Un journaliste algérien assure, dans un livre qui vient de paraître, que l’otage français Michel Germaneau est mort de cause naturelle, contrairement aux revendications des terroristes. Extraits.
Michel Germaneau, 78 ans, aidait à la construction d'une école pour les enfants touaregs © SIPA
Le ton est péremptoire : « Tout le monde sait que Germaneau n’a pas été tué par Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique, NDLR). C’est la première fois que l’organisation terroriste ment ! » Le journaliste algérien Mohamed Mokeddem le soutient avec fermeté : l’otage français, enlevé au Niger le 19 avril dernier, n’a pas été exécuté mais serait mort à cause des conditions de détention dans le désert. Il livre le fruit de son enquête dans un ouvrage* dont France-Soir publie des extraits révélateurs du fonctionnement de ces terroristes qui détiennent toujours cinq autres Français, employés de la société Areva.
Agé de 78 ans, Michel Germaneau souffrait d’hypertension artérielle et de problèmes cardiaques au moment de son rapt. Aqmi a toujours assuré qu’elle avait exécuté l’otage, en juillet dernier. « Le communiqué de revendication avait pour vocation de remonter le moral des troupes en interne », résume Mohamed Mokeddem. D’après lui, Germaneau aurait fait une crise cardiaque « plus de trois semaines » avant l’annonce de sa mort. « D’habitude, Aqmi collabore avec les négociateurs en toute confiance. Mais là, l’organisation refusait même qu’ils parlent avec Germaneau par téléphone. Et puis, on ne sait pas comment l’otage a été tué. Au Sahel, on ne garde pas un secret », conclut Mohamed Mokeddem.
En France, un responsable du renseignement laisse la porte ouverte : « Un indice nous laisse penser que Germaneau a bien été assassiné mais on n’est pas sûr. L’hypothèse d’une mort naturelle est possible. Nous n’avons jamais retrouvé le corps. Pour l’otage anglais exécuté (Edwin Dyer NDLR), Aqmi avait tenté de négocier la restitution de son corps. Ils ne l’ont pas fait pour Germaneau. Peut-être ont-ils quelque chose à cacher… »
La mort naturelle de Germaneau
« Le 25 juillet, Aqmi a annoncé avoir exécuté Michel Germaneau vers 9 h 15, et ce, en réaction au raid des forces spéciales françaises contre un de ses fiefs, "durant les négociations entre les moudjahidine et le médiateur français." […] Les informations qu’ont pu rassembler les services de sécurité français et certains pays du Sahel tendent à accréditer l’hypothèse d’une mort naturelle de l’otage […] Bien que les intermédiaires soient parvenus à lui faire remettre les médicaments demandés, Germaneau a succombé à sa maladie, probablement vers la fin du mois de juin, ne pouvant supporter sa condition de captif dans le désert et les déplacements précipités très éprouvants, vu son âge et la précarité de son état de santé. Mais les ravisseurs ont poursuivi leurs négociations avec les intermédiaires sans donner de preuves de vie supplémentaires de l’otage. »
Une image très travaillée
« Les images des hommes armés jusqu’aux dents, les visages barbus triomphants, et à leurs pieds le groupe d’otages assis, les regards apeurés, les visages hirsutes et fatigués par le manque de sommeil, sont diffusées en boucle sur les chaînes de télévision du monde entier. Les scènes sont choisies pour choquer, montrer la force et la détermination des ravisseurs, amener les gouvernements à abdiquer […] Ce travail de propagande est confié à un certain Salah Abou Mohamed, responsable de l’information et porte-parole d’Aqmi. [Il] travaille beaucoup sur les images avant de les diffuser via Internet, couvre les erreurs des ravisseurs, cache les visages des otages […] Ces images sont exploitées de façon à permettre à Aqmi de répondre aux critiques dirigées contre elle. Par exemple, dans le communiqué diffusé après l’enlèvement des cinq Français au Niger, figurait la photo de l’émir Abou Zeid, pour affirmer que l’opération avait été exécutée directement par la direction d’Aqmi et non par des contrebandiers travaillant pour l’organisation. »
L’exécution de l’otage anglais
« En ce qui concerne l’otage britannique Edwin Dyer, son sort était scellé depuis le début, car le royaume britannique est connu pour son intransigeance et son refus de négocier. Malgré cela, et pour éviter la colère de l’opinion publique, l’organisation terroriste a diffusé plusieurs communiqués pour prolonger son temps de détention […] Ils ont libéré la plupart des otages, ne laissant que le Britannique avec un Suisse, pour acculer le gouvernement britannique et le rendre seul responsable de la mort de son ressortissant. »
Des intermédiaires sur le gril
« La valeur de chaque intermédiaire se négocie sur le terrain. Elle change selon la force de persuasion et les informations que détient le médiateur. Celui-ci doit répondre à toutes les questions posées par les services de sécurité au sujet des otages, leurs identités, leur état de santé, et bien d’autres détails susceptibles de convaincre de la véracité des faits. La rançon ne se donne pas au premier venu. L’otage allemande Mariane Petzold rapporte qu’au début des négociations pour sa libération, les services de sécurité allemands ont posé à un intermédiaire malien un nombre considérable de questions auxquelles il devait avoir des réponses. Parmi ces questions, l’une concernait le nom de la fille de son frère qui vivait au Portugal. »
* Al-Qaida au Maghreb islamique – Contrebande au nom de l’islam, de Mohamed Mokeddem, édition l’Harmattan, 21 €
France-Soir