Jeffrey Epstein a été étranglé, et non pendu dans sa cellule new-yorkaise, selon un médecin présent lors de son autopsie. Le Dr Michael Baden estime que la cause de la mort du délinquant sexuel doit être réexaminée, près de sept ans après qu’il a été retrouvé inanimé au Metropolitan Correctional Center, le 10 août 2019. Le spécialiste conteste la conclusion du médecin légiste de New York, selon laquelle le millionnaire se serait suicidé par pendaison en attendant son procès pour trafic sexuel.
«À mon avis, sa mort a très probablement été causée par une strangulation plutôt que par une pendaison», explique au «Telegraph» le pathologiste, mandaté par les représentants légaux du patrimoine d’Epstein après sa mort. Il juge qu’au vu des éléments désormais disponibles, une nouvelle enquête sur les causes et les circonstances du décès est justifiée. Bien qu’il n’ait pas pratiqué lui-même l’autopsie, le Dr Michael Baden y a assisté en tant qu’observateur pour la famille. Selon lui, les résultats étaient alors «non concluants» et davantage d’informations étaient nécessaires.
Pourtant, cinq jours plus tard, la médecin légiste en chef de New York, la Dre Barbara Sampson, a conclu à un suicide par pendaison. Elle n’était pas présente lors de l’examen, affirme le Dr Baden. Les autorités fédérales, dont le Ministère de la justice et le FBI, maintiennent qu’Epstein s’est suicidé et qu’aucune preuve ne suggère un homicide. Mais la publication récente de plus de trois millions de documents a relancé les interrogations.
Des images inédites montrent Jeffrey Epstein juste après sa mort. D’autres éléments mentionnent une «forme orange» aperçue la veille au soir dans l’escalier menant à son étage. Le FBI a envisagé qu’il puisse s’agir d’un détenu, tandis que l’Inspection générale a évoqué la possibilité d’un agent transportant du linge. Les conclusions internes contredisent des déclarations publiques antérieures affirmant que personne n’était entré dans la zone cette nuit-là.
L’autopsie officielle fait état de trois fractures au cou. Or, «je n’ai jamais vu, en cinquante ans d’examen de rapports d’autopsie concernant des décès de détenus, une pendaison suicidaire avec trois fractures du cou», assure le médecin. Selon lui, ces lésions sont davantage compatibles avec une strangulation criminelle. La Dre Sampson soutient au contraire que ces fractures peuvent apparaître dans les deux cas.
Des incohérences subsistent: un communiqué fédéral annonçant la mort d'Epstein porte la date du 9 août, soit avant la découverte officielle du corps le 10 au matin. Les rondes de surveillance de 3h et 5h n’auraient pas été effectuées et certaines caméras ne fonctionnaient pas. Un drap noué retrouvé dans la cellule n’aurait finalement pas été utilisé pour provoquer la mort. Le Dr Baden affirme pour sa part que les marques sur le cou du criminel ne correspondaient pas à un tissu lisse comme un drap. Il évoque aussi des erreurs dans la manipulation du corps, et l’absence d’heure officielle précise du décès.
Joëlle Mermoud