Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 29 juillet 2026

« Entre la France et l’Algérie, en matière d’énergie, c’est “business as usual” »

 

L’Algérie est l’une des grandes puissances gazières de la planète. Pouvez-vous rappeler les caractéristiques de ce statut particulier et la place que cela lui donne sur la scène énergétique mondiale ?

L’Algérie est un pays à la fois pétrolier et gazier, mais c’est surtout un acteur important dans le domaine du gaz naturel : en 2024, elle est le dixième producteur de la planète avec 103 milliards de mètres cubes. Certes, ce n’est pas un « géant », sa part dans la production mondiale ne s’élevant qu’à 2 %, contre 24 % pour les États-Unis, en haut du classement. Toutefois, elle occupe une place non négligeable. C’est encore plus vrai pour les exportations : toujours en 2024, l’Algérie est le huitième exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) et le sixième par gazoduc.

Elle est donc, indiscutablement, un pays gazier majeur, mais ses exportations sont concentrées sur le marché européen, ce qui est logique en raison de la proximité géographique. Depuis longtemps, elle est un grand fournisseur de l’Europe, en particulier de l’Union européenne (UE). À travers la Sonatrach, la compagnie nationale algérienne, elle dispose d’une expérience de plusieurs décennies sur ce marché auquel elle est reliée par deux gazoducs en fonctionnement : le TRANSMED et le MedGaz. Le premier permet à la Sonatrach d’exporter le gaz naturel vers l’Italie en traversant la Tunisie et la Méditerranée. Le second lui ouvre le marché espagnol via Almería. Il existe un troisième gazoduc, le Maghreb-Europe (GME), mais il est à l’arrêt depuis le 1er novembre 2021, quand, la veille, Alger a décidé de ne pas reconduire le contrat d’exploitation. La Sonatrach s’appuie aussi sur ses usines de GNL situées à Arzew et à Skikda, sur la côte. Cette diversité d’infrastructures gazières tournées vers l’exportation constitue un atout majeur. Si l’Algérie est surtout un fournisseur de l’Europe méditerranéenne (Italie, Espagne, France, Turquie, Grèce), elle a également réalisé des percées en direction de pays d’Europe centrale et orientale, ainsi que de l’Allemagne.

L’un des grands défis de l’Algérie est de faire face à l’augmentation de la consommation interne et de rester en même temps un exportateur important. Tout producteur d’énergie cherche d’abord à répondre aux besoins de sa population, de son industrie et de son économie avant d’exporter. L’Algérie conjugue les deux depuis longtemps, mais cela pourrait devenir plus difficile, voire impossible, selon certaines projections de la demande gazière interne à moyen et à long terme. La Sonatrach s’efforce de maintenir la capacité d’extraction du plus grand champ gazier algérien, Hassi R’mel. L’ajout d’unités de compression doit permettre de stabiliser la production de ce gisement à 188 millions de mètres cubes par jour. Le développement et l’exploitation d’autres sites figurent également parmi les priorités, de même que l’intensification de l’exploration, menée à la fois par la Sonatrach et par les compagnies étrangères associées à ses projets, afin de favoriser de nouvelles découvertes. Pour le gaz naturel comme pour le pétrole, tout commence par l’exploration, ce qui suppose de rester suffisamment attractif pour les investisseurs étrangers. C’est aussi une priorité pour les responsables algériens.

Ce panorama ne serait pas complet sans évoquer le gaz de schiste. Selon l’U.S. Energy Information Administration, l’Algérie disposerait des troisièmes réserves mondiales, derrière la Chine et l’Argentine, mais devant les États-Unis. Il faut toutefois considérer ce classement avec prudence, car il repose sur des études menées dans environ 45 pays, sans travaux d’exploration, et il concerne des ressources techniquement récupérables, ce qui signifie que ce n’est pas forcément économiquement viable. Il ne fait guère de doute, néanmoins, que l’Algérie dispose d’un fort potentiel dans ce domaine. Plusieurs compagnies étrangères ont manifesté leur intérêt pour la recherche de ces ressources, dont les deux géants américains ExxonMobil et Chevron. Au printemps 2024, ils ont signé séparément avec la Sonatrach des protocoles d’accord portant sur des zones susceptibles d’être riches en gaz non conventionnel. Mais, à ce jour, cela n’a débouché sur aucun contrat.

Que représente la rente gazière et pétrolière pour les autorités d’Alger ? Dans quelle mesure est-elle une « arme » de politique intérieure, mais aussi de diplomatie ?

′′′ La rente générée par le secteur des hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) est d’une importance capitale pour l’Algérie. Chaque année, les hydrocarbures représentent 90 % des exportations totales du pays (47,38 milliards de dollars en 2024). Cette proportion est considérable, bien qu’en légère baisse, puisqu’il n’y a pas si longtemps, elle s’élevait plutôt à 95 %. Les recettes issues de ces exportations permettent à l’Algérie de financer ses importations (44,29 milliards de dollars). Les principaux postes d’achat concernent les produits alimentaires, les biens de consommation, les produits semi-finis et les équipements industriels.

La rente des hydrocarbures sert également à soutenir des programmes essentiels pour la population, ainsi qu’un système de subventions coûteux mais précieux pour la stabilité du pays et du régime. Les revenus de ce secteur stratégique sont estimés à environ 45 % du budget. De plus, le poids de l’Algérie sur la scène internationale dépend en partie de ses atouts pétroliers et gaziers, notamment vis-à-vis de l’UE.


Depuis la guerre en Ukraine, les sanctions contre la Russie ont poussé les Européens à diversifier leurs fournisseurs. L’Algérie est-elle une alternative viable à long terme ?

′′′ Quelques semaines après l’agression russe contre l’Ukraine, lancée le 24 février 2022, l’UE a décidé de se passer totalement de toutes les énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel) en provenance de la Russie, et ce au plus tard (pour le gaz) d’ici à la fin de 2027. L’UE a déjà réduit d’environ 90 % ses importations pétrolières issues de la fédération russe et, pour le gaz naturel, la part russe ne représentait plus que 19 % des approvisionnements européens en 2024, contre 40 % en 2021.

L’objectif est clair, mais, pour y parvenir dans le délai prévu, il faut aller chercher des ressources ailleurs. Pour le pétrole, l’UE se tourne surtout vers l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour le gaz naturel, les Européens sont allés jusqu’au bout du monde depuis 2022 pour conclure de nouveaux accords. L’Algérie figure parmi les principaux fournisseurs de l’UE (14,4 % en 2024). Dans ce contexte, l’Italie a été la plus rapide, puisque le groupe ENI a signé dès le printemps 2022 un contrat avec la Sonatrach pour augmenter les livraisons via le TRANSMED. Depuis, d’autres engagements ont suivi avec des membres de l’Union : citons, sans être exhaustif, la République tchèque, la Slovénie et l’Allemagne. Le Royaume-Uni est également concerné.

L’Algérie apporte donc sa contribution à la volonté de l’UE de diversifier ses approvisionnements gaziers. Mais cela ne permet de régler qu’une petite partie du problème. L’UE a besoin d’importer du gaz de nombreux pays pour se passer complètement, à terme, du géant russe. En 2024, on retrouve parmi les autres principaux fournisseurs la Norvège (33,4 %), les États-Unis (16,5 %), le Qatar et l’Azerbaïdjan (4,3 % chacun).

Fin 2021, l’Algérie a suspendu les livraisons de gaz par le GME, qui passe par le Maroc. Quelles ont été les conséquences d’une telle décision ? Le MedGaz et le TRANSMED sont-ils capables de combler le manque ?

′′′ Le GME a été arrêté par l’Algérie le 1er novembre 2021, après la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc survenue durant l’été 2021. Une telle mesure pouvait, a priori, pénaliser toutes les parties concernées : l’Algérie (fournisseur), le Maroc (territoire de transit) et l’Espagne (importateur). Dans les faits, ces trois pays ont trouvé des solutions pour gérer ce problème.

L’Algérie a fermé l’un des trois gazoducs la reliant à l’UE, mais elle a augmenté la capacité de transport du MedGaz, qui dessert lui aussi l’Espagne, et elle dispose d’usines de liquéfaction qui lui permettent d’exporter davantage de GNL vers l’Europe. Outre ces deux éléments, l’Espagne peut s’approvisionner en GNL auprès d’autres exportateurs, dont les États-Unis, car elle est bien dotée en terminaux de réception et de regazéification. Le Maroc, pour sa part, a perdu les droits de transit qui lui étaient dus pour le transport de gaz algérien vers l’Espagne, et il ne peut plus acheter du gaz algérien, lequel alimentait deux centrales thermiques via le GME. Il a fallu recourir à d’autres sources d’énergies fossiles pour faire fonctionner ces sites, ou importer directement de l’électricité. En accord avec Madrid, Rabat a par ailleurs utilisé « à l’envers » le GME, de la façon suivante : l’Espagne a importé du GNL, l’a regazéifié sur son territoire, puis l’a injecté dans le gazoduc afin de l’acheminer vers le Maroc. À moyen terme, le Maroc compte importer lui-même du GNL et poursuivre son programme d’énergies renouvelables pour accroître sa production électrique domestique. On évoque aussi à Rabat le possible développement du champ gazier offshore d’Anchois, mais la décision d’investissement n’a pas encore été prise par les opérateurs du permis concerné, Chariot Limited et son partenaire, l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM).

En somme, tout le monde a réussi à se passer du GME. La principale « victime » de cette fermeture est la coopération énergétique entre les pays du Maghreb. Ce gazoduc était l’un des rares succès en la matière. Il a bien fonctionné pendant vingt-cinq ans, entre 1996 et 2021, en dépit des mauvaises relations entre l’Algérie et le Maroc.

Comment analysez-vous la « guerre du gaz » entre l’Algérie et le Maroc, notamment avec leurs projets concurrents de gazoduc relié au Nigeria ? Quelle est leur viabilité ?

′′′ Chacun de ces deux pays porte un projet de gazoduc présentant plusieurs points communs : le gaz naturel proviendrait du Nigeria, en totalité ou en partie, et l’infrastructure desservirait l’UE. Le plus ancien de ces projets, promu par Alger, est le gazoduc transsaharien (TSGP). Le tracé envisagé est simple : Nigeria, Niger, Algérie et, de là, le gaz serait transporté vers l’Europe via les gazoducs existants reliant Hassi R’mel à l’Italie et à l’Espagne. Le second est le gazoduc Afrique Atlantique (GAA), un ouvrage principalement offshore reliant le Nigeria au Maroc et à l’Espagne, en longeant l’Afrique de l’Ouest. Il a pour but de fournir du gaz à plusieurs pays africains et à l’UE, alors que le TSGP vise uniquement l’Europe.

Une chose est certaine : il n’y a pas de place pour ces deux projets en même temps, pour des raisons liées au financement et aux marchés. Autrement dit, il y en aura un seul ou… aucun. En apparence, le TSGP est plus simple, car il implique seulement trois pays, mais l’Algérie et le Nigeria le soutiennent depuis une vingtaine d’années sans succès. La dégradation de la situation politique et sécuritaire dans le Sahel, ainsi que les relations tendues entre Alger et ses voisins du sud sont autant d’éléments qui rendent difficile, à court et à moyen terme, la relance de ce projet, pourtant souhaitée du côté algérien. Quant au GAA, il a connu des avancées, notamment grâce à l’action d’Abuja et de Rabat, mais les questions clés relatives aux débouchés et au financement n’étaient pas encore résolues début novembre 2025.

Quelle est la politique énergétique de l’Algérie vis-à-vis des États sahéliens (Mali, Niger, Burkina Faso), en froid avec Paris ?

′′′ Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ces trois pays sont certes en froid avec la France, mais aussi avec l’Algérie. Entre Alger et Bamako, les relations sont même exécrables. Par exemple, fin septembre 2025, à l’ONU, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga (depuis 2024), a accusé l’Algérie d’être la « championne de la promotion du terrorisme » et une « exportatrice de terroristes ». Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf (depuis 2023), a rétorqué que son interlocuteur était un « faux poète, mais un vrai putschiste », un « soudard » au « bavardage de caniveau ». Le Burkina Faso et le Niger ont resserré leurs rangs avec le Mali. Dans un tel climat, les conditions ne sont pas réunies pour un développement des relations économiques et énergétiques entre l’Algérie et l’AES. Il y a même des rumeurs de retrait du Niger du projet TSGP, mais la prudence s’impose. En effet, début 2025, les autorités de Niamey ont salué l’apport de la Sonatrach à une coopération entre les deux pays dans les domaines pétrolier et pétrochimique. Il y a donc beaucoup d’incertitudes autour de ces sujets, et il faudra attendre pour y voir plus clair. 

Dans les échanges (et les tensions) entre la France et l’Algérie, que représente le gaz ? Quels sont les grands secteurs économiques liant les deux pays ?

′′′ En 2024, le gaz algérien constitue 11 % des importations françaises de gaz naturel, dominées par la Norvège (40 %), les États-Unis (21 %) et la Russie (18 %). Du côté algérien, la France absorbe 29 % des exportations de GNL de la Sonatrach et 11 % de ses exportations gazières totales. Dans les deux cas, c’est significatif, mais finalement pas très important.

En dépit des relations difficiles entre Alger et Paris, les échanges énergétiques se poursuivent dans le cadre de contrats respectés par les deux parties. TotalEnergies est l’un des partenaires majeurs de la Sonatrach en Algérie, avec sa participation à l’exploitation de plusieurs champs gaziers et pétroliers. Et, en juin 2025, le groupe français a fait son entrée sur un nouveau permis d’exploration, en association avec la Sonatrach et ­QatarEnergy, à la suite d’un appel d’offres international. Il s’agit d’Ahara, un vaste permis d’une superficie de 14 900 kilomètres carrés, situé à la jonction des bassins de Berkine et d’Illizi, dans le sud-est algérien, au nord de la ville d’In Amenas. Autrement dit, en matière d’énergie, c’est « business as usual ».

Dans les échanges commerciaux franco-algériens, les hydrocarbures représentent la plus grande partie des importations de la France. Ce n’est pas une surprise, puisque le pétrole et le gaz naturel pèsent pour 92 % des exportations algériennes en 2024. Les Français envoient en Algérie des produits industriels, des matériels de transport, des équipements mécaniques, électriques et électroniques, ainsi que des produits agricoles et alimentaires. Ces dernières années, ces échanges bilatéraux ont généré un excédent commercial en faveur de l’Algérie. Là encore, c’est le poids des hydrocarbures qui domine.

Guillaume Fourmont

Francis Perrin

areion24.news

Un vétéran d’une unité secrète de Tsahal inculpé d’espionnage pour Téhéran

 

Un civil israélien ayant servi au sein d’une unité secrète de Tsahal a été arrêté et inculpé pour espionnage au profit du régime iranien, ont annoncé mercredi les autorités israéliennes.

Dans un communiqué conjoint, la police israélienne, le ministère de la Défense et le Shin Bet ont indiqué que l’homme avait été inculpé le 16 juillet devant le tribunal de district de Tel Aviv pour « contact avec un agent étranger et tentative de transmission d’informations à l’ennemi ».

Selon l’enquête, cet homme, qui avait servi dans cette unité classifiée durant son service militaire puis dans la réserve, était en contact avec « un individu se présentant comme un agent des services de renseignement iraniens ».

Le suspect aurait par ailleurs été chargé, à un moment donné, de recruter un soldat « afin d’établir un contact avec ces agents [iraniens] », précise le communiqué.

Aucun détail supplémentaire n’a été communiqué sur la nature des informations que le suspect aurait transmises à son officier traitant iranien ni sur la date de son arrestation. L’unité au sein de laquelle il a servi n’est pas non plus précisée, ses activités demeurant classifiées.

Les autorités de sécurité israéliennes ont dit « réitérer leur mise en garde » aux civils contre tout contact avec « des acteurs étrangers issus d’États ennemis ou des individus non identifiés ».

Ces deux dernières années, plusieurs dizaines d’Israéliens, dont des soldats et des réservistes, ont été inculpés d’espionnage au profit du régime iranien. Dans nombre de ces affaires, les agents iraniens avaient recruté leurs cibles via les réseaux sociaux, en particulier sur Telegram, selon les autorités.

Au début du mois, un soldat qui effectuait son service obligatoire a été condamné à cinq ans de prison pour avoir mené des activités d’espionnage pour le compte de l’Iran, après avoir été reconnu coupable d’avoir été en contact avec un agent étranger et d’avoir transmis des informations susceptibles de profiter à l’ennemi.

Les responsables iraniens confient généralement à leurs recrues des tâches relativement banales au départ – actes de vandalisme ou prise de vue de lieux publics – qui tournent ensuite en infractions plus graves, parfois même violentes.

Le nombre croissant d’agents iraniens présumés a même poussé Israël à ouvrir une nouvelle aile de la prison Damon de Haïfa pour les personnes inculpées de tels chefs d’accusation d’espionnage. La plupart des affaires sont encore en cours d’examen par la justice.

fr.timesofisrael.com

Clayton confirmé comme directeur du renseignement américain

 

Le Sénat américain a officiellement confirmé Jay Clayton comme directeur du renseignement national, malgré les réserves de l’opposition démocrate qui craint que ce choix de Donald Trump ne l’aide à interférer dans les prochaines élections.

Le président américain l’a rapidement félicité sur sa plateforme Truth Social : « Jay est incroyable à tous points de vue, et il fera un travail spectaculaire comme directeur », a-t-il écrit.

La nomination de ce procureur a été approuvée mardi soir avec 51 voix pour et 47 contre, toutes démocrates.

Aux États-Unis, le poste de directeur du renseignement national (DNI) sert avant tout de coordinateur des différentes agences comme la CIA et la NSA, et présente un rapport quotidien au président.

Jay Clayton était procureur du district sud de New York depuis le printemps 2025, après avoir dirigé la puissante autorité des marchés boursiers (SEC) pendant le premier mandat de Donald Trump.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, a défendu son bilan comme procureur. « Il a supervisé les poursuites contre des terroristes et la rédaction de la mise en accusation contre Nicolas Maduro », a-t-il affirmé dans l’hémicycle, en référence au président vénézuélien poursuivi à New York depuis sa capture début janvier par les États-Unis.

John Thune a aussi accusé les démocrates de se livrer à « des jeux politiciens » en s’opposant au choix de Donald Trump.

Lors d’une audition mi-juillet devant une commission du Sénat, en vue de la confirmation de sa nomination, Jay Clayton avait fait face au feu nourri des membres démocrates, notamment au sujet du résultat de l’élection présidentielle de 2020.

À plusieurs reprises, ils lui ont en effet demandé qui avait remporté le scrutin, cherchant à savoir s’il allait contredire Donald Trump, qui ne cesse d’affirmer sans preuve avoir remporté l’élection face au démocrate Joe Biden.

Jay Clayton avait alors répété à plusieurs reprises que Joe Biden avait été « certifié » vainqueur, sans toutefois affirmer qu’il avait remporté l’élection.

À l’issue du vote de mardi, le sénateur démocrate Mark Warner, vice-président de la commission du renseignement, a dit qu’il était « ressorti de l’audition de confirmation avec de sérieux doutes sur sa volonté de résister aux pressions politiques ».

« J’espère sincèrement qu’il démontrera que ces inquiétudes sont infondées, car la communauté du renseignement mérite une direction plus stable que celle dont elle a bénéficié ces derniers mois », a déclaré M. Warner.

Pour un autre sénateur démocrate, Adam Schiff, les déclarations de M. Clayton « suggèrent que si le président veut que les agences de renseignement lui concoctent quelque chose pour justifier une ingérence dans les élections de mi-mandat, alors Jay Clayton n’aura pas le courage de lui faire face ».

La nomination de Jay Clayton en juin avait fait suite à une vive polémique après que Donald Trump eut désigné un proche allié, Bill Pulte, comme DNI par intérim, pour remplacer la démissionnaire Tulsi Gabbard.

À la tête d’une agence fédérale sur le logement, Bill Pulte avait en effet entamé des enquêtes contre plusieurs adversaires politiques du président républicain.

Dans ses dernières heures de son intérim, ce dernier a annoncé mardi avoir effectué « un cinquième et presque dernier tour de limogeages » au sein des bureaux du DNI — soit « une réduction d’environ 30 % des effectifs d’il y a quelques semaines », comme le lui avait demandé Donald Trump en le nommant.

ledevoir.com

Shell aurait fermé les yeux sur des oléoducs percés pour préserver ses profits

 

Les dirigeants de Shell savaient que des voleurs de pétrole perçaient ses oléoducs, mais ont refusé d'interrompre leur exploitation afin de préserver leurs bénéfices, affirment plusieurs ONG dans un rapport publié mercredi. Ce rapport, le dernier d'une longue série d'accusations de pollution visant les grandes compagnies pétrolières internationales au Nigeria, s'appuie sur des audits internes et des courriels rendus publics alors que Shell fait face à des poursuites engagées par des communautés locales du delta du Niger, région riche en pétrole mais marquée par une grande pauvreté.

«Une cause majeure de la pollution réside dans l'incapacité de Shell à assurer correctement l'entretien du vaste réseau de puits et d'oléoducs"exploité par sa filiale nigériane, la Shell Petroleum Development Company (SPDC)», indique le document. Selon Amnesty International et la coalition d'ONG, les dirigeants de Shell et de sa filiale étaient également conscients de l'ampleur des vols de pétrole, qui auraient été facilités en partie par des employés corrompus de la SPDC.

Le rapport cite une présentation interne de 2013 sur les oléoducs percés dans laquelle il est demandé: «Sommes-nous à l'aise de continuer à produire, en sachant que de nouveaux dommages environnementaux surviendront?» Devant les tribunaux, Shell a soutenu ne pas être responsable des agissements de ses filiales, dont la SPDC au Nigeria, qu'elle affirme fonctionner de manière indépendante.

Mais selon le rapport, cette présentation interne alertant sur la pollution liée aux vols de pétrole a été élaborée dans le cadre du «Project Madrid», auquel participaient de hauts responsables de la maison mère. Les gens vont dire: «Que fait Shell ? (...) L'entreprise avait la possibilité d'arrêter le pompage, mais elle a choisi de ne pas le faire. Elle a maintenant créé un monstre», a écrit un cadre, selon le rapport.

Dans les mains des puissants

Au final, l'entreprise a décidé de maintenir les oléoducs endommagés en fonctionnement «par intermittence», ne suspendant les opérations que lorsque la pollution dépassait un certain seuil, indique Amnesty International et la coalition dans le rapport. La découverte de pétrole dans le sud-est du Nigeria dans les années 1950 a fait du pays l'une des principales économies d'Afrique. Toutefois, une grande partie de cette richesse reste concentrée entre les mains d'une élite, dans une société fortement inégalitaire, marquée par des décennies de corruption.

Bien qu'en recul, les vols de pétrole et le raffinage clandestin persistent aujourd'hui. En réponse au rapport, Shell a estime que l'enquête «fait un usage sélectif des documents et de leurs citations d'une manière qui donne une impression trompeuse».

La plupart des grandes compagnies pétrolières ont abandonné leurs activités terrestres au Nigeria afin de se concentrer sur des exploitations offshore, jugés plus sûres. Des entreprises locales ont, pour l'essentiel, repris ces actifs pétroliers terrestres.

AFP

La Russie face à l’Arctique : des ambitions toujours intactes

 

Depuis le milieu des années 2000, la Russie ambitionne de devenir la première puissance militaire et économique dans l’océan Glacial Arctique. Avec une façade maritime équivalente à la moitié de l’océan Arctique, Moscou dispose de moyens militaires permanents stationnés de Mourmansk à Chukotka, ainsi que sur des bases aériennes dans l’archipel François-Joseph, sur Nouvelle-Zemble et dans l’archipel de Nouvelle-Sibérie. Certaines bases ont été construites récemment, alors que d’autres, datant de l’époque de l’URSS, ont été réhabilitées.

Territorialement parlant, la Russie revendique quasi la moitié du bassin arctique, délimité par une ligne droite allant du pôle Nord au détroit de Béring, longeant la dorsale de Mendeleïev, et croisant la dorsale de Lomonossov qui rattache le pôle au territoire russe. Jouissant d’une flotte de brise – glaces unique au monde, Moscou a fait de l’Arctique sa priorité afin de restaurer son rang de puissance de premier rang : le Kremlin applique à cet endroit une doctrine défensive faisant de l’Arctique un bastion qui lui permet de protéger ses moyens de dissuasion nucléaire dans la péninsule de Kola, ses mégaprojets miniers et d’extraction de gaz et de pétrole, ainsi que ses infrastructures le long de la route du Nord-Est. Enfin, c’est aussi un espace permettant à la Russie de projeter ses forces vers l’Arctique central, la mer de Béring et l’Atlantique nord.

Sur le plan économique, l’exploitation des ressources minières a toujours constitué un enjeu pour la Russie, accentué aujourd’hui par son économie très affaiblie par les sanctions internationales et qui résiste en grande partie grâce à la vente bon marché d’énergies fossiles à la Chine. Cet enjeu économique se double donc d’un enjeu de survie pour le régime Poutine.

Dans le contexte actuel, la guerre en Ukraine n’a pas altéré les ambitions russes dans la région, elle les a rendues plus urgentes. Moscou cherche donc à développer ses infrastructures et à renforcer sa capacité de projection, tout en se focalisant sur les opérations sous le seuil et en zone grise (seabed warfare, guerre électronique, provocations diverses). Mais, en pratique, ces ambitions restent dans le domaine du déclaratoire et se heurtent au principe de réalité, notamment l’entretien et l’extension des infrastructures portuaires qui se trouvent ralentis par les sanctions internationales. La Chine pourrait être un partenaire, mais elle vise une capacité à naviguer sans escale à travers l’Arctique, et non pas à moderniser les ports le long du corridor russe.

Sur le plan militaire, les sanctions internationales limitent la capacité de Moscou à fabriquer des armes de précision, et donc à les déployer dans la région arctique, alors que la flotte du Nord détient 20 % de cette capacité au sein de l’armée russe. Elles limitent également la capacité de régénérer les stocks, notamment de systèmes nécessitant des composants occidentaux, tels que le char T‑90 par exemple.

Des forces terrestres en piteux état

Concernant ses unités de mêlée, l’armée russe aligne deux brigades permanentes spécialisées dans le combat en milieu polaire, appartenant au district militaire de Leningrad et rattachées à la flotte du Nord, la plus volumineuse des quatre flottes de la marine russe. Comparativement aux autres brigades de fusiliers motorisés, leur effectif est nettement moindre (entre 1 400 et 2 000 hommes chacune) et elles disposent d’équipements et de véhicules spécifiques à la manœuvre en milieu polaire, tels que des motoneiges de différents types (ouvertes ou à cabine chauffée), des chenillettes TTM‑4902 (ressemblant aux VAC de notre 27e brigade d’infanterie de montagne) et des chenillés articulés DT‑10 et DT‑30. Les MT‑LBV et VMK, camions KamAZ et 4 × 4 Ural sont modifiés pour s’adapter aux températures extrêmes.

La 200e brigade séparée de fusiliers motorisés, créée en 1997, est devenue en 2011 la première des deux nouvelles brigades arctiques des forces terrestres russes. Basée dans l’oblast de Mourmansk, elle fut déployée en 2014 dans le Donbass avant de prendre part à l’invasion de l’Ukraine en février 2022, dans la zone de Kharkiv. Au début du mois de mars 2022, l’unité avait perdu deux groupes tactiques (BTG) ainsi que son bataillon d’artillerie lance – roquettes. Ces pertes ne furent que partiellement recomplétées en juillet 2022, à hauteur d’un BTG composé de réservistes, de troupes de défense côtière et de marins, tous d’un niveau de préparation relativement faible. À la fin de l’année 2022, la brigade avait perdu 40 % de ses effectifs et de ses véhicules, parmi lesquels des chars T‑80BVM et des transports de troupes MT‑LBV.

En juin 2025, la 200e brigade séparée fut reformée sous le nom de 71e division de fusiliers motorisés de la garde : passant de brigade à division, elle incarne l’importance croissante portée par le commandement de l’armée russe aux unités arctiques. Elle forme la composante arctique du district militaire de Leningrad aux côtés de la 80e brigade arctique, de la 61e brigade séparée d’infanterie de marine de la garde et d’éléments de défense côtière, ces unités relevant de la flotte du Nord d’un point de vue opérationnel. Créée en 2014, la 80e brigade arctique de fusiliers motorisés fut la deuxième unité de ce type, rejoignant la 200e brigade au sein du 14e corps d’armée de la flotte du Nord. Si ces deux unités appartiennent au même corps d’armée, la 200e brigade fait partie de l’armée de terre, tandis que la 80e brigade relève de la marine russe. Basée, elle aussi, dans l’oblast de Mourmansk, sa mission principale est de patrouiller le long de la frontière norvégienne et de protéger différentes infrastructures situées dans cette zone.

La 80e brigade arctique fut déployée en Ukraine en juin 2022, avec une affectation dans la région du Donbass. Tout comme la 200e brigade, elle fut déployée avec ses systèmes antiaériens Tor‑M2DT, montés sur châssis de DT‑30PM et spécifiques au combat arctique. Plusieurs d’entre eux ont été détruits ou mis hors service lors des différents déploiements de l’unité autour de Kharkiv, puis de Bakhmout, de Kherson et de Dnipro. La 80e brigade a également déployé des MT‑LBV, des DT‑10 et DT‑30 ainsi que des motoneiges TTM, dont un certain nombre, difficile à évaluer, ont été détruits ou perdus.

En 2023, ses éléments ont servi dans l’oblast de Kherson, où 80 % d’entre eux ont fini par être éliminés par l’armée ukrainienne, en particulier lors d’un engagement dans l’estuaire du Dniepr en avril 2024. D’un point de vue plus général, ce sont les forces terrestres de la flotte du Nord qui ont subi des pertes en Ukraine ; les composantes navale et aérienne n’ont pas été atteintes.

La composante navale de la flotte du Nord, à laquelle appartiennent aussi les unités amphibies (la 61e brigade séparée d’infanterie de marine, le 420e bataillon Spetsnaz de reconnaissance navale, ainsi que les 160e, 269e et 313e détachements séparés de contre-offensive sous – marine), est de facto spécialisée en combat arctique en fonction de sa zone d’affectation permanente.

La 61e brigade séparée d’infanterie de marine a également été déployée en Ukraine dès le début de l’invasion, son chef de corps ayant été tué début mars 2022 près de Kharkiv. L’unité a continué d’être engagée, notamment dans la région de Kherson, jusqu’en septembre 2025 alors que ses éléments étaient vus près de Dobropillie, dans la région de Pokrovsk. Il semble que l’unité, considérée comme l’une des mieux entraînées de l’armée russe, ait été déployée sur les points les plus difficiles du conflit, et rien n’indique qu’elle ait été retirée du champ de bataille à l’heure actuelle.

Enfin, les unités VDV (la 76e division d’assaut aéroportée de la garde ainsi que les 98e et 106e divisions parachutistes de la garde) comportent des éléments ayant suivi un entraînement et un aguerrissement au milieu arctique, mais ce ne sont pas des unités spécialisées à plein temps en combat polaire.

Les brise-glaces, indispensable appui à la mobilité

Unique au monde, car seule la Russie construit et utilise ce type de navire, la flotte russe de brise – glaces à propulsion nucléaire compte actuellement six bâtiments (deux de la classe Arktika, et quatre de la classe Arktika II), qui viennent s’ajouter aux 30 brise – glaces à propulsion diesel – électrique. Longs de 173 m pour un déplacement de 33 327 t, dotés d’un hélipad, les Arktika II sont des navires gigantesques dont la propulsion nucléaire leur permet de naviguer en continu sans ravitaillement pendant quatre ans, avec une puissance supérieure à une propulsion classique. Ils peuvent ouvrir des couloirs maritimes à travers une glace de plus de trois mètres d’épaisseur et même assurer certaines missions de transport. Le premier brise – glaces de la classe Arktika II (Projet 22220) est entré en service en 2020 pour entamer le remplacement progressif de la classe Arktika, qui datait de 1975. Ce qui en fait une flotte récente et de conception moderne, les trois derniers exemplaires devant entrer en service respectivement en 2026, en 2028 et en 2030.

Ensuite, la classe Leader (Projet 10510), actuellement en développement, viendra compléter la classe Arktika II avec un premier exemplaire lui aussi prévu pour 2030 : le Rossya. Long de 209 m pour un déplacement de 69 700 t (soit le double d’un Arktika II), le Rossya incarne la volonté russe de prendre une avance irrémédiable sur le contrôle de l’Arctique.

Enfin, la marine russe aligne elle aussi sa propre flotte de brise – glaces militaires. L’Ilya Muromets (Projet 21180), en service depuis fin 2017, mesure 85 m de long pour un déplacement de 6 000 t, avec une propulsion diesel – électrique. Il peut ouvrir la voie dans des glaces jusqu’à 1 m d’épaisseur et il est doté d’un hélipad. Le coût élevé de cette classe de brise – glaces a retardé le Projet 21180M, moins coûteux. Ce dernier comporte deux brise-glaces auxiliaires de 82 m de long pour un déplacement de 4 080 t, avec des capacités moindres. Le premier exemplaire est entré en service en juillet 2024 au sein de la flotte du Pacifique, le deuxième étant en chantier avec une livraison prévue en 2027 à la flotte du Nord.

Pour enfoncer le clou, Moscou ne se contente pas de ses brise – glaces pour prendre l’avantage sur ses compétiteurs. Le Projet 23550, lui aussi de conception récente, vient y ajouter un autre concept : les patrouilleurs polaires. L’Ivan Papanin, qui vient tout juste d’entrer en service, n’est autre qu’un brise-glace lance – missiles, long de 114 m pour un déplacement de 8 500 t, armé d’un canon de 76 mm et de huit missiles de croisière 3M54 Kalibr. Il est capable de briser une glace jusqu’à 1,80 m d’épaisseur et comporte un hélipad ainsi qu’un hangar pour un hélicoptère Ka‑27. Quatre exemplaires sont prévus pour constituer cette nouvelle classe de patrouilleurs.

Une remontée en puissance incertaine

La Russie tente de renforcer sa posture à travers l’installation de bases à la frontière finlandaise, par un rehaussement capacitaire (systèmes de défense aérienne, brise – glaces, navires et modernisation d’infrastructures existantes) ainsi que par l’accroissement du nombre d’exercices menés en zone polaire. Toutefois, une remontée en puissance dans ce secteur nécessiterait aussi la création de formations militaires supplémentaires (à hauteur de 50 000 hommes en ce qui concerne le seul district militaire de Leningrad). Le commandement aurait alors un dilemme : soit réaffecter des unités existantes stationnées ailleurs sur le territoire russe et les former au combat arctique, soit accroître le recrutement pour armer ce volume de force supplémentaire, sachant que l’actuel recrutement peine déjà à atteindre ses objectifs pour recompléter les pertes infligées par l’armée ukrainienne.

En théorie, recruter des personnels avec la perspective de les stationner dans l’Arctique semble plus facile que de les envoyer en Ukraine. Mais si les alliances (Chine, Corée du Nord, Iran) permettent de faire face aux besoins en munitions de base, la production de systèmes d’armes plus complexes souffre des sanctions internationales qui ont coupé l’approvisionnement en composants électroniques occidentaux. Or, pour installer de nouvelles unités en Arctique et être crédible, il faut produire les armements dont elles auront besoin. Les intentions peinent donc à être suivies d’actions concrètes et efficaces, et considérant le contexte actuel, rien ne porte à croire que la Russie va les concrétiser dans un proche avenir.

Emmanuel Vivenot

areion24.news