Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mardi 14 avril 2026

CAESAR; les leçons de trois ans de guerre en Ukraine

 

Les premiers des 120 CAESAR aujourd’hui en Ukraine ont été déployés en juin 2022. Il est donc permis, avec trois ans de recul, d’émettre quelques réflexions sur la performance du système. L’analyse proposée porte sur la capacité de la pièce à survivre sur le champ de bataille d’aujourd’hui et donc principalement sur l’architecture système.

Dans les années précédant l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, de nombreux observateurs estimaient que, pour un conflit de haute intensité, seuls les canons blindés chenillés, ou au moins tourellés, seraient adaptés. Peut-être influencés par les nombreuses opérations de contre – insurrection auxquelles le CAESAR avait participé avec succès, ils pensaient que ce type de canon était limité à ce type de conflit. Or l’Ukraine contredit ces préconceptions : mi‑2024 le taux de destruction du CAESAR s’élevait à 11 % contre 33 % pour les blindés chenillés (1) et certains autoportés tourellés à roues (2).

Des hypothèses ont été émises pour faire coïncider la réalité avec les préjugés, telles que « les blindés chenillés sont engagés plus près de l’ennemi », mais nos contacts réguliers avec les artilleurs ukrainiens ont invalidé ces assertions et il se trouve même que la 148e brigade d’artillerie, qui met en œuvre les deux versions du CAESAR, est la première sur quinze au classement des unités d’artillerie ukrainiennes équipées de 155 mm dans la mission de contre – batterie en 2025 (3). Nous estimons que la raison principale de la performance du CAESAR dans un contexte de haute intensité, et en particulier d’une pratique de la contre – batterie entièrement nouvelle, réside dans son architecture.

Une contre-batterie entièrement transformée

Pendant la guerre froide, la détection des pièces d’artillerie dépendait presque entièrement des radars de trajectographie. L’observation aérienne était inenvisageable à cause de la densité des défenses sol-air des deux côtés. Dès lors, pour augmenter les chances de survie d’une pièce d’artillerie, chaque seconde gagnée à la sortie de batterie était essentielle. Les coordonnées fournies par ces radars étant à l’époque relativement imprécises, les tirs de contre – batterie devraient couvrir une large zone avec un volume important d’obus. Un coup au but était une rareté, il était beaucoup plus probable qu’une pièce d’artillerie autoportée soit atteinte par des éclats : il était donc important qu’elle soit blindée. Dans ce contexte, le tir sous protection était logiquement considéré comme essentiel. L’automatisation s’inscrit dans ce cadre et vise à accélérer les opérations.

Trois décennies de contre – insurrection ont suivi, pendant lesquelles les futurs conflits de haute intensité étaient imaginés selon ces principes. Nous avons donc assisté, en particulier dans la dernière décennie, et y compris depuis 2022, à l’accroissement important de la taille d’une majorité des nouvelles pièces d’artillerie. Le critère de la rapidité de sortie de batterie était quasi devenu le critère de sauvegarde unique, au mépris de la discrétion et du camouflage.

La guerre de haute intensité est réapparue en Europe en 2022, mais, depuis le début du conflit, la contre – batterie s’est révélée entièrement différente de ce qui avait été imaginé et qui avait présidé à la conception des canons les plus récents. En particulier, 90 % des pièces d’artillerie sont aujourd’hui détectées par des drones et, dans 75 % des cas, sont détruites par des Munitions téléopérées (MTO). Les paramètres relatifs à la sauvegarde des pièces sont donc radicalement transformés. Pourtant, nombre d’idées antérieures subsistent, en partie à cause de l’usage du terme de contre-batterie qui sous – entend que la possibilité de frapper l’artillerie adverse ne peut que succéder au tir de celle‑ci (4).

Les principales caractéristiques des pièces d’artillerie pour survivre sur le champ de bataille d’aujourd’hui

Paramètres de sauvegarde dans la zone de déploiement des canons

Le moyen de frappe prédominant contre les pièces d’artillerie est les MTO. La notion de précision qui s’applique à ces munitions dépasse celle que l’on conçoit pour les munitions d’artillerie ou aériennes : elles permettent de frapper une partie très précise du système d’arme. Nous sommes entrés dans l’ère de l’ultraprécision. Les MTO FPV (First person view) sont des drones quadricoptères capables de voler à basse vitesse. Ils peuvent viser une partie aussi étroite que le tube ou la culasse (5), ou entrer dans le véhicule. Les munitions rapides, telles que le Lancet, doivent viser une partie plus volumineuse du véhicule, telle que la cabine ou la tourelle. Toutes ces munitions peuvent aisément frapper des véhicules en mouvement. C’est parce qu’obus ou roquettes étaient incapables de poursuivre un objectif mobile qu’il était autrefois essentiel de frapper une pièce aussi vite que possible après l’avoir localisée.

Frapper un objectif avec une MTO offre beaucoup plus d’options, mais leur capacité d’emport en explosif est réduite : la majorité des Lancet n’en contiennent que 3 kg (6). Leur rôle est donc le plus souvent de chercher à provoquer une explosion des munitions transportées par la pièce d’artillerie. Or, au sein d’une force terrestre, peu de véhicules transportent autant d’explosif et de poudre qu’une pièce d’artillerie. Lorsque les munitions transportées détonent, l’explosion est catastrophique ; lorsque seuls les 3 kg de la MTO explosent, les dégâts sont le plus souvent réparables.

Le premier facteur différenciant les pièces d’artillerie est donc désormais leur capacité à se déplacer sans munitions et à pouvoir tirer des munitions prédéployées sur une position de tir par un autre vecteur (7). Certaines pièces – comme le M‑109 ou le CAESAR – sont en mesure de le faire grâce à leur architecture et au nombre de personnels qui les servent, alors que d’autres ne le peuvent pas, comme la plupart des canons automatisés, où l’introduction des munitions dans les systèmes de chargement se fait une par une. Une pièce d’artillerie qui transporte ses munitions et leurs charges est une bombe roulante dont le détonateur est une MTO (8). Si elle transporte 40 obus explosifs, cela représente 320 kg d’explosif et 840 kg de charges propulsives (9), soit près de 400 fois plus de matière active qu’une MTO contenant 3 kg d’explosif.

Le moyen de détection et de localisation des pièces d’artillerie prédominant étant le drone, nous sommes désormais dans l’ère de la transparence du champ de bataille. Ils peuvent être orientés par les radars de trajectographie ou par les capteurs acoustiques après un tir, mais eux seuls sont capables de détecter un canon à tout moment, sans qu’il ait eu à tirer. Ces pièces peuvent certes être détectées par un drone alors qu’elles sont sur la position de tir : la rapidité de sortie de batterie reste donc importante, car elle permet d’empêcher que l’ennemi ait de temps de riposter avec son artillerie. Mais toute pièce qui quitte la position de tir en moins d’une minute après le dernier coup échappe à un tir de contre – batterie classique, si le tir a duré une minute (10).

La fumée des tirs attire souvent l’attention des drones, ce qui fait dire à certains artilleurs qu’il est encore nécessaire de quitter la position de tir aussi rapidement que possible. Mais aujourd’hui, plus que les quelques secondes gagnées à la sortie de batterie, le facteur le plus important est que le canon quitte la position de tir sans aucune munition ni charge à bord.

Puisque le drone peut détecter une pièce à tout moment, d’autres phases de la manœuvre de l’artillerie rendent désormais les canons plus vulnérables : le réapprovisionnement en munitions et en carburant. Certaines pièces d’artillerie mettent jusqu’à 40 minutes pour se réapprovisionner en munitions manuellement ou avec un ravitailleur automatisé. S’il est décidé qu’un CAESAR 6 × 6 emporte ses munitions, il ne faudra qu’une minute à son équipe de pièce pour le réapprovisionner. Cette différence est due au fait que les canons automatisés ne disposent que d’une alvéole de chargement permettant le chargement d’un obus à la fois, alors qu’il est possible de réapprovisionner plusieurs obus en même temps sur les systèmes à casiers latéraux, en fonction du nombre de personnels.

De plus, certaines pièces d’artillerie ne peuvent se réapprovisionner sans la présence immédiate d’un véhicule de réapprovisionnement spécialisé (11), à cause par exemple du positionnement élevé de l’alvéole à munitions. La présence d’un tel véhicule, qui transporte en général une centaine de munitions, soit environ 3 t de matière active (12), représente un risque considérable pendant un délai suffisant pour permettre de déclencher des frappes d’artillerie. L’architecture de certaines pièces d’artillerie permettrait de charger des obus et charges disposés à terre, mais leur faible effectif – parce qu’automatisées – impose la présence d’un véhicule de munitions, souvent automatisé.

De nombreuses vidéos prises en Ukraine montrent des pièces détruites pendant le réapprovisionnement en munitions, à proximité de leur ravitailleur. Il en existe également un grand nombre montrant une pièce d’artillerie ou un char détruits à proximité d’une citerne à carburant pendant un ravitaillement. Certaines pièces blindées chenillées mettent plus de 15 minutes à se réapprovisionner en carburant, ce qui est long près d’une citerne contenant 5 000 à 10 000 l (13). Deux larges véhicules côte à côte nécessitent de l’espace et sont plus facilement détectables.

Depuis la motorisation des forces armées, les phases de réapprovisionnement en carburant ont toujours été particulièrement vulnérables et, de ce fait, recherchées par l’adversaire. Un autre héritage de la guerre froide conduit certains à souhaiter un système permettant à l’équipe de pièce de « tirer sous protection », mais il n’est pas logique de chercher à être protégé pendant une phase de tir qui ne dure que deux minutes et demie et d’accepter que l’équipe soit dehors pendant 10, voire 40 minutes à la vue des drones lors des réapprovisionnements. À cause de la vulnérabilité des pièces à ce moment-là, il est nécessaire d’effectuer ces opérations de plus en plus loin de la ligne des contacts, là où les MTO ont un temps de survol réduit. Ces pièces d’artillerie sont donc beaucoup moins disponibles pour effectuer des missions de tir, à cause du temps de réapprovisionnement et surtout, parce qu’elles sont trop éloignées de la ligne de front.

Paramètres de sauvegarde par rapport à la disponibilité des axes logistiques

Désormais, drones, MTO, artillerie de longue portée, munitions guidées, bombes planantes, mines déposables par roquettes ou drones font peser une menace quasi permanente sur les axes logistiques (14) dans la profondeur. Alors qu’autrefois un véhicule avait des chances raisonnables de survie à partir de quelques kilomètres de la zone des contacts, il peut désormais être atteint avec précision et à faible coût. Tout véhicule, et pas seulement les systèmes d’armes, est donc une cible potentielle. L’infrastructure qui ne risquait que des frappes surfaciques à peu de distance et au succès aléatoire risque désormais des frappes précises, destructrices, lointaines et parfois à faible coût. Les flux logistiques ne sont plus garantis et le conflit actuel montre qu’ils sont une cible majeure.

Pour la capacité artillerie, indépendamment des autres fonctions opérationnelles, il est clair que la protection dépend désormais plus des moyens antidrones que de l’épaisseur de blindage. Une artillerie fortement blindée dépend de flux logistiques très volumineux et est donc plus vulnérable face à cette nouvelle menace.

La logistique en carburant est devenue un objectif prioritaire. Les dépôts très loin du front, tout comme les citernes, sont des objectifs faciles à détruire. Le CAESAR 6 × 6 est le 155 mm 52 Cal. autoporté le plus léger au monde et, dans ses deux versions, figure parmi les autoportés qui consomment le moins de carburant. Un blindé chenillé consomme sept fois plus que le CAESAR et, s’il est tributaire d’un véhicule de ravitaillement en munitions blindé, l’ensemble consomme 14 fois plus de carburant, ce qui nécessite des moyens logistiques décuplés, en véhicules et en personnels. Une pièce d’artillerie sans carburant ne peut pas se déplacer et ne peut donc pas tirer.

La logistique des munitions d’artillerie est également un objectif prioritaire. La première conséquence de l’omniprésence des drones et des MTO est que l’attrition des munitions est beaucoup plus importante que dans les conflits précédents. Il est donc nécessaire de constituer des stocks plus volumineux qu’autrefois, ce qui pèse sur les budgets d’acquisition. De plus, tout véhicule qui manifestement transporte des munitions d’artillerie est ciblé, et tout particulièrement les véhicules de ravitaillement spécialisés, leur silhouette étant le plus souvent caractéristique. Pour cette raison, les munitions sont actuellement transportées par les deux adversaires dans des véhicules banalisés et en très faible quantité afin de ne pas risquer une perte volumineuse.

Enfin, la disponibilité opérationnelle devient un paramètre de survivabilité. Le taux de disponibilité opérationnelle des canons fortement automatisés est deux fois inférieur à celui de canons qui ne le sont pas, comme le CAESAR ou l’AS90. Ils doivent donc être réparés plus fréquemment et, pour ce faire, être transportés vers l’arrière, parfois sur porte – chars, via des axes logistiques sous surveillance quasi permanente de l’ennemi. À l’été 2024, des unités de maintenance ukrainiennes interdisaient l’évacuation de véhicules avant minuit et après quatre heures du matin. Devoir attendre de longues heures pour les évacuer réduit encore la déjà faible disponibilité de matériels trop fragiles.

Plus globalement

L’omniprésence des drones a un pouvoir dissuasif qui impacte fortement la manœuvre de l’artillerie. Dans un secteur où la présence d’un drone ennemi a été détectée, il est essentiel qu’une pièce d’artillerie reste silencieuse. Une partie de la mission de contre-batterie est donc réalisée puisque son but est d’empêcher l’artillerie ennemie de tirer. Cela rappelle le pouvoir dissuasif des avions de patrouille maritime alliés envers les sous – marins allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale (15). À l’arrivée d’un avion, le sous – marin plongeait, réduisant ainsi sa vitesse. Il ne pouvait plus suivre le convoi. Il n’était pas forcément nécessaire de le détruire pour l’empêcher de nuire.

Le drone est plus dissuasif que la MTO, puisqu’il permet de déclencher soit une frappe de MTO, soit une frappe d’artillerie, avec par exemple des obus guidés par laser contre une position enterrée dans laquelle se trouve une pièce d’artillerie. Seul un nombre important de pièces permet de disposer de multiples solutions de tir. Un nombre réduit de pièces (à cause de leur coût d’acquisition élevé) contraindra de choisir entre ne pas exécuter la mission ou risquer la destruction de certaines d’entre elles. C’est là l’un des avantages du CAESAR, dont le coût d’acquisition représente entre un quart et la moitié de celui des pièces automatisées. Il s’agit de l’un des effets indirects de la simplicité de son architecture. Alors que nous sommes entrés dans l’ère de l’attrition, précédemment décrite, ce paramètre est plus important que jamais.

Un nombre élevé de pièces pourra également compenser l’indisponibilité technique de celles en réparation, en permettant de disposer de canons de rechange. La principale cause de panne est l’abondance de capteurs électroniques, plus présents dans les canons automatisés. Une autre cause d’indisponibilité des pièces est l’arme elle-même, à cause de l’usure ou de la fragilité éventuelle de la culasse. C’est l’un des points forts du CAESAR, dont la culasse à vis a prouvé sa robustesse, y compris à longue portée, ce qui est particulièrement important pour les 155 mm 52 Cal (16). Si plusieurs pièces ont une architecture inspirée de celle du CAESAR, son arme est unique et l’un des facteurs contribuant à son excellente disponibilité opérationnelle.

Les partisans des canons automatisés estiment que l’automatisation a précisément pour but de compenser le manque d’effectifs et donc que des pièces de rechange ne pourraient être armées. Les équipes de pièces de ces systèmes automatisés dont le taux de disponibilité est faible pourraient armer des systèmes de rechange pendant les réparations, mais leur coût élevé ne permet pas d’envisager des matériels de rechange. Surtout, un matériel immobilisé deux fois plus de temps pour réparations nécessite deux fois plus de maintenanciers. Ajoutons enfin que certaines pièces d’artillerie automatisées qui dépendent d’un véhicule de ravitaillement en munitions automatisé cumulent la fragilité des deux systèmes. Si chaque système n’est disponible que 30 % du temps, il est peu probable que les périodes d’indisponibilité coïncident.

Beaucoup de pièces d’artillerie continuent aujourd’hui d’être développées comme si la guerre en Ukraine n’avait jamais existé, basées sur des paramètres de sauvegarde antérieurs à 2022. L’excellente survivabilité du CAESAR en Ukraine malgré, peut-on dire, son très bon niveau de disponibilité opérationnelle, est due à son architecture particulièrement bien adaptée aux conditions de la contre – batterie moderne. Cette architecture a été imaginée au début des années 2000, donc bien avant la généralisation des drones et l’apparition des munitions planantes, et c’est presque par hasard qu’elle se trouve la mieux adaptée aux conditions de la guerre d’aujourd’hui. Le plan d’équipement de l’artillerie ukrainienne de novembre 2024 comportait, pour la partie canons autoportés, 91 % de CAESAR et de Bohdana (17). Si cette architecture n’était pas adaptée, après trois ans de guerre, la proportion serait tout autre.

Si les moyens antidrones vont s’améliorer, drones et MTO vont modifier durablement la contre – batterie, et les caractéristiques de simplicité et de robustesse du CAESAR continueront d’être un atout. Surtout, les nouveaux moyens accentuent les niveaux d’attrition des matériels terrestres (véhicules, munitions, carburants) jusqu’à des distances importantes de la ligne des contacts. Dans cette nouvelle guerre d’attrition, l’un des mérites du CAESAR est de permettre à la fois la masse et de conserver des ressources pour la lutte antidrone ou pour l’acquisition de drones, de MTO et de munitions d’artillerie. Plus que jamais, l’équilibre des budgets d’acquisition des équipements de défense est à la fois nécessaire et complexe à réaliser ; et dans ce domaine aussi, le CAESAR est particulièrement bien adapté à la guerre moderne.

Notes

(1) Aujourd’hui, cette proportion est estimée à 15 % pour le CAESAR et à plus de 50 % pour les blindés chenillés et autres systèmes tourellés.

(2) Le faible pourcentage de destruction de quelques systèmes est dû à une très faible disponibilité opérationnelle. Évaluer la capacité à survivre d’un système d’armes est inséparable de la prise en compte de sa disponibilité opérationnelle : que dire d’un système fort peu détruit, mais qui passerait l’essentiel du temps dans les ateliers de réparation ?

(3) La performance de cette unité commandée par le colonel Lanovyi est principalement due à l’excellence des artilleurs qui la composent, mais peut-être pour une certaine part aussi à la qualité du CAESAR.

(4) Le terme de contre-artillerie paraît plus juste.

(5) Ce qui suffit à neutraliser une pièce.

(6) Même si de nouvelles versions peuvent contenir jusqu’à 5 kg.

(7) Contre-intuitivement peut-être, le premier avantage du CAESAR est que l’équipe de pièce peut tirer depuis l’extérieur. Elle peut le faire parce que l’ordinateur de tir se situe à l’arrière, et parce qu’elle comprend 4 ou 5 personnes.

(8) Cela s’applique aussi aux lance-roquettes, qui sont toujours frappés sur le pod munitions par les MTO.

(9) Une pièce emportera rarement 100 % d’obus explosifs, plutôt de l’ordre de 80 %, mais le nombre de charges sera toujours le même. Le réapprovisionnement en munitions se fera avant que la pièce ait tout tiré, peut-être à 25 % de capacité, ce qui représente toujours un volume de matière active considérable.

(10) Il faut notamment tenir compte de la durée de trajet du projectile, des délais de désignation de l’unité de tir, de la mise en batterie du canon ennemi…

(11) En 1943, le ciblage et la destruction des sous-marins ravitailleurs en munitions et en carburant, les MilchKühe, a fortement réduit l’efficacité des U-Boots. Patrick Beesly, Very Special Intelligence: The Story of the Admiralty’s Operational Intelligence Centre, 1939-1945, Seaforth Publishing, 2020, p. 384-385.

(12) Le K10, par exemple, transporte 104 obus, et donc potentiellement 832 kg d’explosif et 2 184 kg de poudre.

(13) De nombreux blindés chenillés contiennent près d’une tonne de carburant.

(14) https://​www​.areion24​.news/​2​0​2​1​/​0​7​/​3​0​/​a​r​t​i​l​l​e​r​i​e​-​l​e​s​-​n​o​u​v​e​l​l​e​s​-​c​a​p​a​c​i​t​e​s​-​p​o​u​r​-​p​a​r​a​l​y​s​e​r​-​l​e​s​-​a​x​e​s​-​l​o​g​i​s​t​i​q​u​es/

(15) Peter Padfield, War Beneath the Sea, John Wiley&Sons Ltd, Londres, 1998.

(16) Le volume de la chambre contenant la poudre propulsive est plus important.

(17) Pour 3 % de blindés chenillés et 6 % de canons automatisés.

Olivier Fort

areion24.news

L’ancien chef des services secrets brésiliens arrêté par la police de l’immigration américaine

 

L’ancien chef des services de renseignement brésiliens, Alexandre Ramagem, a été placé en détention par la police de l’immigration (ICE) aux États-Unis, a ​annoncé ‌lundi l’agence sur son ​site internet.

Alexandre ⁠Ramagem avait fui le Brésil en septembre ‌après avoir ‌été condamné à plus de 16 ans de prison pour avoir fomenté un coup d’État ​avec l’ancien président Jair Bolsonaro visant à renverser l’actuel chef de l’Etat Luiz Inacio Lula da Silva, élu en 2022.

Les avocats d’Alexandre Ramagem n’ont répondu dans l’immédiat ⁠à une demande de commentaires. L’ancien chef des ⁠services de renseignement brésiliens clame son innocence de longue date.

Paulo Figueiredo, allié de Bolsonaro vivant aux États-Unis, a déclaré sur X qu’Alexandre Ramagem avait été ⁠arrêté ‌pour une infraction mineure au code de la ⁠route.

Reuters n’a pas pu vérifier ​le motif ​de son arrestation, ni si celle-ci est liée à ​une demande d’extradition formulée par le Brésil.

En tant que chef ‌des services de ​renseignement brésiliens sous l’administration Bolsonaro, à partir de 2019, ​Alexandre Ramagem a été accusé d’avoir enquêté sur les détracteurs de l’ancien président et d’avoir fourni des informations pour l’aider à discréditer le système électoral brésilien.

 Ricardo Brito

chretiens.com

Cyble est reconnu dans le rapport Panorama des fournisseurs de services de renseignements sur les menaces externes

 

Cyble, un leader mondial des solutions de cybersécurité natives de l'IA, a annoncé aujourd'hui avoir été inclus dans le Panorama des fournisseurs de services de renseignements sur les menaces externes de Forrester, T1 2026. Le rapport présente une vue d'ensemble de 34 fournisseurs issus de l'écosystème des renseignements sur les menaces externes, en soulignant les capacités clés, la maturité du marché et les principaux cas d'utilisation qui façonnent les stratégies modernes de sécurité et de gestion des risques.

Le Forrester Landscape montre l'évolution de la veille sur les menaces, l'IA agentique la rendant plus rapide et plus efficace. Les menaces devenant de plus en plus complexes, les entreprises doivent passer d'une analyse statique à des décisions automatisées en temps réel. L'inclusion de Cyble reflète sa volonté d'aider les entreprises à passer d'une défense réactive à une sécurité continue, basée sur l'intelligence.

« Pour Cyble, le fait d'être reconnu dans ce Forrester Landscape reflète le changement que connaît l'industrie, des outils fragmentés à la sécurité intelligente et autonome », a déclaré Beenu Arora, PDG et cofondateur de Cyble. « Aujourd'hui, les équipes de sécurité ont besoin de bien plus que de la visibilité, elles requièrent des systèmes capables d'interpréter les risques, de hiérarchiser les actions et de réagir en temps réel. Blaze AI de Cyble a été conçu pour permettre exactement cela, transformer l'intelligence en résultats immédiats et exploitables. »

Au coeur de la plateforme de Cyble se trouve Blaze AI, un moteur natif de l'IA qui unifie la veille sur les menaces, la protection contre les risques numériques et les opérations de sécurité. En corrélant les données internes et externes, il fournit des informations contextuelles pour une détection plus rapide, une priorisation précise et une réponse automatisée.

Contrairement aux outils conventionnels, Cyble permet un modèle de sécurité proactif et adaptatif, analysant continuellement les menaces, identifiant les vulnérabilités et menant des actions automatisées pour réduire les temps de réponse et les risques sans charge opérationnelle.

Axé sur l'innovation et l'évolutivité, Cyble aide les entreprises et les organisations gouvernementales à renforcer leur résilience, à améliorer leur prise de décision et à garder une longueur d'avance sur l'évolution des menaces.

À propos de Cyble

Cyble est une société de cybersécurité native de l'IA qui fournit une intelligence unifiée des risques aux entreprises et aux organisations gouvernementales. Alimentée par Blaze AI de Cyble, sa plateforme intègre le renseignement sur les menaces, la protection contre les risques numériques et les opérations de sécurité pour fournir une visibilité en temps réel et une capacité d'action automatisée, aidant les entreprises à gérer les risques de manière proactive et à renforcer la sécurité à l'échelle.

lelezard.com

Selon Kiev, des robots de combat terrestres auraient conquis une position de l’armée russe

 

Image prétexte


D’après les chiffres avancés par l’Institut pour l’étude de la guerre [ISW – Institute for the Study of War, États-Unis], l’armée russe n’a enregistré aucun gain territorial en Ukraine durant le mois de mars, ce qui n’était plus arrivé depuis septembre 2023. Si elle a progressé d’une cinquantaine de km² en direction de Kramatorsk et de Sloviansk, elle a en revanche dû reculer entre Donetsk et Dnipropetrovsk, cédant ainsi 56 km² de terrain aux forces ukrainiennes.

L’ISW met cet essoufflement de l’armée russe sur le compte de la décision d’Elon Musk de couper l’accès de la Russie aux terminaux de communications par satellite Starlink, ce qui a perturbé le fonctionnement de ses drones et autres systèmes robotisés.

Justement, pour la première fois depuis le début de la guerre, les forces ukrainiennes ont effectué un nombre record de frappes au moyens de drones contre les infrastructures critiques de la Russie, celle-ci ayant assuré avoir abattu 7 347 drones aériens en mars. De son côté, Kiev a affirmé avoir intercepté environ 90 % des 6 462 lancés par les forces russes au cours de la même période.

Par ailleurs, ayant avoir réussi à tenir la flotte russe de la mer Noire à distance grâce à une combinaison de missiles et de drones navals de surface [USV] chargés d’explosifs comme le Magura V5, les forces ukrainiennes seraient parvenues à s’emparer d’une position russe grâce à une unité entièrement robotisée. Une première.

«L’avenir est déjà sur le champ de bataille et l’Ukraine le façonne. […] Pour la première fois dans l’histoire de la guerre, une position ennemie a été conquise exclusivement par des plateformes sans équipage, à savoir des robots de combat terrestres et des drones. Les occupants ont capitulé et cette opération s’est déroulée sans la participation de l’infanterie et sans pertes de notre côté», s’est en effet félicité Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, via un message diffusé le 13 avril.

Dans sa nouvelle «Second Variety», publiée en 1953, l’écrivain Philip K. Dick avait imaginé un combat entre des soldats humains et des robots de combat [appelés les «Griffes»]. À en croire M. Zelensky, nous y sommes.

Et sans doute que l’on n’a pas encore tout vu. Le mois dernier, le magazine Time a rapporté que l’entreprise américaine Foundation [qui n’est pas sans rappeler la saga écrite par Isaac Asimov] avait livré à Kiev des robots humanoïdes Phantom Mk1, dans l’optique de remplacer, à terme, les fantassins.

«Le Phantom MK-1 a tout l’air d’un soldat IA [intelligence artificielle]. Enveloppé d’acier noir de jais et doté d’une visière en verre teinté, il inspire une terreur viscérale bien plus profonde que celle qu’un robot humanoïde classique pourrait susciter. Et en cette fin de matinée de février, il arbore un arsenal d’armes de haute puissance : un revolver, un pistolet, un fusil à pompe et une réplique de fusil M-16», a expliqué Time.

Quoi qu’il en soit, M. Zelensky n’a pas évoqué le Phantom Mk-1 mais des robots terrestres de facture plus classique, tels que le Ratel, le Termit, l’Ardal, le Lynx, le Zmiy, le Protektor et le Volya. Pour la plupart, il s’agit de plateformes robotisées, à roues ou chenillées, dotées d’armes téléopérées et de capteurs.

De tels «systèmes robotiques se voient dotés d’une certaine forme d’autonomie dans la fonction feux qui résulte de l’intégration croissante des progrès de l’intelligence artificielle. Ils entraînent une mutation profonde des conditions d’engagement des armées et de ses modes d’action tant chez nos alliés que chez nos compétiteurs», avait expliqué le Centre de recherche de l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, lors d’un colloque intitulé «Quelle autonomie pour les robots armés de demain ?», en octobre dernier.

Par ailleurs, les affirmations de M. Zelensky suggèrent de gros progrès ont été accomplis en l’espace de quelques mois. En juin 2025, dans un commentaire sur les retours d’expérience [RETEX] de la guerre en Ukraine, le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations [CICDE] avait souligné les difficultés des robots terrestres à se déplacer sur des terrains accidentés – car «travaillés» par l’artillerie – et à maintenir une liaison avec leurs téléopérateurs. Et d’ajouter que, à cause de leur lenteur, ils étaient vulnérables face aux drones aériens.

Reste que, selon l’état-major ukrainien, le recours aux robots terrestres a significativement augmenté au cours de ces dernières semaines, ces derniers ayant réalisé 9 000 missions en mars, soit 50 % de plus par rapport au mois précédent.

«Cette augmentation est substantielle par rapport aux périodes précédentes, l’armée ayant donné la priorité au déploiement de plateformes sans pilote dans des environnements à haut risque afin de réduire les risques pour le personnel. Les robots étaient principalement utilisés pour un soutien logistique essentiel, comme la livraison de munitions et l’évacuation des soldats blessés, le nombre d’unités utilisant cette technologie passant de 67 fin 2025 à 167 au printemps 2026», a rapporté le site ukrainien d’informations United Media.

Cette robotisation passe aussi par l’utilisation d’exosquelettes, encore appelés cobots [pour robots collaboratifs]. Munis de jambes et de bras mécatroniques, un tel dispositif forme une armature qui permet à un individu qui est en revêtu de soulever des charges lourdes sans le moindre effort. Des unités de la 147e brigade d’artillerie des forces aéroportées ukrainiennes en ont été récemment dotées.

Cela étant, une question reste en suspens après l’annonce faite par M. Zelensky : si une unité robotique a pu s’emparer d’une position russe, qui en assure désormais le contrôle ? Sur ce point, l’infanterie demeure incontournable. Avec ou sans robots.

opex360.com

lundi 13 avril 2026

Trump 2.0, de l’omniprésence à la tentation de l’omnipotence : quelle opposition ?

 

La tradition veut que les Britanniques capitulant à Yorktown, le 19 octobre 1781, aient défilé entre leurs vainqueurs français et insurgés américains au son d’une vieille ballade anglaise : The World Turned Upside Down. Alors que l’opposition se cherche encore, c’est le sentiment éprouvé par beaucoup d’Américains en clôture de la première année du second mandat de Donald Trump (depuis le 20 janvier 2025) à la tête des États-Unis.

L’année politique 2025 a été rythmée par la réinstallation de Trump au pouvoir, en compagnie d’associés politiques et d’une équipe administrative quelque peu modifiée depuis le premier mandat (2017-2021). Leurs objectifs premiers ont été le verrouillage des pouvoirs et la neutralisation des contre-pouvoirs au profit de l’occupant de la Maison-Blanche, tout en poursuivant la mise en œuvre d’un programme idéologique et disruptif. La majeure partie émane de la Heritage Foundation, par le « Project 2025 », dont l’un des principaux auteurs, Russell Vought, est désormais directeur du Bureau de la gestion et du budget des États-Unis, et l’un des plus proches conseillers de Trump avec Stephen Miller, conseiller à la Sécurité intérieure.

Le bouleversement politique de cette année tient aussi à ce que l’administration place au centre de sa politique : une boulimie de communication. L’appétence du président américain pour les entretiens bilatéraux avec d’autres dirigeants internationaux et pour des annonces qu’il publie lui-même sur ses réseaux sociaux a montré qu’il pratiquait une diplomatie « performative ». Or, c’est le cas de toutes ses politiques, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Face à une entreprise menée tambour battant par Trump et ses associés, l’une des grandes questions posées cette année est de savoir où se situerait la résistance à ces politiques et quelle forme elle pourrait prendre.

Les ingrédients de l’omnipotence

L’année de transition 2025 contraste avec celle de 2017, car le dernier succès électoral de Trump fait moins figure d’accident politique que lors de sa première élection, celle-ci n’ayant pas été obtenue par le biais d’une majorité des seuls grands électeurs — un facteur de légitimité politique moindre. De plus, le bilan de son premier mandat n’a pas handicapé sa candidature à un second mandat, alors que Kamala Harris a dû porter le poids des déceptions liées au bilan de Joe Biden (2021-2025).

Outre le fait que ces circonstances semblent avoir donné des coudées franches à Trump et à ses associés, on peut, au terme de cette première année, analyser et dénombrer les facteurs ayant renforcé l’impression que Trump ne se trouvait guère d’opposition. Sans doute faut-il tempérer cette impression avec les évènements les plus récents, mais la question de ces facteurs importe, car ils entreront en compte lors de la suite de l’histoire, au premier chef en 2026, où se tiendront des élections de mi-mandat.

L’impression de puissance de Trump et de déliquescence de ses adversaires peut ainsi s’expliquer par huit constats sur la vie politique américaine en 2025 : une rapidité d’action et d’usage du fait accompli par l’exécutif formé par Trump et les siens ; la cooptation, pour les rendre plus inactifs, des contre-pouvoirs législatif et judiciaire ; l’intimidation physique et juridique des opposants, individuels ou institutionnels ; la priorité donnée dans l’opinion publique aux questions économiques et sociales sur celles relevant du politique ; un manque d’incarnation de l’opposition par une ou plusieurs personnalités politiques et par des portions importantes du public ; le discrédit de l’opposition porté également dans la sphère médiatique, y compris les médias susceptibles de lui être favorables ; l’accumulation de difficultés et d’incertitudes économiques et sociales qui a inhibé des mobilisations précoces ; la dispersion géographique, sur le plan local comme national, des pôles d’opposition que représentent certains États ou certaines villes.

L’ordre dans lequel sont présentés ces facteurs, observés simultanément au cours de l’année, n’impacte pas leur importance respective. De plus, s’ils n’impliquent pas les mêmes acteurs, ils revêtent chacun une importance. Il est possible que ces phénomènes observés en 2025 ne soient pas tous aussi influents en 2026. L’action rapide voulue pour les premiers mois d’un nouveau pouvoir tend en effet à ralentir avec le temps. Mais l’action précipitée entraine aussi, à court comme à moyen terme, des effets secondaires et des contrariétés susceptibles de remettre en cause des succès annoncés précédemment.

La stratégie du fait accompli

Ce point est sans doute le plus saisissant et établit le meilleur contraste historique entre les évènements de 2025 et ceux de 2017. En effet, l’administration Trump a donné l’impression d’arriver non seulement avec un programme, mais également avec une équipe solidement constituée, fondée entièrement sur la loyauté envers le dirigeant et ses vues (1).

Les principales personnalités du cabinet, y compris les plus controversées, ont été désignées dès le 20 janvier, avec pour seul échec le refus du Sénat de confirmer Matt Gaetz au poste de ministre de la Justice. Notons aussi qu’Elon Musk, personnalité de premier plan dans les premiers mois de l’administration Trump, placé à la tête du « Department of Government Efficiency » (DOGE), a été remercié au bout de trois mois — décision prise néanmoins après que Musk et les siens ont pu profondément impacter la fonction publique fédérale grâce aux pouvoirs exceptionnels d’intrusion qui leur avaient été accordés dans l’ensemble des départements et agences du pays. Il a également fallu écarter le conseiller à la sécurité nationale, Mike Waltz, dont l’apparente gestion brouillonne des dossiers nuisait à l’objectif d’efficience de l’administration Trump.

Pour affirmer au maximum la compétence exécutive au détriment du reste du système de gouvernement américain, Trump a publiquement signé une liste impressionnante de décrets dès l’après-midi du 20 janvier, imprimant le style de la nouvelle administration. On a vu en temps réel la mise en œuvre de la « théorie de l’exécutif unitaire », fondement juridique et philosophique chez les penseurs et décideurs conservateurs peuplant cette administration (2). Cela s’est poursuivi tout au long de l’année, les membres politiques rappelant constamment que Trump est le premier et dernier décideur dans toutes les matières.

Les brouillons des décrets avaient été préparés dans les mois précédant la transition et l’élection de fin 2024, donnant l’impression d’entrer en force immédiatement et de dépasser le lent processus législatif, mais présentant aussi pour beaucoup la faiblesse d’être contestables sur les plans légal et constitutionnel, dans le cadre judiciaire. C’est néanmoins l’impression — et le bénéfice politique — du fait accompli qui est recherché.

Des contre-pouvoirs législatif et judiciaire sous contrôle ?

Ce second point s’articule particulièrement avec le premier. Un « exécutif unitaire » omnipotent et hyperactif implique que les contre-pouvoirs constitutionnels ordinaires des États-Unis collaborent et s’effacent devant la Maison-Blanche. Dans le cas du Congrès, il faut rappeler que la majorité républicaine aux deux chambres est si mince qu’elle n’en est pas vraiment une. Le blocage du législatif entre deux pôles opposés renforce sa marginalisation par l’exécutif, qui ne veut pas être contrarié. Trump demeure constamment vulnérable à une défection — souvent pour des raisons personnelles — d’élus qui jugeraient ses actes contraires aux intérêts de leurs électeurs. Les élus républicains sont tiraillés entre le soutien aux mesures de Trump sur les plans fiscal, commercial et économique, et l’inquiétude quant aux conséquences budgétaires et politiques de ce programme. Cela est particulièrement visible dans les quelques cas de fronde avérée de républicains « faucons budgétaires et fiscaux » susceptibles de basculer dans l’opposition.

Dans plusieurs cas, il a fallu recourir au vote supplémentaire du vice-président, J. D. Vance pour l’emporter d’une voix au Sénat. La fermeture historiquement longue du gouvernement fédéral, faute d’accord de financement, entre le 1er octobre et le 13 novembre 2025, procède également de cette vulnérabilité et de ces divisions au sein du groupe parlementaire républicain. Enfin, la tentation de Trump de remplacer des élus récalcitrants par des candidats jugés plus idéologiquement proches de lui n’a pas toujours été payante électoralement — et a même parfois créé, chez ceux qui se réclament des courants conspirationnistes ou des franges les plus ultras du mouvement MAGA, de potentiels adversaires de leur ancien champion.

Intimidation désinhibée et militarisation du maintien de l’ordre

Visant ses adversaires, y compris dans son camp, l’intimidation s’impose comme un autre élément fondamental de la gouvernance de Trump. C’est la superposition de cette intimidation à une vie politique plus polarisée que jamais (3), marquée par un niveau inédit de violence armée et par un débat public hystérisé et hors norme dans l’espace numérique, qui donne cette impression de quasi-guerre civile dans le pays. Les études montrent que les Américains souffrent, à un degré jamais atteint auparavant, de troubles anxieux liés à la vie politique.

En mai dernier, la rupture entre Musk et Trump a donné lieu à un hallucinant déballage d’accusations et à un échange public d’injures sur les réseaux sociaux, effaçant leurs points de convergence fondamentaux sur la pratique ploutocratique du pouvoir. Les intérêts économiques personnels de Musk se trouvaient remis en cause par les intérêts politiques et économiques tout aussi personnels de Trump.

De nombreuses autres personnes ont été livrées en pâture aux menaces physiques après une critique publique émanant de Trump. Beaucoup ont dû recourir à une protection pour eux-mêmes et leurs familles. Dans ses activités immobilières passées, Trump a fréquemment menacé ses concurrents — mais aussi ses partenaires — d’actions en justice, exigeant des dommages et intérêts prohibitifs. Cette arme est désormais érigée en méthode d’intimidation politique. Elle a été appliquée, avec succès, dans plusieurs cas impliquant des universités, de grands médias et des cabinets juridiques que Trump a désignés comme adversaires.

Cette stratégie a pris une dimension spectaculaire avec la décision — politiquement et juridiquement discutable — de mobiliser les forces armées, militaires d’active comme de réserve, afin de « maintenir l’ordre » à l’intérieur des États-Unis, dans plusieurs localités présentées comme récalcitrantes face à l’administration fédérale. Et des localités de premier plan : la première a été la métropole californienne de Los Angeles, où Trump a fait intervenir, contre l’avis du gouverneur, de la législature de l’État et de la mairie, plusieurs milliers de gardes nationaux californiens mobilisés sous commandement fédéral, ainsi qu’un bataillon de Marines, en soutien aux opérations d’arrestation d’immigrés sans papiers menées par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Ont suivi dans ce malheureux schéma la capitale fédérale, Washington DC, puis Memphis, Portland, Chicago et bientôt Charlotte.

Les États et localités concernés ont contesté devant les tribunaux fédéraux la constitutionnalité du recours à des militaires pour des tâches de police non sollicitées par les autorités locales — a fortiori dans des situations où les polices locales ont largement démenti les assertions de désordre brandies par l’administration devant les médias pour se justifier. La crainte d’une instrumentalisation politique des forces armées par l’administration, au service de la répression de la dissidence, s’est renforcée avec la nomination de Pete Hegseth comme secrétaire à la Guerre. Celui-ci a purgé le commandement militaire, l’inspection générale des forces armées et la justice militaire d’éléments jugés « non conformes ».

L’enjeu économique et social

En donnant la priorité aux questions du bien-être économique et social sur la politique, les Américains ont non seulement validé l’impression de fracture analysée par Maya Kandel, Amy Greene et d’autres, mais ils ont accordé le bénéfice du doute à l’administration, attendant de constater les effets économiques et sociaux de sa politique.

C’est ici que se situe une première faiblesse pour le régime de Trump : si une forte croissance économique et un ressenti de prospérité, traduits par la hausse des embauches et des revenus, ne se matérialisent pas rapidement, le trumpisme risque l’échec auprès d’une opinion impatiente, dont les attentes ont été magnifiées.

Dès les premiers mois du mandat, une impression brouillonne s’est dégagée. D’une part, concernant les effets socioéconomiques des fortes coupes budgétaires et des licenciements brutaux opérés par Musk et le DOGE dans les services publics fédéraux (y compris la très controversée « suspension du Medicaid » (4)). D’autre part, concernant les conséquences sectorielles et géographiques des tarifs douaniers unilatéralement décrétés par Trump à l’encontre du reste du monde, et en premier lieu contre les partenaires commerciaux des États-Unis. Le trouble ressenti par les marchés boursiers, comme par les patrons de l’industrie qui croyaient que Trump défendrait leurs intérêts, ainsi que celui des consommateurs ordinaires confrontés à l’érosion continue de leur pouvoir d’achat par le renchérissement des biens de consommation, n’est pas négligeable.

Cela s’est déjà reflété dans les résultats électoraux de novembre 2025. C’est aussi au cours de la seconde moitié de l’année que se sont amplifiées les manifestations dans le pays contre les pratiques politiques de Trump, autour du slogan « No Kings ». Leur première édition, menée dans les 50 États et plusieurs milliers de villes à l’occasion de l’anniversaire du président le 14 juin, a été amplifiée par celle du 18 octobre. Ces mobilisations ont marqué un réveil de l’opinion et une remobilisation politique, car les résultats économiques proclamés du trumpisme ne sont pas au rendez-vous.

Le mécontentement lié au pouvoir d’achat tient également au fait que la production aux États-Unis — en particulier dans des secteurs très dépendants comme l’agriculture, le bâtiment, la santé, les services à la personne et le commerce de détail — est très impactée par les disruptions de main-d’œuvre résultant de la politique d’interpellation et d’expulsion des immigrés non régularisés. Cela obère le boom économique annoncé par Trump et inquiète de nombreux Américains, y compris conservateurs, réservés sur une politique ciblant des travailleurs productifs et sans casier judiciaire.

La déception sur le pouvoir d’achat est appelée à devenir un baromètre de référence pour l’orientation politique, d’autant plus après les privations subies par de nombreux Américains lors du shutdown, pendant lequel la précieuse aide nutritionnelle aux démunis (programme « SNAP ») a été interrompue. L’explosion de la précarité alimentaire a même touché la classe moyenne (5).

Une opposition absente ?

À la suite de la décision controversée de Joe Biden de se représenter en 2024, la question de savoir qui pourrait prendre la succession d’une génération de dirigeants et de candidats démocrates pour incarner l’opposition à Trump est restée entière.

Au sein des républicains, il est actuellement impossible de trouver quiconque se déclarant ouvertement en dissidence contre Trump et son administration, sur le plan des principes fondamentaux du parti. Si tous les républicains ne sont pas trumpistes ou ne font pas partie du mouvement MAGA, pratiquement tous sont durablement neutralisés par le charisme de Trump, ses pratiques d’intimidation et l’entrisme de ses partisans — à la fois dans l’appareil du parti, dans les médias qui le soutiennent et parmi les grands donateurs financiers. Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a échoué à se présenter comme pour un Trump qui aurait l’avantage de ne pas être Trump, et toutes les figures républicaines d’envergure ont tiré la leçon.

Pour faire émerger des leaders de nouvelle génération, les démocrates doivent, en plus de trouver des méthodes d’opposition efficaces face à la captation du pouvoir opérée par Trump dans l’exécutif — avec de significatives complicités législatives et judiciaires — résoudre leurs conflits internes sur ces mêmes méthodes, sur leur programme politique et sur les personnalités les plus aptes à les incarner.

Une tentation populiste s’est manifestée dans leurs rangs dès le premier mandat de Trump. Elle consistait à répondre au trumpisme par une version de gauche de ses politiques, jugée capable de traiter les fractures économiques et sociales à l’origine de la défiance envers le modèle politique démocratique et libéral. Cette tendance est incarnée par des figures de gauche du parti démocrate, notamment les sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren, ainsi que par plusieurs élus plus jeunes bénéficiant d’une certaine notoriété médiatique, tels Alexandria Ocasio-Cortez et ses camarades du « Squad », auxquels s’ajoutera le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani. Cependant, Trump et ses alliés politiques et médiatiques ont souvent réussi à instrumentaliser à leur profit ce mouvement de radicalisation démocrate « socialiste », pour occulter le leur et faire fuir les électeurs modérés. Une vie politique déjà si polarisée et hystérisée ne bénéficie pas d’une radicalité supplémentaire.

Des figures modérées, les démocrates peuvent en trouver notamment parmi les gouverneurs d’État, qui, dans leurs fonctions exécutives, sont davantage amenés à rechercher des solutions et des compromis politiques. De Gavin Newsom (Californie) à Gretchen Whitmer (Michigan), l’intérêt pour une candidature présidentielle s’est déjà manifesté, comme chez Pete Buttigieg. Les représentantes centristes Abigail Spanberger et Mikie Sherrill, élues gouverneures respectivement de Virginie et du New Jersey en novembre 2025, devront également démontrer leurs compétences et gagner en popularité pour représenter des alternatives séduisantes pour l’électorat indépendant et celui des modérés des deux partis.

De nombreuses mesures de l’administration fédérale ont déjà été attaquées par certains États, entreprises, groupes d’intérêt et particuliers devant les tribunaux fédéraux. En première instance et en appel, plusieurs juges fédéraux ont infligé des revers non seulement sur les mesures elles-mêmes, mais aussi sur la prétention de Trump à avoir l’autorité. Si ces cas remontent à la Cour suprême, où une majorité conservatrice de six juges contre trois est présente, des signes montrent que certains juges, même conservateurs, sont mal à l’aise avec la notion d’un pouvoir personnel dépourvu de limites. Les déploiements de troupes pour assurer le maintien de l’ordre à l’intérieur du pays, ainsi que l’utilisation de lois d’exception et d’urgence économique pour décréter des tarifs douaniers, sont parmi ces cas emblématiques. Les verdicts de plusieurs affaires, qui seront rendus dans l’année à venir, préciseront ce qu’il en est (6).

Les mois passent, et nous constatons que c’est à partir du bilan politique et économique de Trump, de ses échecs, de la confusion ou de la lenteur de son administration, ainsi que de ses prétentions abusives à un pouvoir illimité et désinhibé, que surgissent les oppositions. La perte de confiance internationale vis-à-vis des États-Unis et la provocation, même chez de fidèles partenaires, d’un « Anti-Americanism Made Great Again » sont également un phénomène qui trouve un écho dans la société américaine connectée au reste du monde. Jean-Éric Branaa a argumenté et souligné dans plusieurs écrits et interventions (7) que la culture démocratique et libérale reste encore profondément ancrée dans la société américaine. Sans négliger les dangers, il y voit des signes que cette société n’est pas prête à tout concéder à un pouvoir autoritaire, rompant ainsi profondément avec l’identité multiséculaire du pays. C’est un jugement qu’il faut méditer et repartager.

Alors que l’année 2026 doit marquer le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, son déroulement déterminera si l’expérience de démocratie libérale du pays sera refermée par l’accomplissement — ou non — d’un projet autocratique.

Notes

(1) L’ouvrage de Maya Kandel, Une première histoire du trumpisme (Gallimard, 2025), fait référence sur ce sujet.

(2) Jill Lepore, « How Originalism Killed the Constitution », The Atlantic, vol. 336, n°4, octobre 2025.

(3) Sur la polarisation américaine, voir Amy Greene, L’Amérique face à ses fractures, Tallandier, 2024. Voir aussi Laurence Nardon, « Les fractures américaines », dans Thierry de Montbrial, Dominique David (dir.), Ramses 2025. Entre puissances et impuissance, IFRI/Dunod, 2024.

(4) Medicaid est l’assurance de santé fédérale accordée aux démunis, pendant de Medicare, celle des retraités, deux programmes mis en place selon les lois sociales de l’administration de Lyndon B. Johnson (1963-1969).

(5) Nate Raymond, « Trump administration must fully fund food aid benefits by Friday, US judge rules », Reuters, 7 novembre 2025 (https://​tinyurl​.com/​2​k​6​f​j​9xc).

(6) Reuters, « Major cases involving Trump before the US Supreme Court », 6 novembre 2025 (https://​tinyurl​.com/​y​c​5​s​n​m5t) ; Andrew Chung, John Kruzel, « US Supreme Court starts new term, with major Trump cases in store », Reuters, 6 octobre 2025 (https://​tinyurl​.com/​3​x​k​n​3​5s5).

(7) Voir ses articles sur LinkedIn (https://​tinyurl​.com/​y​c​y​w​r​nec) ; voir également Élisa Chelle, « Populisme et polarisation : la démocratie américaine en danger ? », Diplomatie, n°136.

Paul Vallet

areion24.news