Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 4 mai 2026

L’engagement aérobalistique : une nouvelle phase de la puissance aérienne ?

 

Bataille d’Idlib, guerres du Haut-Karabagh, d’Ukraine, d’Iran : les guerres et opérations récentes ont pour point commun une combinaison complexe de drones de toutes natures, de missiles balistiques et de croisière et d’avions de combat, tandis que s’épanouissent les débats autour du « multidomaine ». Mais derrière les systèmes d’armes, une mutation plus profonde est à l’œuvre et ses enjeux pour les forces armées, comme pour la stratégie aérienne, sont majeurs.

L’histoire de l’art de la guerre est marquée par une série de moments pivots et, s’il fallait définir une théorie aérobalistique, on pourrait en retenir quelques-uns. 2006 : le Hezbollah engage une campagne aérobalistique majeure contre Israël. 2015 : disposant pourtant d’une armée de l’air puissante, la Corée du Sud surprend le monde en rendant public un vaste programme de missiles balistiques et de croisière à charge conventionnelle qui devra, dans l’hypothèse d’une guerre avec Pyongyang, étoffer sa kill chain. 2017 : l’État islamique utilise les premiers drones permettant de larguer des grenades. Entre – temps, ce type de système de frappe a proliféré, pratiquement toutes les armées du monde disposant de microdrones. Février 2020 : durant la bataille d’Idlib, la Turquie utilise pour la première fois des drones tactiques dans des missions d’interdiction du champ de bataille, détruisant une centaine de véhicules et stoppant net une avancée syrienne. Décembre 2020 : la guerre d’Artsakh démontre l’utilité des munitions rôdeuses (1).

La deuxième guerre d’Ukraine, à partir de février 2022, consacre le rôle et la diversification des drones : ciblage d’artillerie, lutte contre les véhicules, frappes dans la profondeur, mais aussi frappes antipersonnel. Aux omniprésents drones FPV (First person view), il faut ajouter le rôle des missiles balistiques et de croisière – y compris les OWA-UAV (One way attack – Unmanned air vehicle) (2) – et, finalement, un changement de mode de guerre. Les guerres de Gaza et les actions iraniennes de 2025 et 2026 montrent l’importance des vecteurs aérobalistiques et qu’il est possible pour un État, l’Iran, d’abandonner en bonne partie son aviation au profit de la missilerie dans un véritable « échange aérobalistique » (3). Ces « moments » masquent cependant des évolutions plus diffuses : dès la fin des années 2010, plus aucun mouvement de Boko Haram ne se fait sans reconnaissance préalable par drone. Dans l’est de la République démocratique du Congo, les actions du M23 doivent beaucoup aux drones rwandais (4). Dès 2024, les drones deviennent un outil central de la guerre civile au Myanmar. En juin 2025, la police haïtienne utilise des drones FPV pour frapper dans les maisons où des gangs se sont retranchés. Les cartels mexicains en sont également dotés, comme nombre d’acteurs irréguliers.


L’ampleur d’un phénomène

En fait, plus aucune zone de conflit n’est exempte de l’emploi de drones, à des degrés divers ; et si seuls quelques États utilisaient des drones MALE (Medium altitude, long endurance) et tactiques en 2006, vingt ans plus tard, pratiquement toutes les armées du monde sont dotées de systèmes qui se sont largement diversifiés et simplifiés (voir tableau ci-dessus). Certes, les drones et autres munitions téléopérées/rôdeuses attirent l’attention – d’autant qu’ils sont les candidats naturels à l’usage des Intelligences artificielles (IA) (5) –, mais ils ne sont pas les seuls vecteurs aérobalistiques. L’aviation « classique » évolue naturellement, d’autant plus que de nombreux effecteurs déportés sont en cours de conception et vont accroître la liberté d’action des forces aériennes (6). Les aviations navales elles – mêmes mutent : là aussi l’avion de combat reste pertinent, mais l’usage de drones devient pour plusieurs marines un ticket d’accès aux aéronavales (7). Parallèlement, les munitions aériennes évoluent également, offrant des portées de plus en plus importantes, mais aussi une diversification de ce qui représente l’effecteur terminal des frappes air-sol. L’emploi de l’hélicoptère de combat change lui aussi (8).

Il faut y ajouter les variétés de la prolifération balistique. D’une part, sa manifestation à bas bruit, passant par l’achat de missiles de courte portée, tels que les ATACMS (Army tactical missile system), CTM‑290 et autres PrSM (Precision strike missile), mais aussi par la « missilisation » de roquettes, qui deviennent de ce fait des missiles sol-sol (9). D’autre part, le développement de nouveaux types d’engins et le choix par certains États – Chine, Corée du Sud, Corée du Nord – de disposer de missiles de portées moyenne et intermédiaire à charge conventionnelle, auxquels il faut ajouter la Russie (Oreshnik) et, potentiellement, la France avec le Missile balistique de théâtre (MBT), ainsi que le Japon, avec un planeur hypersonique. Enfin, on observe également des changements majeurs dans le domaine des missiles de croisière, avec l’arrivée d’engins de milieu et de bas de trame (10).

Les conditions nécessaires

Ces processus de prolifération signalent un nivellement des capacités aérobalistiques, qui repose sur plusieurs dynamiques d’accessibilité, condition première de la mutation à l’œuvre. Certes, de nombreux systèmes ont vu leur prix s’effondrer, ce qui a permis à plus de pays de s’en doter. Le coût d’un drone FPV en Ukraine est ainsi compris entre 500 et 3 500 dollars, en fonction des options (vision de nuit, fibre optique, type de charge) retenues, soit bien moins que les 180 000 dollars d’un missile antichar Javelin. Les missiles de croisière de milieu de trame coûtent généralement autour de 100 000 dollars et il faut compter entre 30 000 et 100 000 dollars pour un OWA-UAV. Leurs performances ne sont évidemment pas comparables à celles d’un missile de croisière haut de trame comme le Tomahawk Block V qui, lui, coûte plus de deux millions.

Une deuxième forme d’accessibilité est industrielle, et l’on constate que les producteurs de drones, d’OWA-UAV ou de munitions téléopérées sont de plus en plus nombreux. Un entrepreneur kosovar a ainsi récemment présenté son OWA-UAV et le Nigeria produit des microdrones depuis quelques années déjà. Les missiles de croisière de milieu de trame sont quant à eux conçus pour une production de masse, aidée par la robotique, qui est d’ailleurs indispensable à leur modèle économique. Produire aujourd’hui est plus facile, avec cependant un bémol : qu’il s’agisse d’aviation ou de missilerie – a fortiori lorsqu’il est question de charges hypersoniques –, les coûts de R&D et de production limitent les possibilités industrielles. De même, y compris pour des systèmes à bas coûts, les dépendances et les approvisionnements sont des facteurs dimensionnants : les millions de drones FPV dépendent de quatre fois plus de moteurs électriques…

Ces deux premières accessibilités n’ont été rendues possibles que par l’existence d’une autre, technologique cette fois. Une première rupture s’est produite avec l’accès à des technologies comme le GPS et la miniaturisation/diffusion des récepteurs, offrant en retour un guidage relativement précis et qui, durant des années, n’a pu être brouillé que difficilement. À la fin des années 1990, l’Irak a ainsi pu modifier quelques – uns de ses missiles antinavires Styx avec des récepteurs GPS, les transformant en missiles de croisière d’attaque terrestre utilisés contre les forces américaines qui avaient débarqué au Koweït. Le développement de la géonavigation satellitaire a amplifié le phénomène, offrant aux forces une « masse abordable de précision ». Cela a certes permis aux grandes puissances de gagner en capacités et de renforcer leur statut international – que l’on songe au rôle de la bombe JDAM (Joint direct attack munition) pour la puissance aérienne américaine –, mais cela a également permis à des acteurs émergents, y compris des groupes irréguliers, de monter en puissance.

Une deuxième rupture a été constituée par les constellations satellitaires de communications. Elle n’est encore apparente que pour certains types de drones, augurant des guidages précis, à longue portée et des liaisons bidirectionnelles. Mais ces systèmes sont appelés à s’étoffer. Enfin, l’arrivée des IA, couplées aux systèmes optroniques, constitue une dernière rupture technologique avec des conséquences directes en matière d’identification de cibles et de frappe (capacités ATR/A – Automatic target recognition/attack), ainsi que de navigation. Face au brouillage GPS, des systèmes de « navigation à vue » émergent, fondés sur le repérage et l’identification de points de repèrent permettant la géolocalisation – comme le ferait un humain dans une ville. Reste cependant que si cette rupture induite par les IA possède un fort potentiel de diffusion, elle se heurte aussi à des goulets d’étranglement technologiques : masse et encombrement de l’électronique embarquée, besoins énergétiques. Dès lors, seuls des drones d’une certaine masse, des munitions téléopérées et les missiles de croisière sont susceptibles de bénéficier de cette rupture.

Reste également l’accessibilité en termes d’appropriation technologique et d’acquisition des compétences techniques, très diversifiée suivant les systèmes considérés. Le coût d’accès à l’aviation de combat et aux grands drones reste élevé en termes de transferts de compétences, qu’il s’agisse d’usage ou de maintenance. Il tend cependant à évoluer sur d’autres domaines aérobalistiques, avec un phénomène classique de dissociation entre des usages de plus en plus aisés – du fait d’interfaces adaptées – et une maintenance restant plus ou moins complexe suivant le système. Il n’en demeure pas moins que la formation des opérateurs est facilitée, y compris d’ailleurs dans le cas des drones FPV, par l’usage de la simulation. Elle rappelle, de ce point de vue, que la mutation aérobalistique ne vaut que par la maîtrise d’éléments liés au cyber et à la programmation, présents à bien des étages de la question de l’accessibilité. L’appropriation opérationnelle est ce qui permet de transformer la technique en capacité, et c’est sans doute là que le bât peut blesser : disposer de missiles et de drones n’est d’aucune utilité sans conceptions doctrinales adéquates ou sans systèmes de renseignement permettant le ciblage. Or plusieurs évolutions sont également à l’œuvre dans ces domaines et seront sans doute le principal facteur validant cette mutation.

Notes

(1) Voir l’article d’Adrien Fontanellaz dans ce hors-série.

(2) Joseph Henrotin, « L’OWA-UAV, exemple parfait de techno-régression compétitive ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 93, décembre 2023-janvier 2024. Voir également l’article consacré aux Shahed/Geran russes dans ce hors-série.

(3) Joseph Henrotin, « L’Iran, puissance de l’échange aérobalistique », Défense & Sécurité Internationale, no 170, mars-avril 2024.

(4) Robert Jordan, « Les forces de défense rwandaises (RDF) en RDC, les ressorts d’une stratégie indirecte », Défense & Sécurité Internationale, no 179, septembre-octobre 2025.

(5) Jean-Jacques Mercier, « IA de combat : Saker entre en scène », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 93, décembre 2023-janvier 2024.

(6) Philippe Langloit, « Effecteurs déportés : la course est lancée », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 105, décembre 2025-janvier 2026 et « Effecteurs déportés : derrière la bataille industrielle, les enjeux techniques », Défense & Sécurité Internationale, no 172, juillet-août 2024 ; Joseph Henrotin, « Effecteurs déportés et “ailiers loyaux”. Retour à la masse, différentiels technologiques et reconfiguration de la puissance aérienne », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 78, juin-juillet 2021.

(7) Philippe Langloit, « De nouvelles aéronavales ? Les avatars de la robotisation », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 94, février-mars 2024.

(8) Yannick Smaldore, « Les hélicoptères de combat sont-ils en voie de disparition ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 105, décembre 2025-janvier 2026.

(9) Jean-Jacques Mercier, « Le renouveau du missile sol-sol en Europe », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 97, août-septembre 2024.

(10) Voir l’article qui leur est consacré dans ce hors-série.

Joseph Henrotin

areion24.news

Tsahal commence à installer des unités dans son nouveau campus technologique à Beer Sheva


L’armée israélienne a annoncé dimanche avoir installé les premières unités dans un campus militaro-technologique nouvellement créé à Beer Sheva, dans le sud d’Israël.

Ce campus, qui s’étend sur 150 000 m², est situé à proximité du parc des technologies de pointe Gav-Yam Negev et de l’université Ben Gurion du Néguev.

Il accueillera quelque 8 000 soldats et officiers de carrière de l’Unité de cyber-défense C4I, en plus d’abriter le quartier général du Commandement du Sud de Tsahal et une unité technologique confidentielle de l’armée de l’air israélienne.

Les sections informatiques et de communication de l’unité ont emménagé sur le campus la semaine dernière. Les unités opérationnelles de l’unité s’installeront sur la base à une date ultérieure.

Le quartier général du Commandement du Sud devrait quant à lui déménager d’un bâtiment historique de la Vieille Ville de Beer Sheva vers le campus technologique au cours de l’année.

En 2011, l’armée israélienne avait décidé de déplacer bon nombre de ses bases du centre du pays vers le sud afin de regrouper ses opérations et de réaliser des économies, tout en libérant des terrains pour le développement dans le centre du pays.

fr.timesofisrael.com

Sanaa démantèle des cellules d'espionnage ennemies

 

Dans une opération de sécurité et de renseignement sans précédent dans l'histoire moderne du Yémen, les services de sécurité ont porté un coup stratégique décisif en démantelant l'une des cellules d'espionnage les plus dangereuses, appartenant aux agences de renseignement conjointes de l'ennemi américano-israélien et saoudien. Cette opération, menée avec une grande efficacité, a permis de démanteler l'une des cellules d'espionnage les plus dangereuses. « Leur complot échouera. »

Ce succès ne s'est pas limité à l'arrestation des membres de la cellule, mais a également permis de mettre au jour les rouages complexes des complots de sabotage visant à saper les structures de l'État, à entraver le développement, à violer la souveraineté nationale pendant des décennies et à recruter des individus vulnérables pour mettre en œuvre le programme de la salle d'opérations conjointes du renseignement.

Les aveux récemment diffusés par les services de sécurité ont révélé l'infiltration dangereuse, par cette cellule, de secteurs clés de l'économie, de l'agriculture et de l'éducation. Pendant des années, elle a opéré sous couvert d'organisations internationales et onusiennes, menant une action destructrice comparable à celle de termites rongeant le corps de l'État yéménite, sapant ses institutions au service d'agendas de renseignement étrangers visant à maintenir le Yémen sous leur joug.

Grâce à ce succès sécuritaire, le gouvernement de Sanaa a instauré une nouvelle conception de la sécurité : protéger la souveraineté de l'État et son pouvoir de décision, et non plus seulement maintenir l'ordre. Il est également parvenu à contrecarrer les ingérences de la CIA et du Mossad dans les institutions de services et de production.

Cette opération de grande qualité a démontré les capacités croissantes des services de sécurité en matière de surveillance proactive, d'infiltration et de démantèlement des centres d'opérations ennemis, et de rupture de l'hégémonie informationnelle exercée par les agences de renseignement américaines, israéliennes, saoudiennes et britanniques au Yémen.

Avec cette victoire du renseignement, Sanaa a envoyé deux messages : la déclaration du Yémen a clairement marqué la fin de l'ère de la « tutelle sécuritaire », et toute tentative de déstabilisation est vouée à l'échec et se heurtera à une vigilance supérieure aux capacités technologiques de l'ennemi. La sécurité et la stabilité des citoyens demeurent la priorité absolue des services de sécurité.

Les efforts constants déployés pour infiltrer les systèmes ennemis sont tout aussi importants que les victoires militaires sur le terrain, car ils constituent un véritable nettoyage stratégique de l'environnement national et jettent les bases d'une nouvelle phase de sécurité préventive et de progrès national fondée sur la vigilance et la souveraineté absolue.

Cette réussite sécuritaire illustre ce que le leader de la révolution, Sayyid Abdul-Malik Badr al-Din al-Houthi, a souligné dans ses précédents discours, indiquant que la lutte contre l'ennemi n'est pas seulement militaire, mais aussi une bataille de la vigilance et de la connaissance.

Il a déclaré : « Les Américains ont subi un revers majeur avec la mise au jour et le démantèlement par les services de sécurité de la cellule et du réseau d'espionnage qui travaillaient pour les Américains et les Israéliens, un réseau considéré comme le plus dangereux de l'histoire du Yémen.»

Cette victoire du renseignement représente un rétablissement de la crédibilité de l'État yéménite et confirme que la sécurité et la stabilité de la patrie constituent une ligne rouge infranchissable. Aujourd'hui, le front sécuritaire est devenu le bouclier imprenable qui protège les acquis de la souveraineté nationale et instaure une nouvelle étape de stabilité et de renaissance nationale fondée sur la conscience, la souveraineté et l'indépendance.

saba.ye

Madagascar : la fuite en avant d’un pouvoir aux abois

 

Répression, scandales, complotite continuent d’émailler la vie politique à Madagascar, six mois après l’installation de la junte militaire. Dernier épisode, la passe d’arme franco-malgache autour d’un colonel de gendarmerie français.

Après l’arrestation des quatre jeunes militants de la Gen Z qui ont osé manifester contre le régime, le colonel Rabe Jules, président de la branche locale du parti TIM à Tuléar (sud-ouest), a été arrêté et conduit à Tananarive pour être interrogé. Cette interpellation serait motivée par la participation du colonel à un « complot visant à fomenter un coup d’État et à assassiner le président de la Refondation de la République (PRRM) », le colonel Michael Randrianirina. Faisant partie des notables de l’ethnie Vezo, membre du parti de l’ancien président de la République Marc Ravalomanana, le colonel Rabe Jules rejoint ainsi la désormais longue liste des officiers persécutés après avoir critiqué ouvertement les dérives de la Refondation.

Complotite

Dans un accès de complotite aiguë, la junte militaire étend également ses théories de la conspiration sur une cible privilégiée : la France. Ainsi, l’ancien militaire français Guy Baret, établi à Madagascar de longue date et reconverti dans le recouvrement de dettes, fait l’objet d’accusations désormais devenues classiques. Dans un sens du détail digne des récits de Vladimir Fédorovski, les communicateurs du régime transitoire présentent Guy Baret comme le personnage central dans la coordination et le financement d’un « réseau de conspiration criminelle internationale », soi-disant en lien direct avec le colonel Patrick Rakotomamonjy et d’autres officiers malgaches, dont l’objectif serait d’assassiner le PRRM.

Par ailleurs, le ministère des Affaires étrangères a déclaré « persona non grata » un agent de l’ambassade de France. Il s’agit du colonel de gendarmerie Pierre Couve, attaché de sécurité intérieure, soupçonné d’« agissements jugés incompatibles avec le statut diplomatique » et d’« actes de déstabilisation ». Il faut noter que le Service de sécurité intérieure (SSI) est installé au sein de l’ambassade de France à Madagascar depuis 1962. Il revient à ce service d’animer et coordonner la coopération bilatérale de sécurité, et à ce titre, le colonel Couve était chargé de gérer la coopération avec la gendarmerie malgache depuis sa prise de fonction en 2022. Dans ses relations sociales et professionnelles, ce saint-cyrien est amené à entretenir des liens avec divers personnels et agents locaux y inclus des membres de l’association des officiers malgaches sortant de Saint-Cyr. La fréquentation d’un tel aréopage est très vite instrumentalisée par le lobby pro-russe, très actif auprès du colonel Michael Randrianirina, et qui cherche à tirer profit du refroidissement des relations franco-malgaches. À cet égard, un observateur averti note que l’expulsion d’un agent diplomatique pour déstabilisation, sans aucune preuve mais sur la base d’un simple faisceau d’indices, relève d’un amateurisme flagrant.

Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a convoqué mardi 28 avril le chargé d’affaires de l’ambassade de Madagascar à Paris pour protester vigoureusement contre la décision des autorités malgaches, qu’il juge « infondée et incompréhensible ». «Il lui a été signifié que la France rejetait catégoriquement toute accusation de déstabilisation du régime de la Refondation de la République de Madagascar». Un mauvais point pour la nouvelle ministre des Affaires étrangères Alice Ndiaye, une diplomate chevronnée qui s’est laissée surprendre, semble-t-il, par la stratégie de confrontation et de conflit imposée par ceux qui ont intérêt à isoler Madagascar dans le but de le transformer en une proie facile à la merci de Poutine.

« Des beaux discours peu suivis d’effets »

Sur le terrain, la société civile déplore l’absence d’avancées concrètes de la Refondation par rapport à la mission assignée au départ : assainir le système par la réduction de l’emprise des réseaux de corruption, améliorer les services de l’eau et de l’électricité et restaurer le climat de confiance entre gouvernants et gouvernés. Dans un communiqué du 28 avril 2026, la Gen Z et 72 associations issues des quatre coins de la Grande Ile déclarent qu’aucune transformation tangible des méthodes de travail et des institutions pour la bonne gouvernance du pays n’est observée, en dehors des beaux discours peu suivis d’effets. Cette plateforme fustige les « tâtonnements, décisions unilatérales et manque de transparence » qui prévalent à l’heure actuelle.

Il est ainsi reproché au colonel Michael Randrianirina de perpétuer les anciennes pratiques : « maintien de personnes et institutions responsables de l’extrême pauvreté du pays », « gaspillage des ressources publiques à travers des missions couteuses », « absence de transparence favorisant la corruption à tous les niveaux ». Et le fait le plus grave, selon le communiqué, est le « recul de la liberté d’expression et de manifestations », le retour des pratiques d’intimidation, de menaces et d’arrestations arbitraires contre les voix discordantes, ainsi que le retour aux « pratiques du culte de personnalité qui ouvrent aux dérives autocratiques ».

Une opinion publique vigilante

La déclaration de la société civile est plutôt bien accueillie par la population. Félicien, chauffeur de taxi à Antaninandro, exprime ainsi sa lassitude devant les multiples effets d’annonce dont le pouvoir de transition semble devenu coutumier. Il regrette, par exemple,

qu’après l’annonce tapageuse de la découverte d’un détournement de 4 811 milliards d’Ariary effectué par l’ancien régime, aucune action tangible n’ait été menée par la junte militaire pour poursuivre les vrais responsables. Félicien explique cette inaction par le fait que le pouvoir actuel est noyauté par « les réseaux mafieux » en cheville avec les éléments corrompus de Andry Rajoelina toujours présents dans les coulisses.

Au lieu d’arrêter ceux qui osent dénoncer les abus, les autorités devraient s’occuper des corrompus et de leurs complices, estime-t-il, car

ces derniers sont les véritables responsables de la profonde misère du peuple malgache. Et de continuer : « Le colonel Michael Randrianirina devrait se remettre en question, car nul ne peut rester au pouvoir éternellement ».

Marcellin, activiste au sein de l’organisation « Réseau des jeunes » qui opère dans le sud de Madagascar, s’interroge sur le droit d’un gouvernement intérimaire d’engager l’avenir du pays comme le fait actuellement la junte militaire dans le domaine des ressources naturelles. Marcellin s’inquiète de la suite du voyage effectué au mois d’avril à Washington par le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison. « On redoute un imminent redémarrage de Base Toliara, devenue actuellement Vara Mada », affirme-t-il. Ce projet, axé sur l’extraction de terres rares, suscite des inquiétudes concernant la destruction d’écosystèmes fragiles, comme la pollution des eaux et des sols, et la perte de biodiversité. De surcroît, la junte militaire a pris la liberté de confier l’exploration du sous-sol malgache à la compagnie Bravura. Cette opération ne peut que susciter les suspicions dans un contexte où des informations répétées font état de l’existence d’un trafic d’or incessant entre Madagascar et Dubaï.

Dans ce même ordre d’idées, Herve Tiandaza, ancien membre de l’Association de Diego Suarez (ADS) livre ses inquiétudes face au projet des autorités de transition de conférer à la Russie la réhabilitation du chantier naval d’Antsiranana (SECREN). Premier port en eau profonde de l’océan Indien, Antsiranana (Diego Suarez) représente des intérêts géostratégiques considérables, tandis que l’accès à des installations portuaires dans cette zone pourrait être utilisé à des fins militaires par des puissances étrangères, d’autant plus que la stratégie maritime de l’armée nationale est floue, voire inexistante.

Une armée en perte de crédibilité

Ces différents évènements surviennent à un moment où l’armée malgache fait face à une perte de crédibilité aux yeux de l’opinion publique, effarouchée par le recours à des soldats de l’Africa Corps dans les travées du régime. « La sauvegarde de la souveraineté est évoquée par la junte militaire pour justifier ses actions les plus contestables, même celles qui sont susceptibles de provoquer des incidents diplomatiques », note Jenny Sahondra, étudiante à l’Institut d’études politiques d’Ampandrana. Et cette sympathisante de la Gen Z de s’insurger : « Un pays contrôlé dans les coulisses par des affairistes karana est-il vraiment souverain ? Et quid d’une armée qui ferme les yeux devant l’intrusion de mercenaires étrangers dans le domaine régalien que constitue la défense nationale ?»

Pour comble de malheur, un récent scandale vient de ternir davantage l’image des hommes en treillis. Six sous-officiers en activité ont, en effet, participé à l’attaque à main armée d’un convoyeur de fonds appartenant à un pétrolier. Parmi ces militaires, on retrouve un garde du corps de la ministre de la Justice et des membres de la garde présidentielle issus du CAPSAT, le contingent de l’armée malgache qui a mis en œuvre les coups d’État de 2009 et de 2025.

Force est donc de constater que le peu de confiance accordé au départ à la junte militaire continue de s’effriter vertigineusement. Il faut se rappeler que, déjà en mars 2026, un sondage effectué dans la capitale par le Collectif des Citoyens et des Organisations Citoyennes (CCOC) établissait que 57,2% des personnes interrogées ne faisaient pas confiance aux dirigeants actuels. Mais il est à la mode aujourd’hui de clamer que « Tananarive n’est pas Madagascar ». Fort de cette illusion, le régime transitoire enclenche un mécanisme de fuite en avant en utilisant divers stratagèmes qui s’avèrent pourtant crisogènes à terme.

Des groupes baptisés « bandeaux rouges » sont ainsi mis sur pied dans plusieurs districts des provinces côtières. Organisés à la manière de « troupes de choc », ces groupes sont chargés d’imposer par tous les moyens, y compris l’intimidation, des idées qui ne font pas toujours l’unanimité, comme la mise en place du fédéralisme. Parallèlement, on annonce l’organisation de la concertation nationale pour ce mois de mai, sans que la question de la représentativité des participants n’ait été clairement tranchée. Apparemment, le colonel Michael Randrianirina veut mettre tous les atouts de son côté pour se faire élire en tant que premier président de la Ve République. Et ce, à n’importe quel prix…

Daniel Sainte-Roche

mondafrique.com

Les Iraniens et la guerre par le prisme de l’histoire

 

Pour les Iraniens, la guerre avec les États-Unis et Israël vient s’ajouter à une réalité déjà tragique : celle d’un pays traversé par une répression politique féroce – illustrée par le sort de la prix Nobel de la Paix Narges Mohammadi – et par des décennies de tensions avec les puissances étrangères. Un retour en arrière sur l’histoire du pays permet de mieux comprendre ce que peut ressentir le peuple iranien.

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël lancent des opérations militaires contre l’Iran, dans un contexte de négociations diplomatiques en cours avec la République islamique, essentiellement sur la question nucléaire. Cette intervention extérieure survient alors même que le pays traversait une nouvelle vague de contestation interne.

Dès décembre 2025, de grandes manifestations éclatent en Iran. Elles s’inscrivent dans la continuité des mouvements sociaux précédents et sont violemment réprimées entre le 8 et le 11 janvier 2026. Dans ce climat de tension extrême, un troisième « communiqué des 17 » activistes de la société civile est publié le 28 janvier 2026. Ce texte collectif dénonce la répression, appelle à la justice pour les victimes, à la libération des prisonniers politiques et à une transition démocratique. Il met aussi en garde contre un cycle de violence aggravé par l’absence de réforme politique.

Parmi les signataires figure notamment Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix, qui reste emprisonnée depuis onze ans et qui vient d’être admise en soins intensifs dans un hôpital du nord du pays après une crise cardiaque. Vida Rabbani, journaliste et activiste est arrêtée le 31 janvier 2026 lors d’une vague d’arrestations visant journalistes et militants.

Guerre et répression interne

Dès l’éclatement de la guerre, la répression et l’arrestation des personnalités de la société civile s’intensifient, parmi lesquelles figure Nasrin Sotoudeh, avocate reconnue, arrêtée à Téhéran et conduite vers un lieu inconnu. Les médias sont strictement contrôlés, l’internet et les liens téléphoniques avec l’étranger sont coupés et la dynamique collective de la société civile change de forme : il n’existe plus de communiqué unifié comparable à celui des « 17. » Les prises de parole deviennent fragmentées, à travers des déclarations et des lettres ouvertes individuelles. Mostafa Tajzadeh, figure d’opposition réformiste, adresse une lettre au Président américain, depuis la prison d’Evin, appelant à mettre fin à la guerre afin de permettre au peuple iranien de continuer sa lutte pour la démocratie.

La situation actuelle ne peut être comprise sans un retour en arrière. Depuis le XIXᵉ siècle, l’histoire de l’Iran est marquée par une tension constante entre aspirations internes à la liberté, à la démocratie et à la justice sociale, et interventions étrangères répétées qui ont freiné son évolution politique.

Face aux deux empires russe et britannique

Au début du XIXᵉ siècle, l’Iran, sous la dynastie qajar, se trouve pris entre deux empires : la Russie et la Grande-Bretagne. Les guerres lancées par la Russie contre la Perse (nom de l’Iran jusqu’en 1935) entraînent des pertes territoriales importantes (la Georgie, l’Arménie, une grande partie de l’actuelle Azerbaïdjan) et des traités inégaux qui affaiblissent durablement l’État iranien. La Grande-Bretagne, de son côté, impose une influence indirecte visant à contrôler les routes stratégiques vers l’Inde, sa colonie la plus précieuse.

Au XIXᵉ siècle, les concessions économiques accordées à des puissances étrangères accentuent ce sentiment de dépossession. Les concessions aux Britanniques, Reuter (sur les chemins de fer, mines et infrastructures) et Talbot (le tabac) provoquent des mobilisations populaires, révélant une première conscience nationale contre l’ingérence économique étrangère.

La Perse en 1900
Source Wikimedias commons
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Le début du XXᵉ siècle marque un tournant avec la découverte du pétrole. La concession D’Arcy (du nom du signataire britannique William Knox d’Arcy) place les ressources énergétiques sous contrôle britannique, transformant l’Iran en un atout stratégique de l’Angleterre.

La Révolution constitutionnelle de 1905–1911, obtenue du Shah par une large mobilisation populaire, est une tentative majeure de transformation politique. Elle aboutit à la création d’un parlement et d’une constitution, à laquelle les femmes ont pris une part active. Mais cette dynamique est freinée par les rivalités des Anglais et des Russes. La convention anglo-russe de 1907, divise le pays en zones d’influence.

En 1908, Mohammad Ali Shah Qajar fait bombarder le parlement avec l’appui des officiers russes. La lutte passe d’un combat politique à une véritable résistance populaire, qui aboutit en 1909 à la chute du Shah et au rétablissement du régime constitutionnel qui reste toutefois très fragile.

Guerres mondiales et interventions directes

L’Iran devient un espace de rivalité stratégique durant les deux guerres mondiales. En 1941, il est occupé par les forces britanniques et soviétiques. Reza Shah Pahlavi, au pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire en 1921, est contraint d’abdiquer en faveur de son fils, illustrant une nouvelle intervention directe dans la souveraineté nationale.

La question pétrolière reste centrale. Le tournant décisif intervient avec le premier ministre Mohammad Mossadegh, qui, en 1951, fait de la nationalisation du pétrole un acte politique majeur visant à restaurer la souveraineté nationale. Cette décision cible directement la Anglo-Iranian Oil Company et déclenche une crise internationale.

Le Royaume-Uni impose un embargo et organise un blocus maritime du golfe Persique. La Royal Navy patrouille dans le golfe Persique pour empêcher l’exportation du pétrole iranien et protéger ses intérêts.

En 1953, le gouvernement démocratiquement élu de Mossadegh est renversé par un coup d’État, fomenté par la CIA et le MI6. Cet événement suivi du retour du Shah et de la dictature, marque profondément la mémoire collective iranienne et alimente une défiance durable envers l’Occident.

Après 1979 : sanctions, guerres et blocage des dynamiques démocratiques

La Révolution de 1979 ouvre une nouvelle phase de tensions. La prise d’otages à l’ambassade américaine entraîne des sanctions immédiates. La guerre lancée par l’Irak contre l’Iran (1980–1988), soutenue indirectement par plusieurs puissances étrangères, aggrave encore la situation.

Depuis, les sanctions économiques et diplomatiques se multiplient, notamment liées au nucléaire. En 2018, sous le premier mandat de Donald Trump, les États-Unis se retirent de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, ce qui relance une logique de confrontation.

Dans cette perspective, la guerre en cours apparaît comme une nouvelle étape d’une longue histoire où se superposent interventions extérieures et tensions internes. Chaque tentative de transformation politique interne vers la démocratie semble avoir été fragilisée ou interrompue par des dynamiques géopolitiques externes.

La guerre actuelle, ajoutée à la répression interne, est ainsi perçue par une partie de la société iranienne comme un facteur supplémentaire de blocage des dynamiques démocratiques, voire comme un renforcement indirect des structures de pouvoir existantes. Au-delà des rapports de force entre États, l’histoire de l’Iran rappelle une réalité essentielle : les sociétés civiles sont les premières à subir les conséquences des conflits et des interventions extérieures.

Le régime iranien semble considérer qu’il a résisté avec succès aux pressions militaires exercées par les États-Unis et Israël, ce qui peut renforcer, au moins en interne, le sentiment d’avoir tenu bon face à ses adversaires. Dans ce contexte, le pouvoir paraît consolider son autorité, notamment par un durcissement de la répression.

Plusieurs organisations de défense des droits humains et des médias font état d’une recrudescence des exécutions et d’un contrôle accru des voix dissidentes, dans un climat marqué par les tensions extérieures et les contestations internes.

Dans ce climat de guerre, la société civile iranienne continue à mettre l’accent envers et contre tout sur la non-violence, la libération des prisonniers politiques et la tenue d’un référendum pour une transition pacifique vers la démocratie.

Rostam Zal

asialyst.com