cependant considérablement changé au cours des derniers mois. Venezuela, Groenland, Iran : dans le domaine de la politique étrangère, Washington s’est engagé depuis le début de l’année dans un aventurisme qui inquiète Pékin, d’autant plus que la Chine semble directement visée, notamment à travers la guerre contre l’Iran, qui a un impact immédiat sur les exportations de pétrole de Téhéran, dont la RPC est le principal destinataire. D’ailleurs, toutes les crises dans lesquelles Washington s’est engagé depuis janvier sont justifiées par une volonté de porter atteinte à Pékin.

Dès lors, Xi Jinping devrait, ces 14 et 15 mai, manifester sa préoccupation face aux instabilités géopolitiques du moment, et inviter son homologue américain à privilégier la retenue et une approche multilatérale prônée par les Nations unies, jusqu’à se positionner lui-même comme une sorte de faiseur de paix et profitant sur ce point de la vacance du leadership américain dans son rôle de « gendarme du monde ». C’est d’ailleurs dans cette logique que Pékin joue un rôle important dans la médiation que le Pakistan s’efforce de mettre en place sur le dossier iranien et que la RPC soutient avec force.

Xi devrait également aborder la question des sanctions frappant des entreprises chinoises accusées par Washington de maintenir des activités avec Téhéran, qui traduisent les errements de la position américaine sur le conflit au Moyen-Orient, oscillant entre discours apaisant et menaces.

Par ailleurs, contrairement à la situation qui prévalait lors de la rencontre de Busan, la Chine est aujourd’hui en position de force dans la guerre commerciale qui l’oppose à Washington, la Cour suprême et un tribunal fédéral ayant récemment mis l’administration Trump en difficulté sur sa politique douanière. Tout cela se déroule dans un contexte politique marqué par l’impératif, pour Trump, de marquer des points en prévision des élections de mi-mandat de novembre prochain, qui s’annoncent très difficiles pour son camp.

Enfin, parmi les autres fronts sur lesquels Trump souhaite attaquer la Chine figurent les terres rares et les enjeux technologiques, alors que la RPC paraît sur le point de rattraper les États-Unis, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle. La compétition entre les deux pays est désormais multidimensionnelle et, en ouvrant plusieurs fronts simultanément, le président américain la rend incertaine.

La Chine face à l’Occident

Au-delà du règlement du conflit au Moyen-Orient, la Chine aime à se rêver comme une puissance d’équilibre, en mettant en avant son rejet de l’unilatéralisme et la nécessité de relancer un multilatéralisme incarné par les Nations unies. Derrière ce slogan, c’est le rattrapage de l’Occident qui est au cœur de la grande stratégie chinoise, et qui se traduit par un discours, partagé par Moscou et dans une certaine mesure New Delhi, affirmant le déclin de l’Occident.

Mais la Chine reste discrète, d’une part parce que c’est dans sa culture diplomatique (on se souvient notamment que Deng Xiaoping, leader du pays de 1978 à 1989 et encore très influent dans les années 1990, estimait que la RPC devait demeurer en retrait sur la scène internationale), et surtout parce qu’elle n’a aucun intérêt à s’exposer, laissant son principal rival, Washington, s’empêtrer dans des guerres sans fin qui ternissent un peu plus son image et sa crédibilité. Traduisant la pensée de Xi Jinping, le magazine The Economist fit ainsi sa une du 4 avril avec une photo représentant les deux hommes et ce titre moqueur : « N’interrompez jamais votre ennemi quand il fait une erreur. »

Ce discours sur le déclin de l’Occident s’adresse avant tout à la population chinoise, dans l’accompagnement du « rêve chinois » cher à Xi Jinping, afin de la conforter dans l’idée que le retour de la puissance chinoise est en marche, et que le régime en est le principal garant. C’est un enjeu important quand on sait que la montée en puissance de la RPC est confrontée à de nombreuses difficultés (ralentissement de la croissance, crise démographique, enjeux environnementaux, corruption…), et que les critiques, même timides et souvent réduites au silence, ne manquent pas.

Mais c’est aussi le Sud global que vise Pékin, dans une rhétorique qui invite à un remplacement progressif du leadership d’un Occident présenté comme décadent vers un « nouveau monde » incarné par les BRICS et ayant, au sommet, Pékin. Le multilatéralisme promu par la RPC pourrait ainsi être une phase transitoire vers un nouvel ordre mondial.

Il ne faut surtout pas, dans le monde occidental, sous-estimer la portée de ce discours, que la politique étrangère de Donald Trump et les multiples hésitations de l’Union européenne ne font que renforcer. On le voit notamment dans de nombreuses études qui font état d’un regain de confiance à l’égard de la Chine dans le Sud global, Pékin étant tout simplement vu comme plus responsable que l’Occident et moins susceptible que ce dernier de mettre en œuvre des « doubles standards » à l’égard des pays tiers.

Trump et l’obsession chinoise de Washington

Donald Trump a fait de la relation avec la Chine le principal enjeu de sa politique étrangère. Il s’inscrit en cela dans la continuité de ses prédécesseurs qui, républicains comme démocrates, ont tous manifesté une obsession chinoise depuis un quart de siècle. De « l’endigagement » de Bush Jr. au « pivot » d’Obama, en passant par le développement de partenariats avec les pays de la zone indopacifique, les guerres commerciales, l’insistance sur le piège de Thucydide ou les pressions sur la question des droits de l’homme, la méthode a parfois divergé, mais l’objectif reste le même : empêcher la Chine de devenir la première puissance mondiale.

Du Venezuela à l’Iran, on voit que la stratégie de l’actuel président américain consiste à viser indirectement Pékin et ses approvisionnements, en particulier en s’attaquant à ses partenaires, dans l’espoir de contraindre son rival à de nouveaux accords commerciaux. Mais cette stratégie ne fonctionne pas, et au-delà de belles promesses, Donald Trump rentrera de Pékin les mains vides s’il pense pouvoir contraindre le président chinois à de quelconques concessions, spécialement en ce moment où les États-Unis voient leur influence et leur crédibilité considérablement mises à mal.

Reste un scénario, qui semble plus que jamais envisageable en ce qu’il serait à l’avantage de Pékin et qu’il correspondrait à la stratégie du « deal » de Donald Trump : le grand marchandage (great bargain). Afin de conserver des acquis de plus en plus menacés en Asie-Pacifique, les États-Unis pourraient trouver un accord global avec la Chine sur une sorte de partage de la région. Longtemps jugé tabou à Washington, ce marchandage pourrait être considéré par le locataire de la Maison-Blanche comme un accord gagnant-gagnant. Problème : quelles seraient les lignes démarcation, de la péninsule coréenne à l’Asie du Sud-Est, en passant par Taïwan ?

Plus que jamais, les partenaires de Washington en Asie-Pacifique suivent avec attention et anxiété les positionnements d’un président américain qui a fait de l’imprévisibilité le marqueur de son mandat.

theconversation.com