Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 16 février 2026

Epstein-Afrique : la nausée mondialisée

 

Si tu veux dîner avec le diable, dit le proverbe, mieux vaut se munir d’une grande cuillère. Dans le dossier Epstein, aucune n’a de tige assez longue. L’affaire ressemble au labyrinthe du Minotaure qui serait submergé par les égouts. Une toile d’araignée planétaire où se croisent figures politiques, fortunes privées et réseaux d’influence en quête de sexe, d’argent et de pouvoir. Après bien des atermoiements, le rideau s’est finalement levé. Mondafrique propose une série d’articles consacrés aux apparitions de l’Afrique dans les « Epstein files », où il est surtout question de business, de diplomatie informelle et de réseaux d’influence.

À prendre avec des pincettes 

La divulgation des dossiers Epstein était une promesse de campagne de Donald Trump. Mais plus que le Président lui-même, ce sont surtout ses partisans du mouvement MAGA (Make America Great Again) qui ont exigé que toute la lumière soit faite. Sous pression de ses militants et après beaucoup d’hésitations, l’administration américaine a fini par se résoudre à ouvrir la boîte de Pandore, le 30 janvier dernier.

Si cette affaire suscite autant d’intérêt, c’est en raison de la nature et de la gravité des faits, du statut social des personnes impliquées et de l’impunité dont elles ont bénéficié. Cependant, les noms qui y figurent ne sont pas nécessairement tous liés à des crimes : être cité ne prouve rien en soi. Pour tenter de comprendre et d’y voir clair, il faut réaliser un travail de fourmi, analyser et recouper des centaines de milliers de pages et d’images. Ce travail aurait dû être effectué par les justices nationales, mais cela n’a pas été le cas, notamment en France. Ce vide judiciaire s’explique par les puissants réseaux d’influence où évoluait Jeffrey Epstein. On ne peut donc que se réjouir que cette affaire émerge enfin, à condition de faire le tri.

Qui était Jeffrey Epstein ? 

Né en 1953 à New York dans un milieu populaire, Jeffrey était un financier au parcours atypique, passé de l’enseignement à la gestion de fortune pour des clients très riches, dans des conditions pour le moins intrigantes. Il est condamné une première fois en 2008 en Floride pour proxénétisme de mineures. A la suite d’un accord de plaidoyer très clément qui lui évite des poursuites fédérales plus lourdes, il est libre. Dès cette époque, tout le monde sait.Malgré cela, il a continué à fréquenter des cercles très influents. Jeffrey Epstein meurt en 2019, dans des conditions troubles, alors qu’il était en détention provisoire en attente de son procès.

Sa complice et associée Ghislaine Maxwell, est, elle, toujours en détention. C’est une figure centrale du dossier, fille du magnat de la presse britannique Robert Maxwell, elle-même très introduite dans les milieux mondains et politiques internationaux. L’étendue de leurs carnets d’adresses, mêlant responsables politiques, grandes fortunes, universitaires et figures du show-biz, est époustouflante. Des personnalités comme Bill Clinton, le prince Andrew, Anne de Rothschild ou, en France, Caroline Lang – la fille de Jack Lang – s’y trouvent. Cette capacité à rester socialement fréquentable malgré une condamnation infamante explique en partie pourquoi l’histoire est hors-norme. Elle pose une question persistante : comment Jeffrey Epstein, déjà condamné pour de tels, faits a-t-il pu conserver si longtemps un tel accès aux élites ?

Les pays du Sud globalement épargnés

Le versant africain du dossier tranche avec son cœur judiciaire américain. En Afrique, il est surtout question de voyages d’affaires, de demandes de visas et de connexions politiques, la plupart en lien avec Israël. Plusieurs anciens responsables du renseignement, dont Ari Ben Menashe, ont évoqué les liens entre Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell et le Mossad depuis les années 1980. Ceci expliquerait l’étendue de leurs contacts sur tous les continents et dans tous les milieux et leurs liens avec l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak.

Dans plusieurs pays africains, comme en Côte d’Ivoire et en Libye, il s’agit bien de contrats financiers en lien avec les intérêts de Tel Aviv.

Pour autant, et en l’état des connaissances à ce jour, il n’y a pas d’allégations crédibles ou documentées d’activités sexuelles criminelles sur le continent. Idem pour la Chine et l’Asie,  où comme en Afrique, il s’agit seulement de connexions diplomatiques ou d’influence. Seule l’Amérique du Sud, principalement le Brésil, a été touchée. Le complice du couple Epstein-Maxwell, le Français Jean-Luc Brunel – mort en détention à Paris en février 2022 – recrutait des adolescentes, parfois âgées de moins de 16 ans, attirées par les concours de beauté ou les contrats de mannequinat. Néanmoins, la majorité des exactions sexuelles est concentrée aux États-Unis, sur des îles privées des Caraïbes et au Nouveau-Mexique.  

Les pays du Sud apparaissent, pour l’essentiel, en marge du volet criminel de cette affaire. Se dessine, en revanche, le portrait d’une élite mondialisée qui a dominé les cercles du pouvoir, de la finance et de l’influence pendant plus de trente ans. Une élite souvent prompte à donner des leçons de gouvernance ou de morale publique, et que l’affaire rattrape aujourd’hui. À bien des égards, le scandale Epstein ressemble au crépuscule d’un entre-soi globalisé qui s’imaginait intouchable.

Les amis du milliardaire à Abidjan

Comme ailleurs dans le monde, les révélations autour de Jeffrey Epstein font beaucoup de bruit en Côte d’Ivoire. En réalité, le pays n’apparaît que de façon marginale dans les millions de pages publiées, essentiellement entre 2012 et 2014. Le sulfureux personnage n’y joue qu’un rôle d’intermédiaire. Le vrai sujet est ailleurs : ces fuites illustrent la construction d’un appareil de surveillance destiné à verrouiller le pouvoir d’Alassane Ouattara.

Sous Laurent Gbagbo (2000-2010), la Côte d’Ivoire entretenait des relations étroites avec Israël. Pendant la crise post-électorale de 2010-2011, les autorités israéliennes sont restées très discrètes, ne prenant position ni pour un camp ni pour un autre, au moins publiquement. Lorsqu’Alassane Ouattara arrive au pouvoir en 2011, il ne dispose pas de canaux privilégiés avec Tel-Aviv. La tentative de coup d’État de 2012 change la donne : le Président cherche alors des outils pour sécuriser son fauteuil.

Du partenariat sécuritaire au verrouillage du pouvoir 

C’est dans ce contexte que s’activent l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak et Jeffrey Epstein. Les documents disponibles décrivent un travail méthodique de mise en relation, d’organisation de rencontres et de transmission de propositions pour des systèmes de surveillance des communications. Des proches du pouvoir, comme la nièce d’Alassane Ouattara, Nina Keïta, et Sidi Tiémoko Touré, alors chef de cabinet du président de la République, apparaissent comme points de contact dans ces échanges.

Sur les réseaux sociaux, une photo (voir ci-dessus) d’un déjeuner montrant Hamed Bakayoko – le Premier ministre décédé en 2021– aux côtés de Jeffrey Epstein a été largement commentée. Pourtant, rien dans les documents ne prouve une quelconque proximité entre ces deux hommes. Hamed Bakayoko n’agit ici qu’en tant que ministre de l’Intérieur de l’époque, dans le cadre de ce contrat.

Interception des communications et cyber-surveillance

À partir de 2013-2014, l’État ivoirien renforce fortement ses capacités de surveillance : interception des communications, cyber-surveillance, centralisation du renseignement, montée en puissance d’unités spécialisées. Officiellement, il s’agit de lutte antiterroriste. Dans les faits, ces outils, qui n’ont cessé de s’améliorer, donnent au pouvoir une capacité inédite de suivi des oppositions, des mobilisations et des voix critiques.

Jeffrey Epstein n’a été qu’un facilitateur. L’enjeu réel est l’importation d’un modèle sécuritaire qui a contribué à durcir le contrôle politique en Côte d’Ivoire, comme l’a montré l’élection présidentielle d’octobre 2025.

Israël y a gagné sur tous les tableaux : sur le plan financier, avec de juteux contrats de sécurité pour ses entreprises privées et par la mise en place d’outils qui lui permettent d’accéder à de nombreux renseignements et de surveiller l’importante communauté libanaise en Côte d’Ivoire.

Libye : les milliards et la guerre

L’affaire Epstein ressemble à un tonneau des Danaïdes : chaque jour apporte son lot de révélations. Dans le cadre de sa série Afrique, Mondafrique observe aujourd’hui les échanges sur la Libye, qui prennent une résonance particulière replacés dans le contexte de l’époque. Leur publication coïncide avec l’assassinat de Saïf al-Islam, ce qui souligne une fois de plus la dimension tragique du destin de ce pays.

Chasse au trésor

En février 2014, au moment du déclenchement des troubles en Ukraine, Jeffrey Epstein écrit à son ami Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien : « Avec l’explosion des troubles civils en Ukraine, en Syrie, en Somalie et en Libye, et le désespoir de ceux qui sont au pouvoir, n’est-ce pas parfait pour vous ? » Ce message est l’illustration parfaite d’un cynisme décomplexé, qui voit d’abord des opportunités en or dans les crises géopolitiques, le chaos et la misère du monde.

Selon les documents publiés par le Département de la Justice américain (DOJ) en février 2026, l’intérêt d’Epstein pour la Libye est antérieur à la guerre de 2011. Des e-mails de 2010 montrent des discussions autour de prêts libyens provenant de la Libye et chiffrés en milliards de dollars à destination de Dubaï, impliquant le banquier anglais basé aux Émirats arabes unis Terence Allen et le prince Andrew.

Autour des fonds libyens, un casting international

L’histoire ne dit pas si ces projets ont abouti, mais l’appétit d’Epstein pour ce pays, lui, n’a pas faibli. En mars 2011, alors que Kadhafi est encore au pouvoir, la création du Conseil national de transition et du groupe des « Amis de la Libye », soutenus notamment par la France de Nicolas Sarkozy, s’accompagne d’une résolution du Conseil de sécurité gelant les avoirs libyens à l’étranger. Ces montants sont alors estimés à plus de 80 milliards de dollars.

Trois mois plus tard, en juillet 2011, l’associé du prédateur sexuel et financier, Greg Brown, lui adresse un e-mail décrivant des opportunités financières et juridiques liées au « chaos politique et économique » libyen. Il y est question d’identifier et de récupérer des actifs gelés qualifiés de « volés », avec des commissions à la clé. Brown évoque des discussions avec des cabinets d’avocats internationaux rémunérés au résultat ainsi que l’appui possible d’anciens membres du MI6 britannique et du Mossad israélien pour tracer ces fonds.

Le courriel estime à 80 milliards de dollars les avoirs gelés dans le monde, dont 32,4 milliards aux États-Unis, et avance que les montants réels pourraient être trois à quatre fois supérieurs en fonds souverains détournés. Il évoque des perspectives de gains de plusieurs milliards via des commissions de 10 à 25 % sur 5 à 10 % des sommes récupérées. Il souligne aussi l’enjeu de devenir partenaire privilégié de la Libye pour la reconstruction, estimée à au moins 100 milliards de dollars, en rappelant les réserves énergétiques du pays et son taux d’alphabétisation élevé.

On ignore l’issue de ces projets

Une nouvelle fois, l’histoire ne dit pas sur quel trésor cet aréopage a fini par mettre la main. D’autant, qu’ils n’étaient pas les seuls à chasser les fonds libyens. Tout ce que la planète compte comme escrocs, barbouzes, cabinets d’avocats s’y sont essayés.

Pour preuve, d’autres documents publiés eux en 2019, relient Sidney Blumenthal, conseiller d’Hillary Clinton, dans des démarches de récupérations « d’actifs pillés » à la Libye auxquelles Epstein aurait également participé. Des correspondances du financier prédateur mentionnent un projet de déplacement en Libye via Malte pour discuter de ces sujets, sans précisions de date.

Quinze ans après la guerre de l’OTAN et la chute de Kadhafi, le pays est toujours en proie au chaos, un désordre qui arrange bien des intérêts. Tant que le pays reste fragmenté et divisé, l’État n’est pas en mesure d’exiger la restitution de ses avoirs. Les milliards continuent de dormir ailleurs, d’y produire des intérêts et de susciter des convoitises.

Sénégal, le pari manqué du financier

Avec près de 800 apparitions dans les Epstein files, le Sénégal fait partie des pays africains les plus concernés (après l’Afrique du Sud) par ce dossier aux ramifications planétaires. Cité plus de 500 fois, Karim Wade, le fils d’Abdoulaye Wade, est au centre des écrits de Jeffrey Epstein concernant le Sénégal. En effet, l’homme d’affaires voyait en lui un futur Président. 

Au centre de plus de 500 e-mails, Karim Wade est sans doute la personnalité politique sénégalaise la plus exposée. Au Sénégal, ses rapports avec le sulfureux homme d’affaires suscitent pas mal d’interrogations et de zones d’ombre, même si jusque-là, aucun fait compromettant n’est apparu. La relation entre les deux hommes est amicale et nourrie par des dons financiers importants, des services de mise en relation et des projets d’affaires.

Des rapports privilégiés 

Epstein semble avoir beaucoup misé sur celui qui fut le ministre de l’Énergie et de la Coopération internationale d’Abdoulaye Wade. Dans un mail du 29 novembre 2016 adressé à l’influent Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton puis directeur du Conseil économique national de la Maison Blanche sous Barack Obama, Epstein présentait son ami Wade comme « l’une des personnalités les plus importantes d’Afrique de l’Ouest », qui deviendrait, à coup sûr, Président de la République en 2019 ou 2024. (Karim Wade, alors tout juste libéré après une condamnation à trois ans d’emprisonnement, ne participera pas, finalement, à ces élections, étant déclaré inéligible par le Conseil constitutionnel).

Epstein était convaincu que la condamnation de Karim Wade visait surtout à l’empêcher d’être candidat. « Il se trouve actuellement au Qatar, où il attend son retour au pouvoir, qui est presque garanti. C’est le plus charismatique et le plus rationnel de tous les Africains, et il a leur respect », écrivait Epstein très élogieux. Il répondait à une question de Summers lui demandant « qui est le type avec qui » il lui avait « arrangé un rendez-vous ». 

Dès sa sortie de prison le 24 juin 2016, par l’effet d’une grâce présidentielle, Karim a renoué avec Epstein. En atteste une conversation du 26 juin, moins de 48 heures après sa libération suivie de son « exil » à Doha, au Qatar, à bord d’un jet privé affrété par les plus hautes autorités de ce pays du Golfe où il est installé depuis lors.     

Quand Epstein mobilisait tout Washington pour faire pression sur Dakar 

Les échanges entre Epstein et Karim Wade remontent au moins à l’année 2010, si l’on en croit les documents rendus publics le 30 janvier par le ministère américain de la Justice. Ils sont très fréquents entre 2010 et 2012, avant l’arrestation de Karim Wade, en avril 2013, suivie de sa condamnation en mars 2015 pour enrichissement illicite. Lâché par plusieurs de ses amis, Karim a pu compter sur Epstein qui ne l’a pas abandonné dans sa longue bataille judiciaire contre le régime de Macky Sall.

À sa demande, le financier américain lui fait un don de 100 000 dollars US (environ 55 millions de francs CFA) pour s’attacher les services du cabinet Nelson Mullins à Washington. L’objectif est d’obtenir le soutien des États-Unis pour pousser le Sénégal à donner suite à la décision du Groupe de travail des Nations Unies qui avait déclaré « arbitraire » la détention de Karim Wade. 

Le 20 janvier 2016, Epstein informe les proches de Wade qu’il a payé la note. Les documents montrent également des traces de transactions avec Me Seydou Diagne, un avocat de Karim Wade, pour un montant avoisinant 500 000 dollars US, soit plus de 237 millions de francs CFA. Officiellement, si l’on en croit les Epstein Files, il s’agirait du paiement d’honoraires relatifs à l’assistance juridique dans le cadre du suivi des opérations et des investissements.

Ce qui est curieux pour un observateur, c’est que Karim Wade, condamné pour s’être enrichi illicitement de plus de 69 milliards de francs CFA et condamné à rembourser cette somme ainsi qu’une amende du même montant, semblait alors dans l’incapacité de financer sa défense.

En avril 2016, Bob Crowe, associé au cabinet Partners Nelson Mullins, informe Epstein d’une réunion fructueuse au Département d’État le même jour. « Mon contact travaille en coulisses pour aider à faire pression sur Macky Sall et son administration. Notre ambassadeur apporte également son aide », assure le lobbyiste. Et d’ajouter : « Nous travaillons également avec le Département d’État pour que la détention de Wade soit mise en évidence dans le rapport sur les droits de l’homme au Sénégal pour l’exercice 2017. »

Les résultats d’un lobbying intense

Du côté du Congrès, les résultats semblent moins positifs, à cause de la publication, au même moment, des Panama Papers. Mais les lobbyistes engagés par Epstein s’accrochent. Le 19 mai 2016, dans une lettre adressée à Élisabeth Feliho (assistante de Karim Wade), Vinoda Basnayake, du cabinet Nelson Mullins, annonce une délégation du Congrès au Sénégal. « Cela pourrait être une occasion importante pour rencontrer certains membres très influents du personnel chargés de la politique étrangère », écrit-il à Féliho.

Dans ce cadre, pour faciliter la rencontre, les lobbyistes se sont rapprochés de Yebbie Watkins, l’un des membres du personnel, proche collaborateur de l’influent James Clayburn – responsable au sein du Caucus noir. L’objectif est non seulement de faire connaître l’histoire de Karim Wade à certains leaders du Congrès mais aussi de placer les projecteurs sur son cas.

C’est dans ce contexte que le fils de l’ancien Président est libéré dans la nuit du 23 au 24 juin. En sus du lobbying américain exercé à la demande d’Epstein, d’autres réseaux locaux – en particulier les marabouts – ainsi que qataris ont également pesé dans les tractations.

Macky Sall, Khalifa Sall et Jean-Claude Mimran

Les autres courriers de Jeffrey Epstein liés au Sénégal sont rares. Les recherches sur l’ex président Macky Sall ne font ressortir que 37 résultats, presque tous liés directement à l’affaire Karim Wade. Il y est soit critiqué pour avoir fait emprisonner« arbitrairement » un opposant politique, soit interpellé par le biais d’intermédiaires. Il en va de même pour Khalifa Ababacar Sall, à l’époque maire de Dakar, dont les relations avec Karim Wade étaient exécrables.

Quant à Cheikh Kanté (l’ancien directeur général du Port autonome de Dakar), il est cité dans un mail entre Epstein et le top management de DP Word – l’opérateur principal du Port autonome de Dakar – en l’occurrence Mohammed Sharaf, alors bras droit du PDG de l’entreprise émiratie, le Sultan Bin Sulayem, autre ami d’Epstein et proche de Karim Wade (plus de 4700 occurrences dans les Epstein files.) 

La dernière personnalité du Sénégal qui apparaît furtivement dans l’une des conversations est le patron de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), le milliardaire français Jean-Claude Mimran, cité comme participant à un dîner, le 10 décembre 2009, avec le prince Andrew. L’expéditeur du mail, dont le nom est masqué, informe Epstein qu’il va « dîner avec Andrew ce soir » et qu’il a également invité le magnat sénégalais du sucre, l’un des hommes les plus puissants du pays.

Mor Amar

mondafrique.com

Ces Ukrainiens qui travaillent pour le compte des services de renseignement russes

 

Pour la majorité des Ukrainiens qui acceptent de travailler pour le compte de la Russie, la motivation est financière plus qu'idéologique. Photographies de sites militaires et d'usines, d'infrastructures énergétiques, de voies ferrées permettant à l'armée russe de localiser ses cibles, poses de bombes dans divers lieux tels que des commissariats ou des gares, incendies de véhicules militaires... Autant de missions allant de l'espionnage au sabotage auxquels ont cédé des Ukrainiens de divers profils. 

Un Ukrainien peut gagner jusqu'à 300 dollars pour enregistrer un terminal Internet par satellite Starlink qui puisse servir à l'armée russe. C'est en tout cas ce qu'a affirmé Serhiy Beskrestnov, conseiller du ministère de la Défense russe le 8 février, cité par le média ukrainien dev.ua. Les quelques centaines de dollars peuvent sembler bien peu au vu du risque encouru en Ukraine pour trahison. Compter entre 12 et 13 ans de prison voir la perpétuité, affirment nos confrères. Les sommes varient tout de même, selon les taches demandées par le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB) et consorts.

"Les agents des services de renseignements russes recrutent principalement des personnes qui ont désespérément besoin d'argent, comme des chômeurs ou des personnes souffrant de diverses dépendances à la drogue, à l'alcool ou aux jeux de hasard", rapporte la chaîne américaine CNN, qui a interrogé le service de sécurité ukrainien (SBU). C'est sur la messagerie Telegram que s'effectuent le plus grand nombre de recrutements, sous forme d'annonces, confirme un membre du contre-espionnage du SBU joint par la télévision américaine. 

"Ils assignent progressivement des tâches. Au départ, celles-ci sont très basiques – acheter du café, prendre une photo d'un reçu dans un café. Pour cela, les fonds sont transférés sur une carte bancaire et le processus de recrutement commence progressivement", affirme l'agent qui conserve l'anonymat. Ce dernier explique que les "tâches plus sensibles" interviennent plus tard, comme "installer des caméras le long des voies ferrées, photographier des installations militaires, etc.", rapporte-t-il à nos confrères. 

Cela a été le cas d'Olena et Bohdan, 19 et 22 ans, un jeune couple ukrainien qui a expliqué en novembre 2025 au média américain Politico vouloir "vivre ensemble mais être endettés et travailler beaucoup", sans parvenir pour autant à joindre les deux bouts. Ils ont tous deux été arrêtés après avoir dissimulé des caméras devant un commissariat et devant une voie ferrée sur laquelle transitaient des trains transportant des équipements militaires occidentaux. Leur dernière tache: poser des caméras qui permettraient de repérer les emplacements de défense aérienne ukrainienne dans la région de Kiev, rapporte le média.

"Ces hommes-là ne vous laissent pas partir facilement", a affirmé le jeune homme, craintif de ce que les Russes auraient pu faire s'ils avaient cherchés à rompre leur activité avec les Russes. Une crainte confirmée par l'officier du contre-espionnage de la SBU interrogé par CNN. "Les gens ne peuvent pas faire machine arrière", explique-t-il, les Russes les menaçant de les livrer au SBU. 

Une jeune femme de 19 ans interviewée par CNN, Hrystyna Garkavenko, a avoué de son côté avoir noué des liens avec l'agent russe du FSB à qui elle fournissait notamment des renseignements sur la localisation de personnels militaires à Pokrovsk. "Je voulais lui parler davantage, et pour cela, j'ai accepté de l'aider", explique la jeune femme, sans donner plus de détails.

Des proies faciles, missionnées à distance, dont les services de renseignement russes ne se soucient pas vraiment selon le SBU. "Transmettre des informations aux services de renseignement russes est la trahison la plus courante en temps de guerre", rapporte d'ailleurs Ivan Kisilevych, chef du département du Bureau du Procureur général en Ukraine auprès de CNN. 

En Russie, de lourdes peines pour des adolescents accusés de trahison

Pour ces jeunes ukrainiens, les procès seront équitables et la procédure des tribunaux régulière, selon Andrii Yakovliev, un avocat de la défense à Media initiative for human rights, une ONG ukrainienne, interrogé par la chaîne américaine. Ce n'est pas forcément le cas des Russes accusés d'espionnage dans leur pays. 

"Toute personne acceptant d’aider l’ennemi sera identifiée et poursuivie en justice, et elle encourra des peines pouvant aller jusqu’à la prison à vie", avertissait le FSB dans un communiqué datant de janvier, consulté par le journal français Le Monde. Il y a deux mois, la loi abaissait d'ailleurs à 14 ans l'âge de la responsabilité pénale pour le "terrorisme" et le "sabotage" en Russie. 

Une vidéo publiée le 28 janvier par l'agence de presse russe Tass montre l'interrogatoire d'un garçon de 14 ans. Accusé d'avoir "comploté un incendie criminel contre un bâtiment du ministère de la défense" en mai 2025 pour le compte d'une "organisation terroriste ukrainienne", l'adolescent a été condamné à 7 ans de prison. Son procès s'était tenu à huis clos, tout comme celui de l'adolescente de 17 ans, Eva Bagrova, rappelle Le Monde. Condamnée à 4 ans de prison le 13 octobre 2025 pour avoir affiché des images de membres du Corps des volontaires russes combattant du côté de l’Ukraine à son collège, le procès s'est tenu sans sa famille ni aucun avocat. 

 Séraphine Charpentier

information.tv5monde.com

Le renseignement russe a repris les réseaux d’influence de Prigojine en Afrique

 

En octobre 2025, la rédactrice en chef du média The Continent reçoit un mail anonyme. 1 431 pages de documents internes au réseau de feu Evgueni Prigojine. Plans stratégiques, rapports d'activités, budgets, biographies… Une mine d'informations qui permettent aujourd'hui aux enquêteurs de Forbidden Stories de confirmer que le réseau d'influence a été repris en main par le service de renseignements extérieurs russes (SVR) et de montrer comment il s'est étendu bien au-delà du laboratoire centrafricain.

Ainsi, piloté de Saint-Pétersbourg, c'est un maillage en expansion que ces documents permettent de mieux comprendre, une stratégie d'influence destinée à des pays d'Amérique latine, du continent africain, mais aussi du Moyen-Orient, avec de plus en plus de moyens financiers et humains mobilisés pour une stratégie affinée – pays par pays – après une étude de terrain ; des enjeux ; avec un objectif, clairement énoncé, noir sur blanc de – pour ce qui est du continent – « reformatage de l’espace africain, avec la création d’une ceinture de régimes amis de la Fédération de Russie ».

Des sociologues et des politologues par dizaines envoyés en Amérique latine et sur le continent africain pour élaborer des stratégies au long cours, affinées pays par pays. Avec la preuve noire sur blanc d'un budget de 300 000 dollars par mois, alloués aux médias et journalistes locaux chargés de relayer des éléments pro-russes ou fausses informations.

Dans ces prochaines publications étalées sur plusieurs semaines, la plateforme d'investigation prévoit de détailler comment les stratèges de l'influence russe ont ainsi élaboré un scénario de coup d'État au Sénégal, planifié une stratégie du chaos en Libye, l'expropriation d'Orano au Niger ou encore imaginé la construction d'une « confédération de l'indépendance » au Sahel, c'était en 2023, juste avant la création de l'AES.

Dans cette stratégie d'influence, un volet « médias » a particulièrement intéressé les enquêteurs de Forbidden Stories. Pour s'immiscer dans le débat public ou façonner l'opinion, des journalistes sont recrutés, payés pour produire ou relayer des contenus favorables au Kremlin, anti-Occidentaux ou simplement de fausses informations.

Dans les documents internes à ce réseau qui se fait appeler « la Compagnie » figurent même des éléments permettant aux auteurs de « Propaganda Machine » d'affirmer qu'un budget de 300 000 dollars par mois a pu être dédié à ce volet « Médias ». « Certains journalistes ou médias ont été payés jusqu’à 600 dollars au Bénin, 2 500 dollars en Argentine, voire 10 000 dollars pour un papier sur la Libye », selon les tableaux financiers que la plateforme Forbidden Stories a pu analyser avec ses partenaires.

rfi.fr

Jeffrey Epstein: un médecin estime que la cause de la mort doit être réexaminée


Bien qu’il n’ait pas pratiqué lui-même l’autopsie, le Dr Michael Baden
y a assisté en tant qu’observateur pour la famille
«Je n’ai jamais vu, en 50 ans d’examen de rapports d’autopsie concernant des décès de détenus, 
une pendaison suicidaire avec trois fractures du cou»  
Dr Michael Baden
Fox News

 

Jeffrey Epstein a été étranglé, et non pendu dans sa cellule new-yorkaise, selon un médecin présent lors de son autopsie. Le Dr Michael Baden estime que la cause de la mort du délinquant sexuel doit être réexaminée, près de sept ans après qu’il a été retrouvé inanimé au Metropolitan Correctional Center, le 10 août 2019. Le spécialiste conteste la conclusion du médecin légiste de New York, selon laquelle le millionnaire se serait suicidé par pendaison en attendant son procès pour trafic sexuel.


Le fait que la caméra du bloc d'Epstein (sa cellule est ici bouclée avec du ruban jaune de la police) 
n'ait pas fonctionné par moments amène également les critiques à douter de la version officielle
EFTA00161494/justice.gov

«À mon avis, sa mort a très probablement été causée par une strangulation plutôt que par une pendaison», explique au «Telegraph» le pathologiste, mandaté par les représentants légaux du patrimoine d’Epstein après sa mort. Il juge qu’au vu des éléments désormais disponibles, une nouvelle enquête sur les causes et les circonstances du décès est justifiée. Bien qu’il n’ait pas pratiqué lui-même l’autopsie, le Dr Michael Baden y a assisté en tant qu’observateur pour la famille. Selon lui, les résultats étaient alors «non concluants» et davantage d’informations étaient nécessaires.


Il se serait pendu avec un nœud coulant fabriqué à partir de vêtements de prison
US-Justizdepartement


Pourtant, cinq jours plus tard, la médecin légiste en chef de New York, la Dre Barbara Sampson, a conclu à un suicide par pendaison. Elle n’était pas présente lors de l’examen, affirme le Dr Baden. Les autorités fédérales, dont le Ministère de la justice et le FBI, maintiennent qu’Epstein s’est suicidé et qu’aucune preuve ne suggère un homicide. Mais la publication récente de plus de trois millions de documents a relancé les interrogations.

Des images inédites montrent Jeffrey Epstein juste après sa mort. D’autres éléments mentionnent une «forme orange» aperçue la veille au soir dans l’escalier menant à son étage. Le FBI a envisagé qu’il puisse s’agir d’un détenu, tandis que l’Inspection générale a évoqué la possibilité d’un agent transportant du linge. Les conclusions internes contredisent des déclarations publiques antérieures affirmant que personne n’était entré dans la zone cette nuit-là.


Vers 22h39, une «tache orange» se déplace par un escalier en direction de l'étage d'Epstein
Bureau des Prisons des Etats-Unis



Les spéculations autour de sa mort ont notamment été alimentées par le fait que les gardiens responsables
 se trouvaient à proximité immédiate de la cellule, ...
EFTA00161494/justice.gov


... mais n'ont pas remarqué la tentative de suicide pendant des heures. Selon leurs propres déclarations, 
ils avaient sauté plusieurs rondes de contrôle. Sur la photo, la cellule d'Epstein après sa mort
EFTA00161494/justice.gov

L’autopsie officielle fait état de trois fractures au cou. Or, «je n’ai jamais vu, en cinquante ans d’examen de rapports d’autopsie concernant des décès de détenus, une pendaison suicidaire avec trois fractures du cou», assure le médecin. Selon lui, ces lésions sont davantage compatibles avec une strangulation criminelle. La Dre Sampson soutient au contraire que ces fractures peuvent apparaître dans les deux cas.

Une page du rapport d'autopsie d'Epstein montre des fractures (lignes rouges) à trois endroits
US Department of Justice


Des examens du corps ont révélé plus tard que le cartilage thyroïde d'Epstein, 
la partie avant du larynx, était presque entièrement fracturé des deux côtés
EFTA00161494/justice.gov

Des incohérences subsistent: un communiqué fédéral annonçant la mort d'Epstein porte la date du 9 août, soit avant la découverte officielle du corps le 10 au matin. Les rondes de surveillance de 3h et 5h n’auraient pas été effectuées et certaines caméras ne fonctionnaient pas. Un drap noué retrouvé dans la cellule n’aurait finalement pas été utilisé pour provoquer la mort. Le Dr Baden affirme pour sa part que les marques sur le cou du criminel ne correspondaient pas à un tissu lisse comme un drap. Il évoque aussi des erreurs dans la manipulation du corps, et l’absence d’heure officielle précise du décès.


Joëlle Mermoud

20min.ch

Un Israélien inculpé pour avoir collecté des renseignements sur Yoav Gallant au profit de l'Iran

 

Les services de sécurité israéliens ont annoncé l’arrestation d’un citoyen soupçonné d’avoir mené des activités de renseignement pour le compte d’un agent lié à l’Iran. L’opération a été conduite conjointement par le Shin Bet et l’unité centrale du district côtier de la police israélienne.

Le suspect, identifié comme Fares Abu al-Hija, résident de Kawkab Abu al-Hija, a été interpellé ces dernières semaines alors qu’il aurait mené une mission de collecte d’informations visant une personnalité de haut rang qui serait l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. Selon les éléments communiqués, il aurait été en contact avec un "agent étranger", qu’il soupçonnait lui-même d’être affilié aux services de renseignement iraniens.

L’enquête conjointe du Shin Bet et de la police a établi que cet interlocuteur était effectivement un agent du renseignement iranien. Le suspect aurait reçu des paiements en échange de diverses missions, dont certaines consistaient à recueillir des informations susceptibles de porter atteinte à la sécurité de l’État. À l’issue de l’enquête, un acte d’accusation a été déposé lundi devant le tribunal de district de Haïfa par le parquet du district.

Dans leur communiqué, les autorités israéliennes soulignent une intensification, ces dernières années, et plus particulièrement depuis l’opération contre l'Iran de juin 2025, des tentatives iraniennes de recruter et d’activer des citoyens israéliens. Le Shin Bet et la police affirment considérer avec la plus grande gravité toute implication dans ce type d’activités et assurent qu’ils continueront d’agir pour traduire en justice toute personne portant atteinte à la sécurité de l’État et de ses citoyens.

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