Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

dimanche 4 janvier 2026

Les forces aériennes françaises et britanniques ont frappé un dépôt d’armes souterrain de l’EI en Syrie

 

Un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, à l’issue d’une offensive fulgurante menée par l’organisation Hayat Tahrir al-Cham [HTC, ex-Front al-Nosra, autrefois lié à al-Qaïda] et des groupes rebelles proches de la Turquie, la Syrie est toujours proie à l’instabilité.

Le nouvel homme fort de Damas, Ahmed al-Charaa, a beau donner des gages sur son intention d’instaurer un pouvoir relativement démocratique [il a promis d’organiser des élections dans cinq ans, ndlr] et inclusif, il n’en reste pas moins que certaines minorités, notamment les Alaouites, sont la cible de violences récurrentes. En outre, devant composer avec une économie exsangue, le pouvoir désormais en place peine à asseoir sa légitimité sur l’ensemble du pays.

Enfin, les organisations terroristes affiliées à la mouvance n’ont pas disparu. Ainsi, alors que les nouvelles autorités syriennes venaient d’annoncer la dissolution des groupes armés, un nouveau a même été créé dans la foulée. Appelé « Saraya Ansar al-Sunnah » et dirigé par Abou Aïcha al-Chami, un ancien cadre de HTC, il a très vite fait parler de lui en menant des attaques contre la minorité alaouite en mars 2025 et revendiquant l’attentat de l’église orthodoxe Saint-Élie de Damas, trois plus tard. Attentat que le pouvoir a cependant mis sur le compte de l’État islamique [EI ou Daesh], qui reste encore actif dans le pays.

Selon un rapport des Nations unies, lors du premier semestre 2025, l’EI aurait « perpétré plus de 90 attaques à travers le pays, visant principalement les Forces démocratiques syriennes [FDS] dans le nord-est de la Syrie, où environ 400 de ses combattants restent actifs ». La même source avance que l’organisation jihadiste a aussi « tenté d’attiser les tensions sectaires, mené des campagnes dans plusieurs langues pour discréditer al-Charaa et recruté des combattants mécontents, des combattants terroristes étrangers ainsi que des soldats ayant servi l’ancien régime ».

Toujours d’après ce document, le gouvernement intérimaire syrien a « déjoué plus de huit projets d’attentat nourris par l’EI, notamment contre des sites religieux près de Damas et des prisons dans lesquels étaient détenus des membres du groupe » au cours de la période considérée.

En juillet dernier, les effectifs de l’EI étaient évalués à environ 3 000 combattants, lesquels ont trouvé refuge dans la Badiya [désert de Syrie, ndlr]. « Certains États Membres ont observé des signes attestant d’un regain d’intérêt de personnes affiliées à l’EI pour la Syrie et de leur déplacement vers ce pays. L’un d’entre eux a

d’ailleurs indiqué que l’EI-K [la branche afghane de l’organisation, ndlr] aurait accepté de déployer un certain nombre de combattants en Syrie, dont certains seraient déjà en transit », a par ailleurs noté le rapport des Nations unies, publié il y a déjà six mois.

Depuis, trois militaires et un civil américains en mission à Palmyre ont été tués au cours d’une « embuscade d’un tireur isolé » appartenant à l’EI, le 13 décembre dernier. Trois autres soldats ont été blessés lors de cette attaque. Par la suite, le porte-parole du ministère syrien de l’Intérieur a affirmé que le terroriste faisait partie des forces de sécurité et qu’il allait en être « radié » en raison de ses « idées islamistes extrémistes ».

Une semaine après, les États-Unis, assistés par la Jordanie, ont frappé plus de 70 positions de l’EI dans les régions de Deir ez-Zor et de Raqqa. Cette opération visait à « éliminer des combattants du groupe État islamique, des infrastructures et des sites d’armement », a précisé l’US CENTCOM, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale.

C’est donc dans ce contexte que, dans la nuit du 3 au 4 janvier, la France et le Royaume-Uni ont mené un raid aérien conjoint contre un site souterrain, soupçonné d’abriter un de dépôt d’armes de utilisé par l’EI, près de Palmyre.

Pour cette frappe, les Rafale déployés en Jordanie au titre de l’opération Chammal ont dû être sollicités. Mais l’État-major des armées [EMA] n’a pas encore donné tous les détails de cette mission.

« Dans le cadre d’OIR [Opération Inherent Resolve], la France et son allié britannique ont réalisé des frappes contre des positions du groupe terroriste État islamique. Empêcher sa résurgence est un enjeu majeur pour la sécurité de la région. Lutte contre le terrorisme reste une priorité pour la France et les pays partenaires de la coalition OIR », a seulement indiqué l’EMA, à l’appui d’une vidéo montrant les images des frappes.

Le ministère britannique de la Défense [MoD] a livré un peu plus de précisions. « Les avions de la Royal Air Force [RAF] ont continué de patrouiller au-dessus de la Syrie pour prévenir toute résurgence de Daesh après sa défaite à Baghouz, en mars 2019 », a-t-il d’abord souligné.

C’est donc grâce à ces vols de renseignement [qu’effectue aussi l’armée de l’Air & de l’Espace, ndlr] qu’une « installation souterraine dans les montagnes, à quelques kilomètres au nord du site antique de Palmyre » a été identifiée

« Cette installation était occupée par Daesh, vraisemblablement pour y entreposer des armes et des explosifs. La zone autour de l’installation est totalement inhabitée », a poursuivi le MoD.

Le raid contre ce site a impliqué des Typhoon FGR4 et un avion ravitailleur Voyager [A330 MRTT, ndlr], lesquels ont rejoint les Rafale français.

« Nos appareils ont utilisé des bombes guidées Paveway IV pour viser plusieurs tunnels d’accès à l’installation. Bien qu’une évaluation détaillée soit en cours, les premières indications montrent que la cible a été atteinte avec succès. Rien n’indique que la frappe ait présenté un risque pour les civils et tous nos appareils sont rentrés sains et saufs », a conclu le MoD.

Pour les forces françaises, il s’agit de la seconde frappe menée contre l’EI depuis la chute du régime de Bachar el-Assad. Effectuée le 29 décembre 2024 et ayant impliqué un drone MALE MQ-9A Reaper ainsi que des Rafale, elle avait visé deux positions de l’organisation jihadiste sur le sol syrien.

Dans le même temps, la RAF a mené quatre frappes contre l’EI, dont trois ciblées, avec l’engagement d’un drone Reaper.

opex360.com

La CIA reste sceptique sur l'envoie des «preuves» de l'attaque ukrainienne visant Poutine

 

La Russie a remis aux Etats-Unis des preuves de l'attaque présumée d'un drone ukrainien visant le président russe Vladimir Poutine. Selon le ministère russe de la Défense, Moscou a décrypté les données de navigation d'un drone ukrainien abattu et a identifié un itinéraire ciblant la résidence Waldai du chef du Kremlin dans la région de Novgorod. L'attaque aurait eu lieu le 29 décembre 2025, mais aurait été déjouée par la défense aérienne russe.

La Russie a publié une vidéo montrant son chef des services secrets Igor Kostjukow remettre un dossier avec des données imprimées et un composant du drone en question à un représentant de l'attaché militaire américain à Moscou. Cette image – mise en scène au ministère de la Défense – est une démarche inhabituelle d'ouverture diplomatique, mais certains l'interprètent comme un geste de propagande ciblé. Igor Kostjukow a déclaré que les données décryptées prouvaient «sans aucun doute» que l'Ukraine avait planifié une attaque terroriste contre la résidence de Poutine. Il n'a pas mentionné les noms et les fonctions des officiers américains.

La CIA plus sceptique

Kiev a immédiatement rejeté ces accusations, les qualifiant de «mensonge absurde». Le service de renseignement militaire ukrainien HUR a dénoncé une opération d'information typique de la Russie pour justifier ses propres attaques contre les bâtiments du gouvernement ukrainien. De leur côté, les services secrets occidentaux se montrent aussi sceptiques. Selon plusieurs médias américains, la CIA serait parvenue à une conclusion différente de celle de Moscou.

Pour la CIA, les données de vol présentées par la Russie ne visaient pas la résidence de Poutine, mais des infrastructures militaires à l'ouest de Novgorod. Cette imprécision des données suggère une mauvaise interprétation ou une manipulation consciente de la part de la Russie.

Des traces de modifications

L'ambassade américaine à Moscou aurait directement informé Donald Trump de cette attaque présumée. D'après le Kremlin, Poutine en aurait même personnellement informé son homologue américain lors d'une conversation téléphonique. En parallèle, Moscou a annoncé être encore intéressée par les pourparlers de paix initiés par Trump, mais qu'elle souhaitait à l'avenir adopter une «position plus ferme» vis-à-vis de Kiev.

D'après des sources de la CIA à Washington, les preuves russes ne sont «pas crédibles», car les vidéos et les cartes de navigation révélaient des traces de traitement ultérieur. Par ailleurs, Trump a pris ses distances avec Poutine: sur son réseau Truth Social, il a cité et mis en lien un éditorial intitulé «La Russie fait obstacle à la paix en Ukraine».

Daniel Kestenholz

blick.ch

Opération Kapoustine : quand le maître espion ukrainien Boudanov trolle Poutine

 

"Bon retour parmi les vivants !". C’est ainsi que Kyrylo Boudanov, directeur des services ukrainiens de renseignements militaires (GUR), s’est adressé, jeudi 1ᵉʳ janvier, au très controversé Denis Kapoustine, chef du Corps des volontaires russes, que tout le monde croyait mort depuis près d’une semaine.

Et pour cause : les espions ukrainiens se sont donné beaucoup de mal pour faire croire à son décès, annoncé par le Corps des volontaires russes le 27 décembre. "C’était très bien fait. À tel point que même les médias russes d’opposition et les médias ukrainiens y ont cru", souligne Peter Schrijver, lieutenant-colonel de l’armée néerlandaise et spécialiste des questions de sécurité en Europe de l’est à l’Académie de défense des Pays-Bas.

Denis Kapoustine, la "résurrection" du néonazi russe

Denis Kapoustine – militant ultranationaliste russe, souvent décrit comme néonazi – était censé avoir été tué lors d’une opération militaire dans la région de Zaporijjia. Ses miliciens du Corps des volontaires russes combattent aux côtés des Ukrainiens pour faire "tomber le régime de Vladimir Poutine" perçu comme un obstacle à l’idée de "pureté" de la nation russe défendue par Denis Kapoustine.

"La préparation de l'opération a pris un mois", a souligné Kyrylo Boudanov, qui a été nommé chef du cabinet présidentiel vendredi 2 janvier.  "Ce n’est en effet pas simple de faire croire à la mort d’une personne dans un environnement médiatique aussi saturé d’observateurs indépendants", souligne Peter Schrijver. C’est d’autant plus compliqué que "Denis Kapoustine est une personnalité publique très exposée. Ce n’est donc pas facile de créer un récit de sa mort crédible pour les services de renseignement ennemis", ajoute Huseyn Aliyev, spécialiste du conflit en Ukraine à l’université de Glasgow.

Mais pour les experts interrogés, le choix de Denis Kapoustine pour en faire le mort-vivant de l’affaire se justifiait dans le contexte de la guerre informationnelle avec la Russie. Il n’est pas seulement un opposant russe à Vladimir Poutine, "il propose également une réinterprétation très dangereuse pour le Kremlin de la guerre car il la présente sous un angle nationaliste comme une opération militaire néfaste pour les ambitions russes. Cette position le rend particulièrement gênant pour le pouvoir car elle pourrait influencer les puissants milieux ultranationalistes russes", analyse Andreas Umland, spécialiste de la Russie et de l’Ukraine à l’Institut suédois des affaires internationales.

Autrement dit, le pouvoir russe voulait vraiment se débarrasser du chef du Corps des volontaires russes. "L’annonce de sa mort a été célébrée dans les médias officiels russes", a constaté Huseyn Aliyev.

Ridiculiser les espions russes

Les autorités russes avaient même mis à prix la tête de Denis Kapoustine, qualifié de "terroriste" par le Kremlin. Le chef du GUR, Kyrylo Boudanov, a d’ailleurs souligné que ses agents ont collecté la prime de 500 000 dollars offerte par la Russie. "Je me réjouis que l’argent destiné à votre assassinat puisse être utilisé pour soutenir notre lutte", a affirmé Kyrylo Boudanov dans l’entretien en vidéoconférence avec Denis Kapoustine diffusé par Kiev.

Pour Huseyn Aliyev, mettre la main sur la récompense "représentait probablement le but premier de cette opération". Andreas Umland estime que "c’est une double victoire pour le renseignement militaire ukrainien : ils affirment avoir récupéré l’argent tout en infligeant un camouflet aux espions russes".

"C’est très embarrassant pour les Russes et le but est clairement de mettre à mal l’image d’invincibilité que les services secrets russes aiment projeter à l’étranger", souligne Kevin Riehle, spécialiste des services de renseignement à la Brunel University de Londres.

Mais surtout "l’opération Denis Kapoustine" "correspond tout à fait au mode opératoire des services ukrainiens de renseignements militaires qui sont connus pour faire du ‘trolling’ des russes", souligne Peter Schrijver.

Ils multiplient ce type d’opération qui ont toujours une dimension médiatique très forte afin "d’exposer publiquement les lacunes des services de renseignement russes", poursuit cet expert. Ainsi, les espions ukrainiens avaient largement mis en scène la désertion d’un pilote d’hélicoptère russe en août 2023 que Kiev avait accueilli à bras ouverts.

L'ascension du maître espion

C’est la spécialité de Kyrylo Boudanov. Depuis son accession à la tête du renseignement militaire en 2020, ce quadragénaire est devenu un véritable poil à gratter médiatique des Russes, qui l’accusent en plus d’avoir organisé des opérations de grande ampleur comme l’attaque sur le pont de Crimée en septembre 2022. "Ce militaire est très connu en Ukraine pour son art consommé de la promotion des activités du GUR sur les réseaux sociaux. Du fait de son relatif jeune âge, il maîtrise en outre les codes de l’Internet et notamment l’utilisation des mèmes [les détournements d’images virales, NDLR]", explique Peter Schrijver.

Ce succès opérationnel arrive, en outre, à point nommé pour la carrière de Kyrylo Boudanov. Il doit ainsi devenir le nouveau bras droit de Zelensky, remplaçant le très influent Andrii Iermak. Ce dernier avait dû démissionner fin novembre dans le cadre d’un important scandale de corruption qui menaçait l’entourage direct du président ukrainien.

Un lien entre le retour à la vie de Denis Kaspoutine et la promotion de Kyrylo Boudanov ? "Il était déjà l’un des favoris pour prendre la place de Iermak, et cette opération a probablement été le coup de pouce décisif", assure Ryhor Nizhnikau, spécialiste de la politique ukrainienne.

Le chef du GUR était pressenti à la fois parce qu’il est l’une des personnalités les plus populaires en Ukraine, mais aussi "parce qu’il apparaît comme fiable et efficace", explique Andreas Umland. Sa nomination doit "aider à améliorer l’image de Volodymyr Zelensky, dont la réputation a été ternie par ce scandale de corruption", ajoute l’expert de l’Institut suédois des affaires internationales.

Mais le président ukrainien hésitait…. du fait de la popularité de son maître espion. "Kyrylo Boudanov remporterait probablement la victoire face à Volodymyr Zelensky si une élection présidentielle avait lieu demain", assure Ryhor Nizhnikau.

Le président ukrainien n’était probablement pas pressé de promouvoir ainsi l’homme qui peut lui faire de l’ombre. Avec le succès de sa dernière opération, Kyrylo Boudanov ne lui a guère laissé le choix.

Et c’est peut-être mieux ainsi pour Volodymyr Zelensky, estime Ryhor Nizhnikau. "En tant que chef de cabinet, il peut être plus facilement contrôlable par le camp présidentiel". Reste à savoir si Oleh Ivachtchenko, qui doit remplacer Boudanov à la tête du renseignement militaire, va reprendre le flambeau de l’espion qui trollait bien Vladimir Poutine.

Sébastian Seibt

france24.com

Maduro capturé, exfiltré, exhibé, inculpé

 

Le président américain Donald Trump a annoncé samedi que les forces américaines avaient capturé et exfiltré le président vénézuélien, Nicolas Maduro, qui sera jugé aux Etats-Unis, après avoir lancé une «attaque de grande envergure» contre le pays sud-américain. La ministre de la Justice Pamela Bondi a expliqué sur X que Maduro et son épouse, dont on ignore où ils se trouvent, «feraient bientôt face à toute la rigueur de la justice américaine, sur le sol américain, devant des tribunaux américains», après les événements dramatiques de la nuit au Venezuela.

Mme Bondi a rappelé que le couple Maduro était inculpé devant un tribunal fédéral de New York pour des chefs de «narcoterrorisme» et de «complot pour importation de cocaïne» aux Etats-Unis. «Les Etats-Unis d'Amérique ont mené avec succès une attaque de grande envergure contre le Venezuela et son dirigeant, le président Nicolas Maduro, qui, avec son épouse, a été capturé et exfiltré du pays», a écrit auparavant Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Le président républicain doit donner une conférence de presse à 11H00 (16H00 GMT) dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, au sujet de ces frappes dont le bilan humain est dans l'immédiat inconnu.

Trump se félicite d'une opération «remarquable»

Dans une brève déclaration au New York Times, Donald Trump s'est félicité d'une opération «remarquable» ayant impliqué «une bonne préparation et beaucoup de bons, bons soldats», notamment contre le complexe militaire de Fuerte Tiuna, le plus grand du Venezuela, au sud de Caracas, et la base aérienne de Carlota, au nord.

La vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodriguez, a déclaré ignorer où se trouve le président socialiste de 63 ans, au pouvoir depuis 2013, et exigé des Etats-Unis «une preuve de vie» du couple Maduro après cette opération spectaculaire.

En pleine nuit, les frappes nocturnes ont embrasé le ciel de Caracas et de ses environs, tirant les habitants brutalement de leur sommeil. Dans beaucoup de quartiers, ils se sont rués à leur fenêtres et terrasses pour tenter de comprendre ce qui se passait.

De premières puissantes explosions ont été entendues peu avant 02H00 du matin (06H00 GMT) à Caracas et dans les environs de la capitale, jusqu'à 03H15 (07H15 GMT), a constaté l'AFP.

«J'ai pleuré»

Les explosions «m'ont soulevée hors du lit par la force, et sur le moment j'ai pensé : 'Mon Dieu, le jour est arrivé', et j'ai pleuré», a raconté à l'AFP María Eugenia Escobar, une habitante de La Guaira, âgée de 58 ans. Des explosions ont été entendues à l'aéroport et au port de Caracas, a affirmé une habitante de la Guaira à l'AFP. D'autres habitants ont dit à l'AFP avoir entendu des explosions à Higuerote, à une centaine de km à l'est de Caracas.

Francis Peña, 29 ans, a lui «commencé à préparer (...) un sac avec les affaires les plus importantes: passeport, cartes, liquide, bougie, une tenue de rechange, des conserves. On est déjà habillées, au cas où», dit-il. A fuerte Tiuna, épicentre des bombardements de la nuit, des gens fuyaient l'enclave avec des valises et des sacs remplis de vêtements. Certains ont expliqué à l'AFP qu'ils partaient pour protéger leur famille. «Ils ont failli nous tuer», a expliqué l'un des résidents.

Caracas a dénoncé une «très grave agression militaire» après les frappes que le président colombien, Gustavo Petro, a attribuées à une attaque «de missiles». «Le Venezuela rejette et dénonce (...) la très grave agression militaire perpétrée par (...) les Etats-Unis contre le territoire et la population vénézuéliens», a indiqué un communiqué du gouvernement.

«L'objectif de cette attaque n'est autre que de s'emparer des ressources stratégiques du Venezuela, en particulier de son pétrole et de ses minerais, en tentant de briser par la force l'indépendance politique de la Nation», poursuit le communiqué. Le gouvernement «appelle toutes les forces sociales et politiques du pays à activer les plans de mobilisation», selon le texte qui annonce que Nicolas Maduro «a signé et ordonné (...) l'état d'urgence».

Déploiement massif

Le ministre vénézuélien de la Défense a accusé, sur les réseaux sociaux, l'armée américaine d'avoir «frappé des zones résidentielles». «Les forces envahisseuses (...) ont profané notre sol (...) allant jusqu'à frapper, au moyen de missiles et de roquettes tirés depuis leurs hélicoptères de combat, des zones résidentielles», a déclaré le général Vladimir Padrino Lopez, indiquant être de «train de recueillir les informations relatives aux blessés et aux morts».

Il a aussi promis «le déploiement massif de tous les moyens terrestres, aériens, navals, fluviaux et balistiques, système d'armes pour la défense intégrale». L'offensive américaine survient alors que Donald Trump avait évoqué la possibilité de frappes terrestres contre le Venezuela et affirmé que les jours du président Maduro étaient «comptés», après avoir fait déployer une flottille de guerre dans les Caraïbes contre le narcotrafic et mené des frappes meurtrières contre des bateaux.

«Alerte générale, ils ont attaqué le Venezuela», a écrit sur son compte X le président colombien, proche de Maduro. Gustavo Petro a demandé une réunion «immédiate» de l'Organisation des Etats américains (OEA) et de l'ONU pour se prononcer sur la «légalité internationale» de cette «agression». Il a annoncé avoir ordonné le déploiement de militaires à la frontière avec le Venezuela. Gustavo Petro a qualifié les bombardements américains d'«agression contre la souveraineté» de l'Amérique latine et affirmé qu'elles entraîneraient une crise humanitaire.

«Les principes du droit international»

L'Iran, qui entretient des liens étroits avec le Venezuela, a condamné «fermement l'attaque militaire américaine», que la Russie a jugée «profondément inquiétante et condamnable». Moscou a demandé des éclaircissements «immédiats» sur la situation de Maduro. L'Espagne a «appelé à la désescalade et à la modération» et s'est dite «disposée à offrir ses bons offices». L'Allemagne, l'Italie et la Pologne ont indiqué suivre la situation de près, avec inquiétude.

L'Union européenne, par la voix de sa cheffe de la diplomatie, Kaja Kallas, a «appelé à la retenue» et rappelé qu'"en toutes circonstances, les principes du droit international et de la Charte des Nations unies doivent être respectés». A Londres, le Premier ministre Keir Starmer a rappelé le respect des mêmes principes.

Inquiet de la «stabilité régionale», le Mexique a condamné «avec la plus grande fermeté», comme le président Lula au Brésil, les frappes américaines, à l'inverse saluées par un tonitruant «La liberté avance, vive la liberté, bordel!» du président argentin pro-Trump, Javier Milei.

AFP

vendredi 2 janvier 2026

Quelle structure de force indo-pacifique américaine pour la fin des années 2020 ?

 

Le « pivotement » vers l’Asie annoncé en son temps par Barack Obama n’est pas qu’une redéfinition des priorités américaines en matière de politique étrangère. Il a des conséquences directes sur la posture de coopération de défense – typiquement, c’est le cas pour l’alliance AUKUS (1) ou encore pour la relance des coopérations avec les Philippines (2) –, ainsi que sur la doctrine des forces américaines. Avec, en ligne de mire, la possibilité d’une « nouvelle guerre du Pacifique », centrée sur le contrôle des îles, ayant des implications profondes sur les formats des quatre services combattants.

Dès le milieu des années 2010, la possibilité d’une AirSea Battle (3) devant constituer la réponse à la posture A2AD (Anti – access/Area denial) chinoise a conduit à un certain nombre d’expérimentations et de repositionnements doctrinaux, et a également influencé le développement de plusieurs systèmes d’armes.

L’US Air Force s’est adaptée

Pour l’US Air Force, c’est le cas du B‑21, pour lequel la question de l’exportation à l’Australie s’est posée (4) ; tandis que le choix du KC‑46 Pegasus contre l’A330MRTT a été critiqué en raison d’une inadaptation au théâtre – nourrissant le besoin pour une nouvelle plateforme, par ailleurs plus discrète, le Next generation aerial refueling system (NGAS). Les ravitailleurs seront d’autant plus essentiels que les F‑35 n’ont pas une endurance particulièrement importante ; F‑35 dont la panoplie d’armement va compter un JSM (Joint strike missile), qui a également une fonction antinavire et dont le premier lot a été commandé en juin 2024. Le maintien du B‑52, historiquement chargé des missions de minage, s’interprète aussi à cette aune antinavire, sachant que l’AGM‑158 LRASM (Long range antiship missile) sera intégré sur l’appareil, tout comme il l’est aux B‑1B (5).

En plus de déploiements plus fréquents de bombardiers à Guam, Washington a débloqué, en avril 2024, 409 millions de dollars pour reconstruire l’aérodrome de Tinian, dans les Mariannes du Nord, de même que l’aéroport international de la même île. La logique retenue, dite d’Agile combat employment (ACE), vise à disposer de bases secondaires permettant la dispersion des capacités aériennes en cas de frappe des bases principales par la Chine. L’approche est graduelle, avec plusieurs études en cours pour voir quelles bases pourraient être remises en service, sans agenda précis ni nombre de bases déterminé… sachant que tout dépendra des financements. Plusieurs questions restent par ailleurs ouvertes, dont celle de la défense de ces bases qui feront face à la première force de missiles au monde, celle de la Chine.

Les Marines en pointe

Cette logique de déploiements sur les îles est aussi au cœur de ce qui a constitué la plus importante mutation doctrinale des Marines, si l’on excepte la parenthèse des guerres de contre – insurrection des années 2000-2010, depuis la Deuxième Guerre mondiale. Concrètement, il ne s’agirait plus pour eux d’opérer de débarquements interarmes de vive force, mais de s’engager dans des logiques couplant combat d’infanterie légère amphibie et lutte antinavire. Les Marines contribueraient ainsi au combat antinavire et à la guerre navale dans une approche multidomaine en environnement maritime en conservant leur essence manœuvrière. En utilisant les navires amphibies, ainsi que des bases expéditionnaires mises rapidement en place depuis ceux-ci, il s’agit de déployer des capacités de reconnaissance, de surveillance et de frappe antinavire ou terrestre en ayant une très faible empreinte logistique, gage de sûreté face à la puissance de feu chinoise, avant de les disperser de nouveau.

En conséquence, le format d’armée est totalement revu dans un contexte où les ressources n’augmentent pas. À travers Force Design 2030, les Marines ont ainsi abandonné les chars de bataille et considérablement réduit le nombre d’obusiers (perte de 16 des 21 batteries), mais aussi l’infanterie, qui ne compte plus que 27 bataillons, dont six de réserve (perte de cinq, dont deux de réserve) et l’assaut amphibie, désormais composé de quatre compagnies (perte de deux). La structure des capacités aériennes change elle aussi : le format des escadrons de combat passe à 10 appareils, tandis que trois escadrons de MV‑22B, trois escadrons de CH-53 et deux escadrons d’AH‑1Z et d’UH‑1Z sont dissous. Les Marines s’interrogent également sur l’usage qu’ils peuvent faire du F-35. Une série d’unités de soutien (génie, appui logistique) sont également dissoutes.

Au bilan, 12 000 hommes seraient perdus. Certaines capacités sont cependant revues à la hausse. Les batteries de M‑142 HIMARS passeraient de sept à 21, les compagnies de reconnaissance passeraient de neuf à 12, le nombre d’escadrons de drones doublerait, de trois à six (dotés de MQ‑9A Reaper), et celui de KC‑130J de transport et de ravitaillement en vol passerait de trois à quatre. Ces évolutions ont une conséquence pour la structure de force, avec un déclin des structures historiques d’engagement – la Marine air-ground task force (MAGTF) et la Marine expeditionary unit (MEU) – qui formaient l’organique élémentaire des Marines. La structure des forces n’est d’ailleurs pas encore affinée. Celle des bataillons d’infanterie, par exemple, est toujours en cours d’évolution, y compris à travers de nombreuses expérimentations. Surtout, le changement de posture doctrinale implique la mise en place d’unités adaptées, les Marine littoral regiment (MLR) de 1 800 à 2 000 éléments. Comme les MEU, ils sont commandés par un colonel. Leur composition et leur volume précis ne sont pas encore arrêtés, mais ils seraient composés de cette façon :

• une littoral combat team centrée sur un bataillon d’infanterie et disposant d’une batterie antinavire NMESIS (Navy Marine expeditionary ship interdiction system), ainsi que de capacités de feu dans la grande profondeur ;

• un bataillon antiaérien centré sur la défense aérienne, la détection et la surveillance ;

• un bataillon de logistique de combat.

Début mars 2022, un premier régiment de Marines a été converti en MLR, à Hawaii, qui servira d’unité test permettant une série d’expérimentations, suivi par un deuxième, à Okinawa, en novembre 2023. Un troisième régiment d’infanterie doit être converti en MLR d’ici à 2030. La logique de combat distribué, avec des positions évoluant de manière fluide en coordination fine avec l’US Navy – et des garde – côtes de plus en plus impliqués dans la région –, entend ici tirer parti d’une vision multidomaine. Plusieurs capacités sont en cours d’acquisition, la plus évidente étant l’antinavire. Le NMESIS couple deux missiles NSM (Naval strike missile) de 185 km de portée sur un JLTV robotisé (Rogue – Fires), un système testé avec succès en août 2021 et montrant le type de mode d’action qui pourrait être retenu. Le véhicule, contrôlé à distance, a été débarqué sur une plage par un LCAC avant que ses missiles ne soient tirés sur la base des informations transférées. Le système pourrait tout aussi bien être aéroporté par K-130 ou CH-53 ou être utilisé depuis le pont des navires amphibies.

Une première batterie de missiles Tomahawk Block V, à 16 lanceurs Mk41 installés sur autant de Rogue – Fires, a été activée en juillet 2023, sachant que trois batteries regroupées au sein d’un bataillon de la 1re division de Marines doivent être opérationnelles d’ici à 2030. La variante du missile n’est pas connue, mais il pourrait s’agir du Block Va, à guidage multimode, optimisé pour la lutte antinavire. Par ailleurs, comme pour les MDTF (Multi-domain task forces) de l’US Army, les Marines utiliseront le M‑142 HIMARS, que ce soit depuis des déploiements sur les îles ou depuis le pont de navires amphibies – des essais ayant été réalisés en 2017, avec succès.

Il reste à voir comment les nouvelles unités des Marines s’articuleront avec les MDTF de l’Army : soit elles les appuieront en parallèle, soit elles y seront intégrées. Et ce, sachant que la structure même des MDTF offre une gamme de feux assez large répartie en trois batteries :

• des missiles PrSM tirés depuis des M‑142, d’environ 500 km de portée et entrés en service dans l’US Army en 2023. Une variante antinavire, le LBASM (Land – based antiship missile), a été testée avec succès en juin 2024 et sera achetée par les Marines et par l’Australie. Dotée d’un autodirecteur multimode permettant d’engager des cibles en mouvement, elle pourrait avoir une portée nettement supérieure ;

• des Dark Eagle (LRHW – Long range hypersonic weapon) hypersoniques, de plus de 2 700 km de portée et tirés depuis des remorques. Le premier essai complet du missile a eu lieu, avec succès, le 12 décembre 2024. Sa fonction première reste l’attaque terrestre ;

• des SM‑6 et des Tomahawk tirés depuis des lanceurs Typhon sur remorque. En l’occurrence, une première batterie a été déployée en avril 2024 aux Philippines, pour plusieurs mois. Le SM‑6 a déjà démontré sa capacité antinavire, même s’il ne dispose que d’une charge explosive de 64 kg.

Surtout, les MDTF disposent d’un Multi – domain effects battalion (MDEB), qui joue un rôle de générateur de renseignement et de fusion des données, via le système TITAN (Tactical intelligence targeting access node) et la connexion au JADC2 (Joint all domain command and control). L’unité sera aussi un effecteur dans les champs cyber et informationnel – soit autant de capacités déficitaires chez les Marines, nonobstant l’acquisition de MQ‑9.

Une adaptation discrète, mais réelle, de la Navy

Paradoxalement, l’US Navy n’a vu aucune adaptation fondamentale de son dispositif, qui reste articulé sur son réseau de bases ainsi que sur les 3e et 7e flottes (6). Sa stratégie des moyens reste marquée par le triptyque « porte – avions/sous – marins/destroyers » au terme de l’échec du programme LCS (Littoral combat ship). Des conceptions alternatives étaient pourtant possibles, taillées sur mesure pour le Pacifique et réduisant la vulnérabilité des grandes unités (7). En revanche, ses designs sont évolutifs, ce qui lui permet d’envisager l’intégration de nouveaux armements. La production de sous – marins de la classe Virginia se poursuit, avec dix unités du Block V disposant chacune de 40 lanceurs verticaux pour missiles Tomahawk, qui remplaceront les quatre Ohio gréés en lanceurs de missiles de croisière. Le premier Zumwalt est par ailleurs en cours d’équipement pour tirer 12 missiles de la version navale du LRHW (8), les deux autres unités de la classe devant recevoir le même équipement.

L’aéronavale continue de jouer un rôle essentiel, avec là aussi des évolutions dans le domaine des munitions. D’une part, avec l’Offensive anti – surface warfare (OASuW) Increment 2, nouvelle désignation du HALO (Hypersonic air – launched offensive). Le missile de croisière hypersonique, encore en développement, est d’abord destiné à être tiré depuis les avions de combat, mais pourrait donner lieu à une version à lancement de surface et sous – marin. L’aéronavale reçoit également des AGM‑158C LRASM (9). D’autre part, cette fois dans le domaine de la supériorité aérienne – sur laquelle s’appuie tout le dispositif américain – avec le missile air-air AIM‑174B. Concrètement, c’est un SM‑6 adapté au tir depuis un F/A‑18 Super Hornet (jusqu’à quatre missiles par appareil) et qui permet d’engager des cibles jusqu’à, officiellement, 240 km. Cette question de l’engagement air-air double celle de l’engagement surface-air, qui sera déterminant pour la protection des bases, principales comme de dispersion. En l’occurrence, la continuité de la production des destroyers de la classe Arleigh Burke et les performances du SM‑6 et du SM‑3 doivent, du moins en théorie, permettre de contrer les salves chinoises.

La Navy n’est cependant pas exempte de critiques, notamment dans le domaine des plus petites unités. Si elle cherche à compenser l’échec des LCS par une plus forte dotation en armements, notamment en missiles NSM, en arrière – plan, deux capacités tout aussi déterminantes que l’antinavire restent les parents pauvres de la flotte. D’une part, la lutte ASM, qui pâtit des retards et des surcoûts du programme de frégates de classe Constellation. D’autre part, l’éternelle question de la guerre des mines, sachant que si son versant offensif bénéficie d’un regain d’intérêt, le côté défensif fait toujours l’objet de débats et place Washington dans une situation de réelle dépendance à l’égard de ses alliés, en particulier du Japon (10).

Notes

(1) Philippe Langloit, « “AUKUS-pocus” : la navalisation, catalyseur en stratégie des moyens… et opérationnelle ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 98, octobre-novembre 2024.

(2) Voir Philippe Langloit, « La lente résurrection de la marine philippine », Défense & Sécurité Internationale, no 162, novembre-décembre 2022.

(3) Sur ce concept : Joseph Henrotin, « AirSea Battle : à la recherche de la contre-guerre littorale », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 39, octobre-novembre 2014.

(4) Jean-Jacques Mercier, « B-21 Raider : le premier bombardier de coalition ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 93, décembre 2023-janvier 2024.

(5) Lequel a été adapté dans les années 1980 pour emporter jusqu’à 12 AGM-84 Harpoon, un type de charge que l’on n’a plus guère observé depuis les années 1990.

(6) À ce sujet, et particulièrement celui de Guam : Joseph Henrotin, « De Taïwan, de son centre de gravité et de la viabilité du soutien américain », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 95, avril-mai 2024.

(7) Voir Milan Vego, « Guerre navale : quelles tendances ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 14, octobre-novembre 2010.

(8) Les engins sont positionnés sur la plage avant, en remplacement des deux tourelles de 155 mm, dont les munitions ne sont jamais arrivées à maturité.

(9) Officiellement qualifié d’Offensive anti-surface warfare (OASuW) Increment 1.

(10) Sur cette question : Philippe Langloit, « La flotte américaine se perd-elle en haute mer ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 98, octobre-novembre 2024.

Joseph Henrotin

areion24.news