Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mardi 27 janvier 2026

Le crash qui a décapité l’état-major libyen est hautement suspect

 

Le soir du 23 décembre 2025, les lueurs de l’incendie qui ont déchiré le ciel de Haymana, dans la périphérie d’Ankara, n’étaient pas celles d’un simple accident de l’aviation civile. La destruction de l’appareil Dassault Falcon 50 a emporté avec elle une architecture sécuritaire hyper sensible. À bord de l’avion se trouvaient le général de corps d’armée Mohamed Al-Haddad, figure de proue de l’état-major de l’Ouest libyen, et ses plus proches collaborateurs. Ce qui a pu faire croire, de prime abord, à une défaillance mécanique sur un appareil quadragénaire ouvre en réalité un arc de questions vertigineuses, là où les enjeux de renseignement international se disputent les restes du « gâteau libyen ».

Six minutes de « cécité » : anatomie d’une chute libre

La chronologie des faits, enregistrée par la tour de contrôle d’Esenboğa, défie les probabilités statistiques de la sécurité aérienne. Jusqu’à 20h31, le vol 9H-DFS s’inscrivait dans une routine parfaite à 32 000 pieds. L’alerte « Pan-Pan » lancée par le commandant signale alors une défaillance technique sérieuse, mais gérable. Pourtant, en moins de cent-vingt secondes, la situation bascule dans l’irréel.

À 20h33, l’activation du code d’urgence maximum « 7700 » précède un « black-out électrique total ». Sur un appareil Falcon 50, la redondance des systèmes est la règle d’or : les trois moteurs disposent de générateurs indépendants. Un obscurcissement simultané de tous les instruments de bord suggère une rupture systémique fulgurante, souvent incompatible avec une simple usure mécanique. À 20h38, l’avion disparaît des radars. Il ne s’agit pas d’un atterrissage d’urgence, mais d’une chute libre dépassant les 5 000 pieds par minute. Des témoins oculaires rapportent une dislocation de l’appareil en plein ciel avant l’impact, dispersant débris et restes humains sur un rayon de trois kilomètres. Les 8 occupants du jet, parmi lesquels 3 membres d’équipage dont deux Français, sont tués. Suicide mécanique ou intervention extérieure chirurgicale ?

Les liaisons dangereuses de Harmony Jets entre Lyon et Malte

Au cœur de l’enquête surgit une figure singulière : Pierre-Olivier Édouard. Cet ancien pilote français, fondateur de la société Harmony Jets, enregistrée à Malte en 2017, gère ses opérations depuis une succursale située à Lyon. Sa spécialité : « voler là où les autres ne vont pas ». Ce pragmatisme a séduit l’état-major de Tripoli mais soulève aujourd’hui une faille de souveraineté cinglante.

Le passif de la société interroge. En 2025, des rapports d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU ont pointé du doigt Harmony Jets pour des violations présumées de l’embargo sur les armes, faisant état du transport d’instructeurs militaires de la firme Irish Training Solutions (ITS) vers Benghazi — le fief de l’adversaire de l’Est. Comment le haut commandement de l’Ouest libyen a-t-il pu confier ses déplacements les plus stratégiques à un opérateur dont la flotte de cinq avions multipliait les rotations charter (47 vols recensés) entre l’Europe et des zones d’influence hostiles ?

Les trajectoires du Falcon 9H-DFS avant son ultime escale à Ankara dessinent d’ailleurs une cartographie troublante :

  • 15 décembre 2025 : Bruxelles – N’Djamena (Tchad)
  • 16 décembre 2025 : N’Djamena – Abou Dhabi (Émirats arabes unis)
  • 18 décembre 2025 : Abou Dhabi – Djouba (Soudan du Sud) puis Le Caire

Cette itinérance dans des hubs géopolitiques clés renforce l’idée que l’appareil était bien plus qu’un simple taxi aérien : un vecteur au cœur de réseaux d’influence poreux.

Une décapitation stratégique

L’onde de choc qui a suivi le crash n’est pas seulement humaine ; elle est structurelle. L’appareil ne transportait pas que le général Al-Haddad, mais ce que les observateurs décrivent comme le « cerveau » collectif de l’état-major de Tripoli. La liste des victimes révèle l’ampleur du vide creusé en un instant dans l’appareil sécuritaire libyen :

  • Mohamed Al-Haddad : plus qu’un chef d’état-major, cet officier formé à l’Académie militaire en 1987 était l’architecte du cessez-le-feu de 2020. Son rôle de médiateur entre les factions armées de l’Ouest et d’acteur du dialogue avec l’Est faisaient de lui un pivot indispensable de la stabilité précaire.
  • Al-Fitouri Ahmed Gribbil : commandant des forces terrestres et membre clé du Comité militaire 5+5. Sa disparition fragilise directement les efforts d’unification de l’armée nationale sous l’égide de l’ONU.
  • Mahmoud Al-Qatyoui : directeur de l’Organisme de fabrication militaire. Il était l’homme de l’autonomie de défense, supervisant les contrats sensibles et le développement des capacités de production locale.
  • Mohamed Diab Al-Asawi : conseiller stratégique et figure de proue de l’opération « Al-Bunyan Al-Marsous ». Expert en planification, il était chargé de réviser les accords de sécurité internationaux, notamment avec la Turquie.

L’élite militaire de Tripoli revenait d’une réunion marathon de six heures avec les hauts commandants turcs. Le timing, coïncidant avec la prolongation du mandat des forces turques en Libye, transforme cet accident en une « coïncidence » géopolitique hautement suspecte.

Tripoli a-t-il sacrifié sa souveraineté sur l’autel de la vétusté ?

Une question hante les chancelleries : comment le chef d’état-major d’un pays assis sur les plus grandes réserves de pétrole d’Afrique a-t-il pu voyager à bord d’un avion de quarante ans d’âge ? L’affrètement de cet appareil auprès d’une société privée, dont la maintenance est opérée à Lyon et l’équipage composé de nationalités hétérogènes (française et chypriote-grecque), constitue une violation flagrante des protocoles de « sécurité souveraine ».

En confiant leurs mouvements à un opérateur privé, les dirigeants libyens ont exposé leurs données de navigation et leurs secrets de déplacement à des regards étrangers, transformant le commandement militaire en une cible vulnérable dans un espace aérien saturé d’intérêts divergents.

Migration des boîtes noires et « grand jeu » diplomatique

L’affaire du « témoin silencieux » orange est entrée dans une phase de tergiversations internationales qui rappelle les heures les plus sombres de la guerre froide. Après avoir affirmé que les boîtes noires étaient intactes, Ankara a brusquement évoqué des dommages rendant l’analyse locale impossible et a indiqué chercher un « pays neutre » pour procéder à leur examen.  S’en est suivi un ballet diplomatique singulier :

  • Refus turc opposé à la France : bien que la France soit le pays constructeur (Dassault) et le lieu de maintenance, la Turquie lui a opposé une fin de non-recevoir, craignant une « politisation » des résultats ou la révélation de failles impliquant des réseaux français.
  • Défaillance allemande : Berlin a été sollicité avant de se retirer avec une froideur diplomatique inédite, invoquant un « manque de capacités techniques » — argument difficilement recevable pour la première puissance industrielle d’Europe.
  • Étape finale britannique : c’est finalement au Royaume-Uni que les enregistreurs ont été confiés pour analyse.

Ce retard, qualifié d’« énigmatique » par le président du Parlement libyen, Aguila Saleh, laisse planer l’ombre d’une négociation en coulisses pour « lisser » les conclusions d’un rapport potentiellement incendiaire.

L’hypothèse d’un sabotage

Pour les experts de l’aéronautique militaire, une panne électrique générale sur un Falcon 50 est difficilement imaginable. La conception même de l’appareil, avec ses trois réacteurs motorisés de manière indépendante, rend la probabilité d’une extinction totale quasi nulle sans une intervention malveillante. Trois pistes sérieuses se dessinent, dès lors, dans les cercles de renseignement :

  1. Le sabotage physique : l’implantation d’un dispositif de perturbation ou d’une micro-charge explosive dans les bus bars (barres omnibus), centres névralgiques de la distribution électrique.
  2. La cyber attaque de précision : bien que l’appareil soit ancien, ses systèmes de navigation modernisés par Harmony Jets sont vulnérables à un piratage à distance capable de fausser les données d’altitude et de verrouiller les commandes.
  3. L’explosion structurelle : les témoignages faisant état d’une dislocation en plein vol renforcent l’hypothèse d’un engin explosif placé dans une zone critique du fuselage, provoquant une décompression explosive immédiate.

Séisme à Tripoli et recomposition forcée du pouvoir

Sur le front politique, l’accident a provoqué un vide que le Conseil présidentiel s’est trouvé contraint de combler dans l’urgence. La nomination du général Salah Al-Namroush comme chef d’état-major par intérim, alors que les noms d’Osama Juili et Ahmed Boushama et  Abelbacet Marouane circulent déjà pour une succession permanente, illustre la fébrilité du camp de l’Ouest.

Cependant, c’est du côté de l’Est libyen que les réactions sont les plus scrutées. Les déclarations d’Aguila Saleh liant subtilement le crash aux accords maritimes turco-libyens suggèrent que cet événement pourrait servir de levier dans les négociations sur l’unification de l’institution militaire. L’accident survient d’ailleurs au moment où la Grèce, Israël et Chypre renforcent leur coopération militaire en Méditerranée, perçue comme un contrepoids direct à l’influence d’Ankara.

Le « témoin silencieux » et le mystère de l’hôtesse chypriote

L’enquête turque a pris, ces derniers jours, une dimension plus complexe. Tandis que les enregistreurs de vol étaient confiés à des laboratoires britanniques pour analyse, des informations relayées par plusieurs médias turcs évoquent l’audition, pour le moment sans suite, d’un membre d’équipage de nationalité chypriote-grecque. Aucune communication officielle n’est encore venue préciser la nature ou la portée de ces investigations.

Pourquoi cette membre d’équipage est-elle au centre d’une enquête coordonnée par le parquet d’Ankara ? Avait-elle accès à l’appareil durant les phases de maintenance ou d’escale ? La réponse à cette question, jointe aux analyses de trajectoire du vol 9H-DFS, pourrait transformer l’accident en une affaire d’état internationale impliquant plusieurs capitales méditerranéennes.

Un secret enterré dans les sables mouvants

Si le rapport britannique conclut à une simple « fatigue des matériaux », le dossier judiciaire pourrait se refermer à Ankara mais sans éteindre le soupçon dans la mémoire collective libyenne. La disparition de Mohamed Al-Haddad dans de telles circonstances demeure un échec retentissant dans la gestion des risques souverains de la Libye.

Ce drame, écrit avec du sang sur les nuages d’Ankara, apparaît comme le premier chapitre d’une nouvelle lutte d’influence. En Méditerranée, où les intérêts gaziers et militaires s’entremêlent, la vérité est souvent la première victime. Pour l’heure, elle reste confinée dans le mutisme d’une boîte orange en transit vers Londres, tandis que Tripoli tente de panser ses plaies dans un climat de méfiance généralisée.

mondafrique.com

lundi 26 janvier 2026

Les dessous de la visite du général Saïd Chengriha au Qatar

 

La toute récente visite à Doha du chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), par ailleurs ministre délégué de la Défense du gouvernement algérien, traduit une inflexion publique des alliances militaires internationales de ce pays.

Le général d’Armée Chengriha a séjourné plusieurs jours au Qatar à l’invitation du chef d’état-major des forces armées de ce pays, le général de corps d’armée Jassem Ben Mohammed Al Manai. Cette visite – commencée le 19  janvier – coïncide avec la 9e édition de l’Exposition et de la Conférence internationale sur la défense maritime « DIMDEX 2026 ». Quels que soient les prétextes invoqués pour des rencontres aussi importantes, qui marquent un changement de cap dans les relations internationales, celle-ci est surtout imposée par la conflictualité croissante que traverse la région.

En effet, après des années de recherche d’équilibre dans ses relations avec l’ensemble des monarchies du Golfe, Alger a fini par s’éloigner des Émirats arabes unis. Dans les années 2010, l’Algérie avait marqué sa neutralité lors de l’alliance orchestrée par le duo saoudo-émirien en 2015 contre les Houtis soutenus par l’Iran. De même, les généraux algériens avaient refusé le blocus imposé à Doha par les mêmes protagonistes le 5 juin 2017.

Cependant, Alger entretenait un partenariat actif avec Abou Dhabi dans le domaine de l’industrie de défense (projet du blindé Nemr, Caracale) ainsi que des investissements dans l’immobilier, la gestion des ports et l’industrie du tabac. Ces marchés avaient été octroyés, sans appel d’offre, par la seule grâce du président Bouteflika.

La lune de miel finissante

L’apogée des relations entre Alger et Abou Dhabi fut marquée par les multiples visites, aussi bien de l’ex-chef d’état-major Gaïd Salah aujourd’hui décédé que de son successeur Saïd Chengriha. Le salon annuel d’armement de Dubai était une occasion du renouveler la confiance affichée et de cultiver une relation constante.

Le premier accroc sérieux apparut à la fin des années 2000, lorsque l’émirat du Golfe imposa, le 18 novembre 2020, un visa aux Algériens ainsi qu’à 11 autres pays, dont la Tunisie et la Libye, mais pas au Maroc. Ce qui provoqua l’ire des autorités militaires et politiques algériens.

Quelques jours plus tard, le 4 novembre 2020, les Émirats inauguraient un consulat à Laâyoune, reconnaissant de facto la marocanité de ce territoire du Sahara occidental. Pour Alger, c’était inacceptable. Depuis, les relations entre les deux pays n’ont cessé de se dégrader.

Rester dans la course des alliances

Le 12 janvier 2026, l’ancien Premier ministre du Qatar, Cheikh Hamad Bin Jassim, a appelé, sur la plateforme X, à la formation d’une alliance stratégique de défense regroupant son pays, l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Pakistan et l’Égypte. Il considère cette nouvelle alliance comme « une nécessité urgente » dans le contexte de l’évolution rapide des pressions géopolitiques dans la région. Le noyau de cette alliance a été déjà scellé entre l’Arabie Saoudite et le Pakistan. La Turquie, membre de l’Otan, ainsi que l’Égypte, pays pivot, n’ont pas encore décliné l’offre.

Cet appel ouvre une opportunité à d’autres pays, pouvant être élargie à des composantes arabes et musulmanes. Du côté d’Alger, cette nouvelle configuration offre des opportunités de positionnement pouvant renforcer son rôle de puissance régionale au Maghreb ainsi que d’allié crédible.

« Des objectifs stratégiques clairs »

Selon Cheikh Hamad Bin Jassim, le nouveau bloc (Qatar, Arabie Saoudite, Pakistan, Turquie) devrait « adopter une approche militaire, économique et politique, et être guidé par des objectifs stratégiques clairs ». Pour Alger, c’est l’aspect militaire qui prime, d’où la présence du chef de l’armée algérienne à Doha depuis quatre jours. A l’occasion du salon international de défense maritime « DIMDEX 2026 », il compte échanger des expériences sur des matériels exposés et les innovations technologiques mises en œuvre par les sociétés industrielles dans les domaines de la marine, des drones, des systèmes de commandement et de contrôle et de la cybersécurité.

L’alliance des cinq pays cités, si elle se concrétise sur le terrain, dessinera un nouveau Moyen-Orient cantonnant les Émirats arabes unis à leur alliance exclusive avec Israël. Le risque d’une guerre américano-israélienne contre l’Iran, aux conséquences imprévisibles, pousse à l’élargissement de l’union au-delà de cet espace.

Marginaliser Abou Dhabi ?

La politique de MBZ (Mohammed Bin Zayed) bouscule l’échiquier géopolitique dans la région du Golfe et au Maghreb. Il est avéré que les EAU sont fortement impliqués en Libye aux côtés du maréchal Haftar qui n’aspire qu’à étendre son autorité militaire sur l’ensemble du pays depuis son échec à prendre Tripoli le 12 décembre 2019. Alger voit dès lors son rôle régional menacé.

Un même sentiment de péril a été récemment manifesté par l’Égypte du Maréchal Sissi par une frappe aérienne de l’aviation militaire égyptienne le 12 janvier, dans le triangle frontalier Libye, Soudan, Égypte, contre un convoi d’armes destiné aux FSR du général dissident soudanais Mohamed Hamdan Dogolo alias Hemedti, qu’appuie Abou Dhabi.

Alger soutient Riyad au Yemen

Le plus grand pays de la péninsule d’Arabie, pourtant allié de l’Émirat dans sa coalition anti Houtis de 2015 ainsi que dans le blocus de 2017 contre le Qatar, a ordonné aux forces émiraties présentes au Yémen de quitter le pays. Il a même procédé à des attaques aériennes contre des forces séparatistes soutenues par les EAU dans la région de Hadramout. Dans ce conflit, Alger affiche son soutien à l’Arabie saoudite à travers le président Tebboune. Le 20 janvier, ce dernier a reçu le ministre de l’intérieur saoudien, l’Émir Abdelaziz Ben Nayef Ben Abdelaziz Al Saoud.

Le réchauffement des relations entre l’Algérie et l’Arabie Saoudite est de nature à remodeler les alliances, à partir des intérêts communs des deux pays. Les EAU, aveuglés par leur puissance financière, n’ont réussi à développer des relations stratégiques qu’avec des entités militaires telles que le maréchal Haftar en Libye ou le général Hemedti au Soudan. À l’exception du Maroc, Abou Dhabi ne conserve, comme allié de confiance, qu’Israël. La reconnaissance du Somaliland par l’État hébreu et le projet de développement du port convoité de Berbera par Abou Dhabi a suscité des contestations de la part de l’Arabie saoudite, de l’Égypte et de la Turquie, ce dernier pays disposant d’une base navale en Somalie. Ankara a annoncé la rupture de tous les accords avec les EAU et dénonce l’ouverture prochaine d’une base militaire israélienne au Somaliland.

mondafrique.com

« Les troupes américaines pourraient quitter la Syrie », affirme le Wall Street Journal

 

Le pari était risqué mais le nouvel homme fort de Syrie, Ahmed Al-Chaara, l’a gagné : après avoir délogé il y a une quinzaine de jours les combattants kurdes de la coalition des « Forces démocratiques syriennes » (FDS) des quartiers d’Alep qu’ils contrôlaient encore, son armée s’est emparée la semaine dernière des villes clefs de Raqqa et de Deir Ezzour, dans le nord-est du pays. L’offensive, foudroyante, a pris de court tous les observateurs et fait voler en éclats la coalition des FDS. Si l’ensemble du nord-est n’est pas encore totalement sous contrôle des soldats de l’armée régulière, l’offensive est un succès majeur pour Al-Chaara, ancien djihadiste et ex-membre d’Al-Qaïda, qui a renversé le régime de Bachar Al-Assad il y a un an.

L’offensive était également risquée vis-à-vis des Américains, qui maintiennent des troupes dans la région pour prolonger le processus d’élimination des combattants de Daech, toujours très présents. Certes, M. Al-Chaara a été reçu par Donald Trump à la Maison Blanche en novembre 2025, s’attirant les compliments du président qui, devant les journalistes, remarqua, en désignant son invité : « Je l’aime bien ». Il a réitéré la semaine dernière, alors que se poursuivait l’avancée des forces régulières vers le nord-est, en affirmant : « Le président [Al-Chaara] travaille dur »… Il n’en reste pas moins que les FDS sont des alliés des États-Unis et que les forces américaines collaborent sur le terrain avec cette coalition que vient de défaire le régime d’Al-Chaara.

Les États-Unis doivent donc désormais décider de la marche à suivre face à ces événements qui se sont précipités de manière inattendue dans un laps de temps très court. Si l’on en croit le Wall Street Journal, « Washington envisage un retrait total des troupes américaines de Syrie ». Selon le grand journal new-yorkais, qui affirme tenir ces informations de sources « officielles » non précisées, une telle décision marquerait un tournant : elle « mettrait fin à une opération américaine en Syrie qui dure depuis dix ans et qui a débuté en 2014 suite à l’intervention de l’ancien président Barack Obama dans la guerre civile ».

Les FDS représentent une coalition dominée par les éléments kurdes des « Unités de protection du peuple » (YPG), auxquels se sont ajoutés des combattants arabes de l’« Armée syrienne libre », naguère principale force anti-régime durant le début de la guerre civile syrienne, ainsi que des tribus locales et d’autres combattants de confession chrétienne. L’intelligence stratégique d’Al-Chaara a été de faire se retourner de son côté les tribus arabes, leur défection ayant alors affaibli la coalition et permis les avancées de ces derniers jours.

Le Wall Street Journal rappelle, pour contextualiser son « scoop » – pour l’instant, l’information d’un retrait américain n’a pas été confirmée officiellement – qu’« environ 1 000 soldats américains sont déployés en Syrie, principalement dans des installations du nord-est, où ils sont stationnés aux côtés des Forces démocratiques syriennes (FDS). Une poignée d’entre eux sont stationnés à la garnison d’Al-Tanf, dans le sud du pays. La mission principale de ces militaires est d’empêcher la résurgence de l’État islamique, et ils mènent fréquemment des patrouilles et des opérations conjointes avec les FDS. Jusqu’à l’offensive du week-end dernier, les FDS, qui ont aidé les États-Unis à vaincre le califat de l’EI en 2019, étaient chargées de la garde d’environ 9 000 prisonniers de l’EI dans des centres de détention du nord-est du pays. »

Washington face au dilemme kurde

L’information du Wall Street Journal émane en fait de trois responsables américains affirmant que le Pentagone a fini par s’interroger « sur la pertinence de la mission militaire américaine en Syrie après la défaite des FDS » : les forces syriennes ont repris aux FDS une base militaire, des installations pétrolières et un barrage sur l’Euphrate, affaiblissant ainsi la position de négociation du groupe kurde quant à l’avenir de ses milliers de combattants. Dans le cadre du cessez-le-feu qui a suivi, les FDS ont cédé le contrôle des villes de Raqqa et de Deir Ezzour, et le gouvernement de Chaara a pris le contrôle de points de passage frontaliers stratégiques et d’installations pétrolières dans le nord-est de la Syrie. Les Kurdes ne contrôlent désormais plus que les villes de Kobané et de Hassaké, où, toujours selon le WSJ, « vivent d’importantes populations kurdes et où le groupe armé pourrait s’enraciner plutôt que de se dissoudre ».

Si une telle dissolution devait se produire, les Américains ne verraient ainsi plus aucune raison de maintenir des soldats états-uniens en Syrie. L’une des difficultés, met cependant en garde le quotidien, citant anonymement ces mêmes responsables, « réside dans la collaboration avec l’armée de Chaara : cette force est infiltrée par des sympathisants djihadistes, notamment des soldats liés à Al-Qaïda et à l’EI, ainsi que d’autres impliqués dans des crimes de guerre présumés contre les Kurdes et les Druzes ».

Des exemples de frictions peuvent déjà alerter quant à la suite des événements : les forces de Chaara se sont rapprochées dangereusement près des troupes américaines durant l’offensive en cours et les soldats américains ont abattu un drone du gouvernement syrien alors que les combattants de ce dernier attaquaient une base des FDS où sont stationnés des éléments des forces américaines…

Autre problème qui concerne toute la région et, potentiellement, l’Europe : le sort de milliers de prisonniers de l’« État islamique », même si les Américains ont commencé leur transfert mercredi dernier vers l’Irak (7 000 sur 9 000 détenus jusque-là prisonniers dans le nord-est syrien). Mais ce transfert représente aussi une raison de plus de revoir à la baisse, au minimum, la présence de troupes américaines dans le secteur. Le Wall Street Journal cite le directeur du programme Syrie au Middle East Institute de Washington, Charles Lister, selon lequel « le principal facteur qui a maintenu la présence militaire américaine en Syrie au cours de l’année écoulée, ce sont les centres de détention et les camps » ; « Nous devrions donc nous interroger sur la viabilité de la présence des troupes américaines en Syrie. »

L’objectif principal de l’armée américaine en Syrie reste néanmoins de vaincre définitivement Daech, dont la menace demeure forte dans la région. Reste donc à voir si le « scoop » du Wall Street Journal se matérialise dans les faits à court ou moyen terme après cette reprise quasi totale de la Syrie par les soldats du nouveau régime.

Bruno Philip

mondafrique.com

Moscou affirme avoir arrêté un «agent» des services secrets moldaves

 

Le service de sécurité russe (FSB) a annoncé jeudi avoir arrêté un ressortissant russe accusé d’être un agent des renseignements moldaves, nouvelle illustration des tensions entre la Russie et la Moldavie.«Il a été établi qu'en décembre 2025 un citoyen russe est arrivé dans la ville de Moscou pour remplir une mission du Service d'Information et de Sécurité (SIS) de la République moldave visant à porter atteinte à la sécurité de la Russie», a indiqué le FSB dans un communiqué.

Il précise que cet individu a été arrêté, sans préciser la date exacte de cette arrestation, et a été placé en détention provisoire pour des accusations de «collaboration confidentielle avec un État étranger», un crime passible de huit ans d'emprisonnement. Cité par le média moldave Ziarul de Garda, le SIS a démenti ces accusations: «Ces déclarations sont une tentative de manipuler l'opinion publique et d'accentuer les tensions dans la région».

La Moldavie et la Russie entretiennent des liens tendus, surtout depuis le début de l'offensive russe contre l'Ukraine en février 2022. En mai 2025, le FSB avait annoncé l'arrestation de deux personnes accusées d'être des agents des services de renseignement moldaves. Fin mars 2025, la Moldavie avait expulsé trois diplomates russes accusés d'avoir aidé un député favorable au Kremlin à échapper à la justice. En représailles, la Russie avait expulsé trois employés de l'ambassade moldave à Moscou.

Ex-république soviétique aspirant à rejoindre l'Union européenne, la Moldavie accuse régulièrement la Russie d'ingérences et de manœuvres de déstabilisation, des accusations rejetées par Moscou.

lefigaro.fr

La Chine profite du désordre mondial provoqué par Trump


Le monde avait les yeux rivés sur Davos cette semaine, et a assisté à un changement géopolitique majeur. Non pas parce que de nouvelles alliances y ont solennellement été scellées, mais plutôt en raison de l'érosion manifeste des anciennes certitudes. 

D'un côté, Donald Trump, qui avec ses coups de massue tarifaires et ses fantasmes d'annexion du Groenland froisse même ses partenaires les plus proches. De l'autre, la Chine, qui affiche ostensiblement son calme, parle le langage de l'ordre international et s'arrime précisément là où la politique de Trump laisse derrière elle incertitude, méfiance et désorientation stratégique.

Maturité chinoise

Pékin exploite la situation avec une discipline remarquable. Alors que Trump fait de la scène internationale un champ de bataille, la Chine se met en scène comme une puissance mondiale raisonnable avec des lignes claires et la tête froide. A Davos, le vice-premier ministre He Lifeng a prêché le multilatéralisme, le libre-échange et la coopération – des contrepoints réfléchis face au protectionnisme américain et au jeu de muscles géopolitique. Le message est clair: la Chine se dresse en un pôle stable dans un ordre mondial à la dérive.

Cette communication est aussi simple qu'efficace. Alors que Washington menace et sanctionne, Pékin propose des discussions, des accords commerciaux et une prévisibilité rhétorique. Le fait que ces promesses ne correspondent pas toujours à la réalité passe au second plan. Ce qui est décisif, c'est la perception: la Chine semble prévisible, ce que les Etats-Unis sous Trump ne sont plus.

Quand la confiance devient une monnaie d'échange

Cette perception commence à avoir des conséquences politiques. Le jeu de confrontation du président américain ne cible pas ses rivaux en premier lieu, mais sape surtout la confiance de ses propres alliés.

Le Canada, qui a été pendant des années l'un des partenaires les plus fiables de Washington, se rapproche de la Chine sur le plan économique, assouplit les droits de douane et parle ouvertement d'un nouvel ordre mondial. La Grande-Bretagne cherche le dialogue avec Pékin et autorise la construction d'une grande ambassade chinoise à proximité immédiate de la City de Londres. Un pas symbolique qui, il y a quelques années encore, aurait été considéré comme un tabou en matière de politique de sécurité. 

Tout cela ne constitue pas un renoncement aux Etats-Unis, mais les signaux sont clairs: l'Europe et ses partenaires cherchent à s'assurer d'autres options en cas de rupture dans les relations transatlantiques. Le Premier ministre canadien Mark Carney a explicitement parlé à Davos de la nécessité pour les petits et moyens Etats de former de nouvelles coalitions, car l'ancien système fondé sur la diplomatie entre les grandes puissances traditionnelles s'est effondré. 

Groenland, OTAN et rupture de confiance

Du point de vue chinois, il s'agit d'une situation idéale. Pékin n'a pas besoin d'agir de manière agressive, ni de briser ses alliances. Elle peut simplement attendre de voir comment Washington démantèle ses propres partenariats. Le conflit sur le Groenland en est la parfaite illustration. 

Les menaces initiales de Trump de prendre le contrôle de ce territoire d'importance stratégique n'ont pas seulement provoqué des désaccords diplomatiques avec de nombreux alliés européens, elles ont également ébranlé les fondements de l'OTAN. Après des pressions diplomatiques et des revers, un accord a été trouvé sur un pacte de sécurité qui doit garantir l'accès des Etats-Unis au Groenland via les structures de l'OTAN – sans toucher aux questions de souveraineté. 

Une alliance qui se préoccupe soudain de questions de loyauté et de méfiance interne perd de sa force de dissuasion. Une aubaine pour la Chine.

La face cachée de Pékin

Mais cette supposée sérénité de la Chine cache une réalité tout autre. Derrière la rhétorique bienveillante du commerce équitable se cachent un gigantesque excédent commercial, des industries dirigées par l'Etat, des marchés fermés et des revendications de pouvoir claires, par exemple vis-à-vis de Taïwan ou dans l'Arctique. Les dirigeants européens le savent, ils le disent même ouvertement. Mais les provocations permanentes de Trump changent la donne. Ceux qui doivent constamment gérer les crises avec Washington ne mènent pas de débat de fond sur la concurrence systémique de la Chine.

Ainsi, la Chine devient attrayante moins par sa propre force que par la faiblesse des Etats-Unis sous l'ère Trump. Pékin n'apparaît pas comme une option idéale, mais comme une alternative crédible dans un monde en quête de stabilité. Reste à savoir s'il en résultera un rôle de leader durable. Mais une seule chose est sûre. Tant que Washington sème le chaos, la Chine marque des points avec calme, tout en exploitant cette nouvelle opportunité géopolitique avec une cohérence remarquable.

 Chiara Schlenz

blick.ch