Les récents bouleversements à la tète du contre espionnage algérien (DGSI), la branche la plus puissante des services, témoigne de la très forte influence américaine à Alger. Le général Hassan qui en était le patron et qui passait pour un interlocuteur privilégié de Paris depuis les années noires (1992-1998), en a été évincé au printemps dernier. Son remplacement par un gradé très proche des Américains, le général Zahi, témoigne de la vitalité des relations entre l’Algérie et les États-Unis qui sont souvent mal évaluées par les observateurs. Les deux pays coopèrent étroitement au Sahel, notamment au Mali, en ne laissant à la France d’Emmanuel Macron qu’un rôle désormais marginal.
Alors que les relations franco-algériennes connaissent apparemment une embellie, un coup de tonnerre s’est produit le 18 mai dernier qui relativise le réchauffement entre Paris et Alger. Le patron de la sécurité intérieure et du contre espionnage, le général-major Abdelkader Aït Ouarabi, connu sous un surnom, « Hassan », comme la plupart des patrons des services en Algérie, qui passait pour un ami des Français depuis les années noires des maquis islamistes entre 1992 et 1998, a été débarqué de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
Connu comme un des éléments très proche du général Mohammed Medien, alias « Toufik », le véritable patron de l’Algérie jusqu’à son renvoi en 2015, avec lequel il entretient une relation familiale, le général Hassan est remplacé … par son adjoint, le général Mounir Zahi, adoubé notamment par les Américains qui ont favorisé sa promotion spectaculaire.
Joe Biden à la manoeuvre
Au départ, c’est l’administration démocrate du président Biden qui initie le rapprochement avec Alger. Le budget militaire algérien est passé en effet de 9,1 milliards pour 2021 à 22,7 milliards en 2023. Ce qui avait fait réagir les élus américains, à leur tête le sénateur de Floride Marco Rubio, l’actuel secrétaire d’État aux affaires étrangères de Trump, exigeant des sanctions contre l’Algérie dans le cadre de la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Étrangement, les Républicains de retour au pouvoir ont mis leurs menaces en sourdine et ont compris l’intérêt de se concilier les bonnes dispositions du pouvoir algérien.
Le général Zahi, promu en mai dernier directeur de la direction générale de la sécurité intérieure, n’est pas issu des services du renseignement. Il a toujours évolué au sein des forces aériennes comme expert de la défense du territoire. Détaché de son corps d’origine, il est placé par le chef d’État major, le général Chengriha, au sein du département de coopération internationale au ministère de la défense. Sa mission était le reprendre les fils des relations dégradées avec Washington depuis le début du Hirak en février 2019 jusqu’ à la sortie de la fin de la pandémie mondiale du Covid 2021.
L’administration Biden n’a pas mis en exécution la proposition des neuf sénateurs Républicains de sanctionner l’Algérie. Des projets de coopération et de manœuvres militaires communes, notamment navales, ont été lancés. Dépêché aux États unis pour encadrer le projet du dialogue militaire commun entamé en décembre 2023 à Washington, le général Mounir Zahi propose un partenariat win to win. Ce haut gradé préside, côté algérien, une réunion de haut niveau, avec du côté américain, la sous secrétaire à la défense par intérim pour les affaires africaines Jennifer Zakriski.
L’armement russe mis en concurrence
Les discussions ne se sont pas limitées uniquement aux projet de coopération militaire. Pour la première fois des débats portant sur l’industrie militaires et l’acquisition de nouvelles technologies de défense par l’Algérie ont été abordés sans complexe. L’homme de confiance de Chengriha a fait bonne impression face aux Américains expliquant la volonté de son pays à vouloir diversifier les fournisseurs de l’armée cantonnés jusqu’alors à Moscou et moderniser l’appareil militaire par des dispositifs de défense les plus performants sur le marché mondial.
En février 2024, le général Mounir Zahi avait été l’initiateur d’une réunion à Alger entre le ministre de la justice, Mohammed Reggaz et l’ambassadrice américaine à Alger à l’époque, Elizabeth Moore Aubin, portant sur la coopération dans la lutte anti terroriste, blanchiment d’argent et la criminalité transfrontalière. La volonté affichée d’établir des passerelles de coopération afin de renforcer des liens militaires et judiciaires au-delà de la collaboration européenne en méditerranée et sur le continent Africain.
Le résultat positif du travail du général Zahi est couronné de succès avec la visite du général Michael LANGLEY, commandant des forces américaines pour l’Afrique (AFRICOM), le 22 janvier 2025, qui signait un protocole d’accord de coopération militaire soulignant le rôle stratégique de l’Algérie dans la stabilité régionale en Afrique du nord et au Sahel.
Malaise au sein de la DGSI
Une période de stabilité pourra-t-elle débuter à la tète de la DGSI? Il serait grand temps. Le poste du directeur au sein de la DGSI est devenu l’antichambre de la prison au sein des services secrets déstructurés qui ont connu, ces dernières années, une totale régression alors qu’ils éraient la colonne vertébrale du régime et son assurance vie contre toute remise en cause interne ou face aux menaces externes. En dix ans, la DGSI a vu défiler sept directeurs centraux. Ce turn over témoigne de l’instabilité régnante au sein de l’un des services le plus important du pays. Ces dernières années, les nominations sont souvent guidées plus par le partage des postes au sein des clans au pouvoir que par les aptitudes et les compétences.
Parachuté à la tête de la DGSI en 2022 qu’il quitte deux plus tard vaincu par la maladie, le général major Djamel Kehal Medjdoub avait été condamné à trois ans de détention, le 2 décembre 2015, lorsqu’il dirigeait la direction générale de la sécurité et de la protection présidentielle (DGSPP) sous le règne de Bouteflika.
Son successeur, le général Abdelkader Heddad, alias Nacer El Jen, n’a pas un parcours plus brillant. En fuite en Espagne durant les purges entamées en 2013 par le chef d’état major Gaid Salah, ce haut gradé revient au pays en 2019 après le changement à la tête du haut commandement de l’armée pour reprendre la direction du centre de répression Antar. Il sera propulsé à la tête de la direction de la DGSI.
Il en est de même du Général Abdelkader Ait Ouarabi alias Hassan. Arrêté le 27 juin 2015 dans le cadre de l’intervention du SCORAT dans l’affaire de l’intervention de cette unité d’élite dans la prise du centre gazier à Tinguentourine. Jugé et emprisonné pour cinq ans, il reprend du service à la tête de la DGSI le 22 mai 2025 pour être congédié le 18 mai 2026. Quant au général Wassini Bouazza, il a été nommé à la tète du contre espionnage sous le règne de Gaïd Salah, avant d’être condamné à seize ans de prison.
Le ballet improbable de tous ces généraux qui passent des plus hautes fonctions de l’État à la prison de haute sécurité de Blida fait un peu désordre. Le fait de placer un gradé estimé à l’étranger et non issu des services de renseignement à la tète du contre espionnage pourrait ramener un peu de stabilité au cœur de l’institution militaire
Nicolas Beau