En 2025, le directeur du renseignement militaire néerlandais [MIVD – Militaire Inlichtingen- en Veiligheidsdienst pour Service du Renseignement et de la Sécurité Militaires], le vice-amiral Peter Reesink avait mis en garde contre une trop grande naïveté face à «l’audace croissante» des services russes.
Et de confier au quotidien de Volkskrant, que, lorsqu’il tenait une conférence, il imposait aux participants de laisser leurs téléphones portables à l’extérieur de la salle de réunion. «Certains s’interrogent encore sur la réelle nécessité de cette mesure. Une meilleure sensibilisation est certainement nécessaire», avait-il alors estimé.
Mais le vice-amiral Reesink a visiblement oublié les principes qu’il demande aux autres de suivre…
Il y a longtemps que l’on sait que l’application Strava, qui se décrit comme étant une sorte de «réseau social des sportifs» en leur permettant de se suivre mutuellement et d’évaluer leurs performances respectives, pose des problèmes en matière de sécurité opérationnelle [SECOPS], notamment à cause de sa fonction de géolocalisation.
En effet, en 2018, il apparut qu’il était assez facile de localiser et de suivre des militaires abonnés à cette application, grâce à sa carte «Global Heat Map». À l’époque, le ministère français des Armées avait rappelé la «nécessité de respecter les règles élémentaires de sécurité des systèmes d’information» et de désactiver, notamment, les fonctions de géolocalisation. Son homologue néerlandais était allé plus loin en interdisant l’utilisation de Strava dans ses rangs.
Seulement, cette consigne a du mal à être respectée; En 2025, le radiodiffuseur Omroep Gelderland avait recensé environ 900 militaires utilisant Strava à proximité des bases et autres casernes implantées dans la province de Gueldre. Mais le directeur du MIVD en personne fait aussi partie du lot.
Ainsi, de Volkskrant a déterminé qu’il a été possible de suivre les activités sportives du vice-amiral Reesing, de savoir qu’il effectuait quotidiennement le trajet entre son domicile et son bureau à bicyclette et de connaître ses lieux et ses dates de permissions entre 2018 et 2026.
«Il est remarquable que le directeur du MIVD ait lui-même partagé publiquement des informations sensibles en matière de protection de la vie privée, en pleine période de menaces accrues» a ironisé le quotidien.
Après avoir été sollicité par ce dernier au sujet de cette affaire, le vice-amiral Reesing a expliqué qu’il ignorait que son compte Strava était encore actif alors qu’il avait «supprimé l’application». En attendant, son compte est passé de «public» à «privé» et ses données ne sont plus accessibles.
Un porte-parole du ministère néerlandais de la Défense a fait savoir que le directeur du MIVD regrettait cette situation et que, «avec le recul, il sait désormais ce qu’il convient de faire». À commencer par supprimer son compte Strava.