Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

mercredi 15 avril 2026

La CIA prépare une "version classifiée de l’IA générative"

 

La plus célèbre agence de renseignement au monde est entrée de plain-pied dans l'ère de l'IA. Après avoir produit son premier rapport avec cette technologie, la CIA va intégrer toujours plus l'intelligence artificielle dans ses processus et indique, en réaction à l'affaire Anthropic, qu'elle en gardera le contrôle total.

Depuis 1947, la CIA est au coeur du renseignement américain. Sa tâche essentielle est de recouper quotidiennement des centaines de milliers de faits, rumeurs et éléments afin de prévenir les dangers et évènements à travers le monde. L'agence qui vient de publier un premier rapport complètement généré par l'intelligence artificieille, selon Michael Ellis, son directeur-adjoint, n'entend pas s'arrêter en si bonne voie.

"D’ici quelques années, nous aurons des collègues IA intégrés à toutes les plateformes d’analyse de l’agence — une sorte de version classifiée de l’IA générative qui aidera nos analystes dans les tâches de base", déclarait la semaine dernière le directeur adjoint de la CIA lors d'un évènement organisé par une ONG qui concentre ses efforts sur la technologie et la sécurité nationale.

Les humains aux commandes d'une IA contrôlée

Ces "tâches de base" s'étendent de la rédaction des jugements clés à la mise à l'épreuve des conclusions en passant par l'identification de tendances dans les informations que les agents de la CIA recueillent sur le terrain. Le directeur adjoint de l'une des plus célèbres agences au monde a évidemment pris la peine de préciser que les "les êtres humains restent ceux qui prennent les décisions clés".

Un point important à l'heure où l'administration Trump est opposée à Anthropic, qui ne souhaitait pas que son intelligence artificielle soit utilisée dans la mise au point d'armes autonomes ou la surveillance de masse de citoyens américains.

Donald Trump lui-même et ses proches, comme Pete Hedseth, secrétaire de la Défense, ont eu l'occasion à plus d'une reprise d'indiquer qu'ils souhaitaient que les IA soient dépourvues de ce qu'ils appellent un biais de gauche ou "wokiste".

Un projet au long cours, au-delà de l'analyse

Selon son directeur adjoint, il semblerait que l'agence entende intégrer les IA génératives encore davantage à son fonctionnement.

L'objectif? Faire en sorte que l'intelligence artificielle puisse aider la CIA à étendre ses "capacités". Ainsi, les équipes de Michael Ellis auraient testé 300 projets d'IA au cours de l'année passée, "afin d'apporter de nouvelles capacités à notre misison". Ce pourrait être aussi bien le traitement de vastes ensembles de données que la traduction de documents.

L'IA ne sera toutefois pas seulement réservée aux analystes stationnés aux Etats-Unis. Selon Michael Ellis, son agence souhaiterait que ses agents à l'étranger puissent être aidés dans leur collecte d'informations top secrètes sur les activités militaires, politiques et économiques des puissances étrangères espionnées.

Ainsi, l'IA viendra renforcer le Centre pour le renseignement cybernétique, créé en 2015, au sein de la CIA, afin de mieux prendre la mesure des enjeux cybernétiques et mieux y répondre. Ce centre avait fait parler de lui en 2017 lors d'une série de révélations de Wikileaks, baptisées Vault 7.

Cette marche forcée vers l'IA s'inscrit dans la volonté clairement énoncée par Donald Trump de voir l'armée et le renseignement américains adopter cette nouvelle technologie. Une autre manifestation de la course à l'IA qui oppose les Etats-Unis à la Chine. L'Empire du Milieu est l'adversaire désigné. "Il y a cinq à dix ans, la Chine n’était pas du tout au niveau des États-Unis en matière d’innovation technologique. (...) Ce n’est tout simplement plus vrai aujourd’hui", déclarait Michael Ellis.

Pierre Fontaine

bfmtv.com