vendredi 21 août 2026

L’Otan a déployé un dispositif aérien inédit près du territoire russe de Kaliningrad

 

Ces dernières années, et notamment depuis le début de la guerre en Ukraine, des pays membres de l’Otan envoient régulièrement des aéronefs dédiés au renseignement d’origine électromagnétique [ROEM] patrouiller près de la Russie, que ce soit en mer Baltique, de en mer Noire et en mer de Norvège. De telles missions peuvent parfois donner lieu à des interactions «musclées» avec les forces aérospatiales russes.

Cela étant, les dernières opérations menées par l’Otan aux abords de l’enclave russe de Kaliningrad, les 18 et 20 août, ont été inhabituelles non seulement de par leur ampleur mais aussi de par les moyens qu’elles ont mobilisés.

Pour rappel, coincé entre la Pologne et la Lituanie, Kaliningrad est un territoire fortement militarisé, les forces russes y ayant déployé des missiles Iskander [à capacité nucléaire], des systèmes de défense aérienne S400 ainsi que de puissants moyens de guerre électronique, comme le dispositif Tobol. Avec les navires de la flotte de la Baltique, la Russie est en mesure d’activer des capacités de déni d’accès et d’interdiction de zone [A2/AD] dans la région, voire de bloquer le corridor de Suwalki, et donc de couper les pays baltes de leurs alliés de l’Otan.

La Suède et la Finlande ayant fini par rejoindre l’Otan, la mer Baltique est devenue un «lac otanien», pour reprendre l’expression utilisée par l’amiral Nicolas Vaujour quand il était encore chef d’état-major de la Marine nationale. Et cela alors que cette région est cruciale pour l’économie de la Russie étant donné que 30 à 35 % de ses échanges commerciaux [et 80 % de ses exportations d’hydrocarbures] y transitent. D’où son intérêt de disposer d’une bulle A2/AD à Kaliningrad.

Quoi qu’il en soit, selon les données du trafic aérien compilées par le site Itamilradar, le dispositif déployé aux abords de Kaliningrad le 18 août reposait sur un avion de détection et de commandement aéroportés E-3A Sentry de l’Otan, un CL-600 «ARTEMIS» [pour Airborne Reconnaissance and Targeting Multi-Mission Intelligence System] de l’US Army ainsi que sur un E-37B Compass Call de l’US Air Force.

Ces appareils étaient soutenus par trois avions ravitailleurs [un KC-767 italien, un KC-135R américain et deux A330 MRTT de la flotte multinationale MRTT de l’Otan. En outre, des chasseurs F-35A de l’US Air Force et de la force aérienne royale norvégienne assuraient la protection de ce dispositif. Des forces terrestres polonaises étaient également de la partie.

La présence simultanée d’un CL-650 Artemis et d’un E-37B Compass Call est a priori inédite. D’où le caractère inhabituel de cette opération, décrite comme un «exercice». Le premier avion est bardé de capteurs lui permettant de localiser, d’intercepter et d’analyser les émissions électromagnétiques. Le second, récemment entré en service au sein de l’US Air Force, où il remplace l’EC-130H Compass Call, fait la même chose, à ceci près qu’il dispose de la capacité de brouiller les signaux. Il s’agissait de sa première apparition près de Kaliningrad.

Deux jours plus tard, un dispositif similaire a été de nouveau déployé dans la même zone, avec trois KC-135R supplémentaires et un avion de patrouille maritime allemand P-8A Poseidon.

Pour le moment, se retranchant derrière les impératifs de sécurité opérationnelle, l’Otan n’a que très peu communiqué sur ces vols au-dessus de la Baltique. Sans doute parce que ce n’était pas elle qui était à la manœuvre.

«L’Otan est une alliance défensive, et les alliés améliorent constamment leurs capacités de défense. L’exercice du 18 août dans la région de la mer Baltique, impliquant des avions de chasse américains et norvégiens, des forces terrestres polonaises et un AWACS de l’Otan, sous la supervision des États-Unis, illustre cette approche», a seulement commenté le colonel Martin O’Donnell, le porte-parole du Grand quartier général des puissances alliées en Europe [SHAPE], auprès de la presse polonaise.

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