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lundi 13 juillet 2026

L’unité 121 du Hezbollah, le retour d’un spectre

 

Alors que le Liban s’efforce de mettre en œuvre l’accord-cadre conclu avec Israël et de réaffirmer l’autorité de l’État, une enquête du Telegraph remet en lumière l’Unité 121, la plus secrète des structures attribuées au Hezbollah. Une résurgence qui ravive les blessures d’une histoire encore loin d’être refermée.

Le nom ne dit presque rien au grand public. Pourtant, il réveille aussitôt les souvenirs les plus sombres de la vie politique libanaise. L’Unité 121, cellule clandestine attribuée au Hezbollah, est de nouveau au cœur de l’actualité après une enquête publiée par le Telegraph. Selon le quotidien britannique, cette structure ultra secrète serait en cours de réorganisation après avoir perdu de son influence ces derniers mois.

Ces informations n’ont pas été confirmées de manière indépendante et le Hezbollah n’a pas réagi. Mais leur publication intervient à un moment particulièrement sensible. Le gouvernement de Nawaf Salam cherche à consolider l’accord-cadre conclu avec Israël, à renforcer les institutions et à rétablir le monopole de l’État sur les questions de sécurité. Dans ce contexte, la simple réapparition du nom de cette unité dépasse largement le fait divers sécuritaire.

Les spécialistes qui se sont penchés sur le sujet décrivent une structure extrêmement cloisonnée, composée d’un nombre restreint d’hommes recrutés pour leur loyauté et leur discrétion. Contrairement aux unités militaires chargées des opérations contre Israël, l’Unité 121 aurait été conçue pour mener des missions clandestines, loin des champs de bataille et des regards.

Les informations disponibles demeurent rares. Elles proviennent principalement d’enquêtes journalistiques, de témoignages d’anciens responsables sécuritaires et de documents apparus au fil des investigations internationales. Cette opacité participe d’ailleurs à la réputation de cette unité, dont l’existence est aussi difficile à documenter qu’à contester.

Une mémoire qui continue de peser

L’Unité 121 est surtout associée à la longue série d’assassinats politiques qui ont marqué le Liban depuis le début des années 2000. Le nom de Rafic Hariri demeure évidemment au centre de cette histoire.

En 2020, le Tribunal spécial pour le Liban a condamné par contumace Salim Ayyash pour son rôle dans l’attentat ayant coûté la vie à l’ancien Premier ministre. Les juges n’ont pas établi la responsabilité de la direction du Hezbollah, mais ils ont souligné les liens du condamné avec l’organisation. Depuis, plusieurs analyses ont associé l’Unité 121 à d’autres opérations ciblées contre des responsables politiques ou sécuritaires, sans que ces accusations puissent être définitivement établies devant la justice.

Cette incertitude est précisément ce qui rend ces dossiers si sensibles. Au Liban, les assassinats politiques produisent souvent davantage de conséquences par le doute qu’ils entretiennent que par les condamnations qu’ils entraînent. Les enquêtes inabouties, les responsabilités contestées et les zones d’ombre ont durablement nourri la méfiance entre les différentes composantes du pays.

C’est pourquoi le retour de l’Unité 121 dans le débat public possède une portée qui dépasse les révélations du Telegraph. Son nom renvoie immédiatement à une époque où les explosions, les voitures piégées et les exécutions ciblées rythmaient la vie politique. Même sans preuve d’une activité actuelle, il ravive une mémoire toujours vive.

Plus qu’une unité, un symbole

La question est donc moins de savoir si l’Unité 121 est réellement en train de reprendre ses activités que de comprendre pourquoi son nom réapparaît aujourd’hui.

Le Hezbollah traverse une période de recomposition après les affrontements avec Israël et sous la pression des nouvelles équilibres régionaux. Dans le même temps, l’État libanais tente d’imposer son autorité sur l’ensemble du territoire. Cette transition nourrit toutes les spéculations sur l’avenir des structures sécuritaires du mouvement chiite.

Selon le Telegraph, plusieurs responsables politiques auraient renforcé leur sécurité par crainte d’une reprise d’opérations clandestines. Ces affirmations demandent toutefois à être accueillies avec prudence en l’absence de confirmations officielles.

Une chose est en revanche certaine. La résurgence de l’Unité 121 rappelle combien la violence politique continue de hanter le Liban. Plus de vingt ans après l’assassinat de Rafic Hariri, le pays reste marqué par une culture de l’impunité qui fragilise encore la confiance dans les institutions.

Au fond, l’Unité 121 est devenue davantage qu’une simple structure clandestine. Elle incarne le souvenir d’un Liban où les rapports de force se réglaient souvent dans l’ombre plutôt que dans les institutions. Tant que cette mémoire demeurera aussi présente, chaque rumeur, chaque enquête et chaque révélation continueront d’avoir un impact politique considérable.

C’est sans doute là le principal enseignement de cette affaire. Au-delà de la réalité de cette unité et de son éventuelle réactivation, le véritable défi reste celui de la souveraineté de l’État. Un pays ne peut durablement se reconstruire tant que plane le soupçon que certaines décisions puissent encore relever d’appareils clandestins plutôt que des institutions légitimes.

mondafrique.com