Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 2 avril 2025

Un rapport du SGRS est formel: la Russie a influencé les dernières élections en Belgique

 

La Belgique face à une ingérence étrangère de plus en plus conséquente ? D'après le dernier rapport du SGRS, il semblerait que des campagnes de désinformation aient été menées dans notre pays ces derniers mois.

Depuis l’invasion de l'Ukraine par la Russie il y a trois ans, la Belgique fait face à une hausse "substantielle" des activités de désinformation et d’ingérence étrangères, explique le rapport annuel que le Service Général de Renseignement et de Sécurité de la Défense publie ce mercredi.

Le soutien belge à l’Ukraine, notamment la promesse d’envoyer 30 avions F-16 d’ici 2028, a été suivi d’une vague de campagnes de désinformation d’origine russe. "On a assisté à une forme de 'Belgium bashing' via des campagnes sophistiquées", explique le général-major Stéphane Dutron, patron du SGRS à l’agence Belga. L’objectif présumé : semer la peur dans la population belge pour faire pression sur le gouvernement.

Mais l’influence étrangère ne se limite pas à l’aide militaire. Les élections de 2024, tant fédérales que locales, ont aussi été la cible de manipulations. "Certains récits extrêmes ont été largement amplifiés", note Dutron. Selon lui, les thèmes de l’immigration, de l’extrémisme ou encore des droits des personnes LGBTI+ ont été particulièrement exploités. Le but ? Influencer l’opinion publique... et les votes.

Pour les services de renseignement, il ne fait aucun doute que ces actions sont orchestrées depuis l’étranger. "On peut établir des schémas clairs", affirme Dutron.

rtl.be

Le Moyen-Orient bouleversé par la guerre à Gaza

 

La crise régionale et internationale née de la guerre à Gaza, lancée par Israël après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, a remis en lumière les alliances traditionnelles et les lignes de fractures qui composent la scène géopolitique au Moyen-Orient. Elle a également propulsé sous les projecteurs des acteurs non étatiques, pour la plupart de moyenne envergure, qui ont contribué à fragiliser l’influence des puissances occidentales dans la région.

En dépit des différends entre le président américain, Joe Biden (depuis 2021), et le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou (depuis 2022), concernant la conduite de la campagne militaire à Gaza et les scénarios d’après-guerre, l’alliance privilégiée entre Israël et les États-Unis demeure « inébranlable », comme l’a plusieurs fois rappelé Washington depuis le début du conflit. De fait, la « relation spéciale » qui unit les deux pays repose sur l’important appui financier et militaire que l’administration américaine procure à Israël depuis des décennies. Elle se traduit également, sur les plans diplomatique et politique, par un soutien presque systématique en faveur de Tel-Aviv, en particulier au Conseil de sécurité de l’ONU, où Washington a utilisé son droit de veto contre des résolutions visant l’État hébreu.

Un soutien américain sans faille

Après l’octroi, à partir de 1949, d’aides américaines essentiellement d’ordre économique et plutôt modestes, la relation spéciale entre Washington et Tel-Aviv se noue réellement au tournant des années 1970 avec une augmentation croissante des fonds accordés aux Israéliens : les subsides américains se montent à environ 6 milliards de dollars par an (1). Cette aide financière est dévolue principalement au secteur de la défense, qui représente dès lors la majeure partie (60 %) du soutien apporté par les États-Unis à l’État hébreu sous forme de prêts, puis de dons. Elle doit servir aux Israéliens à acheter du matériel militaire américain, différents types d’armements, des équipements, des appareils de combat (avions de chasse, hélicoptères), des missiles, des munitions, de la technologie de pointe, etc. Washington n’hésite pas à augmenter les sommes versées en temps de crise, comme en 1974 après la guerre d’octobre 1973, ou entre 2000 et 2005 durant la seconde Intifada palestinienne.

Ce soutien américain s’est renforcé sous la présidence de Barack Obama (2009-2017) : en 2014, Washington s’est engagé à allouer une aide de 38 milliards de dollars à Tel-Aviv à partir de 2019 pour une période s’étalant sur dix ans. Pour l’année fiscale 2024, les Américains ont promis un minimum de 18,2 milliards en réponse à la guerre à Gaza. L’État hébreu aurait obtenu des États-Unis, depuis sa création, un volume d’aides d’environ 310 milliards de dollars, affectées pour une grande part à l’armée et à l’industrie de défense. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), 69 % des armes importées par Israël en 2019-2023 ont été fournies par les États-Unis.

Israël n’est pas le seul récipiendaire de l’aide américaine dans la région, puisque plusieurs autres États se voient accorder des fonds chaque année à des fins essentiellement militaro-sécuritaires : depuis le traité de paix de 1979, l’Égypte reçoit en moyenne 1,3 milliard de dollars par an, et la Jordanie, qui a normalisé ses relations avec le voisin israélien en 1994, perçoit un milliard. L’Afghanistan et l’Irak arrivent parmi les plus grands bénéficiaires, mais dans des contextes particuliers de déploiement de l’armée américaine durant deux décennies (2001-2021).

Les alternatives d’Israël

Quant à l’Arabie saoudite, liée aux États-Unis depuis 1945 par le « pacte du Quincy » (renouvelé en 2005 pour soixante ans), elle bénéficie en majorité d’armes américaines ; en 2017, par exemple, les deux pays ont signé un contrat pour dix ans d’une valeur de 350 milliards de dollars. Sur la période 2019-2023, les Américains ont assuré 75 % des achats en armements du royaume, deuxième plus grand importateur de la planète dans ce domaine après l’Inde. Cela n’a pas empêché Riyad d’opérer par l’entremise de Pékin une réconciliation diplomatique avec l’Iran en mars 2023, après la rupture de leurs relations en 2016. Cependant, les déclarations, en septembre 2023, du prince héritier Mohamed ben Salman concernant les progrès des discussions sur la normalisation avec Tel-Aviv ont jeté un froid sur le rapprochement irano-saoudien.

Outre le soutien financier, la presse israélienne indiquait fin janvier 2024 que depuis octobre 2023, Washington aurait affrété à destination de l’État hébreu plus de 250 avions-cargos et une vingtaine de navires chargés de munitions, de bombes (parmi lesquelles des bombes non guidées pesant chacune une tonne) et d’équipements militaires. Tel-Aviv peut également compter sur le soutien de l’Allemagne : deuxième pourvoyeur d’Israël en armements (30 % des importations israéliennes sur la période 2019-2023), Berlin lui aurait livré, entre autres depuis le début du conflit, des armes offensives, des véhicules blindés et de transport de troupes ainsi que des équipements de protection.

De son côté, le Royaume-Uni aurait fourni des « biens militaires » à Israël pour soutenir son « effort de guerre » et aurait effectué de multiples missions aériennes d’espionnage au-dessus de la bande de Gaza pour le compte de Tel-Aviv. Quant à la France, qui affirme ne pas approvisionner Israël en armes « létales », mais seulement en composants défensifs pour son système antimissile « Dôme de fer », elle est soupçonnée d’avoir fait parvenir à l’armée israélienne une centaine de milliers de cartouches pour fusils mitrailleurs en octobre 2023 et du matériel de communication pour drones de combat en février 2024.

L’Iran et l’« axe de la résistance »

Qualifié par les Occidentaux de « parrain » des groupes armés régionaux qu’elle arme et finance en partie – répartis dans au moins six pays et comprenant chacun plusieurs dizaines de milliers de combattants –, comme le Hamas palestinien, le Hezbollah libanais, les houthistes yéménites (au pouvoir à Sanaa depuis 2015) ou des milices irakiennes, l’Iran a consolidé ses liens avec Moscou, surtout sur les plans économique et stratégique. Frappée par une série de sanctions instaurées par l’Union européenne (UE) et les États-Unis depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la Russie, qui exporte du gaz vers l’Iran, aurait notamment importé plusieurs centaines de missiles balistiques iraniens, des drones et des munitions dans le cadre d’un partenariat militaire entre les deux pays.

De son côté, Moscou aurait fourni à Téhéran, désireux de rénover sa flotte aérienne, des avions de combat et des hélicoptères d’attaque, mais aussi des systèmes de défense antiaérienne sophistiqués, ainsi que des dispositifs avancés de renseignement, de reconnaissance et de cyberguerre. Dans sa vision d’un nouvel « ordre mondial », la Russie va jusqu’à profiter de ce contexte pour convoiter des alliés traditionnels de ­Washington, à l’instar de la Turquie, considérée comme une pièce maîtresse du flanc oriental de l’OTAN, mais favorable au dialogue avec le Hamas et avec qui Moscou échange déjà dans le cadre de la guerre en Ukraine.

Cela contraste avec les États arabes de la région qui, hormis quelques condamnations officielles et malgré les nombreuses manifestations de soutien à Gaza organisées par les populations locales, depuis longtemps attachées à la « cause palestinienne », restent silencieux (2). Aucune mesure de rétorsion, comme le blocus pétrolier mis en place lors de la guerre d’octobre 1973, n’est envisagée, et aucun « plan arabe » de règlement du conflit n’est proposé ou remis sur la table (3). Ni la Jordanie ni l’Égypte ne reconsidèrent leurs accords de paix respectifs avec Tel-Aviv.

Depuis la campagne militaire dévastatrice conduite par Israël contre Gaza après les massacres du 7 octobre 2023, les diverses milices affiliées à l’Iran, piliers de l’« axe de la résistance » développé par Téhéran contre l’alliance israélo-américaine, ont multiplié les opérations contre Israël et des bases américaines dans la région. Le Hezbollah, allié le plus puissant de Téhéran au Moyen-Orient en termes d’effectifs (quelque 100 000 hommes entraînés) et de force de frappe (entre 150 000 et 200 000 roquettes et missiles, selon les estimations), mène une guerre de basse intensité avec Tel-Aviv dans la zone frontalière des deux pays. Les affrontements ont notamment eu pour effet l’évacuation de leur foyer d’environ 100 000 résidents du nord d’Israël. En Irak, les Brigades Hezbollah ont revendiqué près de 200 frappes de missiles et de drones contre des installations américaines dans le pays et en Syrie ainsi qu’à Eilat, dans le sud de l’État hébreu. Quant aux attaques des houthistes contre des navires commerciaux et des pétroliers circulant en mer Rouge (12 % du trafic mondial de marchandises), appartenant ou liés à des Israéliens selon les rebelles yéménites, elles ont entraîné une baisse du trafic maritime dans cette zone. Conséquence : les recettes en devises étrangères issues du transit par le canal de Suez, qui représentent l’une des principales sources de revenus de l’Égypte (8,8 milliards de dollars en 2022/2023), ont chuté de près de la moitié.

Crise économique et « non diplomatie » européenne

Ce manque à gagner pour Le Caire explique des accords financiers signés par le régime égyptien avec, par exemple, les Émirats arabes unis. Confronté à une crise économique sans précédent (près du tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté) et écrasé par la dette extérieure (164,7 milliards de dollars), le pays du Nil a dû solliciter deux prêts auprès du Fonds monétaire international (FMI), le premier en 2022 (3 milliards), le second en mars 2024 (5 milliards). Mais le 23 février 2024, Le Caire a conclu avec un fonds souverain émirien un contrat de 150 milliards de dollars portant sur la vente – officiellement le « développement » – de la péninsule de Ras al-Hikma, sur la côte nord-ouest de l’Égypte. Le président Abdel Fattah al-Sissi (depuis 2014) a ratifié une loi destinée à permettre aux investisseurs, en particulier ceux du Golfe, d’acquérir des terres, des infrastructures touristiques, des installations portuaires…

Pour le régime, ces investissements représentent une manne financière : depuis dix ans, le montant des dépôts effectués par les monarchies arabes dans la Banque centrale égyptienne avoisine les 30 milliards de dollars. De surcroît, les Saoudiens, les Qatariens et les Émiriens se sont engagés à investir environ 50 milliards de dollars pour construire de nouvelles stations balnéaires et des hôtels sur le littoral. Enfin, l’accord de partenariat de 7,4 milliards d’euros, signé le 17 mars 2024 entre Le Caire et l’UE pour renforcer le contrôle des flux migratoires sur le territoire égyptien, notamment en provenance du Soudan en guerre, n’est peut-être pas étranger à la crainte de l’Europe de voir arriver des Gazaouis fuyant les combats.

Une Europe, qui, malgré les protestations contre les massacres de civils sur le territoire palestinien et le peu de cas qu’Israël fait du droit international humanitaire, peine à peser sur la scène diplomatique. Elle dispose pourtant des moyens de faire pression sur Tel-Aviv : il lui suffirait, par exemple, de suspendre l’accord d’association en vigueur depuis juin 2000. Cela aurait des conséquences considérables pour Israël en portant un coup dur à une économie nationale déjà affectée par le coût de la guerre. La même logique peut s’appliquer à la Chine, soutien traditionnel de la Palestine, mais qui demeure le principal partenaire commercial de l’État hébreu après les États-Unis (avec 6,4 % des exportations et 12,2 % des importations israéliennes en 2022). Pékin, qui dénonce les opérations israéliennes à Gaza, y voit un moyen de pression contre les Américains, avec qui les différends commerciaux se sont multipliés ces dernières années. Washington, qui entendait se retirer des affaires moyen-orientales après les traumatismes afghan et irakien, est désormais contraint de se pencher sur l’avenir de la bande de Gaza s’il veut être en mesure de conserver sa place sur l’échiquier mondial. 

Le soutien des États-Unis à Israël


Le Moyen-Orient, au cœur du marché de l’armement


Géographie diplomatique d’Israël au Moyen-Orient


Les États-Unis, les « gendarmes » du Moyen-Orient ?


L’ONU et le Moyen-Orient (juin 2024)


La crise Israël-Iran en avril 2024


Qui reconnaît l’État de Palestine (mai 2024) ?


La bande de Gaza, territoire en guerre (9 juin 2024)


Notes

(1) Sur les aides américaines à Israël, voir : www​.cfr​.org/​a​r​t​i​c​l​e​/​u​s​-​a​i​d​-​i​s​r​a​e​l​-​f​o​u​r​-​c​h​a​rts

(2) Akram Belkaïd, « Un silence arabe », in Le Monde diplomatique, mars 2024. p. 28.

(3) La dernière grande initiative arabe date de 2002 ; elle prévoit notamment le retrait israélien des territoires occupés et la création d’un État palestinien en échange d’une normalisation avec Israël.

Olivier Pironet

Laura Margueritte

areion24.news

mardi 1 avril 2025

Les Américains associent le Maroc à la surveillance du Sahel

 

Au début du mois de mars 2025, la 1ère Base aérienne des Forces Royales Air à Salé, aux abords de la capitale Rabat, a accueilli une cérémonie d’importance stratégique majeure : la réception officielle du premier contingent de 6 hélicoptères d’attaque Apache AH-64E, première livraison d’une commande globale de 36 appareils. Pour marquer l’importance de l’événement, le Général d’Armée Michael Langley, à la tête du Commandement américain pour l’Afrique (US AFRICOM), avait fait le déplacement, accompagné d’Aimée Cutrona, chargée d’Affaires de l’Ambassade américaine au Maroc.

Lors de son allocution, le Général Langley a souligné le rôle critique des nouveaux Apache dans l’architecture défensive marocaine : « L’intégration de ces hélicoptères Apache représente une avancée considérable en matière de capacités opérationnelles, consolidant ainsi la sécurité du royaume et sa position géostratégique régionale». Il a également rappelé le statut privilégié du Maroc en tant qu’allié non-membre de l’OTAN des États-Unis.

Le général américain a fait d’une pierre deux coups en évoquant le Maroc comme site prioritaire et stratégique pour la maitrise des changements de la région saharo-sahélienne sans s’étendre sur ce qui est un retour en force des Etats-Unis en Méditerranée. Alors que l’administration Trump réduit les effectifs militaires en Europe exposée à un renouveau de la menace russe, elle réinvestit la Méditerranée. Bien sûr la flotte américaine veille sur Israël et le Liban et elle ne souhaite pas voir ses mouvements menacés par les navires russes ni être restreinte pour passer le détroit de Gibraltar.

La fin du flanc Sud de l’OTAN ?

Le flanc Sud de l’OTAN dont l’Espagne et l’Italie étaient les boucliers semble oublié au profit de la façade atlantique et méditerranéenne du Maroc et d’un déplacement vers le Sahel des objectifs des Etats-Unis. D’ailleurs les Espagnols ne s’y sont pas trompés. Les publications espagnoles EL INDEPENDIENTE (6 mars) et LA RAZON (7 mars), réputées proches des cercles militaires et conservateurs, ont rapidement analysé cette livraison comme un défi stratégique pour Madrid, mettant en lumière la faiblesse espagnole en matière d’hélicoptères de combat équipés de missiles équivalents à la livraison au Maroc.

Le Général de Corps d’Armée Mohammed Berrid, Inspecteur Général des Forces Armées Royales et Commandant de la Zone Sud, a insisté lors de la cérémonie de remise des matériels aéronautiques sur la dimension partenariale de l’acquisition : « L’arrivée de ce premier lot d’hélicoptères Apache AH-64 constitue une étape déterminante dans la consolidation de l’alliance stratégique et de la collaboration militaire entre le Royaume du Maroc et les États-Unis d’Amérique.» Mais ce n’était pas une révélation pour Madrid que la fourniture de ces hélicoptères de combat participait d’une africanisation méditerranéenne de la stratégie américaine.

En effet, dès le 1er février 2025, LA RAZON révélait l’administration Trump envisagerait de transférer le commandement de l’AFRICOM, actuellement basé à Stuttgart (Allemagne), vers la ville marocaine de Kénitra. Des évaluations sur site auraient déjà été réalisées par les forces américaines. Initialement, la base espagnole de Rota figurait parmi les options, mais cette alternative aurait perdu de sa pertinence avec la nouvelle présidence américaine. Il convient de rappeler que le territoire marocain accueille régulièrement des exercices militaires multinationaux, notamment « African Lions », l’une des manœuvres les plus significatives du continent africain, coorganisée par les forces américaines et marocaines. La 21ème édition de cet exercice se tiendra du 12 au 23 mai 2025 dans plusieurs localités : Agadir, Tan-Tan, Tiznit, Kénitra, Benguerir et Tifnit.

En parallèle, des manœuvres militaires conjointes franco-marocaines sont programmées pour septembre 2025 à Errachidia, à proximité de la frontière algérienne. L’exercice Chergui, anciennement nommé « Tafilalet », s’inscrit dans une tradition de longue date. Cette opération aéroterrestre revêt une importance cruciale tant pour les Forces Armées Royales que pour l’Armée française dans l’harmonisation des tactiques de combat en environnement désertique.

Ces manœuvres visent à optimiser la coordination opérationnelle face aux menaces terroristes dans la région sahélienne. Prévues pour fin septembre, elles mobiliseront des unités terrestres et aériennes des deux nations. Ces exercices conjoints s’inscrivent dans le cadre d’un partenariat militaire stratégique formalisé par l’accord de coopération militaire technique de 1994. L’Espagne, dotée d’un système sophistiqué de surveillance stratégique vis-à-vis de son voisin méridional, observe ces évolutions avec appréhension. La presse espagnole interprète ces développements comme une transformation fondamentale de la posture américaine envers Madrid.

Le 4 février 2025, EL INDEPENDIENTE titrait son article concernant la livraison d’avions F-35 américains : « Le F-35, l’instrument par lequel le Maroc consolide son alliance avec Trump au détriment de l’Espagne ». Le sous-titre précisait : « Le président américain s’est engagé à intensifier les relations avec Rabat au préjudice de l’Espagne, à qui il reproche ses dépenses militaires insuffisantes ». Effectivement, l’administration Trump semble déterminée à faire du Maroc un partenaire privilégié de son retour offensif en Méditerranée avec la livraison prochaine de 32 chasseurs furtifs F-35 Lightning II pourrait officialiser une alliance stratégique que Washington conçoit également avec les Émirats arabes unis et Israël. Cette transaction, estimée à 17 milliards de dollars, englobe l’acquisition et la maintenance sur une période de 45 ans. Ainsi le Maroc deviendra le premier pays africain et arabe à intégrer ces chasseurs de pointe fabriqués par Lockheed Martin, complétant ainsi sa flotte de F-16 de quatrième génération.

En définitive, la modernisation spectaculaire de l’arsenal militaire marocain transcende manifestement les simples impératifs de défense nationale ou les rivalités régionales. Nous assistons à l’émergence d’un nouveau paradigme géostratégique dont l’empreinte s’étend de la Méditerranée à l’Atlantique, englobant la bande sahélo-saharienne. Dans cette configuration, le Royaume chérifien formerait, aux côtés des Émirats Arabes Unis et d’Israël, le triangle fondateur d’une nouvelle alliance hors OTAN avec les Etats-Unis désintéressés du théâtre européen. Pour les Etats-Unis, aux côtés du Maroc, il s’agit à présent de privilégier le règlement de la question libyenne, de contrer la Russie et de remettre au pas les pays membres de l’Alliance des États du Sahel.

Langley, un général sahélien ?

Après sa visite en 2024 au général Haftar, le commandant d’Africom avait conclu que le seigneur de la guerre libyen ne voulait pas d’une solution négociées. Michael Langley souhaitait pourtant stabiliser avec Haftar l’instabilité au Sahel après le retrait des militaires français.

Dans une discussion avec la presse en septembre 2024, le patron du Commandement des États-Unis pour l’Afrique avait été interrogé sur l’évolution de la situation sécuritaire dans le Sahel . À cette question, le Général Langley avait répondu sans ambages. « Pour moi, le Sahel est devenu moins sûr ». «Il s’agit donc d’un phénomène qui a pris une ampleur considérable dans toute la région et qui est sur le point de se propager en l’Afrique de l’Ouest côtière », avait-t-il déclaré. En janvier 2025 la France a restitué sa dernière base aérienne au Sahel et clôt un chapitre de sa relation particulière avec les dictateurs tchadiens.

C’est donc une chaise vide qu’Africom entend occuper avec des bases où la France serait tolérée pour certaines opérations. Les sites sont déjà identifiés dans le sud marocain et le sud libyen.

La France quitte ses bases au Tchad

Pour les Etats-Unis, les batailles libyennes de 2011 nommée “Operation Odyssey Dawn” et“Operation Unified Protector” représentent la guerre de Sarkozy, mais aussi une campagne sans pertes américaines et d’un cout modique de quelques milliards d’USD. Ils entendent principalement utiliser l’arme aérienne ou aéroportée qui a permis ce bilan favorable pour dissuader les organisations insurrectionnelles considérées comme dangereuses et les alliés des Russes en Libye et au Sahel. L’AH-64 Apache couplé avec le système israélien de missiles Spike NLOS leur parait le vecteur adéquat pour des cibles individuelles comme pour la destruction de concentration de blindés ou de véhicules de transport. C’est un instrument qui donne aux Marocains un avantage tactique certain et une arme capable de gérer des actions urbaines comme le font les Israéliens.

Mohammed El Abbouch

mondafrique.com

Ce procès Sarkozy qui a ignoré un témoin clé, Souheil Rached

 

Le procès contre Nicolas Sarkozy qui a débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier se termine cette semaine par les plaidoiries de la défense. Les avocats de l’ancien président de la République et de ses proches devraient se battre sur un terrain de technique judiciaire qui est celui de l’association de malfaiteurs, une délit à géométrie variable utilisé pour combler les lacunes d’une enquête inaboutie.

Indépendamment de l’intime conviction que l’on puisse avoir sur les possibles frasques financières de Nicolas Sarkozy, les condamnations que s’apprête à prononcer la justice française en première instance doivent reposer sur des faits précis. Ce qui n’est, hélas, pas le cas.

En l’absence de tout versement direct avéré de  Mouammar Khadafi à l’ancien Président français, le pole financier s’est rabattu sur un délit, l’association de malfaiteurs, dont on connait l’approximation. Il n’est pas matériellement prouvé que Nicolas Sarkozy ait touché des fonds illicites. Certains de ses proches en revanche ont reçu quelques gâteries, bien modestes au regard des montants que l’ex chef d’état aurait reçu d’après l’instruction en profitant  du réchauffement diplomatique entre la Libye et la France initié par Nicolas Sarkozy.  Notons que la France n’est pas la seule alors à tendre la main aux Libyens; l’administration américaine très hostile au départ au régime libyen s’était elle aussi et avant Paris rapproché de la dictature libyenne. 

Du coup pour faire tenir une procédure bancale, les magistrats français relayés par Mediapart et le Monde abreuvés par la justice financière, ont accusé Nicolas Sarkozy d’être à la tète d’une association de malfaiteurs, mais sans que lui même, patron de cette bande quasi maffieuse, en profite.  À l’exception de quelques valises de cash qu’aurait apporté à Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, et à son fidèle Guéant en vue de sa campagne présidentielle de 2007 un intermédiaire douteux et corrompu, Ziad Takieddine, qui en a fait lors de l’instruction un récit rocambolesque et invraisemblable, digne d’un mauvais polar.

Le mystérieux témoin épargné, Souheil Rached

Mondafrique revient sur le mystérieux Souheil Rached, un agent de la Libye qui n’a jamais été entendu par la justice et qui fait partie pourtant des onze personnalités que l’ancien Président de la République et ses amis n’ont pas eu le droit de rencontrer depuis le début de l’instruction. Cet oubli est d’autant plus surprenant que ce représentant de Mouammar Kadhafi en France, au mieux avec Nicolas Sarkozy et ses proches, actif en Afrique francophone et très lié aux services français, est parfaitement au courant des relations entre le pouvoir français et le Guide libyen.

Son audition aurait permis d’éclairer utilement les coulisses de ce dossier complexe de financement politique. En privé en effet et lorsqu’il se confiait à son entourage, Souheil Rachel révélait la réalité des aides de Kadhafi à la classe politique française, de gauche comme de droite. « Onze millions, leur expliquait-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ».  

Souheil Rached, le barbouze libyen qui en savait trop

Ancien photographe de presse au Liban, Souheil Rached aura été surtout dans sa jeunesse un militant courageux et déterminé du FPLP, l’organisation palestinienne de Georges Habache. C’est à ce titre qu’il rencontre, durant la guerre au Liban, les milieux de renseignement français ainsi que le colonel libyen Saleh Drouki, alors ambassadeur de Libye à Beyrouth.

Présenté à Tripoli au « Guide », le jeune Souheil débute une carrière brillante et foudroyante auprès de Moussa Koussa, qui est chargé, sous l’autorité directe de Kadhafi, de tous les dossiers sensibles à l’étranger. À ce titre, Koussa négociera avec les Anglais le dossier « Lockerbie », du nom de ce village écossais où un avion de la Pan s’écrase en 1988, victime d’un attentat meurtrier (270 morts) qui sera imputé aux Libyens. Apparemment, Moussa Koussa, adepte du double jeu, saura s’y prendre avec les services anglais. Durant la guerre franco-anglaise en Libye en 2011, ce proche parmi les proches de Kadhafi s’enfuit en Angleterre, porteur de ses secrets d’État; il y sera fort bien accueilli, avant de gagner l’Arabie Saoudite, où il séjourne.

De Paris à Bamako

Jusqu’à l’intervention en Libye en 2011, Souheil Rached, francophone et francophile, est l’homme qui connait le mieux les relations entre Tripoli et Paris, comme le raconte fort bien dans le livre « Sarkozy/Kadhafi, histoire secrète d’une trahison » (Le Seuil) la journaliste Catherine Graciet. Le domaine d’intervention de cet agent d’influence s’étend même en Afrique francophone. À l’époque, Kadhafi se veut le roi de l’Afrique sahélienne, où il déverse des dizaines de millions de dollars. Mais il s’agit de pays d’influence française. Souheil Rached déploie tout son talent pour rapprocher les hommes de Kadhafi, la diplomatie française et les chefs d’État africains, notamment au Mali et au Niger.

À Bamako encore aujourd’hui, cet homme de l’ombre est consulté par le président IBK. En revanche à Niamey, il n’est plus personna grata, car les militaires nigériens n’ont guère apprécié la façon dont il a mis en cause leur incompétence et leur corruption auprès du président nigérien Issoufou. Lors de son dernier séjour dans ce pays, il sera exfiltré par la DGSE française dès son arrivée. Les patrons de l’armée nigérienne voulaient lui faire la peau.

Bakchichs pour tous

Depuis peu, Souheil Rached séjourne au Caire où il joue un röle discret pour conseiller le pouvoir égyptien sur le dossier libyen. On peut imaginer qu’il est en phase avec son ancien patron, Moussa Koussa, qui, lui, est consulté par le régime Saoudien. À Riyad comme au Caire, on souhaite que l’ordre revienne en Libye et que les frères Musulmans soient définitivement chassés du pouvoir à Tripoli.

Fort habile, Souheil Rached a maintenu des liens étroits avec ses amis de la DGSE (services extérieurs) ou de la DGSI (contre espionnage), où il avait ses entrées. Ce qui explique que ses séjours parisiens aient toujours été discrets et protégés depuis que l’affaire du financement libyen a éclaté. À moins que les juges ne veuillent pas entendre un témoignage qui n’irait pas dans le sens de leurs à prioris. Ce qu’aurait à déclarer en effet ce témoin clé ne va pas dans le sens de ce qu’on entend généralement sur ce dossier, où seul Nicolas Sarkozy est mis en cause. En privé, Souheil Rachel n’hésitait pas à mettre en cause l’ensemble de classe politique française de gauche comme de droite.  » Onze millions, leur explique-t-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ».

Cette version est à l’image du roué colonel Kadhafi, quarante deux années de rêgne, qui ne voulait jamais insulter l’avenir.

Nicolas Beau

mondafrique.com

La transformation du SRC inquiète son autorité de surveillance

 

Le Service de renseignement de la Confédération, le SRC, se trouve depuis deux ans en pleine restructuration. Les inspections menées l’année dernière par l’autorité de surveillance du SRC révèlent certains problèmes liés à cette transformation. Sa directrice appelle à un retour rapide à la stabilité.

C’est une période mouvementée que traverse actuellement le service de renseignement de la Confédération (SRC). Et le rapport annuel de son autorité de surveillance (AS-Rens), présenté jeudi à Berne, vient à point nommé pour constater l’étendue des difficultés liés notamment à la "transformation" qui occupe le service depuis deux ans.

Il s’agit là de cette ambitieuse réforme qui veut faire du service et ses employés un rempart moderne et efficace contre les nouvelles menaces qui pèsent sur la Suisse. Mais cette restructuration fâche à l’interne, à tel point que son initiateur, le directeur du SRC Christian Dussey, a récemment annoncé son départ.

C’est dire l’importance des constats dressés par l’autorité de surveillance du SRC. Si devant la presse jeudi à Berne, la directrice de l’AS-Rens Prisca Fischer s’est bien gardée de commenter le départ de Christian Dussey, elle a détaillé les résultats des inspections menées en 2024, et plus précisément l’impact de la transformation sur plusieurs activités du service.

Le soutien des agents à la peine

Côté positif, la réforme a notamment permis d’améliorer la gestion d’un domaine central du SRC, celui des informateurs. "Des projets en cours, comme une nouvelle formation des officiers traitants ou un nouveau système de gestion de la documentation devraient permettre d’apporter quelques solutions", peut-on lire dans le rapport 2024 de l’AS-Rens.

En revanche, les points négatifs sont nombreux. Par exemple, les activités de support, comme la gestion des ressources humaines, le service juridique ou celui de l’informatique, restent toujours aussi faibles, alors qu’ils sont essentiels au travail quotidien des agents. "Nous avons espéré que la transformation renforce ces colonnes portantes du service", a indiqué Prisca Fischer dans la Matinale de la RTS. "Mais cela n’a pas marché, ce qui nous inquiète."

Couac au niveau de la préparation des opérations

Egalement dans le domaine ultrasensible de la préparation des opérations de terrain, il y a eu l’été dernier un certain flottement. "Nous avons constaté que pendant quelques semaines, du fait de la transformation, la documentation de certaines activités n'a pas eu lieu", a expliqué la cheffe de l’AS-Rens. "Nous avons trouvé cela évidemment préoccupant."

En 2024, la restructuration a aussi exacerbé différents griefs des polices cantonales, où travaillent plusieurs agents de liaison du SRC: échange d’informations lacunaires, manque de feedback ou de soutien opérationnel. "La direction du SRC a fait des propositions et des promesses aux cantons", s’est réjouie Prisca Fischer. "De nouvelles dynamiques s’installent. Nous allons poursuivre nos contrôles dans ce domaine."

Le risque d’espionnage interne au SRC

Enfin, dernier point négatif et non des moindres, la réforme en cours a provoqué passablement de colère et d’insatisfaction parmi le personnel du SRC. Il y a eu de nombreux départs et des postes sont à repourvoir.

Cette situation exacerbe un risque inhérent à tout service de renseignement, celui d’être victime d’espionnage ou d’autres formes d’actes malveillants comme les fuites de données. Cette année, l’AS-Rens veut précisément contrôler comment le SRC se protège contre de telles menaces, tant au niveau des employés actuels du service qu’au niveau des personnes en cours de recrutement.  

Sécurité de la Suisse garantie

Face à ce sombre constat, Prisca Fischer se veut rassurante. Les hommes et les femmes qui travaillent actuellement au SRC restent dédiés à leur mission: le travail se fait et la sécurité de la Suisse est garantie, selon la directrice de l’AS-Rens.

Contacté par la RTS, la direction du SRC a refusé de commenter les différents points problématiques soulevés par l’autorité de surveillance. Tout au plus une porte-parole du SRC a précisé que le service "met systématiquement en œuvre les recommandations de l'AS-Rens". De plus, différentes mesures ont été instaurées pour soutenir le personnel du SRC dans le processus de la transformation.

Marc Menichini

rts.ch