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vendredi 9 octobre 2026

Pékin à l’épreuve de la résilience tibétaine

 

Une série de manifestations pro-tibétaines à l’occasion de la visite de Xi Jinping aux États-Unis et lors de la fête nationale chinoise du 1er octobre montrent que la cause tibétaine est toujours vivante malgré la sinisation forcée orchestrée par le Parti communiste chinois.

Début juillet se refermait – presque dans la confidentialité – une fébrile Année de la Compassion entamée douze mois plus tôt par les célébrations du 90e anniversaire du Dalaï-Lama. Celles-ci étaient principalement organisées dans sa cité d’exil indienne de Dharamsala. Les Tibétains en exil y participèrent à distance et en ordre dispersé, pour le plus grand plaisir de l’emblématique chef spirituel du bouddhisme tibétain comme de l’Administration centrale tibétaine (anciennement Gouvernement tibétain en exil).

La tragique immolation d’un Tibétain (Lobga Rangzen) intervenue le 2 juillet à quelques pas du siège new yorkais de l’ONU, a rappelé brutalement au monde entier la désespérance d’une communauté opposant sa résilience à la sinisation à marche forcée d’un régime faisant peu cas du sort des 6 millions de Tibétains vivant au pays des neiges.

Un trimestre plus tard, à la faveur d’événements moins graves, le rude quotidien du Toit du monde était brièvement de retour dans une actualité internationale lui laissant ces dernières années de moins en moins d’espace.

Mobilisation lors de la visite de Xi Jinping aux États-Unis

Le 24 septembre, plusieurs milliers d’exilés Tibétains domiciliés en Amérique du Nord convergeaient vers Washington pour protester contre la visite du président Xi Jinping, et sensibiliser l’opinion publique internationale, en marge du très médiatique sommet Trump – Xi, sur la résilience de la communauté tibétaine et sa détermination intacte, nonobstant l’implacable sinisation accablant le pays des neiges. Dans la capitale américaine, le « comité d’accueil » tibétain débutait sa mobilisation pacifique sur le perron de l’ambassade de Chine, avant de défiler en un cortège animé mais non violent en direction du Capitole, jalonnant son périple pédestre de critiques sévères à l’encontre des politiques répressives de Pékin et du génocide culturel imposé aux populations bouddhistes tibétaines des hauts plateaux, à quelques 12 000 km de là. Selon le Tibet Post du 25 septembre, les manifestants demandaient en particulier l’abrogation de la « loi sur la promotion de l’unité ethnique et du progrès » qui prévoit le démantèlement systématique de la langue, la culture, la religion et l’identité nationale tibétaine.

Fête nationale chinoise et manifestations tibétaines

Le 1er octobre, à l’occasion de la fête nationale commémorant la proclamation de la République populaire de Chine, des rassemblements bruyants mais non violents agrégeant des Tibétains, des Hongkongais et des Ouïghours se déployaient à travers le monde de Sydney à Washington devant les ambassades et consulats chinois pour dénoncer l’autoritarisme du régime, déplorer les violations continues des droits de l’homme sur les hauts plateaux tibétains, dans l’ancienne colonie britannique et au Xinjiang. Des manifestations conjointes pour amplifier la résistance extérieure contre la feuille de route pékinoise, ses lois draconiennes sur « l’unité ethnique » ou la « sécurité nationale, » l’assimilation culturelle forcée, la répression transnationale, ou encore l’inlassable travail de sape érodant les particularismes ethniques, culturels, religieux. Des mobilisations immédiatement censurées sur l’internet chinois et ignorées par les représentants officiels chinois dans le monde lors des célébrations du 1er octobre.

La mobilisation s’est déroulée dans un climat plus tendu à New Delhi. Plusieurs dizaines de membres du Tibetan Youth Congress (TYC) ont manifesté bruyamment devant l’ambassade de Chine, et les forces de l’ordre ont arrêté certains des participants. L’allocution du président du TYC lors de la manifestation fut percutante : « À l’occasion du 77e anniversaire de la fondation de la soi-disant République populaire de Chine, le Tibetan Youth Congress condamne sans équivoque l’affirmation persistante de la souveraineté et du contrôle politique de la Chine sur le Tibet, le Turkestan oriental, la Mongolie-Méridionale et la Mandchourie. Le Tibet n’a jamais fait partie de la Chine et n’en fera jamais partie. »

Chaque année durant la semaine qui précède le 1er octobre les Tibétains en exil de par le monde célèbrent avec entrain la désormais traditionnelle Tibetan National Identity Preservation Week dont la vocation est, pour l’Administration centrale tibétaine « de préserver et de renforcer l’identité, la langue, la culture, les traditions et les valeurs tibétaines pour les générations actuelles et futures. »

Expositions et journées du Tibet en France

Le 1er octobre, la municipalité de Levallois-Perret et son édile (Mme Agnès Pottier-Dumas) inauguraient l’exposition « Dalaï-Lama : la compassion en action, » célébrant la vie, les enseignements et le message intemporel de paix, de compassion et de valeurs universelles associés au chef spirituel tibétain. Un trimestre plus tôt (début juillet), la mairie de Levallois-Perret avait inauguré l’Allée du Tibet au sein de son Parc des Cinq Continents – Jacques-Chirac.

Quelques 800 km en direction du Sud, aux pieds des Pyrénées, la bonne ville de Pau et l’Association Paloise pour l’Art et la Culture du Tibet (APACT) célébraient le 3 octobre une Journée du Tibet, en déclinant un programme culturel franco-tibétain fait de discussions, d’échanges et de réflexions croisées sur le sort du Toit du monde, du bouddhisme tibétain et de son pontife nonagénaire, cible privilégiée de la vindicte des autorités centrales chinoises s’évertuant à contrarier sans relâche les conditions futures de sa succession.

L’anniversaire de Gandhi et la non-violence

Une curieuse facétie du calendrier sino-indien adosse à un jour d’intervalle la fête nationale chinoise (le 1er octobre) et l’anniversaire du Mahatma Gandhi le lendemain. Dans l’Union indienne, cet événement est chaque année célébré d’un bout du pays à l’autre, à Mumbai, New Delhi, Kolkata ou Dharamshala. Dans cette dernière, siège de l’Administration centrale tibétaine, les autorités tibétaines rendent comme chaque année hommage à l’apôtre de la non-violence, saisissant cette opportunité pour rappeler leur engagement à poursuivre la lutte tibétaine pour la liberté et la justice par la non-violence et le dialogue.

Le Palais des nations genevois, autre caisse de résonance de la résilience tibétaine

Le 1er octobre toujours, à deux pas des paisibles berges du Lac Léman, la communauté tibétaine helvète et ses nombreux amis genevois se mobilisaient quant à eux devant le cadre solennel du Palais des nations onusien – où se déroulait par ailleurs la 63ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. S’ensuivit dans le calme une symbolique marche pour la paix visant à « attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation des droits de l’homme au Tibet et à l’exhorter à prendre des mesures concrètes, » mais également à sensibiliser l’opinion sur le sort du 11e Panchen-Lama tibétain, Gedhun Choekyi Nyima. Il fut reconnu voilà 31 ans comme la véritable réincarnation du défunt 10e Panchen-Lama par le Dalaï-Lama, et on ne l’a pas revu en public depuis sa disparition orchestrée par les services chinois en 1995.

Une thématique douloureuse pour l’intéressé et la population tibétaine sur laquelle les autorités pékinoises rechignent à discourir, préférant évoquer l’activité de « leur » Panchen- Lama, coopté par leurs soins voilà trois décennies, mais à l’autorité disputée et au crédit inexistant aux yeux des Tibétains.

La nouvelle feuille de route pour l’avenir du Tibet

Dans les derniers jours de septembre, trois ans après une première feuille de route institutionnelle à l’intitulé éloquent (« Assurer l’avenir du Tibet »), l’Administration centrale tibétaine présentait une version amendée de ce document s’attelant notamment aux deux priorités suivantes : rechercher une résolution rapide du différend sino-tibétain et promouvoir le bien-être de la communauté tibétaine en exil. Les lecteurs – et les autorités pékinoises – noteront que cette mise à jour conserve officiellement la « Voie du milieu, » non-violente et privilégiant le dialogue, comme principe politique d’éventuels rapports avec les autorités chinoises. Malgré certaines interrogations dans les rangs tibétains les plus sceptiques sur la pertinence de cette approche, jugée trop peu incisive par certains.

L’étonnant clin d’œil que voilà. Le 1er octobre 2026, littéralement 60 ans après le début de l’épouvantable Révolution culturelle chinoise, trois décennies après la sortie en salle du film « Sept ans au Tibet (1997), » Netflix ajoute enfin cet automne à son vaste catalogue cette superproduction à succès où le jeune Brad Pitt – incarnant un aventurier autrichien – dispute à l’écran la vedette au 14e Dalaï Lama, alors dans ses jeunes années. Pendant longtemps, les autorités pékinoises se sont emportées sur la manière dont le réalisateur de ce film dépeignait l’occupation chinoise du Pays des neiges, sur le contraste immanquable opposant l’image négative des militaires à celle autrement plus positive de Sa Sainteté. Du reste, dans la foulée de la sortie de ce blockbuster (tourné non au Tibet … mais au Canada et en Argentine), le très populaire acteur américain et le réalisateur Jean-Jacques Annaud étaient considérés persona non grata en République populaire…

Il y a quelques jours, dans une tribune du Tibet Express, un ancien diplomate tibétain (et par ailleurs neveu du Dalaï-Lama) estimait, le ton grave : « La disparition du Dalaï-Lama pourrait ne pas résoudre la question tibétaine ; elle risquerait au contraire de susciter une résistance renouvelée et de raviver la solidarité internationale. » Une lecture des temps à venir somme toute assez franche, plausible autant que préoccupante, qui pourtant ne semble guère prévaloir à Pékin en cet automne 2026.

Olivier Guillard

asialyst.com