Outre l’achat de chasseurs-bombardiers F-35A, la commande de cinq systèmes de défense aérienne Patriot, passée en 2022 pour 2,3 milliards de francs suisses, cause beaucoup de soucis au département suisse de la Défense, de la Protection de la population et des Sports [DDPS].
Ainsi, en juillet 2025, ce dernier fut prévenu par le gouvernement américain qu’il ne recevrait pas les systèmes commandés dans les délais convenus, la priorité étant alors donnée à l’Ukraine.
En mai, alors qu’il avait déjà versé des acomptes pour un total de 650 millions de francs suisses, il fit savoir qu’il ne recevrait pas les batteries Patriot en question avant cinq ans, au plus tôt, et qu’il allait devoir les payer bien plus cher que prévu.
Ayant impérativement besoin de moderniser ses capacités de défense aérienne avant 2030, le DDPS lança une procédure afin de se procurer un second système de défense aérienne auprès d’un autre fournisseur dans les délais les plus brefs.
Cependant, en juin, le DDPS annonça qu’il avait repris les paiements dédiés aux Patriot – paiements qu’il avait suspendus quelques mois plus tôt – et qu’il avait une «chance réaliste» de recevoir «un, voire deux» de ces systèmes dès 2027, des discussions avec l’Allemagne étant alors en cours.
En effet, ayant prélevé deux batteries Patriot dans la dotation de la Bundeswehr pour les céder à l’Ukraine, l’Allemagne avait obtenu de l’administration américaine de pouvoir les remplacer rapidement. Aussi, deux systèmes destinés initialement à la Suisse devaient lui être remis.
Seulement, ayant des spécifications propres à la Suisse, ces deux batteries Patriot ne pouvaient pas convenir à la Bundeswehr. D’où les discussions entre Berne, Berlin et Washington.
Deux mois plus tard, aucun accord n’a pu être trouvé, la partie allemande ayant considéré que ces deux systèmes feraient finalement son affaire.
«Les options avec l’Allemagne sont tombées à l’eau et ne peuvent donc pas être mises en œuvre», a en effet déploré Urs Loher, le directeur de l’Office suisse de l’armement [Armasuisse], la semaine passée. «Compte tenu de la situation en matière de menaces, lorsqu’il s’agit de se défendre contre des missiles, notamment de croisière, chacun pense d’abord à lui-même», a-t-il ajouté.
Par ailleurs, M. Loher a confirmé qu’il faudrait sans doute ajouter entre 1,7 et 4,3 milliards de francs suisses aux 2,3 milliards déjà prévus pour disposer de cinq batteries Patriot qui ne seront pas livrées avant 2032.
Cette situation ne rend que plus pressant l’achat d’un second système de défense aérienne.
«Compte tenu de la détérioration de la situation en matière de sécurité, la Suisse doit être rapidement en mesure de se défendre contre les attaques à distance. C’est pourquoi le Conseil fédéral continue ses démarches en vue de l’acquisition d’un second système», lequel «permettrait de réduire la dépendance vis-à-vis d’un seul fournisseur et d’une chaîne d’approvisionnement unique et, par conséquent, de renforcer la sécurité dans ce domaine», fit valoir Berne, en juin.
Cinq systèmes firent l’objet d’une demande d’informations émise par le DDPS. Puis, après avoir étudié les réponses reçues, quatre sont encore en lice, l’IRIS-T SLX de l’allemand Diehl Defence ayant été écarté. Sous réserve d’avoir les financements nécessaires, le choix va donc se jouer entre le L-SAM de Hanwha Aerospace, le David’s Sling [ou «Fronde de David»] de Rafael, le Barak MX d’Israel Aerospace Industries et le SAMP/T NG [Sol-Air Moyenne Portée / Terrestre de Nouvelle Génération] du consortium franco-italien Eurosam, lequel avait été écarté au profit du Patriot.
Cela étant, d’après la presse suisse, les chances des deux systèmes israéliens sont minces, notamment pour des considérations politiques. Aussi, cet appel d’offres se résume à un duel entre le SAMP/T NG et le L-SAM.
Bien que donné favori, le système d’Eurosam n’est pas certain de l’emporter.
«Le système français SAMP/T, très convoité par les États européens, devrait être le choix prioritaire. Toutefois, au Département fédéral de la défense, le système sud-coréen L-SAM est lui aussi considéré comme prometteur», a en effet rapporté le site d’informations Watson.ch.
En outre, le système sud-coréen ne manque pas de soutien. Ainsi, en pointe dans ce dossier, le conseiller national Mauro Tuena [UDC] estime que «son rapport qualité-prix est excellent» et qu’il pourrait être livré «en moins d’un an». Et d’insister : «Je ne vois pas pourquoi il faudrait absolument un système européen. Ce qui compte, c’est le rapport qualité-prix».
Le dernier mot reviendra au Conseil fédéral, qui doit recevoir les analyses d’Armasuisse d’ici le 18 septembre.
«Les travaux avancent avec une priorité élevée. Afin qu’un contrat puisse être conclu vers la fin de l’année, le dossier doit encore franchir à la fois le processus du Conseil fédéral et celui du Parlement», a expliqué M. Loher, dans les pages de Watson.ch.