Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 20 février 2026

La République sahraouie prend part à la réunion des services de renseignements africains à Addis Abeba

 

Le siège du Comité des services de renseignement et de sécurité de l'Afrique (CISSA), basé dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba, a abrité mardi, une conférence spécialisée de haut niveau, réunissant les directeurs généraux des services de renseignement et de sécurité du continent.

La République arabe sahraouie démocratique a participé à la réunion avec une délégation conduite par le directeur de la Direction nationale de la sécurité, de la documentation et de la protection institutionnelle, Hamma Ali Salem Malo, accompagné de Salek Wadadi, coordinateur de la CISSA. 

La délégation sahraouie a contribué aux délibérations de la conférence aux côtés de ses homologues africains, dans le cadre du renforcement de la coordination et de la consultation pour faire face aux défis croissants en matière de sécurité du continent.

Les discussions de la conférence se sont concentrées sur les moyens de réduire les sources de financement du terrorisme, d'améliorer l’echange des renseignements et le niveau de coordination opérationnelle pour lutter contre le crime organisé transnational, en particulier à la lumière des changements géopolitiques internationaux rapides et de leur impact direct sur la sécurité et la stabilité de l'Afrique.

La participation de la République sahrawie à ce forum continental reflète son engagement ferme à contribuer activement aux efforts africains conjoints visant à préserver la sécurité et la stabilité, et à renforcer l'action commune pour faire face à diverses menaces transfrontalières. 

spsrasd.info

Le détroit d’Ormuz : quelle stratégie iranienne ?

 

L’Iran, qui en est un des deux riverains avec Oman, ne conçoit pas le détroit d’Ormuz seulement comme point maritime de passage obligé, mais bien comme un levier stratégique en tant que tel, capable de transformer sa position régionale en un instrument de dissuasion concrète.

Le détroit d’Ormuz, entre la péninsule Arabique et le plateau iranien, reste assurément l’un des points névralgiques de la géopolitique mondiale, par lequel transite environ 25 % du pétrole et du gaz exporté chaque jour. Le verrou psychologique de l’affrontement ouvert avec Israël ayant sauté, comme l’a montré la guerre des douze jours et la multiplication des frappes ciblées dans la région ces dernières années, Téhéran pourrait être tenté de convertir toute escalade en menace directe sur le trafic pétrolier et, plus largement, sur la sécurité énergétique mondiale. Cette stratégie repose sur cinq piliers : la capacité à dissuader par Ormuz, le développement d’une architecture anti-accès et de déni de zone à faible cout, l’instrumentalisation économique du golfe Persique, la contestation de l’ordre régional face aux puissances rivales, et la maitrise de l’escalade via des actions en zone grise. Comprendre ce jeu d’équilibre entre menace, contrôle des crises et projection d’influence est essentiel pour appréhender les logiques iraniennes actuelles dans le golfe Persique et anticiper les risques de confrontation directe.

Le détroit d’Ormuz, levier de dissuasion asymétrique iranienne

Le détroit d’Ormuz constitue la matrice de la stratégie maritime iranienne, non seulement par son rôle vital dans le transit énergétique mondial, mais surtout comme outil de puissance. Face à l’incontestable supériorité conventionnelle des forces américaines, incarnées dans le golfe Persique par la Ve flotte, Téhéran a développé une approche asymétrique, privilégiant la menace crédible sur l’usage direct de la force. Cette logique repose sur un calibrage précis des moyens et des effets, affiné au fil des crises régionales, lui permettant théoriquement de peser sur ses adversaires tout en restant en dessous du seuil de confrontation ouverte.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique est l’outil central de cette stratégie, l’armée nationale étant cantonnée à la défense du territoire. Son dispositif combine vedettes rapides, missiles côtiers antinavires, drones de reconnaissance et de frappe, ainsi que des mines navales sophistiquées, permettant de saturer l’espace maritime à moindre cout et de compliquer toute opération extérieure, notamment par les massifs navires de guerre américains. La doctrine A2/AD (Anti-Accès/Déni d’Accès) mise en œuvre exploite ces capacités pour maximiser le cout de potentielles représailles et le risque d’une intervention, tout en limitant l’engagement de forces conventionnelles lourdes. Ces moyens ont montré une certaine efficacité : lors des crises du détroit d’Ormuz (2007, 2011 et 2018), les frappes ciblées et les dispositifs miniers ont perturbé le trafic maritime sans déclencher de riposte massive, démontrant la pertinence d’une stratégie de coercition graduée.

Dans le contexte stratégique actuel, l’importance de cette posture se renforce autant qu’elle en accentue le caractère couteux pour Téhéran. La fermeture totale du passage, bien que possible techniquement (pour un court laps de temps), constituerait un pari stratégique risqué : elle provoquerait la mobilisation simultanée des États exportateurs et importateurs, c’est-à-dire des États voisins du golfe Persique aux grandes puissances asiatiques et européennes, et isolerait Téhéran sur le plan diplomatique et économique. L’enjeu est donc de maintenir un effet coercitif crédible sans déclencher une coalition internationale contre lui.

Cette stratégie s’apparente alors à une sanctuarisation de son territoire national par le détroit d’Ormuz : en renforçant la surveillance, la mobilité et la capacité de frappe dans le passage, l’Iran crée une zone où sa souveraineté est tangible et défendable. Le détroit devient alors tant un outil de dissuasion militaire qu’un levier politique et une garantie de négociation stratégique. La combinaison de moyens asymétriques, de calculs diplomatiques et de contraintes économiques sur d’autres États lui permet de protéger son territoire et le trafic maritime tout en maintenant un équilibre délicat avec les puissances extérieures.

Cette approche illustre la sophistication stratégique iranienne mais aussi sa dangerosité : l’équilibre entre dissuasion, capacité de coercition graduée et gestion du risque international fait d’Ormuz un instrument central de la politique de puissance iranienne, pleinement intégré aux dynamiques sécuritaires du golfe Persique et du Moyen-Orient.

Le golfe Persique comme théâtre politico-économique global

Au-delà de leur dimension stratégique et dissuasive, le détroit d’Ormuz et le golfe Persique constituent un théâtre majeur, où l’Iran exerce une influence lourde sur les flux énergétiques et la stabilité régionale. Ormuz étant un passage obligé pour les exportations énergétiques des plus grandes réserves mondiales (notamment Arabie saoudite, Iran et Irak), Téhéran en tire un rôle stratégique incontournable et unique par rapport à Oman. Mascate ne dispose en effet pas des moyens militaires pour imposer une présence semblable dans ces eaux : seule la flotte iranienne, avec ses missiles côtiers, drones et vedettes rapides, auxquels s’ajoutent bases militaires cachées et exercices navals réguliers, assure un contrôle effectif et dissuasif du passage. Cette capacité iranienne transforme alors le golfe Persique en un outil de pression internationale, capable de peser sur les choix régionaux des Européens et des grands importateurs asiatiques, dont la Chine, sans recourir à une confrontation ouverte.

La stratégie iranienne intègre ainsi pleinement la dimension économique et diplomatique de cet espace maritime. Les sanctions internationales successives pesant sur lui, en particulier celles visant le secteur pétrolier, ont renforcé l’intérêt de Téhéran pour l’utilisation du golfe Persique comme levier. En menaçant de perturber le trafic maritime et donc de gêner les exportations, l’Iran peut exercer une diplomatie par la menace contrôlée, en imposant un cout économique indirect aux puissances dépendantes de l’énergie, tant exportatrices qu’importatrices. Les exemples réguliers incluent les tensions autour des expéditions de pétrole via tankers détournés ou escortés, qui rappellent que l’Iran peut influencer le marché mondial sans bloquer le détroit, préservant ainsi sa position de négociateur crédible.

Le golfe Persique est également un espace de manœuvre politique face aux fractures intra-régionales. Contrairement à l’image d’un front uni des monarchies arabes contre Téhéran, le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) est traversé par de fortes rivalités internes, comme l’illustre la crise de 2017-2021 entre le Qatar d’une part, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite d’autre part. L’Iran peut alors aisément exploiter ces divisions pour renforcer sa projection d’influence : les crises intra-CCG lui offrent des opportunités de mise en tension diplomatique ou de renforcement de ses relations bilatérales, avec le Qatar par exemple.

Par ailleurs, le contrôle relatif du détroit permet à l’Iran de combiner pression sur le marché énergétique mondial et signal politique. Cette position asymétrique, qui conjugue moyens militaires, diplomatie économique et relations régionales, fait du golfe Persique un véritable levier de puissance global, où la menace reste calibrée, crédible et réversible, évitant normalement de franchir le seuil d’une guerre ouverte.

En 2025-2026, ces dynamiques se traduisent concrètement : les incidents navals impliquant des forces iraniennes navales, les tensions avec Israël et les rivalités au sein du CCG montrent que le golfe Persique reste absolument un espace de confrontation potentielle permanente, mais également un outil de négociation stratégique et de projection d’influence. L’Iran y combine ainsi capacité coercitive, contrôle économique et exploitation des dissensions régionales, consolidant sa centralité dans la sécurité énergétique mondiale.

Zone grise, incidents navals et rivalités régionales en eaux profondes

Dans le golfe Persique, mais aussi dans la mer Rouge (c’est-à-dire l’autre rive de la péninsule Arabique), l’année 2025 a été marquée par une série d’incidents navals, saisies de navires et attaques indirectes, incarnant l’efficacité des stratégies de confrontation en zone grise. Plutôt que d’engager des opérations militaires ouvertes, les différents acteurs régionaux, qu’ils soient étatiques ou infra-étatiques, réalisent des actions limitées mais efficaces : attaques de navires commerciaux, interceptions de cargaisons d’armement, pressions maritimes sur les zones stratégiques.

Un exemple significatif est la multiplicité d’interceptions de cargaisons d’armement en route vers des zones contrôlées par les Houthis au Yémen, en partance d’Iran selon de régulières déclarations américaines, européennes et arabes notamment. En juillet 2025 par exemple, les forces alliées au gouvernement yéménite, dirigées par Riyad, ont annoncé avoir saisi une cargaison de 750 tonnes d’armes supposément en provenance d’Iran et destinées aux Houthis, comprenant missiles, radars, drones et autres équipements. Des cargaisons, régulièrement interceptées ou surveillées, soulignent l’importance des routes maritimes comme vecteur de soutien matériel indirect. 

La sécurité des routes commerciales maritimes reste par ailleurs menacée, notamment en mer Rouge, où des attaques de groupes armés touchent des navires marchands. Par exemple, l’attaque du vraquier MV Magic Seas, coulé par des drones et roquettes houtis au large du port de Hodeidah en juillet 2025, a tué plusieurs marins. De tels incidents rappellent que, bien que moins médiatisés que des affrontements directs entre États, ces actes pèsent sur l’économie maritime mondiale et la perception de sécurité des compagnies de transport.

Dans ce contexte, la rivalité au sein des États du golfe Persique a récemment pris une dimension inédite. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, longtemps alliés au sein du CCG et dans le théâtre yéménite contre les Houthis, ont vu leur coopération se fissurer en décembre 2025. À la fin de l’année, Riyad a mené des frappes aériennes contre des armes supposément fournies depuis des ports émiriens à des forces séparatistes au Yémen, notamment dans le port de Mukalla, et a accusé Abou Dhabi de soutenir des factions séparatistes du Conseil de transition du Sud. Ces événements ont provoqué une montée des tensions entre les deux monarchies usuellement alliées, symbolisant une rupture stratégique potentielle au sein du CCG et un réalignement des priorités géopolitiques régionales. 

L’ensemble de ces éléments — saisies de cargaisons d’armes, attaques navales indirectes, pressions sur les corridors maritimes, fractures intra‑CCG — illustre la centralité de la zone grise dans la stratégie iranienne et régionale. Téhéran parvient à maintenir une pression constante, à créer des couts politiques et économiques pour ses adversaires sans provoquer une guerre totale, et à tirer profit de l’évolution des dynamiques régionales pour affaiblir les réponses collectives des rivaux régionaux. Dans ce théâtre complexe, chaque incident naval devient un message stratégique, chaque saisie un levier de négociation, et chaque fracture interne du golfe Persique une opportunité d’avancer ses propres objectifs, tout en laissant ouverte la possibilité d’une désescalade contrôlée si les conditions le permettent.

Note

(1) L’Institut des relations internationales et de géopolitique (IRIG) est un think tank qui organise des conférences avec des intervenants français et internationaux, des séminaires professionnels et qui échange régulièrement avec les figures politiques françaises et les ambassades à Paris. À la mi-mars 2026 par exemple, l’IRIG recevra la ministre de la Francophonie et des Partenariats internationaux à l’occasion de la journée mondiale de la francophonie.

Kevan Gafaïti

areion24.news

Exportations américaines d’armement en Europe : le mythe de la « forteresse Europe » et les ventes FMS

 

L’Europe ferme-t-elle ses marchés d’armement aux entreprises des États-Unis ? À écouter les décideurs américains, cela semblerait être le cas. Sous l’impulsion de la Commission européenne, elle se transformerait en « forteresse » réservée aux équipements européens. Pourtant, les statistiques révèlent une tout autre image : la prédominance des contrats aux fournisseurs américains via le programme FMS (Foreign military sales). Que recouvre ce programme ? Comment assure-t-il une part de marché gigantesque aux armements américains en Europe ?

La dépendance des pays européens aux livraisons américaines de matériel militaire est un sujet polémique des deux côtés de l’Atlantique. L’administration Trump accuse constamment l’Union européenne de mettre en place des barrières protectionnistes pour favoriser les entreprises européennes au détriment des groupes américains. Ce qui n’est pas sans rappeler l’idée d’une « forteresse Europe » dans l’armement, déjà évoquée par certains think tanks de Washington au tournant du siècle (1).

Pourtant, le marché européen est loin d’être fermé aux livraisons américaines. Au contraire. Alors que les échanges semblaient s’équilibrer il y a quelques années, les livraisons américaines en Europe s’envolent depuis 2018 quand les livraisons européennes aux États-Unis stagnent (et se concentrent sur des produits intermédiaires). L’une des raisons qui favorisent l’achat de matériel américain par les Européens est sans l’ombre d’un doute le programme « Foreign military sales » (FMS) du Pentagone. D’autres voies d’exportation existent pour les entreprises américaines (Foreign military financing, Direct commercial sales, etc.), mais l’essentiel des exportations américaines passe par le programme FMS.

Une étude récente du think tank bruxellois Bruegel (2) a établi une analyse approfondie des ventes FMS entre 2008 et 2025 qui porte un regard objectif sur les flux d’armement entre les deux rives de l’Atlantique. Les données associées donnent donc une bonne approximation de l’ampleur des livraisons américaines en Europe. L’étude de Bruegel est donc précieuse… et très parlante.


Si, pendant de nombreuses années, les ventes FMS concernaient principalement le Moyen-Orient et l’Asie – Pacifique, les pays européens sont devenus les premiers contractants, avant même l’invasion russe de l’Ukraine. Selon Bruegel, l’Europe représentait seulement 8 % (en valeur) des notifications FMS pour 2008-2013, mais elle passe à 29 % pour 2014-2021 et à près de 50 % pour 2022-2025, avec des commandes cumulées de 190 milliards de dollars sur un total de 383 milliards.

Ces commandes sont disproportionnées non seulement par rapport aux livraisons européennes aux États-Unis, mais aussi si nous les comparons à la taille du marché européen de l’armement. Le ratio calculé par Bruegel est éloquent : l’Europe est inondée d’armements américains, en particulier ces dernières années. Elle est bien loin d’être une forteresse impénétrable pour les entreprises américaines.


La menace russe explique en partie l’augmentation du nombre de contrats FMS en Europe. Il ne faut pas non plus négliger le fait que les commandes récentes correspondent à un cycle de rééquipement des armées. En effet, les F‑35 remplacent les F‑16 et F‑18 achetés à partir des années 1970 ou les matériels soviétiques en fin de vie en Europe centrale et orientale. Toutefois, cela ne saurait suffire pour comprendre l’importance des contrats FMS signés ces dernières années.

Comment expliquer que les pays européens recourent autant au programme FMS alors qu’il existe des offres européennes ? Outre les raisons politiques liées au partenariat stratégique avec les États-Unis, il existe des facteurs économiques. Dans le cadre du programme FMS, la gestion des acquisitions est simplifiée puisque l’acquéreur transfère la gestion de l’achat d’armement au Pentagone. Il faut garder en tête que la plupart des pays européens n’ont pas la chance d’avoir un équivalent de notre Direction générale de l’armement (DGA). Cette dernière représente une force de frappe avec ses 10 500 militaires et civils qui apportent une expertise pour gérer des programmes d’armement dans toute leur complexité. Beaucoup de pays sont démunis pour conduire des opérations d’armement complexes du point de vue technique, administratif ou financier. Le programme FMS permet donc à ceux ne disposant pas de moyens humains ou de l’expertise requise de s’appuyer sur les ressources du Pentagone.



Les pays intéressés envoient au Pentagone une expression d’intérêt pour un matériel, qui doit être soumise au Congrès pour approbation. Le Pentagone négocie ensuite avec l’industriel concerné et signe en parallèle une lettre d’offre et d’acceptation avec l’acquéreur. Le programme FMS permet ainsi à ce dernier de réduire les risques et les coûts de transaction, qui sont pris en charge par le Pentagone, avec potentiellement des économies d’échelle quand les commandes internationales s’ajoutent aux acquisitions des États-Unis (ce qui peut être avantageux compte tenu des volumes des commandes du Pentagone).

Utiliser le programme FMS permet aux pays acquéreurs de réduire leurs coûts de transaction, c’est-à‑dire l’ensemble des dépenses nécessaires pour analyser les offres, négocier le contrat et suivre sa mise en œuvre. Pour un grand pays producteur, ces coûts représentent 1 % à 3 % de la valeur totale d’un programme, mais ils peuvent être bien plus importants en proportion pour ceux ne réalisant que de petits achats. Recourir à une offre FMS constitue donc une belle opportunité pour un petit pays européen, tout du moins en apparence. Le programme FMS n’est pas sans risques pour l’acquéreur. En effet, les prix initialement négociés ne sont pas garantis. Il s’agit d’un point de référence qui peut être substantiellement modifié lorsque la livraison va se concrétiser. Ainsi, de nombreux pays européens ont eu la mauvaise surprise ces dernières années de voir la facture s’envoler, sans que les États-Unis supportent le risque associé.

L’administration américaine a aussi la possibilité d’annuler un contrat FMS quand elle le souhaite, sans justification, sans préavis, ni dédommagement. Il existe donc un risque caché que beaucoup ne prennent pas en considération, car sa probabilité d’occurrence est considérée comme très faible entre alliés, surtout pour les pays européens. Cependant, elle n’est pas nulle et dépend du bon vouloir de l’administration et de la présidence. Comment expliquer alors que les Européens ne cherchent pas à acheter ces matériels à leurs voisins ?

Il existe une asymétrie entre les offres américaines et les alternatives européennes. Les matériels américains sont bien connus et les entreprises américaines sont aisément identifiables. À l’inverse, rechercher une solution européenne est complexe, car les sociétés sont plus petites et leurs offres sont méconnues. Il est coûteux pour les acquéreurs d’identifier les offres pertinentes en Europe et le risque existe de faire un choix erroné, surtout si un pays ne dispose que de moyens limités pour prendre sa décision. De manière paradoxale, il existe des barrières à l’entrée pour les solutions européennes en Europe, alors que la région est fortement exportatrice dans l’armement vers le reste du monde.

Le manque de transparence du marché européen est donc une partie du problème. C’est pourquoi, dans sa Stratégie pour l’industrie européenne de la défense (EDIS) de 2024, la Commission européenne a proposé de créer un « FMS européen ». Cela permettait de prendre en charge les coûts de transaction et d’assurer l’expertise pour des pays n’en ayant pas les capacités, abaissant ainsi les coûts de transaction pour les achats intraeuropéens. Cette nouvelle possibilité ferait-elle peur aux Américains ? Pourtant, un FMS européen ne permettrait qu’un « level playing field » (jeu à armes égales) avec son équivalent américain.

Contrairement à ce qu’affirment les autorités américaines, les pays européens ne sont pas protectionnistes. Ils achètent massivement des matériels américains. La réciproque n’est pas vraie, car, si forteresse il y a, cela concerne les États-Unis en raison du « Buy American act ». Les chiffres ont la tête dure et permettent comme souvent d’établir une analyse objective au-delà des propos déclaratoires.

Renaud Bellais

areion24.news

Kim Jong Un: succession sous tension entre sa fille et sa sœur

 

Les rumeurs s’intensifient autour de la succession de Kim Jong Un. Alors que le dirigeant nord-coréen entretient le flou sur l’avenir du régime, les services de renseignement sud-coréens affirmaient le 12 février qu’il pourrait désigner sa fille, Kim Ju Ae, comme héritière. Mais un autre scénario circule: celui d’une rivalité avec sa sœur cadette, Kim Yo Jong, 38 ans, figure clé du pouvoir et responsable du département de la propagande. 

Selon le journal «Metro», Kim Yo Jong envisagerait de prendre les rênes du pays si son frère venait à disparaître. Un expert cité met en garde contre une possible lutte de pouvoir entre la tante et la nièce, susceptible de déboucher sur des purges

Pas de quartier pour les proches

Fyodor Tertitskiy, historien russe et sud-coréen, a déclaré au «Mail»: «Le camp perdant pourrait être purgé avec une extrême violence, ce qui signifierait des camps de travail, des exécutions, potentiellement même des exécutions publiques ou des punitions pour les proches.» 

Personnalité parmi les plus influentes du régime, Kim Yo Jong a longtemps été perçue comme une successeure crédible. Formée en Suisse comme son frère, elle a consolidé son ascension après la mort de leur père en 2011. Mais les récents signaux laissent penser que Kim Jong Un pourrait rebattre les cartes.

L’histoire de la dynastie Kim rappelle la brutalité des successions internes. En 2013, le dirigeant avait fait exécuter son oncle, Jang Song-Thaek, ancien numéro deux officieux du régime, à l’issue d’un procès expéditif. Dans un système marqué par la répression, les rivalités familiales ne garantissent aucune protection.

Le mystère autour de Ju Ae

Si la question de sa succession ressurgit aujourd’hui, c’est aussi en raison de la santé du leader nord-coréen. Agé de 42 ans, Kim Jong Un aurait des problèmes liés à l’alcool, au tabac, à l’obésité et aux antécédents cardiaques familiaux. Il souffrirait notamment de diabète et d'hypertension.

Le mystère demeure autour de Kim Ju Ae. Son existence n’a été révélée qu’en 2022, lors d’une apparition publique aux côtés de son père pour un lancement de missile balistique intercontinental. Présentée comme l’une des trois enfants du couple formé avec Ri Sol Ju, ancienne chanteuse vedette, elle serait âgée de 12 ou 13 ans.

Kim Jong Un actera-t-il son choix?

Le dirigeant nord-coréen s’affiche de plus en plus fréquemment lors d’événements officiels d’envergure aux côtés de sa fille adolescente. Une nouvelle étape vers sa désignation comme héritière pourrait se jouer dans les prochains jours, à l’occasion du congrès du parti au pouvoir à Pyongyang.

Cette grand-messe permet au régime de dévoiler ses orientations nationales, de la politique étrangère à l'économie, en passant par le sujet ultrasensible du nucléaire. Cette réunion est aussi l'occasion pour annoncer des changements au sein de la direction du parti. Des analystes pensent que Kim Ju Ae pourrait à cette occasion être nommée première secrétaire de son comité centrale, soit la numéro deux de la formation politique. Reste maintenant à savoir si Kim Jong Un officialisera son choix... ou battra à nouveau les cartes.

Solène Monney

blick.ch

Les États-Unis veulent régler le conflit du Sahara occidental à tout prix

 

Les 8 et 9 février, les États-Unis ont réuni à Madrid le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie pour débloquer le règlement du conflit sur le Sahara Occidental, sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les Marocains sont en position de force, mais les conditions d’un accord opérationnel ne sont pas, pour autant, forcément réunies. Riccardo Fabiani, directeur du programme Afrique du Nord-Moyen Orient d’International Crisis Group, décrypte pour Mondafrique les enjeux de cette réunion. 

La réunion au niveau ministériel qui s’est tenue dans les locaux de l’ambassade américaine à Madrid aurait dû rester secrète. Elle était présidée par Massad Boulos, le conseiller spécial de Donald Trump pour les questions arabes et africaines, en présence de Staffan de Mistura, l’envoyé du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental.

Cette rencontre avait pour but de relancer le processus de règlement du conflit qui oppose le Maroc et le Front Polisario sur le statut du Sahara occidental depuis le retrait espagnol en 1976. Rabat revendique sa pleine souveraineté sur ce territoire au nom de liens historiques. Pour le Polisario, soutenu par l’Algérie – protagoniste pleinement engagé dans le contentieux, il s’agit d’un territoire colonisé ayant vocation à l’indépendance. Alors qu’Alger estime qu’il s’agit d’un conflit de décolonisation dont l’issue doit être négociée entre le Maroc et les représentants sahraouis, les Marocains entendent le traiter comme une question de sécurité régionale entre les quatre parties prenantes (la Mauritanie a renoncé à sa souveraineté sur la partie méridionale de l’ancien Sahara espagnol au profit du Polisario en août 1979, avant que celle-ci ne soit annexée par le Maroc). L’approche de Rabat a donc fini par s’imposer.

25 ans de statu quo

Le statu quo perdure depuis un cessez-le-feu négocié sous l’égide des Nations unies en 1991. Le Maroc contrôle de facto près de 80 % du territoire et le Polisario la partie orientale, tandis qu’un dispositif de sécurité, le « mur de sable », sépare les deux zones et qu’une force onusienne, la MINURSO, veille au respect du cessez-le-feu. L’Algérie abrite environ 175 000 réfugiés dans le camp de Tindouf.

Le plan de règlement onusien fondé sur le principe d’autodétermination prévoyait la tenue d’un référendum pour donner le choix à la population du territoire entre l’indépendance et l’intégration à l’État marocain. Mais le projet butte depuis plus de 30 ans sur la question de la définition du corps électoral. En 2002, le roi Mohamed VI a estimé que le référendum était impraticable et depuis 2007, le Maroc a mis sur la table un projet d’autonomie régionale sous souveraineté marocaine.

Pour sortir du statu quo, une première rencontre quadripartite a eu lieu en 2019 dans le cadre des Nations unies. Elle a tourné court après le retrait du Polisario qui estimait les discussions biaisées en faveur du Maroc. L’impasse diplomatique a poussé une partie du mouvement sahraoui à relancer la voie militaire. L’escalade a été contenue malgré une série d’incidents fin 2020, mais une crise ouverte a éclaté en juillet 2021 entre Rabat et Alger, aboutissant à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et à une course aux armements.

Un consensus diplomatique en faveur du Maroc

Ces dernières années, le Maroc a engrangé les soutiens diplomatiques, notamment celui des États-Unis qui a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental en contrepartie du ralliement de Rabat aux accords d’Abraham et de la normalisation des relations avec Israël, le 22 décembre 2020. Par la voix d’Emmanuel Macron, la France a estimé en juillet 2024 que « l’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre dans lequel cette question doit être résolue ».

La résolution 2797 votée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 31 octobre 2025 entérine le plan d’autonomie présenté par le Maroc comme la base de règlement la plus crédible. Depuis, la diplomatie américaine s’active pour ajouter la fin du conflit sahraoui au palmarès de « faiseur de paix » de Donald Trump. C’est dans cette perspective qu’a été organisée la rencontre de Madrid, dont le cadre a été limité par Massad Boulos à la mise en œuvre de la résolution 2797 et du plan d’autonomie marocain.

Forte pression exercée sur Alger et le Polisario 

Mondafrique : Comment expliquer que l’Algérie et le Polisario acceptent de prendre part à une rencontre dont le format quadripartite et la base de discussion vont à l’encontre de ce qu’ils ont toujours défendu ?

Riccardo Fabiani : Pour ce qui concerne le Front Polisario, dont il faut souligner la dépendance matérielle à l’égard de l’Algérie, il faut noter qu’il refuse de parler de « processus de négociation », mais préfère le mot « discussion ». Cette subtilité sémantique signifie qu’il entend maintenir une distance et ne pas s’engager dans une négociation sur des bases qu’il désapprouve. En réalité, il est surtout sous la menace d’un projet de loi déposé au Congrès américain en septembre 2025 qui vise à le classer comme organisation terroriste.

Quant à l’Algérie, elle a été soumise à une pression intense de la part des États-Unis. Massad Boulos s’est rendu deux fois à Alger durant les quatre derniers mois. L’Algérie doit tenir compte de son isolement croissant : elle est en crise diplomatique avec le Maroc, la France, le Mali. Son influence est en recul au Sahel, ses relations sont difficiles avec l’Europe en général. Elle se sent encerclée par ses ennemis : Israël est littéralement à sa frontière via le Maroc, les relations se sont dégradées avec la Russie depuis l’implantation des milices Wagner au Sahel et en Libye. Elle est en crise ouverte avec les Émirats arabes unis, etc.

Dans ces conditions, ce serait catastrophique pour l’Algérie d’entrer en crise avec les États-Unis, qui restent bien évidemment la puissance principale dans le monde et dans cette région. Le calcul algérien, depuis l’élection de Donald Trump, a été de rester engagé avec l’administration américaine pour la convaincre de ne pas s’aligner complètement sur le Maroc. Elle a conclu, en mai 2025, un mémorandum d’entente avec les États-Unis pour accroître la coopération en matière de défense et adopté, en juin 2025, une loi autorisant les sociétés étrangères à détenir jusqu’à 80 % des parts dans les projets miniers, pour attirer les investisseurs américains.

Mais l’Algérie est également sous la menace de sanctions américaines en vertu de la loi CAATSA (Countering America’s adversaries through sanctions Act), après avoir passé commande de 12 chasseurs et de 14 bombardiers russes. Dans ces conditions, ni l’Algérie ni le Polisario ne sont plus en mesure d’imposer leurs conditions.

Le cadre des Nations unies mis de côté

Mondafrique : L’autre élément significatif de cette rencontre n’est-il pas la mise à distance du cadre des Nations unies par les États-Unis ?

R.F. : L’engagement américain est effectivement la principale nouveauté de cette période. Depuis plus de vingt ans, ils s’étaient désengagés du conflit. Il est évident qu’ils ne croient plus du tout aux Nations unies et au multilatéralisme. On le voit avec le  «Conseil de paix» pour Gaza, qui semble avoir pour vocation d’élargir sa compétence à d’autres situations. On le voit aussi en Libye, où Massad Boulos s’efforce d’obtenir une réunification économique puis politique du pays, en contournant complètement l’ONU.

Dans le cas du Sahara, Staffan de Mistura a été invité. Américains et ONU sont censés mener conjointement les négociations. Mais la vérité, c’est que ce sont les États-Unis qui mènent réellement le jeu. De leur point de vue, et on ne peut pas leur donner tort, rien n’a avancé depuis plus de trente ans, ils sont convaincus qu’il faut tenter des approches diplomatiques complètement différentes par rapport au passé.

Mondafrique : Ce processus peut-il réussir là où l’ONU a échoué ?

R.F. : Les dirigeants du Polisario sont conscients des contraintes, mais les réfugiés, les jeunes Sahraouis, sont sur une ligne beaucoup plus radicale. Ils comprennent le besoin d’une diplomatie, les menaces de Washington, mais ils sont hostiles à une négociation sur la base proposée par le Maroc. Bachir Mostafa Saïd, le frère du fondateur du Polisario, qui est le représentant de l’opposition à la direction du Polisario, a publié un article à la veille de la réunion de Madrid pour critiquer complètement cette approche. Il estime que le Polisario est en train de céder aux pressions de l’administration Trump, mais qu’il n’a rien à y gagner. Comment imaginer que le Polisario puisse accepter l’autonomie alors que l’écrasante majorité des réfugiés y est opposée ?

Pour les Sahraouis, il y a une ligne rouge : ils sont disposés à participer à n’importe quel processus parrainé par les Américains, à discuter de l’autonomie, mais ils ne renonceront pas à un référendum qui inclut l’option de l’indépendance. Pour les Marocains, l’idée d’un référendum limité au peuple sahraoui qui mentionne l’option de l’indépendance est tout aussi inacceptable.

Dès lors, je vois deux scénarios. Le premier, c’est que les Sahraouis et les Algériens restent engagés dans ce processus à cause de la pression américaine, mais fassent durer les négociations en entrant dans des discussions extrêmement détaillées et extrêmement complexes pour retarder le moment d’un accord et de l’heure de vérité. Le second scénario, c’est que Donald Trump commence à faire pression directement sur les Algériens, le Polisario et les Marocains pour aboutir à un accord avant le mois de mai. Mais la question, ce serait alors l’opérationnalisation d’un accord obtenu dans telles conditions. On court le risque de déclencher une révolte dans les camps de réfugiés, potentiellement aussi de violence, donc de divisions au sein du Polisario, de l’apparition de nouveaux mouvements…

Vers un rapport de force frontal

Mondafrique : Que pourrait concéder le Maroc pour tenter d’amener le Polisario et l’Algérie à un accord acceptable ?

R.F. : De toutes mes conversations avec les responsables marocains, j’ai compris qu’ils ne sont pas intéressés du tout par un compromis avec l’Algérie et le Polisario, et que les conséquences de l’imposition du plan d’autonomie sur la stabilité de l’Algérie et les risques de violence dans les camps des réfugiés, ce n’est pas leur problème. Leur priorité, c’est de garder cette relation privilégiée avec les États-Unis.

Leur objectif n’est pas d’aboutir à un accord mais de bâtir une coalition de pays qui soutiennent le plan de l’autonomie et reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara pour ensuite faire voter par l’Assemblée générale des Nations unies le retrait du Sahara occidental de la liste des territoires non autonomes. À partir de là, légalement, il n’y a plus de conflit et ils auront les mains libres pour imposer leur plan.

Mondafrique : Au risque d’une nouvelle escalade militaire avec l’Algérie ?

R.F. : En réalité, ils n’ont pas peur d’une confrontation militaire parce qu’en cas de reprise des affrontements, les forces marocaines sont certaines d’avoir l’appui des États-Unis, d’Israël, de la France…

Et surtout, ils sont convaincus qu’à cause de ces rapports de force, l’Algérie ne s’engagera jamais dans une confrontation militaire et donc qu’ils ont assez de soutien diplomatique pour la forcer à accepter cette nouvelle situation.

Mondafrique : Avant d’en arriver là, que sait-on du résultat de la rencontre de Madrid ?

R.F. : C’est un peu un mystère parce que les négociateurs ont reçu la directive très claire de la part des Américains de garder le silence pour minimiser le risque d’interférences et de pressions à travers la presse de la part des bases respectives du Polisario, de l’Algérie et du Maroc. C’était une réunion préliminaire. Les détails de cette première réunion restent donc impossibles à connaître.

Ce qu’on sait, c’est qu’il n’y a pas eu d’accord, ni même de consensus. On a parlé de la formation d’un comité technique qui travaillerait sur un accord cadre qui serait ensuite approuvé à Washington au mois de mai… Mais apparemment, c’est plutôt une spéculation de la part de la presse marocaine.

Selim Jaziri

mondafrique.com