lundi 18 mai 2026

« La DZ Mafia » au coeur de la visite de Gerald Darmanin en Algérie

 

Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, doit se rendre à Alger lundi 18 mai pour discuter de la coopération judiciaire entre la France et l’Algérie et en particulier des relais algériens de « la DZ Mafia », cette organisation criminelle qui fait la loi désormais à Marseille. Ces derniers mois, le réchauffement diplomatique entre les deux pays aura été été souhaité par Emmanuel Macron, et son ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, tous deux favorables à une reprise de la coopération avec Alger, notamment sur le plan sécuritaire.

Le Président français veut croire désormais que le brouillage de la ligne entre Paris et Alger a été imposé par « des postures de politique intérieure qui ont causé beaucoup de tort au deux pays ». Ce qui n’est pas faux !

Après plusieurs années de tensions entre la France et l’Algérie, les deux pays ont engagé en 2026 un réchauffement de leur coopération sécuritaire et judiciaire. Le ministre français de la Justice Gérald Darmanin se rend ce lundi à Alger avec, parmi les priorités affichées, la lutte contre la DZ Mafia et contre la criminalité organisée. Quelques mois plus tôt, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait déjà annoncé une relance de la coopération sécuritaire « à très haut niveau » entre les deux États.

« L’Algérie, un grand pays »

Le ministre français de l’Intérieur vante les retombées de ces retrouvailles dans un long entretien accordé, ce dimanche, à l’hebdomadaire « La Tribune ». « Sur la partie sécuritaire et migratoire, nous sommes obligés de discuter avec l’Algérie. C’est un grand pays qui a un certain savoir faire en matière de renseignements et de sécurité. » Et d’ajouter:  » Il y a plusieurs millions de personnes de part et d’autre de la Méditerranée qui sont concernées par la relation franco-algérienne ».

Signe positif, l’Algérie a délivré, ces derniers mois 150 laissez passer consulaires pour que la police française puisse expulser des délinquants de nationalité algérienne alors qu’Alger refusait, avant le mois de février, toute coopération. « Il reste 700 cas dans les centres de rétention administrative, a déclaré Laurent Nunez reçu à Alger cet hiver, mais la situation est revenu à la normale ». L’ homologue algérien du ministre français a donné le feu vert du rapatriement  des « harraga » de rentrer volontairement au pays.  Ce dossier devrait être soldé soldé au cours de l’année.

Lors de la campagne politiquement suspecte à l’Algérie avait été lancée par le très réactionnaire Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, le monde du renseignement français avait été très remonté contre le mauvais climat diplomatique entre les deux pays et s’était mobilisé pour une reprise de la coopération entre les deux pays, Laurent Nunez en tète. Ce Préfet proche d’Emmanuel Macron, issu d’une famille de pieds-noirs originaire d’Andalousie qui s’installe à la fin du XIX e siècle à Oran, n’a jamais oublié ses racines méditerranéennes. Ces derniers mois alors qu’il était encore à la tète du renseignement intérieur français, Laurent Nunez s’est battu pour sauver l’accord sur la coopération en matière de terrorisme, de toxicomanie et d’immigration signé lors du voyage officiel d’Emmanuel Macron à Alger 2022 sans grand écho dans les medias.

Discrète mais décisive, cette coopération a ouvert des échanges d’informations très sensibles dont Paris comme Alger n’avaient eu qu’à se féliciter et dont la diaspora algérienne en France, peuplée d’opposants et très surveillée, s’était inquiétée à l’époque. 

Sur les pas de Laurent Nunez

Ce lundi 18 mai, la visite du ministre de la justice, Gérald Darmanin revêt un caractère particulier, du fait qu’il est accompagné par une délégation de magistrats, composée du procureure nationale anticriminalité organisée (PNACO), Vanessa Perrée, ainsi que procureur national financier (PNF), Pascal Prache.  Gerald Darmanin devrait oeuvrer pour une relance de la coopération judiciaire en matière de narco trafic.  la « DZ Mafia », avec Plusieurs demandes françaises d’entraide judiciaire visent en effet des dirigeants de la « DZ mafia » qui est née dans les quartiers Nord de Marseille et dont une dizaine de dirigeants, protégés par une double nationalité, se trouveraient en Algérie, dont Mehdi Abdelatif Laribi, un des fondateurs de l’organisation criminelle

Originaire de la cité Bassens dans le 15e arrondissement de Marseille, Mehdi Laribi grandit dans un environnement social difficile avec son frère Lamine Laribi (« Tac »). Très tôt confronté à la délinquance, il quitte rapidement le système scolaire après plusieurs exclusions. Selon différentes sources, il commence par des vols et petits trafics avant de s’impliquer dans des réseaux criminels plus structurés.

Avant d’être identifié comme figure du grand banditisme, Mehdi Laribi est repéré par le réalisateur Karim Dridi. Il joue dans le film Khamsa, où son surnom « Tic » trouve son origine dans le personnage de « Rachitique ».

Dans les années 2010, les frères Laribi prennent une place importante dans le trafic de stupéfiants des quartiers nord de Marseille. Ils contrôlent plusieurs points de deal liés à la cité Bassens et à d’autres secteurs stratégiques. Leur influence contribue à la structuration progressive de ce qui deviendra la DZ Mafia.

En 2011, Mehdi Laribi est impliqué dans l’affaire dite du « barbecue marseillais », un triple homicide particulièrement violent lié au trafic de drogue. L’affaire marque durablement le narcobanditisme marseillais. Après plusieurs procédures judiciaires, il est condamné à dix ans de prison, tandis que son frère Lamine reçoit une peine plus lourde. Libéré en 2021, Mehdi Laribi tente de reprendre les territoires perdus pendant son incarcération avant de s’enfuir au Maghreb

Les enquêtes françaises sur la DZ Mafia portent beaucoup sur le blanchiment d’argent : commerces, immobilier, système informel de transfert de fonds de type « hawala », sociétés écrans, circulation de cash entre plusieurs pays. Une partie de cette lutte dépend donc d’échanges bancaires, judiciaires et policiers avec des États étrangers, dont l’Algérie. L’opération « Octopus » menée en 2026 a notamment mis en avant des circuits internationaux de blanchiment des Émirats à l’Algérie.

Monnaie d’échange

À Alger ce lundi, la négociation sera rude. Alger ne coopérera avec Paris que dans la mesure où le gouvernement français lui offre quelques compensations judiciaires. C’est ainsi que les magistrats algériens demandent l’extradition d’un ancien ministre, Abdeslam Bouchouareb, poursuivi pour corruption. Longtemps très lié à Emmanuel Macron et résidant au Liban qu’il a quitté ou en France où il possède un bel appartement, ce proche de l’ancien président Bouteflika avait amassé une immense fortune. Depuis plusieurs années, les autorités françaises n’ont pas donné suite aux démarches d’Alger.

Autre dossier sensible, un juge d’instruction français a émis le 25 juillet 2025 un mandat d’arrêt international contre Salaheddine Selloum, un militaire qui fut le premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie à Paris. Selloum, qui a occupé ce poste entre 2021 et 2024, est soupçonné d’« appartenance à une association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de l’un ou plusieurs crimes », selon une source diplomatique à Paris. Pour l’instant, Alger n’a pas donné suite à cette requête.

Le nom de l’ancien diplomate est apparu dans l’information judiciaire ouverte après l’enlèvement d’Amir Boukhors, plus connu sous le nom d’Amir DZ. Ce lanceur d’alerte bien informé par certains clans au pouvoir à Alger ou par des opposants est une figure centrale de la scène politico-médiatique algérienne. Lanceur d’alerte redoutable et opposant constant au régime, il a longtemps alimenté ldepuis Paris es réseaux sociaux avec des révélations explosives sur des responsables civils et militaires algériens. Son enlèvement en région parisienne en 2024 dans des conditions rocambolesques a provoqué une crise diplomatique majeure entre Paris et Alger qui n’a pas trouvé d’issue judiciaire.

Christophe Gleizes, le grain de sable

Plus épineux encore, les retrouvailles franco-algériennes restent suspendues au cas du journaliste sportif  Christophe Gleizes, condamné en Algérie à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » et dont les autorités françaises demandent l’élargissement avec insistance. Cette peine lui a été infligée en raison de ses contacts avec le MAK, le mouvement d’autodétermination kabyle dont le rôle est central au sein du principal club de football de Kabylie sur lequel le journaliste avait enquèté.

Ce mouvement proche des Marocains et des Israéliens est une des rares forces politiques organisées susceptibles de porter des coups au régime algérien dans une Kabylie traditionnellement rebelle. A ce titre, ses militants sont des dizaines à être emprisonnés, parfois torturés. Les magistrats algériens ont vu en lui un relais du MAK à Paris où réside le chef du mouvement et ancien chanteur kabyle qui tient table ouverte dans un petit bistrot du XXeme arrondissement. Ce que les proches et les avocats du journaliste démentent catégoriquement.

 Nicolas Beau

mondafrique.com