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jeudi 4 juin 2026

Le Canada et les «Five Eyes» mettent en garde la Chine contre l’utilisation de sites d’emploi

 

Dans un avertissement conjoint exceptionnel, le Canada et d’autres pays membres du groupe «Five Eyes», qui partagent des renseignements, affirment que la Chine utilise des sites de réseautage professionnel comme LinkedIn, Indeed et Upwork pour cibler des membres actuels ou anciens du personnel gouvernemental ou militaire susceptibles d’avoir accès à des «informations classifiées ou privilégiées».

L’alerte a été rédigée par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), l’Organisation australienne du renseignement de sécurité, la Communauté du renseignement de la Nouvelle-Zélande, le MI5 du Royaume-Uni et le Bureau fédéral d’enquête (FBI) des États-Unis.

Selon les agences de sécurité, les acteurs étrangers ont recours à une stratégie de recrutement en ligne agressive dans laquelle des agents de renseignement ou des affiliés se font passer pour des «employés de cabinets de consultation privés, de groupes de réflexion ou de sociétés de ressources humaines».

Les personnes ciblées qui répondent à ces faux messages sont soumises à des pressions pour fournir des renseignements «non publics » concernant « des clients non spécifiés associés au gouvernement chinois», selon le rapport des Five Eyes.

Les agences de sécurité affirment que l’objectif de l’opération est de permettre aux services de renseignement militaire chinois d’«acquérir des renseignements militaires, politiques et économiques privilégiés susceptibles de procurer à la Chine un avantage stratégique et tactique sur les Five Eyes».

Le SCRS souligne que même une infime information transmise à un acteur étranger peut être combinée à d’autres «rapports sensibles» pour nuire aux intérêts du Canada.

«En diffusant cette alerte de sécurité, nous aidons les Canadiennes et les Canadiens à demeurer vigilants afin de protéger nos institutions nationales et de préserver nos secrets», a écrit le directeur du SCRS, Dan Rogers, dans un communiqué.

En plus de cet avertissement, le SCRS a également publié une fiche d’information mettant en garde les employés du gouvernement qui sont à risque, en soulignant que cela s’applique peu importe où ils travaillent au sein du gouvernement ou de l’armée.

Le SCRS prévient également que les agents de renseignement chinois tenteront de recruter et de nouer des relations avec des personnes détenant une habilitation de sécurité qui pourraient être spécialisées dans la défense, les affaires étrangères, la sécurité et le renseignement.

Le personnel militaire pourrait également être visé, ainsi que les personnes ayant un accès indirect ou «périphérique à l’information gouvernementale». Selon le SCRS, l’avertissement indique que les universitaires, les journalistes, les rédacteurs indépendants et les employés de groupes de réflexion pourraient être dans le collimateur de la Chine.

Vina Nadjibulla, vice-présidente de la recherche et de la stratégie à la Fondation Asie-Pacifique du Canada, a affirmé à CTV News que l’opération d’espionnage chinoise «est vraiment une campagne sophistiquée».

«Cela montre une évolution des tactiques des institutions de sécurité chinoises», a soutenu Mme Nadjibulla.

Une mise en garde dans un contexte de réinitialisation des relations

Cette mise en garde intervient quelques jours après que le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a tenu des réunions à Ottawa avec le premier ministre Mark Carney et la ministre des Affaires étrangères Anita Anand.

Après des années de tensions, les deux pays tentent de redéfinir leurs relations depuis l’élection de Carney en 2025. Dans ses remarques avant une réunion, Mme Anand a affirmé que l’objectif était pour le Canada d’augmenter ses exportations vers la Chine de 50 % d’ici 2030, « tout en préservant les intérêts et les valeurs du Canada en matière de sécurité économique et nationale ».

Dans son propre discours, M. Wang s’est vanté que ce chiffre pourrait atteindre une croissance de 100 %, tout en soulignant qu’un «engagement envers le respect mutuel, les points communs malgré les différences, l’indépendance et l’avantage mutuel » était important pour que les deux parties «s’y tiennent».

Plus tôt cette année, le Canada et la Chine ont également conclu un accord autorisant l’importation au Canada de jusqu’à 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine par année, avec un taux de droits de douane de 6,1 %.

Mme Nadjibulla affirme que le moment choisi pour tout cela renforce l’idée que l’engagement avec la Chine «ne peut signifier le silence sur la sécurité nationale». Elle a également souligné à quel point il est important que les partenaires du groupe Five Eyes publient une telle déclaration.

«La transparence fait partie intégrante du renforcement de la résilience», a affirmé Mme Nadjibulla à CTV News. «Le but de cette alerte n’est pas de semer la panique ou de stigmatiser des communautés. Il s’agit d’informer les personnes susceptibles d’être ciblées et de leur fournir des outils pratiques pour agir et réagir.»

Le gouvernement de l’Ontario, quant à lui, a indiqué qu’il interdirait l’utilisation de drones de fabrication chinoise pour les opérations policières «hautement sensibles» en raison de préoccupations liées à la sécurité des données. Le gouvernement provincial a également indiqué qu’il mettrait en œuvre un plan visant à éliminer progressivement l’utilisation de drones de fabrication chinoise à l’avenir.

«Aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel que nous protégions les données de notre province et que nous préservions notre sécurité contre les acteurs malveillants», a dit Stephen Crawford, ministre des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement, dans un communiqué.

La déclaration de l’Ontario a souligné qu’en vertu de la loi chinoise, les entreprises constituées dans ce pays «peuvent être tenues de divulguer des données, même si celles-ci sont stockées à l’extérieur du pays».

Stephanie Ha 

Abigail Bimman

noovo.info