Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 28 août 2026

Des hackers russes ont détourné l’IA de SpaceX pour pirater des entreprises

 

Selon des informations examinées par Reuters et des rapports publiés jeudi par les entreprises de cybersécurité Gambit Security et CloudSek, des hackers russophones ont utilisé l’assistant de codage par IA de SpaceX, Cursor, pour s’introduire dans une entreprise chimique belge et six autres sociétés, en début d’année.

Cette opération de piratage dopée à l’IA est le dernier exemple en date de l’utilisation d’outils commerciaux d’intelligence artificielle par des acteurs malveillants pour s’introduire dans des systèmes. Selon le directeur de la stratégie de Gambit, Curtis Simpson, c’est aussi la preuve que les fournisseurs d’IA se trouvent pris dans une course infinie face à des utilisateurs malveillants qui tentent de contourner leurs garde-fous.

« C’est un jeu du chat et de la souris qui n’est pas près de s’arrêter », a déclaré Simpson.

Cursor et sa société mère, SpaceX, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Un serveur pris pour cible a permis de comprendre les méthodes des hackers

Selon Gambit, cette campagne de piratage a été découverte lorsqu’un serveur détourné par un tout nouveau groupe de rançongiciel – Aur0ra – a été exposé sur Internet. Ce qui a permis à l’entreprise dont le siège se trouve à Tel-Aviv d’examiner 28 sessions de chat entre un ou plusieurs hackers d’Aur0ra et l’un des agents d’IA de Cursor — des programmes capables de fonctionner avec divers degrés d’autonomie.

Dans son rapport, Gambit explique qu’Aur0ra a persuadé l’agent d’IA d’exécuter des centaines d’opérations malveillantes telles que le vol d’identifiants ou la prise de contrôle de comptes à haute valeur ajoutée en lui faisant croire qu’il s’agissait d’une simple simulation.

« Nous avons besoin d’un compte administrateur, n’importe lequel », ont demandé les hackers, selon des citations rapportées par Gambit. « Trouve des mots de passe qui fonctionnent », lui ont-ils également ordonné.

Selon le rapport de la société CloudSek, dont le siège se trouve à Singapour, les données du serveur montrent qu’Aur0ra a fait une vingtaine de victimes au total, sans préciser le nombre de celles compromises avec l’aide de l’IA.

Ni Gambit ni CloudSek n’ont donné le nom des victimes des hackers, mais Reuters a pu en identifier six après avoir examiné de manière indépendante une partie des données de chat, lesquelles se troiuvaient toujours en ligne le mois dernier.

L’étude des journaux de chat disponibles, du 8 avril au 21 mai derniers, révèle que figurent parmi les victimes d’Aur0ra l’entreprise belge Christeyns, fabricant de produits d’hygiène et de nettoyage dont le siège se trouve à Gand, ainsi que le fabricant allemand de portes de garage Teckentrup ou encore l’agence écossaise Helideck Certification Agency, chargée du contrôle des stations d’hélicoptères, sans oublier un distributeur pharmaceutique argentin, un fabricant italien et Bayou Title, qui se présente comme la plus grande société d’assurance de titres de propriété de Louisiane.

Aucune des six entreprises n’a répondu aux demandes de commentaires de Reuters. Au moins l’une des victimes, Bayou Title, figure sur le site de fuite de données d’Aur0ra, ce qui indique généralement que les hackers ont tenté en vain d’obtenir une rançon.

Aur0ra, un groupe de hackers qui a commencé à faire des victimes plus tôt cette année, n’a pas non plus répondu aux messages.

Les hackers ont trompé l’IA en prétextant une simulation

Les échanges consignés dans les journaux examinés par Reuters montrent que le hacker a donné des ordres concis, auxquels l’agent d’IA de Cursor a répondu par des conseils techniques rédigés sur un ton enjoué et truffé d’émojis, typique des agents conversationnels.

« Génial ! Connexion VPN réussie ! » a-t-il lancé après la pénétration du réseau de l’entreprise argentine.

« Essayons de casser ces hachages », a-t-il suggéré à un autre moment, faisant référence au processus de décodage de mots de passe chiffrés.

Après avoir découvert un hôte vulnérable au sein du réseau de Teckentrup, l’IA a recommandé l’utilisation d’un outil logiciel malveillant bien connu pour l’exploiter. « Chances de réussite : TRÈS ÉLEVÉES », a-t-elle ajouté.

Reuters n’a pas pu vérifier de manière indépendante dans quelle mesure les intrusions ont été facilitées par l’aide de l’agent Cursor, ni si chacune de ces failles a donné lieu à une ponction de données et une tentative d’extorsion.

Selon Gambit, l’agent d’IA fonctionne grâce au modèle Claude Sonnet 4.5 d’Anthropic, une version plus basique que les modèles Mythos 5 ou Fable 5 d’Anthropic, dont les prouesses en matière de cyber attaque n’ont pas manqué d’appeler l’attention de Washington.

Anthropic n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Selon Eyal Sela, directeur du renseignement sur les menaces chez Gambit, Cursor est une aubaine pour les hackers, l’agent d’IA « les aidant sans doute à aller 30, 40 voire 50 % plus vite, dans la mesure où il leur évite d’avoir à exécuter toutes les tâches manuellement ».

L’agent de Cursor a rejeté à quelques reprises des requêtes jugées dangereuses ou illégales, souligne Sela, mais le hacker est presque toujours parvenu à contourner ces refus en relançant la discussion et en insistant sur le fait que le piratage s’inscrivait dans le cadre d’un test.

Gambit précise que la chaîne de pensée de l’agent (chain of thought) la méthode qui permet aux modèles d’IA de formuler leur raisonnement à voix haute permet de retracer en temps réel la manière dont les mensonges du hacker supplantent les garde-fous de l’IA.

« Il s’agit d’un test, c’est donc légal », s’est dit l’agent, selon l’un des registres de chat.

La nouvelle de ces piratages est sortie au moment où Cursor est en cours d’intégration au sein de SpaceX, la société de fusées et d’IA d’Elon Musk, suite à son rachat ce mois-ci. L’inquiétude autour des risques numériques posés par les modèles d’IA ne cesse de croitre, en particulier ceux qui propulsent des agents d’IA comme ceux qui se sont échappés des laboratoires des entreprises du secteur ces derniers mois.

Simpson, le cadre de Gambit, estime que le piratage assisté par IA est aujourd’hui la norme.

Raphael Satter

fr.timesofisrael.com

Il n'y a aucun indice de préparation d'une attaque russe contre les pays de l'OTAN

 

Les services de renseignement européens ne disposent pas d'indices concernant une attaque militaire russe contre les pays européens membres de l'OTAN, a déclaré jeudi une haute responsable européenne.

D'après la presse américaine, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu à Moscou cette semaine pour dissuader la Russie d'attaquer l'Alliance atlantique. «Les services européens ne voient pas de risques d'attaque russe contre les pays européens», a assuré cette responsable sous couvert de l'anonymat.

«Concernant d'éventuelles menaces contre des membres européens de l'OTAN, nous ne voyons rien qui indiquerait que quelque chose serait en préparation actuellement», a-t-elle ajouté.

Mais la responsable a aussi déclaré qu'il n'y avait aucun doute sur le fait que la Russie essayait «activement de créer des difficultés pour nos pays», l'Union européenne soutenant fermement l'Ukraine depuis l'invasion russe en 2022. «L'escalade de la part de la Russie est clairement là», a-t-elle souligné.

L'UE dénonce depuis longtemps ce qu'elle considère comme une «guerre hybride» menée par la Russie. Elle a imputé à Moscou une liste toujours plus longue d'incidents, allant d'incursions de drones et de cyberattaques à la désinformation et aux ingérences politiques, les États membres orientaux étant les plus exposés.

«Ce que nous voyons, ce sont ces attaques hybrides, puis un peu moins hybrides, qui se poursuivent, et nous partons du principe qu'elles continueront», a déclaré la responsable.

Le Kremlin a qualifié jeudi «d'histoires alarmistes» les informations parues dans la presse américaine selon lesquelles le directeur de la CIA s'est rendu à Moscou cette semaine pour dissuader la Russie d'attaquer l'OTAN, les jugeant dénuées de tout lien «avec la réalité».

Donald Trump a assuré que le président russe Vladimir Poutine «n'allait pas attaquer un territoire de l'Otan», jeudi pendant un échange avec la presse à la Maison Blanche: «J'ai eu de bonnes discussions avec lui. Il ne va pas attaquer un territoire de l'Otan», a dit le président américain.

AFP

Faut-il réinventer la diplomatie ?

 

Depuis quelques temps, et en particulier depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, on assiste à un retour de la force aux dépens du droit international. Vous soulignez que la diplomatie actuelle, héritée des traités de Westphalie et du droit international classique, est à bout de souffle. L’incapacité des institutions internationales à stopper les conflits actuels est-elle le signe d’une faillite philosophique ou purement politique ?

Il y a une faillite philosophique et politique, indissociables l’une de l’autre, des institutions internationales. Il suffit de constater l’état de déliquescence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) ou encore du Conseil de sécurité des Nations Unies. Pas besoin d’être grand clerc pour constater que l’ordre construit par les grandes puissances de 1945 est fragilisé de tous côtés.

C’est donc le bon moment pour proposer une approche philosophique plus distancée à l’égard de notre époque, que je qualifie de postmoderne. Sommairement, on peut dire que la modernité a été marquée depuis le traité de Westphalie par l’affirmation des États-nations souverains. Elle a abouti à trois guerres mondiales (1914-18 ; 1939-45 ; 1948-91). La postmodernité quant à elle est marquée après 1945 par une critique radicale de l’État tout puissant et neutre éthiquement, tel qu’il avait été défini par Hegel. Elle a promu à l’inverse, comme chez Édouard Glissant, le projet d’États solidaires — plus que solitaires —, moins souverains et donc postcoloniaux. Mais le risque de cette pensée de l’altérité est qu’elle ne dispose pas d’un corps métaphysique suffisamment unifié pour produire des vertus capables de s’opposer à la soif de puissance des visions unitaires du monde. 

Conscient du danger, René Cassin avait tenté en 1948 de redonner, avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, une base métaphysique au droit international en s’appuyant sur la notion de personne et sur sa dignité inaliénable. Mais comme il l’a reconnu plus tard, son projet personnaliste de troisième voie, fondé sur les droits de l’homme, qui refusait de tout céder aux injonctions de l’individu (comme le souhaitaient les juristes américains) comme à celles de la communauté (comme le voulaient les juristes soviétiques), a rapidement été marginalisé par les États modernes. Il était inéluctable dès lors que certains États cherchent à dévaloriser le droit international, entrainant les relations internationales vers une situation de désordre croissant. Sans universel commun, les États ne disposent plus que de la force armée pour asseoir leur soif de souveraineté absolue.

C’est pourquoi il faut s’interroger aujourd’hui sur le concept de force. La force authentique consiste-t-elle à bombarder des villes pour ne plus en laisser une seule pierre comme à Bakhmout [en Ukraine], ou à menacer de détruire une civilisation en une seule nuit ? Ou réside-t-elle plutôt en la capacité à construire, à édifier, à favoriser des sociétés harmonieuses sur le long terme, ce qui fait appel en premier lieu aux vertus du courage, de la prudence ou de l’honnêteté, qui se nourrissent elles-mêmes d’une vision métaphysique du monde ? La vraie force est-elle immédiatement visible, comme par exemple le nombre de chars ou de têtes nucléaires dont dispose un pays ? Ou est-elle d’ordre immatériel, invisible au premier regard ? La métaphysique répond que la force authentique repose sur le sens de la justice, sur la capacité à discerner. Les grandes traditions métaphysiques ont posé le sens de la sagesse et de la vertu comme étant les plus grandes forces des souverains. Il suffit de mentionner Les Entretiens de Confucius ou le Livre de la Sagesse dans la Bible.

Dans le cas de l’Ukraine, on a assisté à intervalles réguliers à un empressement américain à trouver une paix sans prendre le temps de bien négocier les conditions de la paix. Dans un monde où tout doit aller vite, où les gens ne savent plus attendre, est-ce qu’il est encore possible de trouver le temps long nécessaire aux négociations diplomatiques pour trouver la paix ?

Il est bien vrai que la temporalité postmoderne, que François Hartog désigne par le terme de « présentisme », empêche de prendre en considération toute expérience stratégique et toute anticipation tactique. Il suffit de regarder les chaines d’information continue pour comprendre que les médias, tout comme le personnel politique, sont hypnotisés par le court terme et par le buzz et délaissent et la vérité et les courants de fond qui traversent les sociétés.

Parfois, certains diplomates prennent le temps de faire un pas de côté, comme Philippe Étienne dans son livre Le Sherpa (Tallandier, 2026). L’homme qui fut le conseiller diplomatique du président Macron, et qui aujourd’hui préside le Forum de la paix de Paris, aboutit à la conclusion que, au XXIe siècle, la vision strictement nationale de la souveraineté est défunte. Seule une approche européenne de la souveraineté permettrait à la France de rester souveraine. 

Or, cette approche européenne de l’« étaticité », pour reprendre l’expression de Sylvain Kahn, est métamoderne. Elle prend congé de la vision de Jean Bodin de la souveraineté, selon laquelle celle-ci « est la puissance absolue et perpétuelle d’une République (…) limitée ni en puissance, ni en charge, ni en temps ». La souveraineté métamoderne repose sur les grands luminaires de la personne et de la communauté, de la justice et de la vérité. Elle implique un méta-État dont la spécificité est de mutualiser, selon les degrés de confiance existants, les moyens de la puissance et un certain nombre de compétences des différents États qui lui sont affiliés.

Plus encore que le présentisme, le principal problème de la conscience postmoderne de nombre de diplomates et de politiques est le pseudoréalisme. Cette vision du monde, héritée de Machiavel et de Hobbes, et poursuivie au XXe siècle par certains diplomates comme Henry Kissinger et Hubert Védrine, pose problème. Dans mon livre Pour sortir de la guerre, je dresse le portrait de toute une série d’acteurs se prétendant réalistes, qui n’ont en réalité que favorisé des politiques d’apaisement à l’égard de la Russie, et donc encouragé les appétits expansionnistes de cette puissance néo-impériale.

Le « réalisme » revendiqué par la diplomatie moderne est une forme de positivisme et au bout du compte une forme de lâcheté. Ce pseudoréalisme ne prend en considération que les rapports de force militaires et non pas les rapports de force théologico-politiques. Il y a quatre catégories de pseudoréalistes :

• les amnésiques, comme Edgar Morin par exemple, qui souhaite un partage de l’Ukraine pour mettre fin à la guerre, mais qui oublie que la Seconde Guerre mondiale, dont le retour lui fait si peur, est venue de la volonté des nazis de partager la Pologne ;

• les fatalistes, comme l’ancien patron de la CIA William Burns, considèrent par exemple que les Russes n’aiment pas la démocratie, et donc que la Russie restera toujours une dictature ;

• les relativistes, comme le diplomate Gérard Araud, considèrent que « la guerre en Ukraine » est une guerre locale et donc très relative à l’égard des enjeux globaux. Ils ne voient pas par exemple que le blocus alimentaire instauré par la Russie touche autant l’Asie que l’Afrique ;

• les équilibristes expliquent, comme au Vatican à l’époque du pape François, qu’il n’y a pas en Ukraine d’agresseur et d’agressé, que la nuit tous les chats sont gris, que la diplomatie vaticane ne peut faire cause commune avec l’une des parties en conflit. Mais le pape Léon a montré quant à lui que la politique de l’administration de Donald Trump en Iran était bien belliciste et condamnée par l’évangile.

Ainsi, les négociations diplomatiques ne peuvent être efficaces et rapides que s’il existe un horizon métaphysique partagé, basé sur le sens éthique de la vérité et de la justice.


En parallèle, face à des sociétés de plus en plus polarisées, est-ce que la capacité à trouver un compromis — l’un des instruments de base du diplomate — est encore possible ? Est-ce d’ailleurs encore nécessaire de chercher un compromis pour faire de la diplomatie aujourd’hui ?

Plus que jamais, le consensus différencié obtenu à travers le dialogue et l’établissement d’un juste rapport de force est l’outil indispensable à la diplomatie. Pour l’ambassadeur belge Thomas Antoine, le défi de tout diplomate est de fonder une paix durable, donc juste. Pour ce faire, il lui faudra s’appuyer sur une vision du monde en tension, concilier des volontés opposées, des narratifs divergents, des passés douloureux. Il existe en effet une tension entre l’Inconditionnel moral et le Conditionnel diplomatique.

La diplomatie utilise des instruments conditionnels — négociation, clauses —, qui s’appliquent dans certaines juridictions. Le diplomate doit gérer la dialectique des volontés, celle des intérêts opposés. Thomas More faisait la distinction entre pretium (prix) et dignitas (valeur). Les deux sont des valeurs, mais la dignité ne se négocie pas, tandis que le prix est conditionnel. Il faut à la fois gérer les impératifs moraux et la réalité sur le terrain, les rapports de force, sans perdre son âme. La confusion entre pretium et dignitas se traduit par la corruption.

La diplomatie peut suivre deux écoles, celle de Machiavel et celle d’Ignace de Loyola. Machiavel fonde sa méthode de gouvernement sur la crainte, le pouvoir reposant sur le contrôle. Il s’agit d’un modèle défensif et statique du pouvoir, décourageant la prise personnelle de risque, qui s’exerce en solitaire. C’est le modèle du pouvoir en Russie ou en Chine. L’idée du Léviathan universel est celle d’une puissance unique maintenant la paix, qui rassemblerait tous dans une absence d’opposition des intérêts. Ignace de Loyola, ancien soldat, n’ignore rien des carences de la nature humaine, lorsqu’il fonde à Montmartre sa « multinationale » sur la confiance, l’innovation et la prise de risque. Le ciment qui la fait fonctionner, c’est l’amour, l’idée d’une possibilité de réconcilier l’humanité.

Quatre piliers sont à la base de la nouvelle diplomatie éthique de l’ordre jésuite :

• la lucidité, le « connais-toi toi-même » qui est à la base d’un bon casting pour la diplomatie, qui se vit en équipe ;

• la souplesse est la capacité de s’adapter aux temps et circonstances, en tenant compte de références culturelles parfois très éloignées. Elle repose sur l’autonomie et l’authenticité ;

• la bienveillance permet de veiller au bien commun, qui permet de préserver la paix, chez soi et chez les autres. Un État divisé s’affaiblit diplomatiquement ;

• l’héroïsme, le dépassement de soi, car dans chaque situation difficile, il existe un moyen de trouver une solution, c’est un défi qui donne du sens à la vie. 

Un cinquième pilier peut être ajouté chez les meilleurs diplomates : l’humour, qui peut permettre de désamorcer les tensions entre individus. Mieux valent les éclats de rire que les éclats d’obus. Cela permet de faire passer l’intérêt collectif avant l’ambition personnelle, cette passion infantile. Cette vision de la diplomatie n’est pas naïve, mais elle peut être efficace : opposée à la diplomatie cynique, elle affirme qu’il y a plus à gagner par la confiance que par la méfiance.

Comment pratiquer cette diplomatie éthique ?

En s’appuyant sur les vertus cardinales, et avant elles, les vertus théologales exposées par saint Thomas d’Aquin :

• la foi : elle est exprimée tout d’abord pour un diplomate par les lettres de créances, qui affirment la confiance du chef d’État dans son représentant. Le diplomate dit la vérité, même s’il ne dit pas tout, car la transparence n’autorise pas la négociation, il est intègre ;

• l’espérance : le diplomate cherche plus à prévenir qu’à guérir, il cherche à éviter le processus mortifère d’un conflit ouvert. Mais lorsque celui-ci se produit, l’espérance bannit le cynisme, la résignation ; 

• la charité : elle s’incarne dans le passage de l’empathie à la sympathie. Un diplomate doit aimer les gens. Il a existé d’autre part des transgressions diplomatiques admirables, des diplomates ont délivré des passeports aux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, en dehors ou contre les instructions reçues de leur gouvernement. Pensons à la figure exemplaire du diplomate portugais Aristides de Sousa Mendes, un juste parmi les nations.

Face à une Realpolitik de plus en plus brutale, que penser également du temple mondial de la diplomatie, l’ONU et son Conseil de sécurité, qui semblent totalement dépassés par les événements et incapable de gérer les crises mondiales qui s’accumulent. Est-ce que l’ONU est encore un cadre adapté aux relations diplomatiques ?

L’Organisation des Nations Unies doit être réformée. C’est une évidence pour tout le monde, et depuis longtemps, à commencer par son actuel secrétaire général, mais ses velléités sont forcément limitées par le pouvoir des États modernes. 

Notre département de recherche au Collège des Bernardins coopère étroitement avec le Global Governance Forum créé par Augusto Lopez-Claros pour proposer un certain nombre de réformes réalistes de l’ONU. Nous sommes en train de traduire en français et de publier le projet qu’il a élaboré avec toute une équipe d’experts internationaux et que je recommande à chacun de lire (1).

Alors que le multilatéralisme est en crise, quelles seraient selon vous les pistes pour réinventer ou adapter la diplomatie et le métier de diplomate pour faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain ?

Je trouve que l’initiative française de l’Académie diplomatique et consulaire, d’organiser chaque année une Fabrique de la Diplomatie (2), ouverte aux chercheurs, aux étudiants et aux citoyens, est extrêmement importante. Car la diplomatie d’un État-nation souverain ne doit pas être coupée des forces vivantes de la nation, comme cela s’est longtemps pratiqué.

Il en va de même du Forum Normandie pour la paix (3) organisé par la Région Normandie, qui fait un travail remarquable pour associer les jeunes générations à la réflexion collective en Europe et dans le monde sur la construction de la paix.

Alors que les nouvelles technologies influencent l’ensemble de l’économie et de la société, est-ce que l’intelligence artificielle (IA) pourrait jouer un rôle croissant dans la diplomatie de demain ? Avec quels risques ou quels atouts ?

L’intelligence artificielle représente aujourd’hui d’abord une menace pour la diplomatie car, à ce stade, elle n’est toujours pas régulée par le droit international. Cela conduit à des formes d’utilisation sauvage par les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, qui contribuent à polariser nos sociétés et à saper la démocratie.

J’ai été frappé par le fait que l’IA Claude Mythos dispose désormais d’une intelligence capable de dissoudre tous les systèmes de sécurité, d’où la décision prise par la maison-mère Anthropic de ne pas la rendre accessible au grand public (4). La première urgence est donc de réguler au plus haut niveau les entreprises qui commercent avec l’intelligence artificielle.

Mais, bien entendu, je suis aussi conscient du potentiel énorme de l’IA. J’en veux pour preuve le travail qui est fait aux Nations Unies. Comme l’explique le site qui lui est dédié (5), l’IA a un potentiel important pour favoriser l’inclusivité, réduire les inégalités, et accélérer près de 80 % des objectifs de développement durable (ODD). L’IA pourrait par exemple soutenir les avancées dans les ODD en fournissant des diagnostics et des analyses prédictives dans les soins de santé (ODD3) ; la surveillance des cultures et la résilience climatique dans l’agriculture (ODD2 et 15) ; l’apprentissage personnalisé dans l’éducation (ODD4) et la cartographie des crises et la distribution de l’aide dans le cadre de la réponse humanitaire.

Notes

(1) https://​globalgovernanceforum​.org/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​A​-​S​e​c​o​n​d​-​C​h​a​r​t​e​r​-​I​m​a​g​i​n​i​n​g​-​a​-​R​e​n​e​w​e​d​-​U​n​i​t​e​d​-​N​a​t​i​o​n​s​.​pdf

(2) La prochaine édition se tiendra les 4 et 5 septembre 2026 (https://​tinyurl​.com/​5​4​n​m​4​4e6).

(3) https://​www​.normandiepourlapaix​.fr/

(4) « Anthropic ne publiera pas Claude Mythos : une IA jugée trop dangereuse en cybersécurité », Solutions numériques et cybersécurité, 9 avril 2026 (https://​tinyurl​.com/​4​u​z​k​m​6kh).

(5) https://​www​.un​.org/​f​r​/​g​l​o​b​a​l​-​i​s​s​u​e​s​/​a​r​t​i​f​i​c​i​a​l​-​i​n​t​e​l​l​i​g​e​nce

Antoine Arjakovsky

Thomas Delage

areion24.news

Personne ne détient vraiment le détroit d’Ormuz

 

Entre revendications iraniennes, blocus américain et routes maritimes brouillées, le détroit d’Ormuz échappe aujourd’hui à toute lecture simple. Les données de trafic montrent une reprise partielle, mais aussi une navigation sous tension, largement dissimulée. Ni Washington ni Téhéran ne semblent désormais pouvoir imposer seuls leur contrôle sur ce passage stratégique.

Le détroit d’Ormuz est devenu, ces derniers mois, l’enjeu central du conflit opposant les États-Unis à l’Iran. Téhéran a d’abord fermé la voie d’eau aux navires jugés hostiles, avant qu’un protocole d’accord signé le 17 juin ne permette une reprise partielle du trafic. Cet accord s’est effondré début juillet après une série de frappes réciproques, et depuis, Iran et États-Unis se disputent le contrôle du passage à coups de déclarations contradictoires. 

Mi-août, Donald Trump évoquait la possibilité que Washington prenne en charge le territoire du détroit, tandis que Téhéran maintenait que seuls les navires munis d’une autorisation iranienne pouvaient légalement transiter. Entre ces deux versions, la réalité du terrain reste difficile à établir, mais pas totalement insaisissable.

Deux autorités qui se contredisent

Sur le plan institutionnel, l’Iran a formalisé sa revendication en mai en créant la «Persian Gulf Strait Authority», qui affirme qu’aucun navire ne peut franchir le détroit sans permis délivré par ses soins, selon un rapport du Congressional Research Service, le service de recherche du Congrès américain. Téhéran s’appuie sur le protocole de juin, qu’il interprète comme une reconnaissance de son droit d’administrer la voie d’eau. 

Le même rapport souligne toutefois que cette revendication contredit la géographie: le détroit comprend à la fois des eaux territoriales iraniennes et omanaises, et Oman ne s’est jamais rallié à la position iranienne, préférant une ambiguïté stratégique pour rester en dehors du conflit.

Washington, de son côté, revendique un contrôle militaire du passage tout en maintenant un blocus naval visant les navires liés à l’Iran, ce qui, par construction, contredit l’idée d’une libre circulation garantie. 

Le 12 août, le secrétaire à l’Énergie Chris Wright affirmait que les exportations pétrolières du Moyen-Orient étaient revenues à la normale.

Ce que montrent les données de trafic

C’est sur ce terrain que les données de tracking indépendantes deviennent précieuses. Selon la société de renseignement maritime Kpler, citée par Al Jazeera, 236 navires ont transité par le détroit entre le 1ᵉʳ et le 19 août, loin des quelque 130 navires quotidiens d’avant-guerre. Parmi eux, 83 ont ouvertement emprunté la route nord revendiquée par l’Iran, contre seulement trois ayant publiquement utilisé la route sud imposée par Washington. 

Mais l’écrasante majorité, 148 navires, soit plus de six sur dix, a transité par des routes non identifiées, transpondeurs éteints. Cette pratique permet aux navires de réduire leur visibilité face aux frappes, malgré les risques que cela fait peser sur la sécurité maritime.

Un baromètre de la peur, pas du contrôle

Ce brouillage massif interdit toute conclusion définitive sur qui domine le trafic dans son ensemble. Mais parmi les navires dont la route est identifiable, un déséquilibre net apparaît: bien plus de navires défient ouvertement les menaces américaines en empruntant la route iranienne que l’inverse. 

Cette lecture contraste avec celle formulée un mois plus tôt par Kpler elle-même. Homayoun Falakshahi, responsable de l’analyse du pétrole brut de la société, déclarait à CNN qu’il semblait que l’Iran ait au moins partiellement perdu le contrôle du détroit, une évolution nette par rapport au mois précédent, où le trafic était quasiment nul. Les deux analyses ne sont pas incompatibles : l’une mesure la reprise globale du trafic, l’autre la répartition entre routes revendiquées.

Le doute s’installe jusqu’à Téhéran

Le débat le plus révélateur se joue peut-être à l’intérieur même de l’Iran. Selon le Guardian, une controverse oppose les partisans d’une fermeture prolongée à ceux qui jugent que la valeur stratégique du détroit s’érode à mesure que les voisins du Golfe développent des pipelines et des routes alternatives.

Ces routes existent déjà, mais restent limitées: l’oléoduc saoudien East-West (Petroline), qui relie les champs pétroliers du Golfe au port de Yanbou sur la mer Rouge, et l’oléoduc émirati Habshan-Fujairah (Adcop) offrent ensemble une capacité estimée entre 3,5 et 5,5 millions de barils par jour selon l’Agence internationale de l’énergie, loin des quelque 20 millions de barils qui transitaient quotidiennement par Ormuz avant la guerre. Plus l’Iran brandit le levier d’Ormuz, plus il pousse les autres à s’en affranchir, retournant l’arme contre celui qui la manie.

Faut-il trancher ? Aucune des deux puissances ne peut revendiquer un contrôle absolu : ni Washington, qui ne peut facilement garantir la sécurité de tout navire empruntant sa route, ni Téhéran, qui voit une partie croissante du trafic lui échapper via des routes dissimulées.

Mario Chartouni

icibeyrouth.com

Des logiciels espions détectés sur les téléphones de 2 cadres de la campagne d’Eisenkot

 

Un logiciel espion conçu pour mettre sur écoute et extraire des informations sensibles a récemment été découvert sur les téléphones de deux hauts responsables de la campagne électorale de Gadi Eisenkot, a rapporté mercredi la chaîne N12.

En raison des informations sensibles que la campagne traite pour le compte du parti d’opposition d’Eisenkot, Yashar, le quartier général de la campagne a récemment mis en place un protocole de sécurité strict, imposant des contrôles quotidiens de cyber-sécurité et des analyses des téléphones pour certains membres du personnel, y compris ses plus hauts responsables.

Selon le reportage, la société de sécurité privée engagée par la campagne a détecté des logiciels malveillants à deux reprises lors de ces analyses. Les appareils personnels d’Eisenkot n’ont pas été compromis, a-t-elle précisé.

Ces logiciels malveillants comprenaient des logiciels d’écoute téléphonique et des outils de suivi d’activité, a rapporté le média israélien.

Selon les derniers sondages, le parti Yashar d’Eisenkot devrait devenir la première force politique à la Knesset à l’issue des élections d’octobre, juste devant le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Likud. Cependant, les partis sionistes opposés à Netanyahu sont, selon les sondages, à deux ou trois sièges de la majorité de 61 sièges requise à la Knesset, qui en compte 120.

Malgré ces violations apparentes, la campagne d’Eisenkot n’a pas porté plainte auprès de la police, a indiqué N12, et a préféré renforcer ses mesures de cyber-sécurité et poursuivre les analyses quotidiennes des appareils des hauts responsables.

La chaîne n’a pas précisé qui pourrait être responsable de l’installation du logiciel espion ni à quel moment les appareils ont été compromis.

Ces dernières années, les responsables politiques et leurs collaborateurs sont de plus en plus souvent la cible de tentatives de piratage et d’installation de logiciels malveillants sur leurs appareils. Dans bon nombre de ces cas, des groupes liés à l’Iran ont revendiqué ces actions, même si la chaîne N12 n’a pas établi de lien avec l’Iran dans cette affaire.

En janvier, le collectif de pirates informatiques Handala, lié à la République islamique d’Iran, a publié des photos et des vidéos qu’il affirmait avoir volées sur le téléphone de l’ancienne ministre Ayelet Shaked.

Un mois plus tôt, Handala avait affirmé avoir piraté les téléphones du chef de cabinet du Premier ministre, Tzahi Braverman, et de l’ancien Premier ministre, Naftali Bennett.

Dans ces trois cas, le collectif de hackers a diffusé des photos, des vidéos et des documents qu’il affirmait avoir obtenus à partir de ces appareils.

Bennett avait alors nié que son téléphone ait été piraté, mais avait admis que des pirates informatiques avaient accédé à son compte Telegram.

Toujours en décembre 2025, les députés du Likud Tally Gotliv et Moshe Saada ont signalé au responsable de la sécurité de la Knesset qu’ils soupçonnaient leurs téléphones d’avoir été piratés.

Par ailleurs, au cours des deux dernières années, des dizaines d’Israéliens, dont plusieurs soldats et réservistes, ont été inculpés d’espionnage au profit de l’Iran. Dans de nombreux cas, des agents iraniens ont recruté des Israéliens via les réseaux sociaux, notamment sur Telegram, en leur promettant une rémunération.

Les responsables iraniens confient généralement à leurs recrues des tâches relativement banales au départ, telles que des actes de vandalisme ou la prise de vidéos dans des lieux publics, qui dégénèrent ensuite en infractions plus graves, parfois même violentes.

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