Un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, à l’issue d’une offensive fulgurante menée par l’organisation Hayat Tahrir al-Cham [HTC, ex-Front al-Nosra, autrefois lié à al-Qaïda] et des groupes rebelles proches de la Turquie, la Syrie est toujours proie à l’instabilité.
Le nouvel homme fort de Damas, Ahmed al-Charaa, a beau donner des gages sur son intention d’instaurer un pouvoir relativement démocratique [il a promis d’organiser des élections dans cinq ans, ndlr] et inclusif, il n’en reste pas moins que certaines minorités, notamment les Alaouites, sont la cible de violences récurrentes. En outre, devant composer avec une économie exsangue, le pouvoir désormais en place peine à asseoir sa légitimité sur l’ensemble du pays.
Enfin, les organisations terroristes affiliées à la mouvance n’ont pas disparu. Ainsi, alors que les nouvelles autorités syriennes venaient d’annoncer la dissolution des groupes armés, un nouveau a même été créé dans la foulée. Appelé « Saraya Ansar al-Sunnah » et dirigé par Abou Aïcha al-Chami, un ancien cadre de HTC, il a très vite fait parler de lui en menant des attaques contre la minorité alaouite en mars 2025 et revendiquant l’attentat de l’église orthodoxe Saint-Élie de Damas, trois plus tard. Attentat que le pouvoir a cependant mis sur le compte de l’État islamique [EI ou Daesh], qui reste encore actif dans le pays.
Selon un rapport des Nations unies, lors du premier semestre 2025, l’EI aurait « perpétré plus de 90 attaques à travers le pays, visant principalement les Forces démocratiques syriennes [FDS] dans le nord-est de la Syrie, où environ 400 de ses combattants restent actifs ». La même source avance que l’organisation jihadiste a aussi « tenté d’attiser les tensions sectaires, mené des campagnes dans plusieurs langues pour discréditer al-Charaa et recruté des combattants mécontents, des combattants terroristes étrangers ainsi que des soldats ayant servi l’ancien régime ».
Toujours d’après ce document, le gouvernement intérimaire syrien a « déjoué plus de huit projets d’attentat nourris par l’EI, notamment contre des sites religieux près de Damas et des prisons dans lesquels étaient détenus des membres du groupe » au cours de la période considérée.
En juillet dernier, les effectifs de l’EI étaient évalués à environ 3 000 combattants, lesquels ont trouvé refuge dans la Badiya [désert de Syrie, ndlr]. « Certains États Membres ont observé des signes attestant d’un regain d’intérêt de personnes affiliées à l’EI pour la Syrie et de leur déplacement vers ce pays. L’un d’entre eux a
d’ailleurs indiqué que l’EI-K [la branche afghane de l’organisation, ndlr] aurait accepté de déployer un certain nombre de combattants en Syrie, dont certains seraient déjà en transit », a par ailleurs noté le rapport des Nations unies, publié il y a déjà six mois.
Depuis, trois militaires et un civil américains en mission à Palmyre ont été tués au cours d’une « embuscade d’un tireur isolé » appartenant à l’EI, le 13 décembre dernier. Trois autres soldats ont été blessés lors de cette attaque. Par la suite, le porte-parole du ministère syrien de l’Intérieur a affirmé que le terroriste faisait partie des forces de sécurité et qu’il allait en être « radié » en raison de ses « idées islamistes extrémistes ».
Une semaine après, les États-Unis, assistés par la Jordanie, ont frappé plus de 70 positions de l’EI dans les régions de Deir ez-Zor et de Raqqa. Cette opération visait à « éliminer des combattants du groupe État islamique, des infrastructures et des sites d’armement », a précisé l’US CENTCOM, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale.
C’est donc dans ce contexte que, dans la nuit du 3 au 4 janvier, la France et le Royaume-Uni ont mené un raid aérien conjoint contre un site souterrain, soupçonné d’abriter un de dépôt d’armes de utilisé par l’EI, près de Palmyre.
Pour cette frappe, les Rafale déployés en Jordanie au titre de l’opération Chammal ont dû être sollicités. Mais l’État-major des armées [EMA] n’a pas encore donné tous les détails de cette mission.
« Dans le cadre d’OIR [Opération Inherent Resolve], la France et son allié britannique ont réalisé des frappes contre des positions du groupe terroriste État islamique. Empêcher sa résurgence est un enjeu majeur pour la sécurité de la région. Lutte contre le terrorisme reste une priorité pour la France et les pays partenaires de la coalition OIR », a seulement indiqué l’EMA, à l’appui d’une vidéo montrant les images des frappes.
Le ministère britannique de la Défense [MoD] a livré un peu plus de précisions. « Les avions de la Royal Air Force [RAF] ont continué de patrouiller au-dessus de la Syrie pour prévenir toute résurgence de Daesh après sa défaite à Baghouz, en mars 2019 », a-t-il d’abord souligné.
C’est donc grâce à ces vols de renseignement [qu’effectue aussi l’armée de l’Air & de l’Espace, ndlr] qu’une « installation souterraine dans les montagnes, à quelques kilomètres au nord du site antique de Palmyre » a été identifiée
« Cette installation était occupée par Daesh, vraisemblablement pour y entreposer des armes et des explosifs. La zone autour de l’installation est totalement inhabitée », a poursuivi le MoD.
Le raid contre ce site a impliqué des Typhoon FGR4 et un avion ravitailleur Voyager [A330 MRTT, ndlr], lesquels ont rejoint les Rafale français.
« Nos appareils ont utilisé des bombes guidées Paveway IV pour viser plusieurs tunnels d’accès à l’installation. Bien qu’une évaluation détaillée soit en cours, les premières indications montrent que la cible a été atteinte avec succès. Rien n’indique que la frappe ait présenté un risque pour les civils et tous nos appareils sont rentrés sains et saufs », a conclu le MoD.
Pour les forces françaises, il s’agit de la seconde frappe menée contre l’EI depuis la chute du régime de Bachar el-Assad. Effectuée le 29 décembre 2024 et ayant impliqué un drone MALE MQ-9A Reaper ainsi que des Rafale, elle avait visé deux positions de l’organisation jihadiste sur le sol syrien.
Dans le même temps, la RAF a mené quatre frappes contre l’EI, dont trois ciblées, avec l’engagement d’un drone Reaper.